‹ Voyages dans l'Amerique du Sud; contenantChapitre 16 sur 117 · P 1. 1 I E DILUVIENNE · texte numérisé non relu

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tion chargée de soldats hollandais envoyés à sa poursuite. A la vue des soldais sa femme, effrayée du danger qui menaçait son mari, allait jeter les hauts cris, lorsque, l'arrêtant d'un geste et lui montrant son sabre, il la menaça de l'égorger au premier mouvement. 11 s'avança en rampant le long de la rivière, et, arrivé à la hauteur de l'embarcation, il bondit comme une panthère au milieu de ses ennemis, puis, à coups redoublés, il tua plusieurs soldats et fit chavirer l'embarcation avant que l'équipage, surpris de la soudaineté de l'attaque, eût pu songer à se défendre. Ayant ensuite regagné la rive, il tua à coups de sabre ceux qui tentaient de se sauver à la nage. Seul, l'officier qui commandait cette escouade fut respecté, afin qu'un homme annonçât à la colonie la nouvelle de la défaite '. Vingt-trois habitations furent détruites en quelques jours. Les esclaves

1. C'est en l'honneur de cet exploit que les descendants de Boni ont désigné leur village principal sous le nom de Colica.

délivrés formèrent une escorte dévouée à ce chef intrépide auquel ils devaient la liberté.

Boni emmena sa bande dans le Maroni, et vint se fixer un peu en aval de la crique Paramaka, sur des terrains qui sont connus sous le nom de Bonidoro. Il y établit une plantation de manioc et de bananiers, dont il reste encore quelques vestiges.

Les Hollandais auraient laissé ce chef vivre en paix dans cet endroit éloigné, s'il n'avait fait de fréquentes incursions aux environs de Surinam. Chaque fois quelques habitations étaient saccagées, leurs noirs mis en liberté, et le représentant du maître avait seul la vie sauve pour annoncer le désastre. Quelques escouades isolées étaient incapables de tenir tète à ce chef habile, la colonie se vit obligée de demander des secours à la métropole.

Le prince d'Orange lui envoya douze cents hommes, sous les ordres du colonel Fourgaud, d'origine française. Boni, familiarisé avec toutes les ressources que lui offrait la topographie des lieux, remporta d'abord quelques avantages sur cette petite armée, qui avait été renforcée par un grand nombre de nègres enrôlés pour la circonstance. Une compagnie attaquée par sa bande à Feti-tabiki (ce qui veut dire « l'île de la bataille» ) fut presque complètement anéantie. Les vainqueurs se livrèrent sur les blessés et les morts à des actes de sauvagerie que l'on n'ose pas mentionner.

Les Hollandais crurent un jour pouvoir surprendre Boni dans son campement à Bonidoro. Mais celui-ci, prévenu de l'arrivée de l'ennemi par ses éclaireurs qui sillonnaient la rivière dans tous les sens, avait transformé sa résidence en une véritable forteresse. Des milliers de bananiers, coupés à la hâte et entassés autour du village, formaient un rempart qui abritait les assiégés contre le feu des Hollandais. Les troupes, arrivant en colonnes serrées, furent reçues par une nuée de flèches et de balles tirées à bout portant. Une centaine de soldats trouvèrent la mort dans cette expédition; les autres furent obligés de déloger sans tambour ni trompette.

Quelque temps après, les Hollandais tentèrent une nouvelle attaque avec toutes leurs forces. Boni, obligé de battre en retraite, se retira dans la rivière Aoua, où il fit un abatis connu sous le nom de Pampou-groon (pampou, melon d'eau, citrouille; groou, terrain).

