‹ Voyages d'un fantaisiste Vienne Ledanube ConstantinopleChapitre 66 sur 110 · LES BOUTIQUES D’ARMIDE · texte numérisé non relu

LES BOUTIQUES D’ARMIDE

divan sur lequel sont assis le patron et ses em ployés, fumant et buvant du café. Quelques oripeaux peu tentateurs invitent le voyageur à entrer. Mais autour de vous se pressent une grande quantité d’êtres bizarres, qui ne font pas d’autre métier que de séduire le passant et de l’entraîner dans une boutique qui les paye à cet effet. Pour peu que vous ayezl’air étranger, vous êtes aussitôt harcelé, tourmenté, ahuri, sollicité et finalement entraîné vers un magasin quelconque.

Ceci nous arriva, malgré notre ferme volonté de ne pas nous laisser séduire. Décidés à rapporter à Paris de nombreux échantillons de l’industrie turque ; mais après avoir pris l’avis d’une personne compétente, nous étions venus au Bazar pour lui faire une visite platonique, sans autre but.

Nous n’avions pas fait cent cinquante pas dans l’une des rues, admirant les babouches appendues aux vitrines, contemplant les diamants scintillant à la montre d’un bijoutier que nous fûmes bientôt talonnés par un homme à fez, dont nous ne nous défiâmes point.

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Nous eûmes beau déclarer que nous ne voulions rien acheter, le marchand, insidieux et malin, nous répondit que cela ne nous engageait à rien, que nous n’étions pas forcés de consommer.

La même invitation d’ailleurs nous était faite de plusieurs côtés, et ce fut autant pour nous délivrer que surexcités par notre avidité de voyageurs, que nous nous laissâmes entraîner par le marchand turc.

Heugcl tremblait que je ne me laissasse aller à acheter sans avoir consulté quelqu’un qui pût nous renseigner au juste sur les prix toujours exagérés.

Je le rassurai en lui montrant une devanture presque vide et ne contenant que de misérables étoffes sans valeur. Nous entrâmes. On nous fit asseoir sur un canapé, un garçon nous offrit un narghilé dont les grappes blondes saisissaient l’odorat, et un autre nous présenta deux tasses de café turc accompagnées d’un verre de mastic.

La fascination commençait. Nous ne pouvions pas résister.

A peine nous Tit-on assis que le marchand ou-

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