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DE CAYENNE AUX ANDES. m
Je passe l'après-midi à observer mes hôtes et à apprendre leur langue. Je remarque un vieillard qui par exception porte la barbe, c'est-à-dire quelques rares poils noirs et assez durs au-dessus de la lèvre supérieure et du menton. Cet homme, avec sa barbe tout à fait insérée comme celle de la race asiatique, avec ses pommettes saillantes, son teint jaune, ses yeux obliques et légèrement bridés en dehors, ressemble à un Chinois.
Les Indiens ont l'habitude de s'épiler de la manière suivante : ils saisissent le poil entre une lamelle de bambou et le pouce et l'arrachent ou le cassent en faisant un mouvement de bascule.
Les Oyampis portent les cheveux très longs et flottants, mais coupés carrément sur
DESSINS DES OYAMl'ls
U1RTIN-PÉCHEI R
le front à la hauteur de l'arcade sourcilière. Les femmes se coiffent absolument de la même manière que les hommes, mais elles ne mettent jamais de couronnes pour maintenir leurs cheveux.
Je m'amuse à reproduire les figures et les arabesques dont sont couverts les gens du village. Elles présentent beaucoup d'analogie avec les gravures de la roche Tinéri du Maroni. 11 me vient ensuite l'idée de tailler un morceau de charbon et de le donner au capitaine Jean-Louis en le priant de dessiner sur mon cahier, qu'il nomme caréta, tandis qu'il appelle les dessins qu'il exécute coussiouar. Jean-Louis ne sait guère dessiner. Au contraire le jeune Yami me fait rapidement, non plus avec du charbon, mais avec un crayon, des dessins d'homme, de chien, de tigre, enfin de tous les animaux et diables
î\% VOYAGES DANS L'AMÉRIQUE DU SUD.
du pays. Un aulre Indien reproduit toutes sortes d'arabesques qu'il a l'habitude de peindre avec le genipa.
Ayant donné quelques aiguilles à mes dessinateurs, c'est à qui me demandera un crayon pour noircir du papier. Je vois que ces sauvages qu'on accuse d'être absolument ignorants des beaux-arts dessinent tous avec une facilité extraordinaire; les femmes elles-mêmes, que les voyageurs ont l'habitude de décrire comme des bêtes de somme, me demandent également des crayons pour gagner quelques aiguilles en reproduisant les dessins qu'elles ont l'habitude d'exécuter sur leurs poteries.
DESSINS DES OYAMPIS