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SÉPULTURE D'UN PIAY ( MÉDECIN

lui un grand vase, mais il est vide; les Roucouyennes ne donnent pas à manger à leurs morts. D'ailleurs le cadavre a sous la main un arc, des flèches et une massue qui pourront lui servir au besoin pour se défendre contre ses ennemis et pourvoir à sa nourriture.

Après cette visite, nous allons nous reposer quelques instants dans une hutte ronde où sont accrochés un grand nombre de hamacs; le nouveau tamouchi, fils aîné du défunt, nous apporte une calebasse pleine d'excellent cachiri. Je bois avec plaisir celte liqueur acide, légèrement alcoolique, qui m'avait d'abord répugné. Chacun vide trois ou quatre calebasses qui lui sont servies par le tamouchi. En pays roucouyenne, ainsi que chez les Oyampis, c'est le chef qui présente aux étrangers la coupe de l'amitié.

Ensuite le jeune tamouchi s'écrie: « OH tourna énepké » (femmes, apportez le bouillon).

Le mot tourna désigne généralement le suc exprimé du manioc bouilli avec du piment ; mais je remarque au fond de la marmite une tête de pakira boucanée qui constitue un bon plat de résistance.

Les tendresses de Yelemeu à la vieille femme de Macouipy me paraissent singulières. Toutefois je ne tarde pas à saisir la clef de l'intrigue : c'est que la vilaine Sourouï a deux jolies filles qui deviendront les femmes de celui qui contractera une alliance avec la mère. Ces deux fillettes, capables d'exciter la jalousie du voyageur, qualifieront Yelemeu non point de papa, mais â'okiri, c'est-à-dire d'homme ou d'époux légitime. En échange de ces avantages, Yelemeu abandonnera son titre de tamouchi pour venir se joindre à la tribu de ses femmes. Le jeune fils de Macouipy, qui n'est pourtant qu'un enfant, aura le droit de commander le mari de sa mère comme un sujet. Il cessera de l'appeler tamouchi pour le qualifier depeïto.

Il importe de remarquer que, chez les Ouayanas, c'est l'homme qui suit la femme. Une condition sine quâ non du mariage, c'est que le jeune homme viendra s'établir dans la tribu de sa future.

En nous promenant dans le village, nous remarquons une jeune femme qui a perdu la jambe à la suite d'une piqûre au talon que lui a faite un serpent à sonnettes. De même que dans beaucoup d'autres piqûres d'animaux venimeux, elle a été prise d'une inflammation des vaisseaux lymphatiques suivie d'un phlegmon diffus, et bientôt de gangrène.

Les crotales circulent plus dans la saison des pluies que pendant la sécheresse. Jé n'ai pas eu l'occasion d'en rencontrer un seul. Il faut que je m'adresse à mon compagnon Apatou pour avoir des renseignements sur la manière d'attaquer de cet animal.

Le serpent est enroulé; vous passez près de lui, il agite sa sonnette, et gare à vous ! puisqu'il peut vous atteindre à une distance de six mètres. Comme tous les serpents, au moment où il a l'air le plus apathique, il bondit et décoche son dard avec la vitesse de l'éclair. C'est au commencement de la saison des pluies qu'on rencontre le plus de serpents ; il faut dire qu'ils sont beaucoup plus communs autour des habitations que dans la forêt vierge.

J'arrive, le lendemain, chez une autre connaissance, le chef Namaoli. Il n'est pas au débarcadère, mais je trouve à sa place le piay Panakiki. Celui-ci m'informe que le tamouchi ne peut pas sortir parce qu'il vient d'avoir un enfant.

« Si tu pénètres dans sa hutte, me dit-il, tes chiens mourront bien vile. »

Cette menace n'a rien qui soit bien etFrayant pour moi puisque je n'ai pas de chiens.

Je trouve Namaoli couché dans son hamac, tandis que sa femme circule dans l'intérieur de la maison. 11 a un air si sérieux que je pourrais le croire malade, mais

il n'en est rien. Après l'accouchement, chez les Roucouyennes, c'est l'homme qui se couche tandis que la femme se promène.

Mon confrère Panakiki répète devant moi la prescription qu'il a déjà faite à son client. 11 restera couché pendant une lune et ne mangera aucun poisson, aucun gibier tué avec la flèche. 11 se contentera de cassave et de petits poissons pris avec une plante enivrante appelée nicou. S'il enfreint cette ordonnance, son enfant succombera ou bien deviendra vicieux.

Aussitôt après l'accouchement la femme prend un bain de vapeur de la manière suivante : elle s'étend dans un hamac au-dessous duquel on place un gros caillou rougi au feu : on jette sur ce caillou de l'eau qui se vaporise. La malade n'est pas astreinte à une nourriture spéciale. L'enfant, outre le lait maternel, boit de temps à autre un

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