L'armée hollandaise, entraînée par un chef dont l'opiniâtreté était devenue proverbiale, poursuivit les Bonis jusqu'à cette dernière résidence. Les Youcas, qui avaient reçu de nombreux présents, marchaient en avant de la colonne hollandaise. Une bataille terrible s'engagea dans l'abatis de Pampou-groon entre les Bonis et les Youcas. Ces derniers furent complètement battus ; mais les Bonis ayant épuisé leurs balles et leurs flèches pendant une lutte de toute une journée, ne purent résister à l'attaque des troupes disciplinées du colonel Fourgaud. Ils battirent donc prudemment en retraite et profitèrent

1. Les villages de la Paix, de Providence (Pobianchi) et de Coromontibo ont tiré leurs noms des exploits de Doni près des habitations de la Paix, de Providence et de la rivière de Coromontibo.

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de leur connaissance du terrain pour éviter les surprises d'un ennemi trop puissant. Ils se retirèrent près de l'embouchure de la crique Inini, sur la rive droite de l'Aoua.

Les Youcas, à l'instigation des Hollandais, poursuivirent les Bonis jusque dans celte dernière retraite; mais après un combat qu'ils durent livrer à leurs ennemis près de la crique Innii, les Youcas demandèrent et conclurent la paix. Leur chef, pour témoigner de la sincérité de son engagement et de son amitié, offrit à Boni la plus jolie de ses femmes. Une paix heureuse durait depuis plus d'une année. La guerre avait été remplacée par des danses auxquelles assistaient tous les noirs du haut Maroni.

Un jour, plusieurs embarcations montées par des Youcas arrivèrent près de la crique Inini, au lieu désigné sous le nom de Feti-campan, qui veut dire « champ de bataille » . Boni, voyant arriver des amis, descendit sur la plage pour les recevoir. C'est au moment où il allait tendre la main à ses hôles qu'il reçut une balle en fer qui lui traversa la poitrine. Ce brave guerrier fit encore quelques pas pour aller prendre un sabre, mais il expira au moment de se jeter sur ses adversaires. Atopa, le fils aîné de ce malheureux chef, fit battre aussitôt le tambour d'alarme et courut à la poursuite des assassins de son père. Mais les Youcas avaient gagné du terrain. Voyant qu'il ne peut les atteindre, Atopa change de tactique; il laisse ses pirogues à l'embouchure de la crique Gonini et gagne par terre le village de Piquet, qu'occupaient les Youcas. Il atteint ce village au moment même où les anciens de la tribu délibéraient en place publique sur le moyen d'aller saisir la tête de Boni, que les Hollandais avaient mise à prix. Embusqués dans les bananiers qui entourent les habitations, les Bonis font une décharge sur le conseil assemblé et se précipitent dans le village, où ils tuent bon nombre de leurs ennemis avant que ceux-ci aient le temps de se préparer à la défense. Alopa, n'étant pas en force suffisante pour engager un combat régulier, regagne ses canots au plus vite et remonte l'Aoua jusqu'à la crique Inini.

Les Bonis ont à peine terminé les funérailles de leur chef qu'ils sont de nouveau assaillis par les Youcas.

Plusieurs embarcations à la pèche sont surprises par les Youcas arrivés à l'improviste. Ces derniers, maîtres du terrain, réclament la tète du chef assassiné. Les Bonis, sachant le prix que les Hollandais attribuent à ce trophée, ont eu soin d'enlerrer leur chef au milieu de la foret, dans un endroit inaccessible, et de mettre le cadavre d'un autre guerrier dans le lieu destiné à sa sépulture. C'est à ce cadavre que les Youcas enlèvent la tète pour la présenter au gouvernement hollandais.

Le Gran-man des Youcas reçut en récompense de ses services une rente viagère pour lui et ses successeurs, ainsi qu'un hausse-col et une canne de tambour-major.

Ainsi se termina celte guerre acharnée de la Hollande contre ses esclaves fugitifs. Sur les douze cents soldats envoyés par le prince d'Orange pour mettre lin aux incursions des esclaves révoltés, une centaine à peine revirent leur pays. La colonie perdit en outre un grand nombre de soldats noirs qui s'enfuirent dans la forêt. Ces déserteurs,

qui onl formé la tribu des Poligoudoux, reçurent plus tard leur grâce à la condition qu'ils s'uniraient aux Youcas pour empêcher une nouvelle invasion des Bonis. On leur assigna comme établissement la contrée qui confine à l'embouchure de l'Aoua, avec mission d'empêcher l'ennemi de descendre le cours du fleuve.

