CHAPITRE IV
A TRAVERS LES TUMUC-llUMAC
La file indienne et le scnlier des Indiens. — Espoir. — La crique Saranaou. — En avant! — La crique Coulé-Coulé. — Un peu d'hydrographie. — Les Crocrou. — Les monts Foubou et Yombé-Caï. — Le mont Casaba-Tiki. — Une bouleille de Champagne et le baplûme du mont Lorquin. — Le Polioudoux. — Manière de découvrir un horizon par Apoïké. — La crique Apaouani et le mont Chiton-Mongo. — Les garde-manger îles Indiens. — Encore la fièvre. — — Apoïké et Dogue-Mofou charrons. — Leur ardeur au travail. — Deday, deday ! — Arrivée d'Indiens Roucouyennes. Échanges en faveur d'un musée ethnographique. — Câlina et piipa. — Détails techniques sur les Tumuc-Huniac.
Peu à peu mes idées tristes se dissipent. Les Indiens, mis en gaieté par le tafia, me communiquent leur entrain. Je laisse mes. nègres au loin derrière moi et vais prendre le deuxième rang de la file indienne, derrière mon ami Yaouchi, qui, malgré sa charge, marche d'un pas accéléré et trouve même le moyen de jouer quelques petits airs sur la flùle pour entretenir ma bonne humeur.
Je marche ainsi comme un automate, pendant quatre heures consécutives, sans avoir conscience du chemin que je parcours; mon esprit est occupé ailleurs; je suis
plein d'enthousiasme à l'idée que dans trois jours j'arriverai au sommet d'une chaîne de montagnes que nul n'aura traversé avant moi. Il faut que j'atteigne ce but, dussé-je succomber en y arrivant. Une chose surtout me frappe dans le cours de celte excursion, c'est de voir comment mon guide parvient à reconnaître sa route. Depuis que je marche dans le sentier des Indiens (c'est ainsi qu'on l'appelle), je n'ai pas encore vu la moindre trace de pas, ni le moindre indice qui puisse nous diriger.
Vers une heure, nous arrivons à un carbet en ruine, où mes compagnons se sont arrêtés pendant la dernière saison sèche, en allant visiter leurs amis du ^ ary. Pendant que le gros de mon escorte prend un moment de repos, je pars avec Apoïké et
Apatou.
A la cinquième heure de marche, je vois avec plaisir que nous avons laissé loin derrière nous les terrains marécageux pour gravir les collines. Pendant notre marche à travers la plaine, nous avons rencontré la petite crique Saranaou, que nous avons pu traverser sur des troncs d'arbres.
Le lendemain nous arrivons, au bout d'une heure et demie de marche, à une roche granitique oii les Indiens aiguisent les sabres d'abatis et les couteaux que je leur ai donnés. Un peu plus loin, nous trouvons une montagne que les Bonis désignent sous le nom d'Adidonbogo-Goni, ce qui veut dire : Adidon a cassé son fusil. Nous en faisons l'ascension presque à pic. Je consulte mes instruments, et je constate que de 752""" qu'il marquait au pied delà montagne; le baromètre s'est abaissé à 743""", 5 à notre arrivée sur le long plateau qui la surmonte.
Nous suivons la crête et nous arrivons près de la crique Coulé-Coulé, où nous établissons nos hamacs. Notons que, au point de vue hygiénique, il vaudrait mieux coucher sur les hauteurs que dans les vallées, mais le besoin d'eau pour faire la cuisine nous oblige à toujours camper sur le bord des criques.
Le troisième jour, nous suivons la rive droite de la crique Coulé-Coulé. Cette rivière, un des principaux tributaires du fleuve Maroni, mesure de dix à douze mètres de large; l'eau n'atteint pas plus d'un mètre pendant cette saison; mais la hauteur de l'escarpement des rives, qui ont jusqu'à huit ou dix mètres, me fait penser que le Coulé-Coulé charrie un volume d'eau considérable pendant la saison des pluies. En suivant cette rivière nous sommes obligés de nous tenir à distance, à mi-côte des montagnes , de peur de nous laisser entraîner dans son lit qui est un véritable précipice.
