‹ Voyages dans l'Amérique du SudChapitre 24 sur 88 · A LOVE · texte numérisé non relu

A LOVE

Jl A r. ï I \ - F E C II E L i;

le front à la hauteur de l'arcade sourcilière. Les femmes se coiffent absolument de la même manière que les hommes, mais elles ne mettent jamais de couronnes pour maintenir leurs cheveux.

Je m'amuse à reproduire les figures et les arabesques dont sont couverts les gens du village. Elles présentent beaucoup d'analogie avec les gravures de la roche Tinéri du Maroni. 11 me vient ensuite l'idée de tailler un morceau de charbon et de le donner au capitaine Jean-Louis en le priant de dessiner sur mon cahier, qu'il nomme caréla, tandis qu'il appelle les dessins qu'il exécute coussiouar. Jean-Louis ne sait guère dessiner. Au contraire le jeune Yami me fait rapidement, non plus avec du charbon, mais avec un crayon, des dessins d'homme, de chien, de tigre, enfin de tous les animaux et diables

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du pays. Un autre Indien reproduit toutes sortes d'arabesques qu'il a l'habitude de peindre avec le genipa.

Ayant donné quelques aiguilles à mes dessinateurs, c'est à qui me demandera un crayon pour noircir du papier. Je vois que ces sauvages qu'on accuse d'être absolument ignorants des beaux-arts dessinent tous avec une facilité extraordinaire; les femmes elles-mêmes, que les voyageurs ont l'habitude de décrire comme des bêtes de somme, me demandent également des crayons pour gagner quelques aiguilles en reproduisant les dessins qu'elles ont l'habitude d'exécuter sur leurs poteries.

DESSINS DES OYAMPIS

SCOBIMON

Pendant que nous nous livrons à ces études, un chien arrive au milieu de nous. 11 remue la queue et se met à caresser son maître en ayant l'air de l'engager à le suivre. Apatou, qui a entendu dire que ce chien est très habile à la chasse du pakira, me conseille d'aller dans le bois avec l'Indien. Après dix minutes de marche le chien entre dans un terrier de tatou. Nous entendons des aboiements et des grognements : c'est le chien qui est aux prises avec le pakira; enfin celui-ci sort du cul-de-sac dans lequel il est traqué, et Apalou le tue raide d'un coup de sabre qu'il lui assène sur la tête. Le chien jciraîl radieux de son exploit, bien qu'il ait reçu quelques coups de boutoir qui l'ont blessé au cou.

Le pakira [Dicotyles iorqualus), appelé aussi pécari à collier, à cause d'une raie blanche qu'il porte au niveau des épaules, est un des gibiers les plus savoureux de l'Amérique du Sud. N'ayant pas d'odeur prononcée, il donne la meilleure soupe qu'on puisse faire en voyage. Je fais distribuer tout le corps pour le repas du soir et je garde la tête pour le lendemain malin. Stuart, qui est devenu mon cuisinier, allume du feu à deux heures du matin et fait bouillir cette tète jusqu'au jour dans une grande marmite de campement en fer battu qui constitue toute notre batterie de cuisine.

26 septembre. — Nous prenons notre repas au lever du soleil, suivant l'usage que nous avons adopté en nous conformaiil aux mœurs des indigènes. Les Uyanipis en voyage font deux bons repas, un avant le départ, l'autre le soir. Eu nuilc on grignote seulemoni

vers midi un morceau de cassave trempé dans l'eau fraîche d'une crique et un peu de viande boucanée, si par hasard il en reste du repas du matin.

Partis à six heures et demie du malin, nous arrivons à une habitation isolée. Nous trouvons un homme seul avec des femmes. Il nous informe que nous ne sommes pas éloignés d'un village plus important. Nous nous arrêtons quelque temps pour manger un melon très rafraîchissant et ramasser quelques haricots à graines très larges cultivés autour des habitations. Nous regrettons de ne pouvoir en recueillir que quelques poignées, car depuis notre départ nous n'avons pas mangé de légumes : notre nourriture a été exclusivement composée de cassave, de viande ou de poisson bouilli avec l'achi traditionnel. Je me procure aussi un hamac qu'une femme vient d'achever et m'offre d'échanger contre un couteau. Le lit portatif des Indiens Oyampis est tissé de coton comme celui des Roucouyennes, mais il est à mailles plus serrées.

