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LE MUSÉE DES COSTUMES

Le musée des costumes, situé en ce moment dans la mosquée de Sainte-Irène, est, sinon curieux, du moins amusant à visiter. On se croirait au salon de Curtius. Figurez-vous cinq ou six cents mannequins vêtus de tous les costumes turcs imaginables, porteurs de têtes incroyables, pourvus d’yeux en boules de loto et rehaussés de moustaches rébarbatives du dernier comique. Ils sont destinés à porter, pour l’édilication de la postérité, les modes turques depuis le calife Omar jusqu’à nos jours. 11 y a là le bonnet de feutre du derviche, le melon de l’eunuque, le fez du pacha, le turban de l’homme du peuple, le cylindre du janissaire, sans compter les raille coiffures que j'oublie. J’en dirai autant des pantalons et des vestes.

Nous arrivons à Sainte-Sophie, la grande mosquée des Turcs, à laquelle ils ont conservé son nom chrétien. Ils se sont contentés de la flanquer de minarets assez élégants, de gratter les croix peintes sur les murs et de faire couvrir assez imparfaitement les mosaïques qui représentaient les saints. Sainte-Sophie n’en est pas moins un

temple admirable, d'une proportion infinie, d’une

hauteur vertigineuse, simple comme décoration, et fort imposante comme style.

Il faut ôter ses chaussures pour pénétrer dans l'église; les Turcs y entrent en babouches. Faute de babouches, nous marchâmes nu-pieds. Les dalles sont à cet effet revêtues de nattes de paille fort douces au pied. Nous passâmes au milieu de plusieurs Turcs qui, accroupis par terre, lisaient le Coran à haute voix, chacun pour son compte. Il n’y a point d’office public dans les mosquées. Trois fois par jour, le muezzin , sorte de sacristain turc, monte en haut d'un minaret, et, d’une voix nazillarde, appelle les fidèles à la prière du matin, de midi ou du soir.

On montre aux étrangers le plan incliné par lequel le sultan monte à sa loge, à cheval : les Turcs ne conçoivent pas le sultan autrement qu’à cheval. On fait voir aussi une sorte de tache vague, qui est censée représenter le dessin de la main du sultan Mohammed, le conquérant de Constantinople. On raconte qu’en arrivant à cheval à Sainte- Sophie, au moment de l’office, il fut obligé de se retenir au mur pour ne pas tomber. Ses mains

LA PLACE DEL* ATM*ÉID AN 279

étaient teintes de sang et ont laissé leur trace sur le mur. Voilà la légende ; elle me paraît invraisemblable, ou bien Mohammed était un géant et son cheval un colosse, car l’empreinte est marquée à dix mètres du sol pour le moins.

En quittant Sainte- Sophie, on arrive presque aussitôt à la place del’ Atmeidan, célèbre par le massacre des janissaires. La place et les rues avoisinantes ont été restaurées, le pavé y est neuf et facile, les maisons construites en pierre et alignées au cordeau. C’est le quartier élégant de Constantinople ; on peut s’y promener à pied ou en voiture , sans s’écorcher les pieds ou sans craindre les accidents.

Sur la place del’ Atmeidan se trouvent les dé-

bris de la colonne Serpentine. Il n’en reste plus qu’un tronçon insignifiant; tout auprès s’élève un obélisque en assez bon état, mais d’une hauteur

et d J un calibre indignes d’une description. Quand j’aurai parlé des murailles de la ville, construites par les Romains et dont une partie est encore debout, quand j’aurai dit un mot de l’aqueduc de Constantin, dont on se sert encore aujourd’hui et

qui domine la ville au-dessus du Phanar, je me serai acquitté de tous mes devoirs de touriste à l’égard de Constantinople.

Il est cependant encore un monument au centre de la ville qui n’offre aucun intérêt architectural, mais qui mérite une mention spéciale à cause de son importance. C’est la tour du Séraskier, sorte de phare très-élevé, planté sur un promontoire et qui plane de loin sur toute la ville et les faubourgs. C’est de cette tour que l’on signale les fréquents incendies qui désolent les villes et les villages du Bosphore. Peu de nuits se passent sans que le gardien de la tour de Séraskier ne signale, au moyen d’une ou plusieurs lanternes, que le feu vient de prendre à quelque quartier de Stamboul ou des faubourgs. La façon dont sont placées les lanternes indique aux divers postes de pompiers l’endroit exact où le fléau consomme ses ravages.

Une autre tour, située à Galata, sert de contrôle à la tour de Séraskier, et confirme les signaux de celle-ci avec des signaux équivalents.

J’ai dit que les incendies étaient fréquents à

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