Chaque colline est séparée de sa voisine par une petite vallée marécageuse, où l'on ne rencontre que des palmiers. Il serait absolument impossible de faire ce trajet [lendanl la saison pluvieuse, car, même au plus fort de la sécheresse, on enfonce (luehjuefois dans la bouc jusqu'au-dessus des genoux. Aussi les Indiens no font-ils leurs voyages à travers la montagne qu'au milieu de la saison sèche, dans les mois de septembre et d'octobre. Nous franchissons en quatre heures les quatorze collines
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que les nègres Bonis désignent sous le nom do Crocrou-Crocrou. Je n'ai pu savoir l'élymologie de ce mot. Crocrou, en langue roucouyenne et en galibi, sert à désigner un panier à jour en arouma, dans lequel on met des fruits.
Nous traversons successivement les montagnes de Foubou et de Yombé-Caï. Cette dernière a tiré son nom d'un Indien nommé Yombé, qui est tombé là dans un précipice : cal veut dire tomber.
En descendant la montagne, nous entendons un grand bruit vers l'ouest : c'est une chute de la crique Culéo-Coulé qui ne mesure pas moins de quinze mètres d'élévation sur une étendue de vingt mètres. La roche principale qui forme le saut est taillée à pic sur une hauteur de plus de dix mètres. Apatou et moi nous nous asseyons un instant pour admirer cette cascade aux eaux limpides, qui offre un aspect des plus majestueux. La rivière, à cet endroit, a quatre mètres de largeur, et l'eau coule en nappe sur une épaisseur qui ne dépasse pas dix à quinze centimètres. La température de l'eau n'est que de 23", 2.
Cependant nous approchons rapidement du but de cette excursion. Encore une heure de marche, et je serai au sommet des monts Tumuc-Humac.
La montagne Casaba-Tiki, qui est en face de nous, n'est que la continuation de la montagne Yombé-Caï, dont nous venons de parler, et dont elle est séparée par une échancrure peu profonde, où la crique Coulé-Coulé prend sa source. En faisant l'ascension de cette montagne, Apatou me fait remarquer une éclaircie dans les arbres, d'où nous pouvons contempler, à une distance d'environ quatre lieues, dans une direction nord-est-quart-est, un mamelon surplombé d'une grosse roche blanche. On dirait les ruines d'un gros château féodal.
Arrivé au sommet, je constate que le baromètre s'est abaissé à 728'"",5. De ce plateau, Apoïké me montre une autre montagne, également mamelonnée, dans la direction du nord-est-quart-est, et à une distance qui ne dépasse pas dix kilomètres, car je dislingue facilement les arbres à l'œil nu.
Je suis enfin arrivé à mon but. Advienne maintenant que voudra, je suis sûr de ne plus être abandonné par mon escorte ; on ne pourra plus revenir sur ses pas. Poussés parla faim, car l'extrême sécheresse a fait descendre tout le gibier dans la plaine, mes hommes, afin de pourvoir à leur nourriture par la chasse, sont obligés forcément de se diriger sur l'Apaouani, qui n'est distant que de deux petites journées de marche, tandis qu'il en faudrait au moins trois pour retourner à l'Itany.
Je voudrais bien séjourner un peu sur la crête des Tumuc-Humac, mais les Indiens me font observer que nous manquons d'un indispensable élément, l'eau. Cependant je ne veux pas quitter ce point important, qui sépare le bassin du Maroni de celui de l'Amazone, sans y laisser quelque vestige de mon voyage. Je partage avec mon escorte une bouteille de Champagne, la dernière, que j'avais soigneusement emballée et mise de côté pour le baptême de la montagne, à laquelle, en souvenir de mon pays natal, je donne le nom
de mont Lorquin. La bouteille vide servira de monument pour attester le passage d'un Français dans ce pays inconnu jusqu'à ce jour.
Nous reprenons noire marche à la suite de cette importante cérémonie. Le baromètre, après une demi-heure, ne descend pas au-dessous de 734 millimètres. Plus loin, en arrivant à un point où le baromètre marque 737 millimètres, nous rencontrons une petite crique, ou plulnl un torrent, qui est une branche du Coulé-Coulé.
La montagne qui s'élève sur la rive opposée de cette crique est désignée sous le nom de Polioudoux, du nom dun arbre dont se servent les Indiens pour faire leurs pagayes. Nous arrivons au couchage vers quatre heures, après une marche effective de huit heures.