J'ai le plaisir d'acheter un comjou, qui est une fort belle curiosité ethnographique. Ce vêtement est appliqué enire les cuisses par le milieu, tandis que les extrémités passées sur une petite ceinture en coton tombent en avant et en arrière. Il mesure un mètre quarante de long et sa largeur est de trente-quatre centimètres au milieu et de quarantecinq aux extrémités. Fait de coton blanc, il est ornementé de raies noires formant des arabesques et de franges tombant aux quatre coins. La coloration noire est obtenue au moyen d'une infusion faite avec la feuille d'une liane dans laquelle on trempe les fils de colon avant de procéder au lissage. La perfection de ce tissu exécuté par des gens absolument sauvages ne le cède en rien aux travaux fabriqués dans nos aleliers.

A neuf heures, après avoir parcouru une dislance totale de dix mille pas, nous arrivons à la résidence du lamouchi Tapiira, où il y a une vingtaine d'habitants. Le capitaine Jean-Louis nous avait dit que nous trouverions là des hommes pour nous montrer le dégrad du Rouapir et nous conduire jusqu'au pays des Roucouyennes, mais les Indiens que nous rencontrons nous disent qu'il n'y a pas de canots au dégrad, que par conséquent il est inutile d'aller jusque-là puisqu'il nous sera impossible de descendre cette rivière.

Les braves gens pensaient que ces arguments suffiraient pour nous faire retourner à l'Oyapock, mais je leur dis que s'ils ne veulent pas nous conduire au Rouapir, nous irions quand même et quitterions leur village sans leur donner de couteaux.

Enfin, après avoir délibéré longtemps, cinq d'entre eux se décident à m'accompagner à un dégrad où nous trouverons des arbres, dont l'écorce se détache facilement; l'un d'eux avoue connaître la fabrication des pirogues en écorce.

Je passe l'après-midi à monter dans les o/.a, c'est-à-dire les carbets, pour amasser des vivres. J'ai beaucoup de peine à recueillir un peu de cassave, des bacoves, du maïs et une portion de singe boucané. Je ne suis malheureusement pas secondé par mes noirs qui passent leur temps à se quereller au sujet de la cuisine. Stuart boude comme un enfant parce que nous n'avons à manger que de la viande d'une espèce de daim appelé

cariacou, qui à Surinam passe pour donner le cocobé, c'est-à-dire la lèpre. Je dors peu pendant la nuit à cause de la flèvre et de l'inquiétude de voir ma mission échouer par le mauvais vouloir dos Oyampis, qui veulent nous empêcher de porter nos objets d'échange dans le pays des Roucouyennes.

Je vais m'asseoir à côté d'un Indien qui fait du feu en roulant vivement un roseau

1 M)ll:\ FAIS VNT lu t t 1

(hins une cavité creusée dans une lige de roucou. V.n cin(| minutes il enllammi' un morceau d'éloupe ou d'amadou placé dans une échancrure située sur le Imid ^r l'excavation (|uun Indien a faite sous son hamac.

J alhinie une cigarette et passe une heure à causer el à reganlci les .hpil.-s. Mon compagnon me monlranl h-s IMéiades me demande comineni elles sappellnil. .1 me dil <iii.' dans sa langue elles se nomment Eiou.

l)\L CAYENNE AUX ANDES. 215

Les Pléiades sont connues de tous les indigènes de la Guyane française ; ils saluent avec joie leur retour à l'horizon parce qu'il coïncide avec le commencement de la saison sèche. Leur disparition, qui a lieu vers le mois de mai, est accompagnée dune recrudescence de pluie qui rend les cours d'eau tellement impétueux que la navigation est absolument impossible. Les Bonis, qui appellent les Pléiades Sebiia, prétendent que les serpents cessent d'être venimeux au moment de la disparition de ces étoiles.

M'étant couché à quatre heures du matin, j'ai beaucoup de peine à me réveiller, et pour me donner de l'entrain je suis obligé d'aller prendre un bain glacé dans la crique voisine.

Vers neuf heures, j'entends un bruit sourd qui ressemble au choc d'une hache contre un arbre. Nous étant portés dans cette direction, nous apercevons un gros singe noir, un couata, assis sur une branche, qui tient un fruit dur entre les deux mains, et essaye de le briser en frappant sur l'arbre. Cet animal étant très occupé à cette opération, nous pouvons l'observer à notre aise. Apatou me fait remarquer qu'il ne donne que deux coups de suite, tandis que les hommes frappent à coups redoublés. L'imperfection de ses mains ne lui permettant pas de maintenir le fruit avec solidité, il est obligé d'interrompre le choc pour ressaisir l'objet qui risque de s'échapper.

