‹ Voyages dans l'Amérique du SudChapitre 17 sur 88 · DE CAYENNE A COTISA · texte numérisé non relu

DE CAYENNE A COTISA

Iguanes. — On trouve un yiand nombre d'iguanes sur le bord des cours d'eau; on peut les tuer avec un fusil ou une (lèche lorsqu'on les voit sur des arbres qui surplombent la rivière. Souvent ces animaux se précipitent dans l'eau dès qu'ils voient une pirogue. Nous avons saisi un iguane qui s'était assommé en tombant sur le bord de notre

embarcation. Lorsque la rivière n'est pas profonde, les Bonis flèchent l'animal ou bien vont le prendre à la main, ce qui est très facile.

Serpents. — Les reptiles sont représentés par un grand nombre d'espèces dan? les Guyanes. Ces animaux se tiennent de préférence sur les lianes qui bordent les rives; nous avons manqué de nous faire piquer en cueillant les fruits parfumés d une passiflore que les gens de la côte appellent Marie-tambour, et dont les serpents sont très friands. Une espèce de serpent aquatique, que les Bonis appellent ovatra

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yacouca, est particulièrement dangereuse pour les voyageurs qui suivent les rivières.

Le serpent boa est assez commun dans les cours d'eau ou sur leurs rives. Ce serpent se nourrit d'animaux inoffensifs qu'il surprend lorsqu'ils viennent s'abreuver sur le bord des rivières ou bien lorsqu'ils les traversent. Mon fidèle Apalou, voyant un jour son chien saisi par un boa gigantesque, n'hésita pas à se porter à son secours, et ce ne fut pas sans une grande émotion que j'assistai à la lutte de mon compagnon de roule contre le redoutable habitant de ces contrées peu hospitalières. Les anneaux du reptile gigantesque entouraient le pauvre animal, le pressaient, l'étouffaient et semblaient devoir faire déjà craquer ses os; mais bientôt ils furent tranchés par le sabre d'Apalou, qui ramena triomphant son chien vivant sur le rivage.

Les nègres Youcas mangent volontiers la chair du boa, ainsi que celle des serpents venimeux. Une répugnance invincible m'a empêché de goûter e ce mets peu engageant.

Les danses. — Le mariage. — La religion. — Les funérailles. — Le gouvernement et la justice. — Le langage.

Da?ïses. — Les nègres du Maroni, aussi bien que tous les noirs d'Afrique, dansent avec frénésie. Des chants et une musique infernale, composée de tam-tam et quelquefois de vieilles casseroles, donnent au danseur un entrain indescriptible. Les femmes laissent échapper par intervalles de petits cris perçants; parfois leurs jambes ne se déplacent pas : elles font seulement quelques mouvements qui rappellent, jusqu'à un certain point, les Espagnoles dansant la bandera. Ces sauvagesses ont une manière particulière de saluer : elles abaissent légèrement le corps par une flexion des genoux, sans incliner le buste, et se relèvent brusquement. C'est ainsi qu'elles remercient le voyageur qui leur l'ait cadeau de quelques aiguilles ou autres menus objets.

Mariages. — Les nègres Bosch n'ont généralement qu'une femme ; il n'y a guère que les chefs qui en possèdent deux ou trois. Le Gran-man n'accorde une femme aux jeunes gens qu'autant que ceux-ci ont montré leurs dispositions pour le travail en plantant un champ de manioc et en construisant une petite maison.

Un jeune homme paresseux ou incapable est condamné au célibat. Les unions entre cousins germains sont assez fréquentes, mais elles sont rares entre frère et sœur. Les enfants nés de ces derniers mariages ne m'ont pas paru moins forts que les autres. Nous devons pourtant signaler que cette sorte d'union est un acte réprouvé par les sauvages. Un nègre Youca qui vit dans de semblables conditions est obligé de se tenir dans l'isolement, ses voisins refusant la fréquentation de sa maison.

Ces noirs ont généralement trois ou quatre enfants, et quelquefois huit ou dix; les

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jumeaux ne sont pas rares ; on nous a montré une femme qui avait eu trois enfants de la même couche. La poitrine de ces négresses est d'un volume ordinaire et n'a rien de répugnant. Je donne textuellement mes impressions telles que je les ai écrites au village de Cotica, le 12 août 1877.

Religion. — Un chef (le Gran-man) m'apporte une poule domestique qu'il vient de tuer avec une flèche. Je l'invite à s'asseoir dans mon carbet, et, pendant que nous prenons du café, je l'interroge sur ses croyances religieuses. 11 me dit que tous les nègres du haut Maroni ont un bon Dieu qu'ils appellent Gadou. C'est lui qui a fait les hommes, les singes rouges, le riz, les pingos, le manioc [sic). Le Gadou a une femme connue sous le nom de Maria et un fils nommé Jest Kisti.