Quatrième jour, 22 septembre. — Avant de partir, je note la température de l'air, qui est de 20", 7 ; le baromètre marque 738""", 3 à six heures et demie du malin. En roule à sept heures, nous arrivons au sommet du mont Polioudoux après une demi-heure de marche. La température est de 24 degrés, et la pression barométrique de 730"'", 5. A peine arrivés sur le plateau de la montagne, Apoïké, qui devine mes moindres intentions, a l'idée de faire un abatis pour me découvrir l'horizon. Pour cela, il choisit un gros arbre situé tout au sommet de la colline et qu'il sabre à tour de bras. En moins de dix minutes, ce géant s'abat sur un des versants, et, entraînant dans sa chute tout ce qui se trouve sur son passage, il l'ait une immense trouée qui dégage l'horizon comme par enchantement. Je dislingue nettement une montagne dénudée à deux sommets, qui me paraît distante de cinq à six lieues environ, et sur les flancs de laquelle on aperçoit d'énormes roches de quartz blanc. A côté, dans le lointain, s'élève un petit mamelon à peu près à la même distance.
Vers dix heures, nous traversons la crique Apaouani ou plutôt un de ses affluents, qui a un mètre cinquante de largeur et huit ou dix centimètres de profondeur. Le courant est très faible, sa' direction est ouest-est, la pression atmosphérique est de 738 millimètres. Nous arrivons vers la fin de la journée à la montagne Chiton- .Mongo, qui veut dire montagne rocheuse. Nous trouvons près du sentier un grand espace dénudé d'où nous apercevons une série de montagnes dans la direction du soleil couchant.
Quelques-uns de mes Indiens me quittent à cet endroit [)our gagner le Yary par terre, tandis (jue je continue à me diriger vers l'Apaouani. Apatdu me conduit à une distance d'un kilomètre de notre halle, sur le sentier du ^ary, pour me montrer une grosse roche granitique qui a fait donner son nom à la montagne. Il me fait remarquer une grande fissure qui se trouve dans la roche à une certaine hauteur. C'est dans celle excavalidii, (pic ne peuvent atteindre ni les singes ni les hèles fauves, (pie les Indiens allant du ^ ary vers Tltany déposent des provisions de réserve pour leur reloiir.
Le cin(juième jour (23 septembre), dans la matinée, nous continuons notre roule par le sommet de la montagne. Après quatre heures de marche, nous nous retrouvons une
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seconde fois en face de l'Apaouani. Cependant les eaux de celte rivière ne sont pas assez profondes pour que nous puissions la descendre en canot. Nous avons encore trois montagnes peu importantes à traverser pour atteindre le point oîi elle devient navigable. Deux heures après, nous arrivons au terme de notre exploration à travers les Tumuc-Humac. Mon brave Apatou est radieux de me voir arriver sain et sauf au but de mon voyage. Il remercie son gadou par une salve de coups de fusil. La crique oîi nous nous trouvons a dix mètres de largeur moyenne. Les eaux ont une teinte noirâtre. Le cours est intercepté par quelques roches granitiques et de nombreux arbres tombés on travers.
Je me déshabille en toute hâte et me plonge avec délices dans ces eaux tant convoitées : c'est, je crois, un des meilleurs bains que j'aie pris de ma vie. Apoïké, lui, ne perd pas de temps. Pendant que les jeunes gens pèchent l'aymara, il choisit un grand arbre sur la colline, à quatre cents mètres de la rive droite, et l'abat séance tenante pour en faire un canot.
Le lendemain 24, il se met à le creuser à coups de hache avec Dogue-Mofou, qui, dans celte circonstance, se montre beaucoup plus vigoureux et plus habile que ne pouvait le faire supposer son obèse personne. Mes ouvriers travaillent avec un entrain indescriptible; je leur adresse des compliments et les engage à se presser le plus possible.
Je relève la température de l'eau de l'Apaouani, qui est de 23°, 2 ; celle de l'air est de 27 degrés dans la forèl, à une heure de l'après-midi. La pression atmosphérique varie dans la journée entre 738 et 740 millimètres. En rentrant de ma promenade, je trouve Joseph, que je croyais parti à la chasse, en proie à un accès de fièvre. La fièvre me reprend également vers neuf heures du matin.
Le 20, Apatou, qui a essayé de travailler, revient du chantier dans un étal de bouleversement complet. « Deday, deday ! » me dit-il; ce qui veut dire : Je vais mourh\ Je le console de mon mieux et je lui remonte un peu le moral, qui est très alTecté. Mes paroles lui donnent un peu d'espoir ; il est plus calme. Joseph n'a pas encore bougé de son hamac depuis notre arrivée dans l'Apaouani.