Ce fruit est connu de nos créoles sous le nom de canari macaque^ c'est-à-dire « marmite de singe. » Il est produit par un arbre connu des naturalistes sous le nom de lecythis (jrandiflora (Aubl.). Ayant détaché le couvercle de la marmite, nous trouvons dans l'intérieur des amandes savoureuses, mais qui ne valent pas les fruils du Iiertholetin.

Nous atteignons le Rouapir vers onze heures.

Au total, de l'Oyapock au llouapir, nous avons fait cent cinquante-six mille pas indiqués par les oscillations du podomètre. En estimant la longueur du pas moyen à soixante-dix centimètres ', cela fait une distance de cent dix kilomètres que nous avons parcourue dans une marche efTective de trente-cinq heures (environ trois kilomètres à l'heure). Sur cette distance nous avons perdu trois heures (neuf kilomètres), parce que nos guides nous ont fait faire des détours pour visiter des villages. A vol d'oiseau, il y a soixante-six kilomètres environ du dégrad des Banarés au point on nous embarquons sur le Rouapir. La direction générale est sud-ouest. Ce trajet est plus long que celui que nous avons parcouru à notre premier voyage entre le Maroni et l'Apaouani (vingtsept heures et cinquante-quatre kilomètres à vol d'oiseau) ; mais il est plus facile parce que le terrain est beaucoup moins accidenté et qu'on n'y est pas exposé à mourir de faim.

En arrivant au dégrad. je vois deux Indiens que j'avais envoyés en avant occupés à manger. Ils paraissent très désolés en me disant qu'ils n'ont pas trouvé d'écorce pour faire un canot. Connaissant leur mauvaise volonté, je vais moi-même avec Apatou faire

1. La longueur du pas moyen n'égale pas soi\anlc-di\ cenliinclres. .l'ai dû exagérer ce chiffre pour les pas mal accentués qui ne sont pas indiqués par le podoniètre.

VOYAGES DANS L'AiAIERIQUE DU SUD.

des recherches dans les terrains marécageux qui longent le Rouapir, et cinq minutes après nous trouvons un gros arbre bien droit et dont l'écorce paraît se détacher facilement. Les Indiens, obligés de s'exécuter, font autour de l'arbre un échafaudage élevé de cinq à six mètres et se mettent immédiatement à tailler un grand morceau d'écorce de forme ovalaire qui se détache d'une seule pièce et sans déchirure. Le

M A M V. Il 1-: Il E K A 111 K l \ C A N O T

tégument de cet arbre mis à terre et plié en forme de canot est cousu avec des morceaux de lianes aussi facilement que s'il s'agissail dim cuii' dr bdMif. On Icniiiiie le travail en fixant en travers des bâtons qui serviront de bancs. Enfin. (Mi moins do quatre heures, nous avons une embarcation .pii ne \;mt certainement pas une pirogue creusée dans uti tronc d'aibre, mais qui est au moins suffisant.' piuir ailciiKlic un [lort p.'ii éloigné où nous trouverons des canots.

Une race qui s'éteint. — Piqué par un scorpion. — Suicide de cet insecte. — Un voyageur qui n'est malade que dans ses moments de loisir. — Fuite des porteurs. — Un canot au fond de l'eau; un autre avarié. — Un passage à coups de hache. — Brûlés par le suc d'un arbre. — Pèche de l'aymara. — Une tonnelle. — Indien blessé. — Honoré. — Haccommodage des canots. — On trouve des cordages et de l'étoupe dans la forêt. — Terrains noyés pendant la saison des pluies. — Toujours la hache à la main. — Déception. — Nouvelle espérance. — Un nid de mouches à miel. — Oasis au milieu du grand bois. — Le repas des serpents. — Guêpes comestibles. — Nouvelles difticultés. —Découragement. — Murmures. — La dernière cigarette.

