ATHÈNES
tant de révolutions. Je donne cet argument irréfragable aux partisans du séjour de la Chambre à Versailles.
Nous avons pris une excellente limonade dans le temple de Jupiter, dont il ne reste plus que quelques colonnes, d’une hauteur prodigieuse. Rien n’est pittoresque comme l’emplacement de ce temple, situé sur le versant de l'Acropole, au dessus de l’Ilyssus qui se déssèche sous plusieurs ponts, ayant pour perspective au premier plan, la ville et la campagne, et au fond l’Hymette, qui lève vers le ciel ses crêtes escarpées.
Quant à l’Athènes moderne, c’est une petite ville régulière et poussiéreuse, composée surtout de deux belles rues, trop longues et pas assez larges, les rues d’Hermès et d’Eole. Le palais du roi est une affreuse caserne d’une régularité désespérante, mais pourvu de jardins assez beaux.
4 octobre.
La mer est très houleuse. Plusieurs passagers n’ont pas donné signe de vie depuis ce matin. Au
dîner, les convives s’en vont un à un ; Heugel et moi, nous résistons ; le capitaine et le docteur nous félicitent de notre belle tenue. Cependant, vers le milieu du repas, on me prévient que je blêmis. Je me hâte d’aller respirer l’air frais du soir, et j’en suis quitte pour ce peu de mal. Pendant deux jours, la mer a été assez forte ; un fort vent du nord-ouest nous faisait danser des sarabandes vertigineuses. Au moyen de quatre oreillers destinés à amortir les chocs, on finit par goûter quelques instants de repos. Aussi ne comptez pas sur moi pour vous parler de l’ile de Cythère, du Péloponèse et du cap Matapan, que nous côtoyons dans le brouillard. Le temps se calme un peu, en vue des côtes de Sicile. C’est au milieu du calme le plus plat que nous traversons le détroit de Messine et que nous voyons fumer l’Etna. A minuit, on nous réveille, et l’on nous fait habiller pour aller voir sur le pont le Stromboli quijette de la lave. Rien n’est plus beau et plus terrible à la fois que la vue de ce cône enflammé qui laisse une écume rouge s’échapper de ses flancs.