Ces exploits du chef Boni sont encore vivants dans la mémoire de toutes les tribus du haut Maroni.

J'ai remarqué un grand nombre d'invalides parmi les vieillards. Plusieurs étaient couverts de cicatrices ; l'un d'eux portait des traces d'une grande plaie qui lui divisait le cuir chevelu, l'autre n'avait plus qu'une oreille. C'étaient les survivants des combats que les Bonis ont dû livrer après la mort de leur grand chef, non plus aux Hollandais, mais aux Oyampis, aux Français et aux Oyacoulets.

Les Bonis, ne pouvant plus avoir de communications par le bas du Maroni, essayèrent d'établir des relations avec les Indiens de l'intérieur. Dans ce but plusieurs d'entre eux se rendirent par la crique Inini et le Camopi jusqu'à la tribu des Oyampis, établie dans le haut Oyapock. Ceux-ci les reçurent d'abord très amicalement ; mais craignant que les Bonis ne vinssent s'emparer de leurs possessions, ils se tournèrent bientôt contre eux. Vingt-cinq Bonis revenant faire leur trafic et leurs échanges furent reçus à coup de flèches et tous massacrés. Les Bonis, ne voyant pas revenir leurs compagnons, se mirent à leur recherche ; mais ils reçurent à leur tour le même accueil, et cinq d'entre eux, seuls, échappèrent au massacre et revinrent sur le Maroni. Escortés d'une troupe bien décidée et animés de l'espoir d'une revanche éclatante suivie de pillage, les derniers survivants revinrent à la charge contre les Oyampis ; une nouvelle et terrible bataille s'engagea, dans laquelle les Bonis perdirent beaucoup de monde, mais qui leur valut du moins la liberté de navigation dans l'Oyapock.

Mais un autre danger menaçait les Bonis. Les colons français établis dans le bas de l'Oyapock craignirent pour la sûreté de leurs habitations et demandèrent qu'un poste militaire fût établi sur le fleuve, dans la petite île de Casfésoca, qui est située un peu audessous du premier saut.

Le poste leur fut accordé. Les Bonis, après avoir parlementé avec le commandant du poste, s'avançaient en toute sécurité pour échanger contre leurs produits quelques objets de l'industrie européenne, lorsque, au moment de franchir avec leurs femmes le passage de Casfésoca, ils furent accueillis par une grêle de balles, qui tua la moitié d'entre eux. Les malheureux qui tentèrent de s'échapper à la nage furent tués à coups de sabre. Un petit nombre de prisonniers, en grande partie des femmes et des vieillards, furent envoyés à Cayenne. Ce fait d'armes, qui fut annoncé comme un combat glorieux, ne coûta pas grand 'peine aux vainqueurs. De tous les soldats blancs et noirs qui occupaient la petite forteresse de Casfésoca, pas un seul ne reçut la moindre égratignure. La vérité est que les Bonis, pleins de confiance dans l'hospitalité et dans la parole d'un chef blanc, se laissèrent égorger sans tirer une flèche, sans donner un coup de sabre.

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Pourchassés parles Hollandais et traqués sans merci par les Français, les Bonis firent une incursion dans le haut Maroni. En remontant l'Ilany, ils rencontrèrent une tribu d'Indiens qui amassaient des œufs d'iguanes dans les bancs de sable mis à découvert pendant la saison sèche. Ils furent surpris de la taille élevée de ces hommes, de leur teint pâle, de leurs cheveux blonds et de leur barbe blonde, qui les faisaient ressembler à des Hollandais, sauf le costume.

