‹ Voyages d'un fantaisisteChapitre 48 sur 116 · LES PARISIENS SUR LE DANUBE · texte numérisé non relu

LES PARISIENS SUR LE DANUBE

l’on en vient à émettre quelques idées sur le bois de Boulogne ou la dernière pièce de Sardou.

— N’est-ce pas, dit le docteur Ricord, qu’on croit être sur la Seine, dans le bateau de Saint- Cloud, avec des Parisiens pur sang? Tenez, ce village là-bas, c’est Suresnes ; ce bois, c’est le bois de Boulogne.

— Et ces Turcs? lui dis-je.

—Ce sont des Turcs de carnaval, des canotiers qui se sont déguisés en Turcs.

La dernière venue est une dame aux traits distingués, bien connue à Paris et veuve depuis quelques années. C’est la princesse Ghika, qui revient à Bucharest pour régler quelques questions d’intérêt, et aspire après la France qu’elle a quittée depuis quelques semaines. Femme instruite, toujours jeune et d’un esprit charmant, Française de naissance et Parisienne de goût, c’est à elle que je dois tous les détails que je compte vous donner sur la Yalachie, et notamment sur Bucharest.

Elle se plaint de n’avoir pu dormir, à cause d’un terrible voisin qui ronflait plus fort que la

machine. Après avoir très-spirituellement plaisanté l’importun musicien :

— Madame la princesse, lui dit M. Ricord, c'est moi qui ai troublé votre sommeil; je vous offre tous mes regrets.

M. Demarquay, également accusé par son compagnon de ronflement subversif, se défend énergiquement. Cette lutte de la Faculté, quoique courtoise, se passionne, mais gaiement.

— Messieurs les docteurs, leur dis-je, réservezvous pour l’Académie de médecine.

On se calme, on cause. Je regrette de ne pouvoir vous rapporter textuellement le récit que nous a fait le docteur Ricord de son odyssée nocturne.

Les deux docteurs ont eu en partage une cabine à deux lits superposés ; le docteur Demarquay, en qualité de cadet, a dû monter sur le lit supérieur et s’est livré, pour ce faire, à une gymnastique de matelot en détresse. Le malheur a voulu que cette cabine fût en môme temps la retraite choisie par les insectes les plus désagréables de la terre et contre lesquels la médecine est impuissante.

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