PIED DÉFORMÉ DES INDIENS OÏAMPIS
Mes Indiens ne voulant pas toucher à mon hoco, parce qu'ils trouvent abominable de manger la chair d'un animal domestique, j'en fais un grand régal avec mes noirs qui paraissent très heureux de ce préjugé.
Le lendemain, Apatou est de mauvaise humeur parce qu'il a mal au pied; ce n'est qu'une épine enfoncée dans le talon, qu'une femme arrache avec un os effilé comme une aiguille. Il me demande de passer un jour ici parce qu'il ne peut pas marcher; je n'insiste pas pour partir, j'ai moi-même besoin de repos. Je me sens tout étourdi et ne tarde pas à éprouver une sensation de froid, bien que le soleil soit déjà haut. Sans rien dire, car je ne veux pas effrayer mes compagnons, je vais me coucher dans un hamac qui est au premier étage de la vieille maison. Quelques minutes après je tremble, mes dents claquent et j'éprouve une soif inextinguible. Au plus fort du frisson, une des cordes du hamac casse et je tombe assis sur le plancher pourri qui menace de s'effondrer. La secousse est telle que, n'ayant plus la force de me relever, je reste là jusqu'au retour d'Apalou qui vient par hasard chercher quelque chose dans la hutte. Il amarre mon hamac, et je me recouche pendant qu'il fait des fumigations sur des charbons ardents.
Je croyais qu'il voulait désinfecter l'air, mais il me dit avoir vu un serpent se réfugier dans les feuilles de la toiture. II est certain, dit-il, de le mettre en fuite en brûlant des graines de coton.
Enfin vers quatre heures, l'accès passé, je vais prendre un bain et je dis à mes hôtes, inquiets de ma maladie, que mon malaise n'est que passager.
VOYAGES DANS L'AiMÉRIOUE DU SUD.
25 septembre. — Je croyais exagérer en les rassurant ainsi, mais après une bonne nuit je me trouve assez valide pour me mettre en route.
Départ à sept heures vingt-cinq, route au sud-ouest. Nous continuons à traverser une infinité de cours d'eau, parmi lesquels je citerai seulement la crique Yenouparaou.
CRAVIKES Sin L* BOCHE T I N E H 1
que nous longeons pendant quelque temps. Dans les premiers moments de la marche, j'éprouve de la sécheresse de peau et une soif assez vive que je ne puis tarir, bien que je boive à tous les cours d'eau. Enfin vers dix heures, ayant traversé une petite montagne
d'un pas accéléré, je sens lu sueur perler sur mon front et alors j'éprouve un sentiment de bien-être.
En continuant noire marche, nous traversons les criques ïimboraou et (Jurouapi qui, comme la crique Yenouparaou. n'ont d'autre intérêt que leurs noms qui ont une signification dans la langue des Oyampis.
}enoupa est le nom d'un iruil, le ge/tipa ameri-
ca?ia, qui, lorsqu'on le coupe, noircit au contact de
l'air cl loui iiit cette couleur iniir bleuâtre avec laquelle
les Indiens Oyampis se bariolent tout le corps. Le
mot limbo est le nom du Robinia Nicou qui sert ;'i enivrer le poisson, et ouf'ou signifie
« cassave » .
A onze heures cin(iuanle-(iuatre, après avoir lait (jualrc heures de marche etleclivc et vingt mille deux cenis pas, nous nous arrêtons à nnr lial)il,ili(in tbmt Ir chef s'appelle Kinoro; c'est le nom d'un ara rouge qui a des taches jaunes sur les ailes {Ara Canga).
G p. A \ l 1\ E SIR L \ l; 0 C 11 E T I N É r. 1
Je passe l'après-midi à observer mes hôtes el à apprendre leur langue. Je remarque un vieillard qui par exception porte la barbe, c'est-à-dire quelques rares poils noirs et assez durs au-dessus de la lèvre supérieure et du menton. Cet homme, avec sa barbe tout à fait insérée comme celle de la race asiatique, avec ses pommettes saillantes, son teint jaune, ses yeux obliques et légèrement bridés en dehors, ressemble à un Chinois.
Les Indiens ont l'habitude de s'épiler de la manière suivante : ils saisissent le poil entre une lamelle de bambou et le pouce et l'arrachent ou le cassent en faisant un mouvement de bascule.
Les Oyampis portent les cheveux très longs et flottants, mais coupés carrément sur
MESSINS DES OYAMIMS