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I. Seizième siècle, manuscrits de la HiMiothèque nationale

pagner jusqu'aux sources du Yary. 11 entraine avec lui les hommes les plus vigoureux de la tribu et le vieux Chicaca qui, au premier voyage, nous a suivis jusqu'à la première chute du Yary. Ce vieil Indien, qui a passé quelques années de son enfance chez les blancs, change de tribu presque toutes les années. J'apprends qu'il s'est fixé chez Alicolé parce que ce petit chef, qui n'avait que très peu de peïtos, lui a cédé sa plus vieille femme afin de l'attirer chez lui.

Pendant la route, Apatou me fait le récit d'un petit drame qui s'est passé, il y a cinquante ans, chez les Apourouis.

« Un Boni nommé Coffi, aujourd'hui capitaine, va un jour chez les Apourouis avec son père le grand man 1 Gongo2 et un petit garçon nommé Alemé.

« Le soir, dit Apatou, Indiens qui dansé Toulé 3 boire beaucoup cachiri. Coffi dit à so papa : « Toi, pouvé boire seulement petit morceau ; gagné beaucoup Indiens qui « pouvé faire bêtises avec nous. »

« Petits moun allé coucher carbet ou qui mettez fusil grand man Gongo. Coffi, qui pas dormi, entendé Indien qui veni doucement, doucement pour prendre fusil. Ly trié, Indien sauvé. Petit capitaine dit à so camarade : « Gader fusil, moi appeler papa. »

« Coffi dit à grand man : « Indien veni pour voler fusil. »

« Grand man Gongo dit : « lo ! io ! pas vrai, Indiens la mo zamis, pas pouvez faire « méchants. »

« Coffi, qui couché dans so hamac, entendre Indien qui veni doucement, doucement. Lui couri dire à so papa : « Indiens vouler prendre fusil, veni vite. »

Au moment où Gongo s'abaisse pour saisir son arme, il reçoit une flèche qui lui traverse la joue. Une lutte s'engage dans l'obscurité, mais enfin il se retire avec son fusil à pierre, laissant son sac de munitions entre les mains de l'ennemi.

Les Indiens, connaissant la manière d'appeler du chef nègre, se mettent à parcourir les alentours du village en criant : Cofficon! (Coffi venez !) Alemécon ! ...

Le grand man apprend ainsi que les enfants n'ont pas été tués dans la bagarre, puisqu'il les entend héler par les Indiens.

Coffi et Alemé, blottis derrière un arbre, entendent également cet appel, mais ils ne répondent pas parce qu'ils s'aperçoivent du piège.

A la pointe du jour, le petit capitaine distingue un sifflement léger qu'il reconnaît pour ne pas être celui d'un serpent... Bientôt il entrevoit son père tout couvert de sang.

Les trois nègres se mettent en route au plus vite pour traverser la chaîne de montagnes qui sépare le Yary du Maroni. Ces malheureux marchent trois jours sans d'autre nourriture que le cœur tendre du palmier ouapou (chou palmiste). Enfin ils arrivent près d'un village ouayana situé sur le sentier qui va du Yary au mont Lorquin.

1. L'auteur, dans le récit de son premier voyage, écrit Gram-man. (Note de l'éditeur.)

2. f!ongo était un fils du fameux chef boni dont nous avons raconté les aventures.

3. Toulé, grande fête pour célébrer l'anniversaire de la mort d'un homme.

Gongo, s'étant introduit dans Tabatis pendant la nuit, dérobe quelques racines de manioc, mais il n'a pas de feu pour les faire cuire. Ayant retiré le plomb et la moitié de la charge de poudre, il sacrifie le reste pour enflammer une bourre de coton.

Il retourne le lendemain à l'abatis, mais il est aperçu par un Indien qui, faisant semblant de ne pas le voir, se met à jouer un air de flûte. Ce signal fait accourir un grand nombre de Ouayanas et d'Apourouis qui sont à sa poursuite. Gongo veut se sauver, mais il est trop tard ; les Indiens le somment de se rendre.

Le grand man met en joue le tamouchi, en disant qu'il le tuera s'il ne veut pas le laisser passer. Celui-ci se moque bien du chef nègre, croyant qu'il a brûlé depuis longtemps son unique charge de poudre.

Mais voilà que le fusil part, et le tamouchi tombe à terre en criant : « Oké ! oké ! »

Gongo profite d'un mouvement de panique pour se sauver. Après trois jours de marche, en suivant la crique Coulé-Coulé, il arrive à un village ouayana, où il est obligé de s'arrêter pour prendre des vivres et un canot. Ayant caché les enfants dans les arcabas d'un gros cèdre, il entre résolument dans le village avec le fusil sur l'épaule. Arrivé au carbetdes hommes, une femme lui apporte un cololo (petit banc), un autre le tourna (bouillon) où il trempe de la cassave. Lorsqu'il a fini de manger, le tamouchi Araouata vient s'asseoir à côté de lui pour causer.

« Nepo amolé pitani? » (Où sont vos enfants?)

Gongo répond : « Acominé (Ils viennent derrière).

— Nepo amolé péito? (Où sont vos soldats?)

— Peïto oua eou. » (Je n'ai pas de soldats), répond franchement le grand man en montrant son fusil.

Le tamouchi lui dit : « Eou mecro malé totopock oua » (Je ne suis pas en guerre avec les nègres). Eou (je) mecro (nègre) maté (avec) totopock (guerre) oua (non).

A cette déclaration, le grand man va chercher ses enfants et revient chez son hôte. On lui donne des vivres, des hamacs et un canot, et trois jours après il rentre dans son pays, le village de Cotica.

Nous arrivons quelques heures après cà l'habitation de Marcouipy, avec qui j'ai fait connaissance à mon premier voyage.

Ayant appris sa mort, je m'empresse d'adresser des condoléances à sa veuve. Cette brave femme, nommée Sourouï, se met à pleurer en chantant. Je distingue les paroles suivantes : Maria, eh, eh; sapa, eh, eh; ouioui, eh, eh; cachourou eh, eh. [Maria, couteau; sapa, sabre; ouioui, hache; cachourou, collier.)

Ce qui peut se traduire librement de la façon suivante : « la pauvre vieille déplore la mort de son mari parce qu'elle ne pourra plus se procurer les objets indispensables à son ménage et à sa toilette. »

Yelemeu, qui m'a déclaré il y a quelques instants qu'il était très content d'être débarrassé de son voisin, pleure et chante en faisant chorus avec la veuve.

J'apprends que Macouipy, en sa qualité de piay, c'est-à-dire de médecin, n'a pas été brûlé comme le reste des mortels. Conduit sur le lieu de la sépulture, je vois une petite hutte au milieu do laquelle se trouve un large trou ayant deux mètres de profondeur; au fond j'aperçois mon ancien hôte couché dans un hamac où il semble dormir. Le corps desséché, dur comme un parchemin, est complètement peint en rouge. La tête est parée de plumes aux couleurs les plus éclatantes, le front est ceint d'une couronne faite avec des écailles de caïman ; c'est l'emblème de la souveraineté. Au cou il porte une petite flûte en os et plusieurs sachets qui renferment des couleurs; c'est le signe que Macouipy avait un talent particulier pour la peinture. Je vois près de

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