DES TU MU CHU MAC A L'AMAZONE
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Étude sur les Indiens des Guyanes. — Funérailles. — Crémation. — Pèche à coups de sabre. — Le Yary. — Chasse. — Un tapir tué. — La crique Couyary. — Les roches du « Mauvais Esprit ». — Bruit singulier. — Rencontre de gens de la tribu de Yeleumeu. — Les Calayonas accusés d'anthropophagie. — La crique Kou. — On s'habitue au piment. — Effets de la peur. — Rapides. — Chute du Yary. — Vaillance d'Apalou. — Cascade. — Rencontre d'une famille brésilienne. — Chute de la Pancada. — Arrivée à Porto Grande. — Gurupa. — Sainte-Marie-de-Belem. — Fin du voyage.
Caractères physiques. — Les Indiens des Guyanes sont généralement de taille peu élevée. Ceux de l'intérieur paraissent toutefois un peu plus grands que ceux du bas des rivières, qui ont sans doute été abâtardis parla misère, la difficulté de se procurer des vivres et aussi l'abus de liqueurs spiritueuses. C'est à tort que la Commission francohollandaise a dit des Roucouyennes qu'ils sont de haute stature. Si, en effet, au premier coup d'œil, ces hommes paraissent plus grands qu'ils ne le sont en réalité, cela tient sans doute à la longueur et à la largeur de leur buste qui fait contraste avec le faible développement de leurs membres. Il est difficile d'indiquer la couleur exacte de ces sauvages. L'idée la plus juste que je puisse en donner est de la comparer à celle d'un Européen fortement bronzé par le soleil.
Après un séjour prolongé dans l'intérieur du pays, nos mains étaient devenues presque aussi brunes que celles des Roucouyennes. Un de ces sauvages me fît même remarquer, en voyant des différences de teint à diverses places de ma peau, que, si je vivais plus longtemps avec eux, je ne tarderais pas à leur ressembler.
Les enfants sont d'un blanc presque pur au moment de la naissance. Lorsque ces Indiens sont malades, leur peau devient terne et sensiblement plus pâle. La teinte de leur peau jaune brunâtre, un peu de la couleur des feuilles mortes, n'est pas agréable à l'œil. Peut-être ont-ils eu une idée heureuse en se peignant tout le corps avec une couleur d'un beau rouge appelée roucou. Ce produit, employé dans l'industrie européenne pour la coloration des étoffes, provient de la pulpe qui entoure les petites graines d'un arbuste indigène de l'Amérique équatoriale, Les Indiens ajoutent généralement un peu d'huile à leur pcinlure, ce qui permet de l'étendre plus facilement et lui donne plus de fixité. Aussi les voit-on rester des heures entières dans l'eau sans que la couleur s'efface. Celte couleur ne sert pas seulement d'ornement: elle a aussi l'avantage de défendre la peau contre les piqûres des moustiques. Il est vrai que cette subslance n'est pas toujours d'une efficacité absolue, car j'ai vu des Indiens qui souffraient des piqûres de ces insectes presque autant que moi.
Les différents animaux ont une odeur propre qui peut les faire reconnaître à distance. Il en est de même des différentes races humaines. Je trouve que les indigènes de l'Amérique du Sud se distinguent des noirs et des blancs par une odeur de cuir neuf. Ce
fait provient sans doute de l'action du tanin du roucou, qui est une substance très astringente, sur les matières sécrétées par la peau (graisse, etc.).
Les jours de fête, les Indiens agrémentent leur peinture rouge de quelques arabesques noires. Ces dernières sont faites avec le suc qui découle du fruit de différentes espèces de genipa et qui est sans couleur lorsqu'on ouvre le fruit, mais qui noircit au contact de l'air. Quelques Indiens, voulant paraître plus beaux que leurs compagnons, ont eu l'idée bizarre de se présenter à moi peints en noir des pieds à la tête.
Très peu d'Indiens ont l'habitude de se tatouer. Ceux qui veulent s'orner de cette manière opèrent simplement en s'enfoneant dans l'épiderme une arête de poisson trempée dans le suc du genipa.
