‹ Voyages d'un fantaisisteChapitre 61 sur 116 · LA DOUANE · texte numérisé non relu

LA DOUANE

était envahi par une foule de gaillards qui s’introduisaient de partout.

Les uns grimpaient comme des chats sur les sabords, les autres avaient l’air de tomber du ciel, ceux-ci se font hisser par des cordes, ceux-là se hissent à force de bras.

Avant que j’aie pu ou m’expliquer ou me reconnaître, je me sens saisi par deux bras vigoureux ; on me porte littéralement dans une barque qui danse sous l'échelle du steamer; je fais un signe désespéré à Henri, également arraché par d’autres mains non moins vigoureuses. Nos bateliers nous ont compris, ils rapprochent les deux barques et nous partons de conserve.

A la douane, on visite nos bagages en plein air, dans la boue, sur une pierre qui sert de pavé. Grâce à quelques piastres, le douanier y met de la discrétion; nos bateliers nous cèdent à deux hammals (porte-faix) qui chargent nos bagages sur leurs robustes dos et se mettent en route vers l’hôtel que nous leur indiquons.

Le hammal est tout simplement un hommechameau. Généralement il est arménien, d’une

sobriété sans exemple. C’est déjà un point de ressemblance avec le chameau. Pour compléter la comparaison, il s’est fait une bosse factice avec une sorte de dossier en bois, sur lequel il assujettit les malles qu’on lui confie. Doué d’une force herculéenne, le pied sûr, les reins solides, le hammal porte ainsi des poids énormes, opère des déménagements, gagne beaucoup d’argent, en dépense peu, et quand il a ramassé deux ou trois mille francs, quitte le métier et va s’acheter des terres dans son pays. Le hammal gagne cinq ou six francs par jour, et s’achète deux sous de pain, deux sous de maïs, deux sous de café et quatre sous de tabac. Il dort en plein air et attend les clients. Les Turcs et les Européens leur accordent une confiance illimitée et déclarent que ce sont les plus honnêtes gens du monde. Tout prouve qu’ils justifient cette réputation.

Nous commençons à gravir la côte escarpée de Péra. C’est le quartier européen de Constantinople ; on y trouve des becs de gaz et des poteaux télégraphiques.

Mais quel pavé ! figurez-vous les ornières les

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