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LE 4 ET LE

Kaiser Bad, et je n’ai point fini. J’éprouve à continuer mes observations une difficulté que le public appréciera. Il faudrait pour tout dire une délicatesse de plume, une légèreté de style qu’on ne peut raisonnablement demander à un voyageur toujours pressé par l’heure du train.

Je vais procéder par comparaison. Le Kaiser Bad c’est la maison du baigneur de Paris, sous Louis XIII. On y donne les rendez-vous galants. C’est là que se font et se défont toutes les intrigues de f esth, et il est difficile d’en démêler quelque chose.

Un rendez-vous est-il pris, le chevalier part en bateau, aborde au Kaiser Bad , réclame le cabinet n° 4 , au premier étage , pour une certaine heure.

Le garçon de service, qui connaît le client, sourit avec malice et prépare le cabinet.

Soudain, par le tramway, arrive une jeune soubrette ou une vieille matrone qui demande au môme garçon do réserver le n° 5. Nouveau sourire du garçon.

Â. ï’heure dite, le chevalier arrive, son bain est

prêt ; on lui monte , une bouteille de champagne au cabinet n° 4, et la porte se ferme.

Un quart d’heure après, la marquise descend de voiture, s’introduit dans le cabinet n° 5.

Inutile d'ajouter que la porte de communication intérieure, entre les deux cabinets, a été préalablement ouverte par le malicieux garçon.

L’orchestre continue à jouer une valse de Strauss.

Ainsi se passe la vie au Kaiser Dad. Un hôtel est contigu aux bains, contenant trois cents chambres et servant aux familles dont la santé ou le goût les invite à passer la belle saison en cet endroit charmant.

Il est d’usage, quand on quitte [le Kaiser Bad , de traverser en bateau à vapeur et d’aller prendre le café à l’île Marguerite, située au milieu du Danube, dans une situation ravissante. Figurezvous l’île de Croissy, desservie par un tramway et plusieurs bateaux à vapeur, semée de cafés élégants, éclairée au gaz, où l’on danse le soir, agrémentée de plusieurs orchestres qui se renvoient leurs harmonies comme sur une raquette ; tout

L’iLE MARGUERITE

cela plein de monde, fort joyeux, fort bruyant.

Il y a aussi des bains dans cette île enchanteresse ; mais si beaux qu’ils soient, ils ne peuvent se comparer au Kaiser liad, si mystérieux, si confit en douceur, et que ne surveille que de loin la benoîte tolérance des bons pères capucins.

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