UN DINER DE COMPATRIOTES
Vienne le reconnaîtront à l’épithète. Par une délicatesse toute gracieuse, ses hôtes sont tous Français ; c’est en quelque sorte un dîner sympathique, un prétexte à souvenirs du terroir, à no parler que de la France et que de la patrie, dans la langue maternelle.
On a en effet beaucoup causé ; et cependant il y avait majorité de diplomates autour de la table. Le colonel de Vatry, attaché militaire près l'ambassade de Vienne, et qui a appris l’allemand à Francfort, en qualité de prisonnier ; avec lui, un autre attaché, M. Maurice Baudens, lieutenant au 3® hussards, qui relève à peine d’un accident où il a failli perdre la vie.
Le bruit a dû en arriver jusqu’à Paris, et si j’en parle, c’est pour rassurer tous ceux que son accident a pu inquiéter. M. Baudens, qui a échappé à Sedan aux désastres de l’armée de l’Est, a failli sauter dans sa chambre en jetant un bout de cigare daus un crachoir, où un domestique imprudent avait jeté le reste d'un- cornet de poudre.
M. Baudens a eu son uniforme brûlé, un coin de la joue sérieusement atteint, et a été forcé de
garder la chambre pendant dix jours. Nous n’affirmerons pas qu’il n’y ait eu un peu de coquetterie dans cette solitude prolongée. Il a fallu raser de précieuses moustaches et attendre qu’elles repoussent d’une façon visible. Dix jours, ce n’est pas trop pour des moustaches.
Il me reste à vous parler d’un troisième convive. C’est aussi un jeune homme de trente ans à peine, ou du moins qui n’en paraît pas davantage, doux quoique énergique, très-causeur quoique très-rélléchi, quia joué et qui jouera un rôle dans l’histoire de notre temps.
C’est M. de Serres, l’ex-général de l’armée de l'Est, démissionnaire de tous ses grades , qui, après avoir fait à Lyon le mois de prison auquel il a été condamné, est revenu à Vienne reprendre son poste administratif à la compagnie de la Staad Bakn (chemin de fer de l’Etat), dont il est inspecteur.
M. de Serres n’est ni républicain, ni gambettiste ; il est patriote, on ne peut en douter. Ce n’est pas dans une lettre de voyage que je discuterai la conduite de M. de Serres et que j’appré-