Jamais les Roucouyennes ne se mettent en voyage sans s'être fait teindre la veille du départ. Ce soin est dévolu aux femmes. Ils emportent avec eux du roucou et du genipa dans de très petites calebasses qu'ils suspendent autour de leur cou en guise de colliers. La peinture rouge déteint sur les objets dont ils se servent ; leurs hamacs, faits d'un coton d'une blancheur remarquable, ne tardent pas, par l'usage, à devenir tout à fait rouges. Un Roucouyenne ayant mis une de mes chemises, il me fut impossible de la blanchir. Ces Indiens ont généralement les cheveux d'un noir très foncé ; nous n'avons trouvé que deux individus ayant les cheveux roux. Ces derniers avaient la peau moins pigmentée que leurs compagnons. Us étaient d'une constitution lymphatique ; l'un d'eux portait même la cicatrice d'un abcès des ganglions du cou.
Les Ronis, qui ont eu autrefois des relations avec les Oyacoulets, nous disent que ceux-ci ont la barbe et les cheveux blonds comme les Hollandais ; n'ayant pas vu ces sauvages, je me contenterai de mentionner cette assertion.
La chevelure des Indiens de la Guyane n'est pas crépue comme dans la race nègre ; elle est moins ondulée que chez les blancs, Ils se taillent un peu les cheveux sur l'avant de la tête et portent le reste d'une longueur démesurée. Les hommes et les femmes ont identiquement la même coiffure. La barbe est très peu fournie. Ils ont du reste une médiocre estime pour cet ornement, et ils ont bien soin de l'épiler, ainsi que leurs sourcils et même leurs cils, au fur et à mesure de la croissance. Ils arrachent leurs cils, disent-ils, pour «mieux voir». Les sourcils sont moins fournis que dans la race blanche ; leur insertion, moins nette que chez nous, ne se fait pas seulement au niveau de l'arcade sourciliôre, mais elle s'étend, d'une manière diffuse, jusque sur les tempes et sur le front. Ils regardent la longue barbe des blancs comme une chose des plus étranges. Un chef roucouyenne, qui n'avait jamais vu de blancs, ne consentit à me donner un guide qu'autant que je lui ferais cadeau de quelques poils de mes favoris. Tout le reste du corps est épilé avec le même soin chez les femmes aussi bien que chez les hommes.
TiHe. — Ces Indiens ont la tète assez volumineuse et bien proportionnée à leur buste énorme. Le diamètre antéro-postérieur de leur crâne est toujours plus considé-
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rable que le diamètre transversal. Je n'ai trouvé chez aucun d'eux ces crânes en forme de mitres et de pains de sucre que l'on rencontre chez différentes tribus des rives de l'Amazone. Le front des Indiens est manifestement moins élevé et plus fuyant que chez les blancs.
La Commission franco-hollandaise rapporte que les Roucouyennes vus par elle dans le Maroni ont les yeux bleus. Ce qu'il y a de vrai dans cette assertion, c'est que le blanc de l'œil, qui, dans toutes les races, est légèrement nuancé de bleu par les veines rampant sous la conjonctive, paraît plus bleu que chez nous, parce qu'il ressort davantage sur le fond rouge dont la face est peinte. Mais l'iris, qui donne à l'œil sa véritable couleur, suivant les anthropologistes, n'est jamais bleu. Je l'ai toujours trouvé d'un brun plus ou moins foncé sur plus de deux cents individus que j'ai eu l'occasion d'examiner.
Le globe de l'œil paraît plus petit que dans la race blanche, parce qu'il est légèrement bridé à son angle externe. Les paupières s'ouvrent, non pas sur un axe transversal comme chez nous, mais elles sont légèrement obliques de haut en bas et d'arrière en avant, comme chez les Chinois. Les arcades sourcilières sont plus saillantes que dans la race blanche, ce qui contribue à faire paraître le front plus fuyant. La bouche est généralement petite; mais les lèvres, quoique beaucoup moins épaisses que celles des noirs, le sont beaucoup plus que chez les blancs.
