DE CAYENNE A COTISA
Iguanes. — On trouve un yiand nombre d'iguanes sur le bord des cours d'eau; on peut les tuer avec un fusil ou une (lèche lorsqu'on les voit sur des arbres qui surplombent la rivière. Souvent ces animaux se précipitent dans l'eau dès qu'ils voient une pirogue. Nous avons saisi un iguane qui s'était assommé en tombant sur le bord de notre
embarcation. Lorsque la rivière n'est pas profonde, les Bonis flèchent l'animal ou bien vont le prendre à la main, ce qui est très facile.
Serpents. — Les reptiles sont représentés par un grand nombre d'espèces dan? les Guyanes. Ces animaux se tiennent de préférence sur les lianes qui bordent les rives; nous avons manqué de nous faire piquer en cueillant les fruits parfumés d une passiflore que les gens de la côte appellent Marie-tambour, et dont les serpents sont très friands. Une espèce de serpent aquatique, que les Bonis appellent ovatra
58 VOYAGES DANS J/A.AIERIOUl'^ DU SLD
yacouca, est particulièrement dangereuse pour les voyageurs qui suivent les rivières.
Le serpent boa est assez commun dans les cours d'eau ou sur leurs rives. Ce serpent se nourrit d'animaux inoffensifs qu'il surprend lorsqu'ils viennent s'abreuver sur le bord des rivières ou bien lorsqu'ils les traversent. Mon fidèle Apalou, voyant un jour son chien saisi par un boa gigantesque, n'hésita pas à se porter à son secours, et ce ne fut pas sans une grande émotion que j'assistai à la lutte de mon compagnon de roule contre le redoutable habitant de ces contrées peu hospitalières. Les anneaux du reptile gigantesque entouraient le pauvre animal, le pressaient, l'étouffaient et semblaient devoir faire déjà craquer ses os; mais bientôt ils furent tranchés par le sabre d'Apalou, qui ramena triomphant son chien vivant sur le rivage.
Les nègres Youcas mangent volontiers la chair du boa, ainsi que celle des serpents venimeux. Une répugnance invincible m'a empêché de goûter e ce mets peu engageant.
Les danses. — Le mariage. — La religion. — Les funérailles. — Le gouvernement et la justice. — Le langage.
Da?ïses. — Les nègres du Maroni, aussi bien que tous les noirs d'Afrique, dansent avec frénésie. Des chants et une musique infernale, composée de tam-tam et quelquefois de vieilles casseroles, donnent au danseur un entrain indescriptible. Les femmes laissent échapper par intervalles de petits cris perçants; parfois leurs jambes ne se déplacent pas : elles font seulement quelques mouvements qui rappellent, jusqu'à un certain point, les Espagnoles dansant la bandera. Ces sauvagesses ont une manière particulière de saluer : elles abaissent légèrement le corps par une flexion des genoux, sans incliner le buste, et se relèvent brusquement. C'est ainsi qu'elles remercient le voyageur qui leur l'ait cadeau de quelques aiguilles ou autres menus objets.
Mariages. — Les nègres Bosch n'ont généralement qu'une femme ; il n'y a guère que les chefs qui en possèdent deux ou trois. Le Gran-man n'accorde une femme aux jeunes gens qu'autant que ceux-ci ont montré leurs dispositions pour le travail en plantant un champ de manioc et en construisant une petite maison.
Un jeune homme paresseux ou incapable est condamné au célibat. Les unions entre cousins germains sont assez fréquentes, mais elles sont rares entre frère et sœur. Les enfants nés de ces derniers mariages ne m'ont pas paru moins forts que les autres. Nous devons pourtant signaler que cette sorte d'union est un acte réprouvé par les sauvages. Un nègre Youca qui vit dans de semblables conditions est obligé de se tenir dans l'isolement, ses voisins refusant la fréquentation de sa maison.
Ces noirs ont généralement trois ou quatre enfants, et quelquefois huit ou dix; les
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jumeaux ne sont pas rares ; on nous a montré une femme qui avait eu trois enfants de la même couche. La poitrine de ces négresses est d'un volume ordinaire et n'a rien de répugnant. Je donne textuellement mes impressions telles que je les ai écrites au village de Cotica, le 12 août 1877.
Religion. — Un chef (le Gran-man) m'apporte une poule domestique qu'il vient de tuer avec une flèche. Je l'invite à s'asseoir dans mon carbet, et, pendant que nous prenons du café, je l'interroge sur ses croyances religieuses. 11 me dit que tous les nègres du haut Maroni ont un bon Dieu qu'ils appellent Gadou. C'est lui qui a fait les hommes, les singes rouges, le riz, les pingos, le manioc [sic). Le Gadou a une femme connue sous le nom de Maria et un fils nommé Jest Kisti.