J'étonne beaucoup mon sauvage en lui disant que nous appelons le fils de Dieu Jésus-Christ, et sa mère Marie.

11 n'a aucune notion sur le Saint-Esprit.

Je lui demande ce que les nègres Bonis deviennent après la mort : il me répond qu'il n'a pas d'opinion bien arrêtée sur cette question, mais il pense que les bons vont avec le Gadou et les mauvais avec le Didibi ou diable.

D'où viennent ces idées religieuses, qui ont une si grande analogie avec le christianisme? 11 est hors de doute qu'elles leur ont été transmises par leurs ancêtres qui furent captifs chez les blancs.

Les Bosch adorent certains animaux, mais pas tous les mêmes ; telle famille respecte le singe rouge, telle autre, la tortue, telle autre, le caïman, etc. Beaucoup ne mangent pas la viande de capiaï sous prétexte qu'elle donnerait la lèpre. Bemarquons que cet animal présente beaucoup d'analogie avec le cochon. N'y aurait-il pas chez ces sauvages une notion vague de la loi de Moïse, qui, par mesure hygiénique, défendait à son peuple de manger la viande de porc?

Ces noirs sont très superstitieux : ainsi jamais ils ne diront le nom d'un saut au moment oii ils le passent. Le voyageur fera bien de se renseigner avant le départ sur les chutes qu'il doit successivement franchir dans la journée. Lorsque l'obstacle est dangereux, ils recommandent aux canotiers étrangers de garder le plus profond silence, ou au moins de ne parler que très bas afin de ne pas éveiller la colère de la Divinité. Quelquefois ils me demandaient un peu de tafia pour faire une offrande au Gadou vers le milieu de la chute. Il est vrai que le sacrificateur prélève généralement une forte part sur ces libations. Funérailles. — Les morts sont conservés huit jours, pendant lesquels on se livre a des danses et à des chants lugubres. Le cercueil est transporté matin et soir dans tout le village par des hommes qui l'inclinent à droite et à gauche pour imiter des mouvements de salutation. On considère comme un bon augure ces politesses que le défunt semble adresser en passant devant les carbets. Ledit cercueil fait de longues halles au milieu du conseil, réuni sur la place pour le Lrecevoir. es plus anciens lui font chacun des questions auxquelles il répond en s'inclinant à droite, à gauche, en avant, en arrière.

00 M)YAGES DANS L'AMÉniQUi: DU SUD.

Tous les malins, un vieillard dont la voi.v n'csl pas moins désagréable que celle du sino-e rouge, pleure en chantanl jusf]u'à ce que ce roi des forèls vienne s'associer à la douleur de la nation.

Les cadavres ne sont inhumés qu'en clat de putréfaction avancée. J'ai été assez heureux pour ne pas rencontrer le Gran-man et sa femme défunts en chair et en os. Ceux-ci, étant morts dans le bas de la rivière, n'ont pu être transportés tout entiers : on s'est contenté de rapporter leurs cheveux et leurs ongles. La fosse, qui avait six pieds, était garnie au fond de madriers disposés en long et en travers. De nombreux objets ayant appartenu aux défunts furent déposés dans la terre avec leurs restes.

Gouvernement. Justice. Épreuves. — Les diverses tribus noires du Maroni sont gouvernées par un chef qui porte le titre de Gran-man. Le pouvoir est héréditaire. Le Gran-man actuel des Bonis est, par les hommes, un descendant du fameux chef qui a donné son nom à la tribu. Mais nous devons signaler que le droit d'aînesse n'existe pas ; le Gran-man désigne pendant sa vie celui de ses enfants ou de ses frères qui doit lui succéder. Le Gran-man, aidé de plusieurs lieutenants, est surtout chargé du pouvoir exécutif. A lui doit s'adresser le voyageur pour obtenir des canotiers.

Toutes les afîaires générales sont discutées par un conseil composé des notables de la tribu. Les jeunes gens en sont exclus jusque vers l'âge de trente ans, tandis que les vieillards en font partie de droit. Ce conseil est également chargé de régler les différends qui existent entre personnes d'une même tribu. Lorsqu'il y a une atTaire entre des sujets de deux tribus, le conseil de justice est mixte. Les assemblées se tiennent en plein vent; tous les membres sont assis sur des escabeaux, à l'exception de l'orateur, qui se tient debout. J'ai remarqué que presque tous parlent avec une facilité qui ne le cède en rien à la faconde des races latines. La plaisanterie n'est pas interdite à l'orateur, et l'on voit souvent l'auditoire éclater de rire.