Plusieurs tribus d'Indiens oes Guyanes, entre autres les Galibis et les Emerillons, se perforent la base de la lèvre inférieure, pour y passer un petit os ou une épingle, qu'ils remuent constamment avec la langue. Cette particularité n'existe pas chez les Roucouyennes. Pour compléter l'ensemble de la physionomie de ces sauvages, il me suffira d'ajouter qu'ils ont les pommettes saillantes comme dans la race mongolique.
Ceinture. — Les jeunes gens des deux sexes, loin de se serrer la taille, cherchent à la faire paraître plus grosse en s'entourant l'abdomen avec de grosses ceintures. Chez eux, une légère proéminence du ventre, loin d'être regardée comme une infirmité, est considérée comme un trait de beauté.
Pieds. — On distingue facilement l'empreinte d'un Indien sur le sol ; les pieds sont très courts, larges et plats. La cambrure en est plus faible que dans toutes les autres races ; on pourrait croire que cette disposition doit gêner considérablement la marche, et cependant j'ai pu juger par moi-même que les indigènes de l'Amérique du Sud sont les premiers marcheurs du monde. Les Roucouyennes du Yary font quarante et cinquante lieues à travers les montagnes pour aller danser chez leurs amis de l'Itany et de la crique Maroni. Les hommes et les femmes font des étapes de six et sept heures sans s'arrêter. Dans leurs excursions à travers les montagnes, ils se mettent toujours sur une seule ligne : c'est ce qui constitue la file indienne. Cet ordre de marche leur est si naturel qu'ils le conservent en allant d'une habitation à une autre a travers la place du village, qui est pourtant toujours vaste et en général bien dégagée.
Mains. — Ce qui caractérise la main de l'Indien, c'est le développement des muscles du pouce et le peu de longueur des doigts. Les hommes les plus grands, quoique ayant le poignet assez fort, ont des doigts qui ne sont guère plus longs que ceux d'une fille de douze ans de la race blanche.
Maladies. — Un de mes amis, le docteur Hemeury, qui a habité la Guyane pendant six ans, m'a dit en plaisantant que les Indiens ne sont jamais malades qu'une fois, au moment de mourir : dans toute la haute Guyane je n'ai en effet rencontré que fort peu de malades ; et, je dois le reconnaître, tous étaient dans un état si désespéré que tous mes soins eussent été superflus.
Nous n'avons trouvé aucun Roucouyenne atteint de calvitie, même chez les gens les
MAINS D'UN ROUCOUYENNE
plus âgés. Les vieillards des deux sexes conservent généralement leurs cheveux noirs jusqu'à la mort.
Les affections de la peau sont rares.
Médecins et remèdes. — Tous ces sauvages ont des médecins qu'ils appellent piays. Un piay accompagnait les Indiens qui portaient mes bagages à travers les montagnes, de sorte que j'ai pu voir la manière dont il traitait ses malades.
Notre compagnon Apatou ayant eu mal à la tète, le piay Paniakiki s'assit sur un hamac en face du malade, puisse mit à regarder le ciel pendant quelques instants, en ayant l'air de l'invoquer mentalement. C'était une prière tacite qu'il adressait au diable pour qu'il fit cesser le mal de son client. 11 pratiquait cette espèce d'exorcisme tout en fumant sa cigarette, dont il rejetait la fumée par le nez avec autant d'élégance qu'un gamin de Paris. Puis, plaçant sa longue cigarette entre le gros orteil et le deuxième doigt de pied, sans adresser à son malade aucune question sur le mal qu'il éprouvait, ainsi
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que cela se pratique chez nous, il se mit à souffler avec force sur le point douloureux. Prenant ensuite un éclat de roche très pointu, il fit cinq ou six incisions sur le front du patient, et se mit à aspirer le sangavec sa bouche en guise de ventouse. Après cinq minutes de succion, les insufflations recommencèrent; le piay ralluma sa cigarette qui s'était éteinte pendant l'opération, en envoya deux ou trois bouffées dans la bouche et les yeux de son malade, et se retira sans mot dire. Apatou, qui avait d'ailleurs plus de confiance dans les pratiques de ces espèces de sorciers que dans mes connaissances