J'étonne beaucoup mon sauvage en lui disant que nous appelons le fils de Dieu Jésus-Christ, et sa mère Marie.
11 n'a aucune notion sur le Saint-Esprit.
Je lui demande ce que les nègres Bonis deviennent après la mort : il me répond qu'il n'a pas d'opinion bien arrêtée sur cette question, mais il pense que les bons vont avec le Gadou et les mauvais avec le Didibi ou diable.
D'où viennent ces idées religieuses, qui ont une si grande analogie avec le christianisme? 11 est hors de doute qu'elles leur ont été transmises par leurs ancêtres qui furent captifs chez les blancs.
Les Bosch adorent certains animaux, mais pas tous les mêmes ; telle famille respecte le singe rouge, telle autre, la tortue, telle autre, le caïman, etc. Beaucoup ne mangent pas la viande de capiaï sous prétexte qu'elle donnerait la lèpre. Bemarquons que cet animal présente beaucoup d'analogie avec le cochon. N'y aurait-il pas chez ces sauvages une notion vague de la loi de Moïse, qui, par mesure hygiénique, défendait à son peuple de manger la viande de porc?
Ces noirs sont très superstitieux : ainsi jamais ils ne diront le nom d'un saut au moment oii ils le passent. Le voyageur fera bien de se renseigner avant le départ sur les chutes qu'il doit successivement franchir dans la journée. Lorsque l'obstacle est dangereux, ils recommandent aux canotiers étrangers de garder le plus profond silence, ou au moins de ne parler que très bas afin de ne pas éveiller la colère de la Divinité. Quelquefois ils me demandaient un peu de tafia pour faire une offrande au Gadou vers le milieu de la chute. Il est vrai que le sacrificateur prélève généralement une forte part sur ces libations. Funérailles. — Les morts sont conservés huit jours, pendant lesquels on se livre a des danses et à des chants lugubres. Le cercueil est transporté matin et soir dans tout le village par des hommes qui l'inclinent à droite et à gauche pour imiter des mouvements de salutation. On considère comme un bon augure ces politesses que le défunt semble adresser en passant devant les carbets. Ledit cercueil fait de longues halles au milieu du conseil, réuni sur la place pour le Lrecevoir. es plus anciens lui font chacun des questions auxquelles il répond en s'inclinant à droite, à gauche, en avant, en arrière.
00 M)YAGES DANS L'AMÉniQUi: DU SUD.
Tous les malins, un vieillard dont la voi.v n'csl pas moins désagréable que celle du sino-e rouge, pleure en chantanl jusf]u'à ce que ce roi des forèls vienne s'associer à la douleur de la nation.
Les cadavres ne sont inhumés qu'en clat de putréfaction avancée. J'ai été assez heureux pour ne pas rencontrer le Gran-man et sa femme défunts en chair et en os. Ceux-ci, étant morts dans le bas de la rivière, n'ont pu être transportés tout entiers : on s'est contenté de rapporter leurs cheveux et leurs ongles. La fosse, qui avait six pieds, était garnie au fond de madriers disposés en long et en travers. De nombreux objets ayant appartenu aux défunts furent déposés dans la terre avec leurs restes.
Gouvernement. Justice. Épreuves. — Les diverses tribus noires du Maroni sont gouvernées par un chef qui porte le titre de Gran-man. Le pouvoir est héréditaire. Le Gran-man actuel des Bonis est, par les hommes, un descendant du fameux chef qui a donné son nom à la tribu. Mais nous devons signaler que le droit d'aînesse n'existe pas ; le Gran-man désigne pendant sa vie celui de ses enfants ou de ses frères qui doit lui succéder. Le Gran-man, aidé de plusieurs lieutenants, est surtout chargé du pouvoir exécutif. A lui doit s'adresser le voyageur pour obtenir des canotiers.
Toutes les afîaires générales sont discutées par un conseil composé des notables de la tribu. Les jeunes gens en sont exclus jusque vers l'âge de trente ans, tandis que les vieillards en font partie de droit. Ce conseil est également chargé de régler les différends qui existent entre personnes d'une même tribu. Lorsqu'il y a une atTaire entre des sujets de deux tribus, le conseil de justice est mixte. Les assemblées se tiennent en plein vent; tous les membres sont assis sur des escabeaux, à l'exception de l'orateur, qui se tient debout. J'ai remarqué que presque tous parlent avec une facilité qui ne le cède en rien à la faconde des races latines. La plaisanterie n'est pas interdite à l'orateur, et l'on voit souvent l'auditoire éclater de rire.
