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LA DANSE DES DERVICHES

où, sans doute, était l’Orient, pour se prosterner. Chaque derviche, à son tour, renouvelait la station et le salut.

Je regardais de tous mes yeux, quand je me sentis frapper sur l’épaule.

C’était l’excellent docteur Ricord, suivi du doc* teur Demarquay, qui, comme on se rappelle, étaient arrivés à Constantinople quelques jours avant nous.

Après les premières phrases de rigueur en pareille circonstance, nous entendîmes des chut énergiques, et nous essuyâmes le feu de quelques regards turcs légèrement féroces.

Pendant ce temps, la procession s’était achevée; l’iman venait de se rasseoir, la musique avait pris une allure plus vive, et les derviches, ayant quitté leurs manteaux, nous apparurent, vêtus d’une veste blanche et d’un long jupon blanc tuyauté, sous lequel on apercevait des larges pantalons serrés aux tibias.

L’iman fit un signe, et soudain un premier derviche se détacha, croisa ses mains sur sa poitrine et se mit à tourner sur lui-même, lentement et

sans bouger de place; puis à mesure qu’il s’entraînait, il décroisa ses bras, les étendit en croix, pencha la tête sur l’épaule, et ses pieds valsèrent avec plus de rapidité. Le jupon tuyauté s’évasait autour de ses reins et formait comme une souple crinoline.

Un second derviche, puis un troisième, et insensiblement tous les autres se joignirent au premier, et chacun, sans s’occuper de son voisin, sans le voir, sans le heurter en passant, se mit à tourbillonner énergiquement. C’est en quelque sorte une glissade tournante, on dirait une collection de totons vivants, de toupies animées. Le visage de ces illuminés ressemble à un masque ; jaune et maigre, il se ride davantage, la bouche se crispe, "les yeux se ferment ou plutôt, l’iris disparaissant, ils deviennent ce qu’on appelle les yeux blancs. Ainsi pendant une heure, avec des intervalles peu prolongés. Au bout d’un quart d’heure, on entend bruire les poitrines oppressées, une odeur pénétrante et âcre vous saisit à la gorge.

Les derviches s’enivrent de plus en plus, et

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