Les Bonis crièrent de loin F tri (ami) ; les Oyacoulets répondirent d'un ton pacifique : Coulé-Conlé. Les Bonis s'approchèrent et firent connaissance avec ces sauvages, qu'ils voyaient pour la première fois. Ils restèrent huit jours avec eux, pour aller à la pèche, à la chasse, boire du cachiri, et danser des nuits entières. Des cadeaux furent échangés entre les deux partis. Plusieurs Oyacoulets, qui descendirent jusque dans le pays des Bonis, reçurent le meilleur accueil. L'année suivante, à la belle saison, une douzaine de Bonis remontèrent avec leurs femmes jusque dans le pays de leurs amis, qu'ils avaient désignés sous le nom d'Oyacoulets. Ils les trouvèrent dans le grand bois, à une certaine distance de la crique Oyacoulet. La réception fut sympathique : les femmes apportèrent des escabeaux aux nouveaux arrivés, leur servirent du poisson bouilli avec du piment, et firent circuler des calebasses contenant une liqueur fermentée faite avec de la farine de manioc.

Au moment où les Bonis terminaient leur repas, le chef des Oyacoulets frappa sur un tronc d'arbre de son gigantesque tomahawk : c'était un signal convenu pour l'extermination des visiteurs. Une centaine d'Indiens tombèrent sur eux à coups de haches en pierre. Hommes et femmes, les Bonis prirent la fuite dans toutes les directions; trois seulement d'entre eux purent regagner leurs canots. Les autres, dans leur fuite, buttant contre des lianes invisibles que les Oyacoulets avaient tendues en travers au pied des arbres, furent massacrés par ces ennemis impitoyables.

C'est dans cette circonstance que le capitaine Yagui, qui nous a raconté lui-même ses impressions, reçut l'énorme balafre qu'il porte sur le cuir chevelu.

Quelques années après, les Bonis surprirent à leur tour une famille d'Oyacoulets qui amassait des œufs d'iguanes dans l'Itany. Six hommes furent tués, et trois jeunes filles amenées prisonnières à Cotica.

Il y a une vingtaine d'années, les Bonis firent une nouvelle tentative pour établir des relations avec les colons de la Guyane française. Ils se rendirent, par la crique Inini, dans la rivière de l'Approuague, qu'ils descendirent jusqu'à son embouchure. Cette fois ils furent parfaitement reçus par un honorable colon qui exploite un placer dans cette rivière : M. Couy, non content de leur donner une hospitalité généreuse, leur procura le moyen de se rendre à Cayenne, où on les présenta au gouvernement.

Depuis celte époque, les gouverneurs de la Guyane française et de la Guyane hollandaise essayent d'établir des relations avec ces noirs de l'intérieur. Les commissions

envoyées par les deux gouvernements ont éprouvé de grandes difficultés à cause de la défiance bien naturelle des indigènes envers les blancs.

Les Bonis reprochent aux Hollandais l'assassinat de leur chef, et aux Français le guet-apens de Casfésoca. Tous les efforts qui ont été faits pour assurer la navigation du fleuve ont été presque sans résultat. Les Youcas arrêtent les embarcations des Indiens Trios qui veulent descendre le Tapanahoni. Les Poligoudoux, qui sont les alliés des Youcas, empêchent souvent les Bonis de descendre le fleuve. D'autre part, les Bonis se vengent des Poligoudoux et des Youcas en arrêtant les embarcations qui remontent l'Aoua. Enfin les Bonis interdisent aux Boucouyennes, aux Emerillons et aux Oyacoulets de descendre l'Aoua.

Constitution physique. — Etat moral. — Maladies et remèdes. — Costumes. — Ornements. — Habitation. — Religion.

Magie. — Place du Conseil.

Tous ces sauvages se ressemblent au physique et au moral. Cela tient sans doute à ce qu'ils ont tous une origine commune, et qu'ils ont vécu dans les mêmes milieux.