On m'annonce l'arrivée d'une file indienne de vingt hommes. Ce sont des Roucouyennes du Yary qui viennent rendre visite à leurs amis de l'Apaouani. Ces sauvages, ayant renconiré une partie de mon escorte qui se dirigeait vers le Yary, ont fait un détour pour venir me voir. En arrivant, ils frappent sur l'épaule d'Apatou et d'Apoïké, auxquels ils prodiguent les marques d'une grande sympathie, en appelant Apatou : ('alhm, ce qui veut dire « ami ». Le mot Aa papa dont ils saluent Apoïké me surprend beaucoup.
Ces gens, qui n'ont jamais vu de visages pâles, loin de manifester la moindre curiosité, témoignent au contraire la plus profonde indilTérence. Ils passent devant moi sans faire un geste, sans m'adresser une parole. Cependant, remarquant qu'ils sont porteurs de
nombreux objets qui ne seraient pas sans intérêt pour un musée etbnographique, je charge Apatou de me les procurer.
« Je voudrais, dis-je à mon homme, celte ceinture en peau de tigre que porte celle jeune femme roucouyenne. »
Apatou l'échange contre quatre aiguilles. Il m'achète un joli hamac en coton contre un mouchoir. J'en demande plusieurs, que j'acquiers pour un couteau ou quelque autre menu objet. Je fais l'acquisition d'un collier en coquillages moyennant une petite glace de vingt centimes. Je désire aussi quelques ceintures noires en poil de couata, qu'on me délivre contre un petit couteau d'un sou. De plus, moyennant trois de ces petits couteaux, ils offrent de me transporter toutes mes acquisitions à travers les montagnes jusqu'au domicile d'Apoïké. J'ajoute à ce chargement un échantillon de cailloux provenant du Chiton-Mongo.
Tous ces Indiens prennent leur repas en commun avec nous. Après dîner, ils deviennent plus communicatifs et plus familiers, en quoi ils ne diffèrent pas des Européens. Ils me laissent examiner tout à loisir leurs yeux, mesurer le diamètre de leur tète et décalquer leurs mains et leurs pieds ; ils me regardent dessiner avec beaucoup de plaisir. Je les récompense en leur donnant à chacun quelques aiguilles et un bout de ruban qu'ils nouent aussitôt aulour de leurs longs cheveux d'ébène. Après ijuoi, ils prennent congé de nous pour aller se reposer en attendant le lever du soleil. Ils s'en vont en effet de grand matin.
Avant d'aller plus loin, il ne sera pas hors de propos de mettre sous les yeux des lecteurs quelques-unes de mes notes sur les monts Tumuc-Mumac.
La chaîne des Tumuc-Humac, qui sépare les bassins du Maroni et du Yary, est moins importante qu'on ne le croyait généralement. Le baromètre ne nous a pas indiqué de hauteurs dépassant quatre cents mètres au-dessus du niveau de la mer. L'allilude de ces montagnes est si faible, que la température que nous y avons observée n'est que de deux ou trois degrés au-dessus de celle de la plaine. La végétation des points les plus élevés est celle de la zone torride. L'ananas, que les Roucouyennes désigiicnl sous le nom de nana^ croît spontanément au sommet de ces montagnes.
Les populations de la Guyane française considèrent généralement la chaîne des Tumuc-IIumac comme la source unique des dépôts aurifères que l'on trouve actuellement dans toutes les rivières du pays.
L'examen des deux placers établis sur le cours du iMaroni nous a permis de constater les faits suivants :
I" Les roches qu'on trouve dans les criques aurifères sont identiques à celles des montagnes voisines.
2" Les montagnes avoisinanl les criques sont constituées par des roches ijui renferment de l'or.
3" Des criques chargées d'or, et dont le lit est déjà obstrué, remonlnil a mic période
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toule moderne. Les preuves en sont nombreuses; la première, c'es! que des arbres aujourd'hui vivants, ont assisté au dépôt de l'or. En effet, on trouve une quantité beaucoup plus considérable de ce métal autour de leurs racines. D'autre part, M. Cazale a trouvé une hache en pierre des Indiens modernes immédiatement au-dessous de la couche aurifère, dans le lit obstrué d'un petit cours d'eau aboutissant à la crique Sparwine. En définitive, ces observations sont en contradiction complète avec la théorie qui fait provenir tout l'or des Guyanes de la chaîne des monts Tumuc-Humac. L'or des criques ne provient absolument que de la désagrégation des montagnes qui forment leur bassin.
