DESCRIPTIONS INGRATES
des instruments de labour, des chaises de jardin, des ponts suspendus, etc., etc.
La Chine aura ses paysages que nous admirons sur les paravents ; l’Inde ses bois de palmiers et d'aioès; l’Angleterre un jardin anglais; l’Italie une charmille à l’abri des rayons du soleil ; l’Espagne une orangerie. Je ne puis décrire ce qui n’existe pas, mais avec un peu d’imagination, vous pouvez concevoir tout ce qu’on verra.
Le baron Schwartz, de qui vient cette idée de jardins variés et dont le coup d’œil général, vu du parc, sera fort curieux et fort divertissant, le baron Schwartz a distribué l’exposition d'après un plan nouveau. Il range les pays par points cardinaux. Partant de l’Est, c’est-à-dire de l’Orient, il donne la première galerie au Japon, la seconde à la Chine; puis viennent les Indes, la Turquie, l’Autriche, la France, l'Amérique. J’en passe et des meilleures ; mais je ne veux que vous montrer l’idée.
Le promeneur pourra donc, en parcourant la grande galerie du milieu, suivre pas à pas la civilisation dans son progrès, étudier les différences
de denrées, de costumes, d’arbres et de produits, qui paraissent insensibles en rapprochant chaque pays l’un de l’autre, et qui sont si contradictoires quand on oppose l’Orient à l’Occident, ou le Nord au Midi.
Il y a en même temps dans cette idée un moyen pratique de guider le promeneur. S’il est aux Indes et qu’il veuille se transporter en Prusse, par exemple, ce qui serait le comble de l’imbécillité, il se dirigera vers le nord-ouest.
Comme vous voyez, cette exposition, au lieu d’être une tour de Babel comme toutes les expositions, sera un cours ambulant de géographie.
Je crois pouvoir affirmer un grand succès à ce merveilleux panorama de tous les pays. Je ne vous parle pas d’une galerie de machines, qui est encore à l’état de squelette et qu’on traverse au milieu de madriers, de poutres et de feuilles de parquet qui cèdent sous les pieds. J’arrive à la rotonde, dont la coupole aura quelques rapports avec celle du Panthéon, — architecture et matière à part. Soutenue par des piliers en fonte déjà posés, cette immense circonférence donnera accès
M. DELOTE
dans les deux galeries du milieu et contiendra les grands produits, qui seraient écrasés ailleurs, — par exemple, nos glaces de Saint-Gobain.
Je ne puis vous parler ni de la décoration intérieure ni des œuvres de sculpture qui décoreront les façades. Tout ceci, c’est du dernier jour. Je dois seulement vous dire que les maquettes de ces façades sont admirables. Elles sont l’œuvre d’un jeune sculpteur français, M. Deloye, qui nous a montré dans son atelier quelques-uns des bas-re • liefs qu’il prépare pour le portail principal.
Je dois dire que ces bas-reliefs ne m’ont pas beaucoup frappé, étant à peine ébauchés, mais que j’ai longuement admiré un admirable buste du comte Andrassy, qui fera la gloire de M. Deloye à Vienne, et achèvera celle du comte Andrassy. Jamais le marbre n’a mieux rendu l’expression intelligente, le regard énergique, la bouche fine et spirituelle d’un personnage célèbre. Ce buste sera une œuvre historique.
Autour de l’exposition, on fait le parc, c’est-àdire qu’on dessine des massifs, qu’on plante des arbres, qu’on sème du gazon et qu’on creuse des
bassins. Des Égyptiens bâtissent une maison, dite villa du vice-roi ; des Turcs construisent une sorte de petite mosquée en miniature. La commission française doit, dit-on, monter une maison modèle, et ainsi de suite pour tous les pays.
Le pavillon de l’empereur (Kaiser lie h pavillon) sera à lui seul une petite merveille, il est admirablement situé. Toute cette partie de l’exposition ressemblera beaucoup à celle de Paris, mais elle aura en plus des arbres naturels et beaucoup d’eau. Je ne vous parle pas des buffets, ils seront nombreux, ainsi que les orchestres, qui seront littéralement semés à travers le parc. C’est la mode en Autriche. Les voyageurs sont absolument bombardés de musique ; on braque sur eux toute espèce de machines à harmonie, et les mélodies leur partent dans les jambes à propos de tout.
Ce sont les soldats du génie qui exécutent les travaux avec une armée d’ouvriers qui les secondent. Un grand nombre de femmes sont employées aux services les moins fatigants; elles puisent de l’eau, taillent le gazon, comptent les