Ce sont des noirs de la côte d'Afrique, qui ont été esclaves plus ou moins longtemps dans la Guyane hollandaise, et qui sont redevenus sauvages après un court séjour dans la forêt vierge.

Quelques femmes portent une jolie rosace autour de l'ombilic. Celle espèce de tatouage se pratique en faisant de petites incisions sur la peau. La cicatrice n'étant pas assez saillante après une première opération, on est obligé de refaire quatre ou cinq fois des incisions sur les cicatrices.

Il est à noter que, chez les nègres, les plaies n'attaquant que le derme produisent des cicatrices couleur de jais, tandis que les plaies profondes sont complètement blanches après la guérison.

Ces sauvages ne se peignent pas la peau comme tous les indigènes de l'Amérique. Ils se barbouillent le front avec une argile blanche lorsqu'ils font des invocations à leur divinité.

Les hommes et les femmes se font des tresses en forme de couronne, et quelquefois leur coifï'ure affecte une forme pyramidale. Pour donner à leur chevelure la forme qu'ils désirent, ils enduisent leurs cheveux d'un corps gras, tel que l'huile de carapa. Les hommes ne portent jamais la barbe, qui est d'ailleurs peu développée. Ils se rasent avec des tessons de bouteilles ou avec des couteaux plus ou moins bien affilés.

Leurs peignes sont faits de bois. Les dents en sont très volumineuses et très longues. Les jeunes gens se donnent beaucoup de peine pour faire de ces instruments un véritable objet d'art, qu'ils offrent en signe d'amitié à la beauté de leur choix.

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Tous ces noirs ont des dents magnifiques et d'une blancheur remarquable. Le premier soin d'un Boni ou d'un Youca en se levant est de se laver la bouche avec de l'eau tiède, que sa femme est chargée de préparer. Jamais ils ne finissent un repas sans se rincer la bouche, mais cette fois avec de l'eau froide. Les hommes et les femmes, ainsi que les plus petits, ne passent jamais un jour sans se plonger dans la rivière. Le plus souvent ils prennent leur bain quand ils ont très chaud. Ils trouvent qu'il n'y a pas le moindre danger à se plonger dans l'eau au milieu de la plus forte transpiration.

Leur état sanitaire est généralement satisfaisant. Les maladies les plus fréquentes chez eux sont les maladies de la peau. Nous avons remarqué plusieurs cas d'éléphantiasis. Les ulcères des membres inférieurs sont assez fréquents.

Ces sauvages ont généralement la vue bonne. Le strabisme et les affections de la conjonctive et de la cornée sont rares. Celles du cristallin sont plus communes; nous avons rencontré un assez grand nombre de vieillards atteints de cataracte. Les maladies des nerfs, de la moelle et du cerveau sont beaucoup moins communes que dans la race blanche ; cela tient sans doute à ce que les noirs ont le système nerveux beaucoup plus apathique que les blancs. La scrofulose est peu fréquente. Nous n'avons pas rencontré d'individus porteurs de cicatrices provenant d'abcès ganglionnaires, mais nous avons vu une jeune fille et un enfant atteints de coxalgie. Les infirmes, ne connaissant pas l'usage des béquilles, se traînent péniblement en s'appuyant sur un grand bâton. L'anémie et la chlorose se traduisent par une décoloration de la peau.

On peut établir, en fait général, que ces sauvages se portent d'autant mieux et paraissent d'autant plus beaux, que leur tégument cutané est d'un noir plus brillant et plus foncé.

Beaucoup d'enfants ont le ventre très volumineux. Les hernies ombilicales sont extrêmement fréquentes, mais peu volumineuses. Celte infirmité provient peut-être de ce qu'ils coupent le cordon au ras de l'ombilic.

Parmi les plantes usitées par ces sauvages pour le traitement des maladies, nous n'en avons remarqué qu'une seule présentant un intérêt réel. C'est le bamba, qui donne un liquide limpide et aromatique [ouata bamba, eau de bamba) dont ils se servent pour la destruction de leurs parasites. Ils obtiennent ce liquide en faisant des incisions profondes dans le Ironc de l'arbre désigné sous le nom de bamba, et qui appartient à la famille des laurinées.