Les aflaires criminelles sont réglées par le Gran-man et ses lieutenants. Tout individu soupçonné de meurtre est obligé de boire le poison d'épreuve. Nous savons par expérience que l'écorce servant à faire l'infusion présentée au criminel, et (|uelquefois au voyageur qu'on veut effrayer, ne possède aucune propriété toxiiiue. Ouand les accusés tombent en syncope, ce qui arrive, c'est qu'ils se sentent coupables. Les innocents n'éprouvant aucun malaise après la prise de ce breuvage, ne sont-ils pas convaincus qu'il est toujours sans action sur ceux (jui n'ont pas commis de crime? J'engage les voyageurs à demander à boire le poison d'épreuve; c'est la niMiiiric di' prouver à ces sauvages qu'on vient les voir sans mauvaise intention. Ce n'csl qu'après avoir bu ce prétendu poison qu'on peut circuler librement chez les Bonis et 1rs "^ oucas.

L'arbre qui fournit le poison d'épreuve n'est connu que par le (ii;iii-ni;ui et ses lieutenants. D'après la légende, cet arbre merveilleux, capable de tuer les ( riininds cl de guérir les maux les plus incurables, a été indiqué par le Gadou lui-même au premier chef de la nation des Bonis.

<§*" WH^^,f

DE CAYENNE A COTICA.

Les assassins sont condamnés à la peine de mort : on les brûle vivants sur la place publique.

Langage. — Le langage des noirs du Maroni est surtout composé de mots hollandais et anglais plus ou moins altérés. On trouve en outre des expressions empruntées à l'espagnol, au français et aux divers langages des indigènes américains. A part les mots empruntés aux sauvages, la langue bosch est identique au créole qui se parle actuellement dans toute la Guyane hollandaise.

Noms de nombre.

ouan

ton

dili

fo

feivi

un [one en anglais) deux [two en anglais)

SlgUlSl

seibi

eiti

neigui

tini

lina ouan

lina dili tina neigui tiventi

treize dix-neuf

vingt [IwenUj en anglais, twintig en hollandais)

tiventi-neigui vingt-neuf

di tenli

trente

fortenli

quarante

feivitenti

cinquante

siguisitenli

soixante

seibitenti

soixante-dix

ouan hondro

cent [hundred en anglais,

hondreden hollandais)

ouandouzound

mille [duizend en hollan-

dais)

trois [(Irie en hollandais)

quatre [four en anglais)

cinq [five en anglais)

six

sept [seven en anglais,

zeven en hollandais) huit [eight en anglais) ne\i{[negen en hollandais) dix [ten en anglais, tien

en hollandais) onze toualoufou douze (/w^e/^'e en anglais,

twaalf en hollandais)

Chaque individu n'a qu'un seul nom pour le distinguer de ses semblables : ce n'est pas un nom de famille : c'est simplement un prénom, ce qu'est chez nous le nom de baptême, et il est donné, tantôt suivant le caprice des parents, tantôt d'après un véri* table calendrier qui ne diffère du nôtre que par sa simplicité.

Chez nous on a le choix entre autant et plus de prénoms pour chacun des deux sexes qu'il n'y a de jours dans l'année ; tandis que chez les noirs du Maroni il n'y a que sept noms pour les garçons et sept noms pour les filles; ils correspondent aux jours de la semaine.

Calendrier des nègres Bosch.

Noms d'hommes. Noms de femmes.

Yao Yaba

Cofi Afiba

Couamina Amba

Noms d'hommes.

Noms de femmes.

Dimanche

Couachi

Couachiba

Jeudi

Lundi -

Codio

Adiouba

Vendredi

Mardi

Couami

Abéniba

Samedi

Mercredi

Couacou

Acouba

Ci VOYAGES DANS L'AMÉRlOli: DU SUD.

Ces gens luals croioiil que le jour de la naissance et, par suite, le nom qu'il impose au nouveau-né influent sur le caractère des individus. Ainsi les femmes qui sont nées le dimanche et s'appellent Couachiba ont la réputation d'être frivoles; les Codio sont rancuniers, les Couacou ivrognes, etc.

Faisons observer que, sans être superstitieux à cet égard, nous aussi nous nous laissons souvent influencer pour ou contre les individus rien qu'en entendant prononcer leur nom. Ces préjugés sont quelquefois une cause d'ennuis, et même de malheur», pour toute une existence.

