LE LAC DE GARDE
rait admirable avec une forêt. » Aussitôt le machiniste pose la forêt. — « Aôh ! il faudrait ici un glacier. » Crac, un coup de baguette, et le glacier demandé sort de dessous terre. On trouve en Suisse des hôtels sur les aspérités les plus reculées. Si on se recueille un instant au milieu d’un plateau inaccessible, si l'on prête l’oreille pour entendre le vol des grands aigles ou la plainte du vent dans les sapins, on est désagréablement surpris, au milieu de l’extase, par un garçon en habit noir qui passe aussi vite que l’aigle, et qui crie : « Boum ! une Beaune première. — Servez au 22 ! »
Le lac do Garde a des côtés de sauvagerie imposante, des golfes néo-calédoniens des îles dignes de Robinson, des horizons semés de crêtes neigeuses et de cascades vertigineuses. Toutes ces côtes sont égayées par de jolis petits villages où l’on cultive des oranges et des citrons. Rien n’est plug étrange que ce genre do culture. 11 semble à première vue que l’on a devant les yeux une série de temples grecs superposés. Ce sont des serres à claire-voie sans toit et sans vitrage,
qui renferment des quantités innombrables de citronniers et d’orangers. L’hiver on couvre ces serres, on les entoure de cloisons vitrées, et l’on protège ainsi les arbres contre les fréquentes tempêtes du lac de Garde, le Benacus de Virgile.
Voilà une belle occasion pour moi de faire (le l’érudition, et de citer quelques vers latins. Je ne le ferai point, et me trouve d’autant plus méritoire que je n’ai qu’à copier dans mon guide.
Riva, 19 août.
lies douaniers autrichiens sont d’aimables compagnons.
Ils vous défont vos malles de fond en comble, déplient les habits, fouillent dans les poches et, quand ils ont fini, jettent tout dans la rue. C’est à vous de refaire votre malle et à vous en tirer comme vous pourrez.
Jamais je n’ai vu plus de fresques que dans les hôtels de Riva. Riva a cinq mille habitants, qui sont tous des Raphaèls, et qui ont tous plus ou moins sacrifié au Dieu de la peinture. A l’hôtel