DÉCOUVERTE D*UN HAREM
voiles les plus épais; les autres attendent qu’on vienne les chercher. Je reviendrai plusieurs fois sur les femmes turques, mais j’en parlerai toujours d’une façon obscure. La femme turque est un meuble, et, pour être dans le vrai, le chroniqueur ne doit pas en parler plus longuement qu’il ne parlerait d’un divan turc et d’un narguilhé.
Le jour s’avance, la mer est toujours belle, on nous appelle sur le pont et l’on nous montre des collines à peine estompées qui se dégagent insensiblement et prennent une tournure de falaises normandes. C’est la côte turque. Au milieu, grâce à une longue-vue, nous apercevons une dépression de terrain; quelques tours de roue, et la dépression se change en déchirure. C’est l’entrée du Bosphore.
Bosphore ! Ce mot magique nous cloue sur le pont. Nous refusons de descendre dans l’entrepont manger le bifteck tant désiré et si peu obtenu. Une main compatissante nous passe du pain et un peu de chocolat. L ’Espcro est un bon marcheur ; il à compris notre impatience, le vent nous favorise. Enfin, nous dépassons le phare placé sur la
pointe de la colline la plus rapprochée; la mer se rétrécit et devient pleine ; la vague s’apaise et bleuit. A droite et à gauche s’élèvent les deux collines qui verdissent et se boisent de plus en plus. Nous voguons entre T Asie et l’Europe, nous sommes dans le Bosphore. Au loin, éclairés par le soleil qui brille derrière nos tètes, nous apercevons les premiers villages turcs.
O Bosphore! Tu mérites bien qu’en pensant encore à ce merveilleux spectacle, je ferme les yeux pour te revoir encore et que je cesse d’écrire.
Le Bosphore. — Panoramas Turcs. — Arrivée, à Constantinople. — La barque turque. — Invasion de barbares.
— La Douane. — Les Hammals. — Ascension à Péra. — Les costumes, les boutiques. — La nouvelle Tour de Babel.
— A la Turque . — A la Franque. — La Poste en Turquie. — Voyage à la recherche d’une lettre.
Constantinople, 20 septembre.
Vous vous rappelez ce provincial à qui l’on demandait s’il avait vu la Biche au bois et qui répondait : « Non, je l’ai lue. » Cette réponse peut s’appliquer^ tous ceux qui essayent d 'expliquer le Bosphore à des lecteurs intelligents. Le Bosphore ne se décrit pas ; c’est une merveille , une perle, un diamant, quelque chose qui n’a pas de nom, qui est peint de couleurs spéciales, éclairé par une
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lumière à lui et qui produit une impression tout à fait sienne.
Rien n’est plus beau, rien n’est plus émouvant, rien n’est plus rapide et plus merveilleux que le panorama qui se déroule depuis l’embouchure du Bosphore jusqu’à Constantinople. Le navire flotte sur une mer bleue, sans vague, étincelante au soleil, et d’où se lèvent à chaque tour de roue des myriades de goélands qui planent avec leurs ailes blanches dans le sillage des navires. A droite, c’est la côte d’Europe, où s'étagent pendant huit kilomètres les villages et les maisons de campagne. A chaque enjambée du navire, le tableau change ; c’est une lanterne magique perpétuelle. Après Buiuk-Déréh et ses maisons de marbre, sa plage en croissant et ses ombrages parfumés, Thérapia, où la société française a élu domicile ; plus loin, ce sont les palais du sultan et des pachas ; les maisons deviennent plus pressées; l’animation augmente à tout instant ; nous approchons de Constantinople, quoique tout ce que nous voyons, ce soit Constantinople.
A gauche, la côte d’Asie étale fièrement ses