Les aflaires criminelles sont réglées par le Gran-man et ses lieutenants. Tout individu soupçonné de meurtre est obligé de boire le poison d'épreuve. Nous savons par expérience que l'écorce servant à faire l'infusion présentée au criminel, et (|uelquefois au voyageur qu'on veut effrayer, ne possède aucune propriété toxiiiue. Ouand les accusés tombent en syncope, ce qui arrive, c'est qu'ils se sentent coupables. Les innocents n'éprouvant aucun malaise après la prise de ce breuvage, ne sont-ils pas convaincus qu'il est toujours sans action sur ceux (jui n'ont pas commis de crime? J'engage les voyageurs à demander à boire le poison d'épreuve; c'est la niMiiiric di' prouver à ces sauvages qu'on vient les voir sans mauvaise intention. Ce n'csl qu'après avoir bu ce prétendu poison qu'on peut circuler librement chez les Bonis et 1rs "^ oucas.
L'arbre qui fournit le poison d'épreuve n'est connu que par le (ii;iii-ni;ui et ses lieutenants. D'après la légende, cet arbre merveilleux, capable de tuer les ( riininds cl de guérir les maux les plus incurables, a été indiqué par le Gadou lui-même au premier chef de la nation des Bonis.
<§*" WH^^,f
DE CAYENNE A COTICA.
Les assassins sont condamnés à la peine de mort : on les brûle vivants sur la place publique.
Langage. — Le langage des noirs du Maroni est surtout composé de mots hollandais et anglais plus ou moins altérés. On trouve en outre des expressions empruntées à l'espagnol, au français et aux divers langages des indigènes américains. A part les mots empruntés aux sauvages, la langue bosch est identique au créole qui se parle actuellement dans toute la Guyane hollandaise.
Noms de nombre.
ouan
ton
dili
fo
feivi
un [one en anglais) deux [two en anglais)
SlgUlSl
seibi
eiti
neigui
tini
lina ouan
lina dili tina neigui tiventi
treize dix-neuf
vingt [IwenUj en anglais, twintig en hollandais)
tiventi-neigui vingt-neuf
di tenli
trente
fortenli
quarante
feivitenti
cinquante
siguisitenli
soixante
seibitenti
soixante-dix
ouan hondro
cent [hundred en anglais,
hondreden hollandais)
ouandouzound
mille [duizend en hollan-
dais)
trois [(Irie en hollandais)
quatre [four en anglais)
cinq [five en anglais)
six
sept [seven en anglais,
zeven en hollandais) huit [eight en anglais) ne\i{[negen en hollandais) dix [ten en anglais, tien
en hollandais) onze toualoufou douze (/w^e/^'e en anglais,
twaalf en hollandais)
Chaque individu n'a qu'un seul nom pour le distinguer de ses semblables : ce n'est pas un nom de famille : c'est simplement un prénom, ce qu'est chez nous le nom de baptême, et il est donné, tantôt suivant le caprice des parents, tantôt d'après un véri* table calendrier qui ne diffère du nôtre que par sa simplicité.
Chez nous on a le choix entre autant et plus de prénoms pour chacun des deux sexes qu'il n'y a de jours dans l'année ; tandis que chez les noirs du Maroni il n'y a que sept noms pour les garçons et sept noms pour les filles; ils correspondent aux jours de la semaine.
Calendrier des nègres Bosch.
Noms d'hommes. Noms de femmes.
Yao Yaba
Cofi Afiba
Couamina Amba
Noms d'hommes.
Noms de femmes.
Dimanche
Couachi
Couachiba
Jeudi
Lundi -
Codio
Adiouba
Vendredi
Mardi
Couami
Abéniba
Samedi
Mercredi
Couacou
Acouba
Ci VOYAGES DANS L'AMÉRlOli: DU SUD.
Ces gens luals croioiil que le jour de la naissance et, par suite, le nom qu'il impose au nouveau-né influent sur le caractère des individus. Ainsi les femmes qui sont nées le dimanche et s'appellent Couachiba ont la réputation d'être frivoles; les Codio sont rancuniers, les Couacou ivrognes, etc.
Faisons observer que, sans être superstitieux à cet égard, nous aussi nous nous laissons souvent influencer pour ou contre les individus rien qu'en entendant prononcer leur nom. Ces préjugés sont quelquefois une cause d'ennuis, et même de malheur», pour toute une existence.