L'hypothèse d'un déluge est absolument inutile pour expliquer les dépôts aurifères, puisqu'on voit le phénomène se produire chaque jour par la simple intervention de la pluie. Nous admettons que chaque montagne qui contient de l'or est une source isolée et indépendante qui déverse ce métal dans le cours d'eau le plus voisin. La désagrégation incessante des roches par les pluies et aussi par les racines des grands arbres, qui portent dans le sol l'oxygène, c'est-à-dire l'agent destructeur des roches par excellence, forme chaque jour de nouveaux dépôts aurifères qui empêchent les mineurs d'épuiser à jamais la production de l'or des alluvions des Guyanes.
Les monts Tumuc-Humac sont constitués par des terrains primitifs absolument identiques à ceux qui fournissent l'or de la basse Guyane; il y atout lieu de croire qu'ils sont riches en productions aurifères.
L'exploitation des alluvions qui se trouvent au pied de ces montagnes ne présente qu'une difficulté: c'est la longueur du trajet pour le transport des ouvriers et des vivres. ]1 faut trente-trois jours de marche, à huit heures par jour, pour remonter le fleuve Maroni jusqu'au débarcadère situé à la tète du sentier des Indiens. Ce qu'il y a de pénible dans cette longue traversée, c'est que le pays est presque désert. Les populations indigènes, nègres, Pararaakas, Poligoudoux, Ronis et Indiens Roucouyennes sont peu nombreuses et groupées sur des espaces très restreints. Un fait jusqu'à quinze jours de canotage sans rencontrer la moindre habitation. Toutefois les mineurs guyanais franchiront un jour les terres d'alluvions pour aller exploiter l'or en filons de cette chaîne de montagnes, comme on le fait actuellement dans le haut Orénoque. Un mineur qui a travaillé dans ces exploitations nous a assuré que les roches de l'intérieur de la Guyane anglaise sont identiques à celles des Guyanes française et hollandaise.
La nature des terrains étant semblable, il y a tout lieu de croire qu'on y trouvera également des filons de métaux précieux; mais nous engagerons le chercheur d'or à ne pas se laisser illusionner par les Indiens, qui dans leurs récits fantastiques confondent les paillettes de mica avec l'or. C'est sans doute l'existence de grottes formées par des roches micacées qui a servi de base à la légende de l'Eldorado. « L'homme doré » (en espagnol : El dorado) s'enduisait les cheveux et le corps, non pas de paillettes d'or, mais de cette poussière que tout le monde connaît sous le nom de sable d'or, on d'or des
singes. Des Indiens, pressés sans doute do questions par dos voyageurs avides du UK'Ial précieux, ont raconté que l'homme doré vivait dans un |)alais dont les murailles étaient en or massif. Les explorateurs trouveront un de ces temples sur les l)ords de la crique Courouapi, affluenl de la rivière Yary, et leur illusion s'évanouira lorsqu'ils verront qu'il s'agit seulement d'une grande excavation, une véritable grollc dont les parois sont formées par des roches micacées. Lorsque le soleil pénètre dans cet anire obscur, on voit les parois extérieures briller d'un vif éclat, par suite de la rétlexion du soleil sur les milliers de paillettes de mica qui reluisent comme de l'or. De nombreuses tentatives ont été faites pour explorer la Guyane, depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours. Presque tous nos devanciers, lord Raleigh en tète, n'avaient d'aulre but que de clieicher foilune dans le pays de l'homme doré, Eldorado.
Les géographes du dix-seplième siècle, Simon d'Abbeville entre autres dans une carte que l'on peut voir à la Société de géographie, ont représenté la conirée de l'Eldorado vers les sources du Maroni. C'est sur un plateau de la chaîne des Tumuc-Humac que, sur la foi des anciens géographes, nous devions trouver un grand lac, une véritable mer intérieure désignée sous le nom de Parimé. Sur les bords de celte nappe d'eau s'élevait, disait-on, la superbe ville de Menoa, au milieu de laquelle resplendissait ce prétendu palais de l'Eldorado gardé par des milliers d'animaux terribles aux formes les plus fantastiques. On vient de voir ce que devait être le palais. Quant au fameux lac Parimé, c'était simplement une inondation qui se renouvelle chaque année dans les terrains alluvionnaires s'étendant au pied de la chaîne des montagnes.
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PWIEH, sol fi l.E-KEl , HOTTE llES not COt ÏEXNES.
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