Jours de la semaine.

Monday Lundi

Toudayouoko Mardi (S'jour de la semaine) Dilidayouoko Mercredi (3' jour de la semaine)

Fo day ouoko Jeudi [V jour de la semaine i

Feda Vendredi

Sata Samedi

Sunday Dimanche

Monday et sioiday sont anglais; sala est la corruption de l'anglais saturday: ouoko est la corruption de l'anglais et du hollandais iceek, qui veut dire semaine.

i\oms des mois.

Ouan moun

Tou moun

Dili moun

Fo moun

Feivi moun

Siguisi moun Juin (6'* lune)

Janvier (1"" lune) Février (2" lune) Mars (3" lune) Avril (4" lune) Mai (o" lune)

Seibi moun Juillet (7" lune)

Eiti moun Aoiit (H' lune)

Neigui moun Septembre (9' lune)

Tini moun Octobre (iO' lune)

Tina ouan Novembre (onzième)

Toualoufou Décembre (douzième)

Quelques autres iioms dliommes.

Cofi, Acodi, Lomi. Acoman, Diamoli, Apatou, Alamo, Dogue-Mofou.

lYoms de femmes.

Yaca, Sankina.

Substantifs.

sopi

eau-de-vie

bala

bouteille

glasi

verre {glas en hollandiiis)

beley

ventre [helly en anglais)

banki

banc

coumba

ombilic

siki

malade(s/e/i;en hollandais,

aï

œil

sick en anglais)

cocoli

tatouage en relief

Dli: CAYENNE A COTICA.

nosoii

bolo

foo

mapapi

le

saca

nefi

yemba

liamaca

soiila

ran

moun

smoko

folo

cacafolo

sebila

linga

oui

mongo

ralaman

pecina

eggi

oudou

fa va

faya oudou

osou

chilon

data

maman

piquiii cigué

piquin oum:in

patata

planca

saoutou

nez [nose en anglais)

bec

oiseau

aile

queue [steel en hollandais,

iail en anglais) sac

couteau [knife en anglais) colon Iiamac saut soleil [zon en hollandais,

sun en anglais) lune {moon en anglais) fumée {smoke en anglais) poule coq

pléiades

pendant d'oreille poil

montagne serpent orange

œuf {('(jg en anglais) bois [ivood en anglais,

ivoud en hollandais) feu

bois à brûler carbet roche père mère

pclit garçon petite fille (petit : pequeho

en espagnol ; femme :

woman en anglais) pomme de terre planche sel izoKten hollandais)

mofou Gadou kini

tapa-bali groon

yesi neki

coyïpi finga

ce pou

tetey

boni

tikifoutou

manga

boto

pâli

hamaca tetey

bototetey

ouaira

ouatramofou apouana ibaca knopou hempi knopou

casaba labaka bouschi

doti cofi

nengré Youca nengré

bouche [moulh en anglais)

bon Dieu et Ciel

genou [knie en hollandais, knee en anglais)

tonnerre (bruit en haut)

terrain [grond en hollandais, cfiound en anglais)

oreille

cou [iick en hollandais, neck en anglais)

mollet

doigt [fmger en anglais, vwgcr en hollandais)

jarretière

corde

anneau

jarret

ongle

pirogue ou canot

pagaye

corde de hamac

corde pour haler les pirogues dans les sauts

eau {waler en hollandais et en anglais)

salive (eau de la bouche)

bras

dos [hack en anglais)

bouton(AT<oo/>en hollandais)

bouton de chemise [hemd en hollandais)

cassave

tabac

grand bois [hosch en hollandais)

terre

café

nègre nègre Youca

niamichi latamela alichi

lia

meignan

cognan

deday

singui

slibi

amoi knopoyamoï

igname

Poligoudou

fourmi

nengré

riz {rijst en holl.

coco

el^ret? en créole

cocosiki

de Surinam)

labilvi

denl [teeth au pluriel

en

feli

anglais)

nègre Poligoudou

poitrine

malade de la poitrine

île

bataille {flght en anglais)

Vei'bes, adverbes et autres parties du discours.

manger viens manger

mourir [die en anglais) chanter [zimjen en hollandais, sing en anglais, dormir [sleep en anglais)

gui

donner [give en anglais) gui mi piquin donnez-moi un peu de cascasaba save

oui (yV/ en hollandais)

la

adey aïpi

Adjectifs.

joli [mooi en holland.) joli boulon

odio broco

rien beaucoup

bon

cassé [broken en anglais)

•mmt^^gm^

UN AB;VT[S CIIEX LES nOLCOOYENNES

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