Ces noirs, redevenus sauvages, n'ont pas tardé à réduire leur costume à sa plus simple expression. La plupart des femmes ne portent, pour tout vêtement, qu'un morceau d'étoffe de dix centimètres carrés, suspendu, comme un linge qu'on fait sécher, à une ficelle fixée autour de la ceinture. Dans les grandes circonstances seulement, elles s'enveloppent d'un morceau d'étoffe, qui va de la ceinture jusqu'à mi-cuisses [camisa). Les hommes portent un linge passé entre les cuisses et fixé à une ceinture à l'avant et à l'arrière (calimbé). Les hommes et les femmes ont de nombreux

colliers et des anneaux au cou, aux poignets et aux jarrets. Ces sauvages tiennent beaucoup à leurs ornements. Les nègres Roligoudoux, qui m'accompagnent jusque chez les Bonis, n'ont jamais voulu se présenter à leurs voisins sans avoir revêtu toutes leurs parures.

Ces colliers ont généralement une signification religieuse. Le vieux chef Yagui, dont j'ai déjà parlé, porte au cou un morceau d'argile dans lequel se trouve englobée la tète d'un aiglon, de façon que le bec seul paraisse à l'extérieur. Ce bonhomme m'ayant prêté son collier pour le dessiner, me demanda un peu de rhum en récompense de ce petit service. J'ai constaté qu'il avait insufflé ce liquide sur son morceau de terre sans en avaler une goutte. C'était une offrande qu'il faisait à son Dieu ou Gadou.

Les Bonis vivent généralement sous des huttes carrées, recouvertes de feuilles de palmier. Quelques-unes de ces habitations sont ouvertes à tous les vents. La plupart sont fermées de tous les côtés, et l'on ne peut y entrer que par un orifice étroit et très bas, qui est quelquefois fermé par une porte munie d'une serrure en bois. Nous avons vu une seule maison ayant un étage, où l'on ne pouvait d'ailleurs monler que par une échelle appuyée contre la fenêtre. C'est dans celte espèce de réduit, qui sert en même temps de poste, que le Gran-mandes Poligoudpux fait des invocations au Gadou.

On trouve généralement, à côté des maisons, des calebasses coupées en deux et placées sur un trépied en bois, élevé à un mètre du sol. Ces calebasses contiennent des herbes cuites à l'eau, qu'on pourrait prendre pour une soupe à l'oseille. Cette décoction possède toules sortes de propriétés magiques. Une jeune fille buvait de ce breuvage pour se faire aimer, disait-elle, par un de nos canotiers.

Sur le seuil de la maison, on remarque un bâton auquel est suspendu un petit linge provenant du calimbé d'un des ancêtres. Ce chiffon, qu'ils arrosent fréquemment, en manière de sacrifice, est chargé d'empêcher l'introduction des voleurs. C'est une image des dieux lares des Romains.

Les maisons qui constituent un village sont disposées en une circonférence plus ou moins régulière ; l'espace libre qui se trouve au milieu sert de place publique. Les femmes y font sécher le riz ou préparent les racines de manioc pour faire de la cassave et du cachiri l.

C'est sur cette place que les anciens, assis sur des escabeaux, délibèrent gravement sur toutes les questions qui intéressent la tribu. Cette place est balayée tous les matins au lever du soleil. Les plus petits brins d'herbe sont soigneusement arrachés par les femmes, afin de débusquer les serpents, les araignées-crabes, les scorpions, enfin les milliers de bêles venimeuses qui mettent à chaque instant la vie des enfants en péril.

Dans tous les villages j'ai remarqué une petite habitation soigneusement fermée, située en un endroit un peu écarté. En passant chez les nègres Paramakas, j'avais eu l'idée de

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