‹ Voyages d'un fantaisisteChapitre 65 sur 116 · LA GRANDE RUE DE PÉRA · texte numérisé non relu

LA GRANDE RUE DE PÉRA

plante sur la tête. Dès lors, il n’en bouge plus; on dîne avec, on couche avec, on se lève avec. C’est en quelque sorte une partie de votre personne.

Nous descendons la rue de Péra au milieu d’une cohue indescriptible ; tantôt je me me trouve en face de deux hammals chargés de caisses énormes qui tiennent toute la largeur de la rue. Ils marchent courbés en deux, les yeux plantés en terre, faisant de grands pas et ruisselant de sueur. Ils crient à chaque instant : « Warda ! warda ! » pour avertir les passants qui so détournent quelquefois. Tantôt j’enjambe par-dessus des chiens paresseux, à la forme de loups jaunes de poil, qui s’étalent dans une ornière. L’œil demi-clos et enfoncés dans un kief tout oriental, sales et abandonnés, ils ont dans leurs flancs de larges blessures ouvertes et sanguinolentes où se promènent des mouches gourmandes. Ces blessures sont le résultat des combats nocturnes que se livrent les chiens affamés. Tantôt un warda énergique me prévient que des chevaux descendent les escaliers

tjerrière won dos ; car les chevaux do Constentt-

tinople ont un talent pour monter et descendre les degrés rocailleux des rues de la ville, sans faire un faux pas, et toujours au petit trot.

Un peu plus loin, nous croisons une voiture qui tient toute la rue ; il faut se ranger le long des murs, et l’on plonge alors en toute liberté dans uù coupé, où sont entassées quatre femmes turques enveloppées dans leur robe sans taille et la figure voilée par une gaze plusieurs fois roulée sur elle-même. Leurs yeux seuls sont découverts et regardent avec une curiosité animale. La gaze n’est pas tellement épaisse que l’on ne puisse saisir au vol quelques détails de la beauté turque; mais la voiture passe, et l’on ramasse, par son indiscrétion, le regard féroce d’un cawas à cheval qui est chargé de surveiller la voiture. Le cawas n’est pas moins curieux que les femmes de la voiture. A sa figure imberbe, à sa poitrine accentuée, à son buste développé, on devine à quel sexe il appartient.

Enfin nous arrivons dans la grande rue de Galata. Parallèle à la Corne d'Or, elle sert de résidence au commerce, à la Bourse et à l’industrie;

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