Jours de la semaine.
Monday Lundi
Toudayouoko Mardi (S'jour de la semaine) Dilidayouoko Mercredi (3' jour de la semaine)
Fo day ouoko Jeudi [V jour de la semaine i
Feda Vendredi
Sata Samedi
Sunday Dimanche
Monday et sioiday sont anglais; sala est la corruption de l'anglais saturday: ouoko est la corruption de l'anglais et du hollandais iceek, qui veut dire semaine.
i\oms des mois.
Ouan moun
Tou moun
Dili moun
Fo moun
Feivi moun
Siguisi moun Juin (6'* lune)
Janvier (1"" lune) Février (2" lune) Mars (3" lune) Avril (4" lune) Mai (o" lune)
Seibi moun Juillet (7" lune)
Eiti moun Aoiit (H' lune)
Neigui moun Septembre (9' lune)
Tini moun Octobre (iO' lune)
Tina ouan Novembre (onzième)
Toualoufou Décembre (douzième)
Quelques autres iioms dliommes.
Cofi, Acodi, Lomi. Acoman, Diamoli, Apatou, Alamo, Dogue-Mofou.
lYoms de femmes.
Yaca, Sankina.
Substantifs.
sopi
eau-de-vie
bala
bouteille
glasi
verre {glas en hollandiiis)
beley
ventre [helly en anglais)
banki
banc
coumba
ombilic
siki
malade(s/e/i;en hollandais,
aï
œil
sick en anglais)
cocoli
tatouage en relief
Dli: CAYENNE A COTICA.
nosoii
bolo
foo
mapapi
le
saca
nefi
yemba
liamaca
soiila
ran
moun
smoko
folo
cacafolo
sebila
linga
oui
mongo
ralaman
pecina
eggi
oudou
fa va
faya oudou
osou
chilon
data
maman
piquiii cigué
piquin oum:in
patata
planca
saoutou
nez [nose en anglais)
bec
oiseau
aile
queue [steel en hollandais,
iail en anglais) sac
couteau [knife en anglais) colon Iiamac saut soleil [zon en hollandais,
sun en anglais) lune {moon en anglais) fumée {smoke en anglais) poule coq
pléiades
pendant d'oreille poil
montagne serpent orange
œuf {('(jg en anglais) bois [ivood en anglais,
ivoud en hollandais) feu
bois à brûler carbet roche père mère
pclit garçon petite fille (petit : pequeho
en espagnol ; femme :
woman en anglais) pomme de terre planche sel izoKten hollandais)
mofou Gadou kini
tapa-bali groon
yesi neki
coyïpi finga
ce pou
tetey
boni
tikifoutou
manga
boto
pâli
hamaca tetey
bototetey
ouaira
ouatramofou apouana ibaca knopou hempi knopou
casaba labaka bouschi
doti cofi
nengré Youca nengré
bouche [moulh en anglais)
bon Dieu et Ciel
genou [knie en hollandais, knee en anglais)
tonnerre (bruit en haut)
terrain [grond en hollandais, cfiound en anglais)
oreille
cou [iick en hollandais, neck en anglais)
mollet
doigt [fmger en anglais, vwgcr en hollandais)
jarretière
corde
anneau
jarret
ongle
pirogue ou canot
pagaye
corde de hamac
corde pour haler les pirogues dans les sauts
eau {waler en hollandais et en anglais)
salive (eau de la bouche)
bras
dos [hack en anglais)
bouton(AT<oo/>en hollandais)
bouton de chemise [hemd en hollandais)
cassave
tabac
grand bois [hosch en hollandais)
terre
café
nègre nègre Youca
niamichi latamela alichi
lia
meignan
cognan
deday
singui
slibi
amoi knopoyamoï
igname
Poligoudou
fourmi
nengré
riz {rijst en holl.
coco
el^ret? en créole
cocosiki
de Surinam)
labilvi
denl [teeth au pluriel
en
feli
anglais)
nègre Poligoudou
poitrine
malade de la poitrine
île
bataille {flght en anglais)
Vei'bes, adverbes et autres parties du discours.
manger viens manger
mourir [die en anglais) chanter [zimjen en hollandais, sing en anglais, dormir [sleep en anglais)
gui
donner [give en anglais) gui mi piquin donnez-moi un peu de cascasaba save
oui (yV/ en hollandais)
la
adey aïpi
Adjectifs.
joli [mooi en holland.) joli boulon
odio broco
rien beaucoup
bon
cassé [broken en anglais)
•mmt^^gm^
UN AB;VT[S CIIEX LES nOLCOOYENNES