La populalion de rOyapock diminue d'une manière effrayante si nous devons comparer les fails que nous avons observés avec les récits des anciens voyageurs. Bodin, qui n'a remonté l'Oyapock que jusqu'aux Trois-Sauts, estime la populalion qu'il a vue à cinq mille âmes, tandis qu'en remontant le fleuve jusqu'à ses sources et en parcourant le pays qui sépare le bassin de l'Oyapock de celui de la rivière Kou, nous n'avons pas compte plus de deux cents Indiens. Si cette décroissance continue, il ne restera bientôt plus d'Indiens Oyampis. Déjà les Acoquas visités par les RU. PP. Grillet et Béchamel ont disparu complètement. D'autres tribus sont sur le point de s'éteindre : ainsi les Émerillons ne comptent pas aujourd'hui plus de cinquante personnes, et les Aramichaux, qui étaient assez nombreux dans la rivière Araoua pour soutenir la guerre avec les Roucouyennes, ne sont plus représentés aujourd'hui que par un seul individu qui s'est éloigné de sa rivière pour demander l'hospitalité aux Galibis du bas Maroni.

Un journal des Missions catholiques françaises estime que la population comprise entre l'Oyapock et l'Amazone, c'est-à-dire dans le territoire contesté entre la France et le Brésil, n'est pas de moins de deux cent mille habitants. Si l'on doit juger par analogie et d'après ce qu'a vu Apatou, qui au retour du Para a relâché en plusieurs points de celte contrée, nous ne croyons pas que la population soit supérieure à deux ou trois mille habitants.

28 septembre. — iNous passons la nuit dans un vieil ajoupa oii j'ai fait placer tous mes bagages à l'abri. Le matin, en mettant la manche de mon palçtot de laine, j'éprouve tout à coup une douleur atroce à l'extrémité de l'index. Ouelle est la bète qui m'a piqué? Est-ce un serpent ou une araignée-crabe? En tout cas j'ai si mal que je pousse un cri aigu qui fait accourir Apatou. Ayant lavé la piqûre avec de l'acide phénique, je fais faire une enquête dans la manche de mon paletot oii l'on trouve un gros scorpion noir. Mes hommes vont le tuer, mais j'intercède pour qu'on lui conserve la vie atin de faire une expérience physiologique. Les voyageurs ont dit et répété que le scorpion environné de feu ne manquait jamais de se suicider en se piquant lui-même avec ses dards venimeux. Apatou fait un cercle avec des charbons incandescents, saisit le scorpion près de la queue pour ne pas être piqué et le place au centre du foyer. Deux secondes après, l'animal

rai, un n,ouve„,e„, convulsif et lombe comme foud,osé. CeUe contraclion .iolenle qui plède la mor. e.t bien accompaguée d'un relèvement de la queue, ma. ce mouvemen, n'est pas assez étendu pour délerminev une piqûre a la tele.

Nous passons la journée à faire une deuxième pirogue e, a charger nos bagages.

-i, septembre - J'ai eu la lièvre toute la journée d'hier ; mai., après un bam pns dans' les eau. noires du Rouapir. je me suis trouvé à mon aise et j'ai dormi comme un bienheureux. N'est-ee pas une chance extrême pour un vovageur de n être malade que

dans ses instants de loisir'.'

J'ai été indisposé pendant tout le temps qu'on préparait mes canots, et >o,la nu'auiourd'hui, au moment de m'aventurer dans des régions inconnues, je jouts d une

anlé parfaite. En me réveillant au jour, c'est-à-dire à six heures du matin, ,e vo,s mes porteurs s'en aller d'un pas accéléré. Je saute à terre et m'approche d un Indten qu, phe son hamac pour s'enfuir avec les autres. Le nommé Couass,, se sentant dans

■.mpossibilité de fuir, car il redoute le fusil que je porte sur l'épaule, s'exécute de bonne grâce pour remplir ses engagetnents .Nous distribuons les bagages dans les deux canots

et nous nous mettons en route.

A une distance de quatre cents mètres, le Rouapir, qui paraissait navigable, est obstrué par de gros arbres qui barrent le passage. Le premier es. si gros qu'il serai impossible de le couper. Hopou et Stuart. qui sont dans la première pirogue, descendent à l'eau et hissent leur embarcation en la poussant par derrière. Arrivée au milieu de l'obstacle elle bascule, et, tombant dans l'eau sous un angle trop grand, disparaît aussitôt avec tous les bagages. Heureusement que le courant est nul e. que la prolondeur ne dépasse pas un mètre cinquante. Nous ne tardons pas à retrouver tous les objets qui

avaient disparu. . - i^o

Mon embarcation manœuvrée habilement par Apalou, qui la reçoit sur ses épaules au moment où elle retombe, éprouve pourtant des avaries assez sérieuses; l ecoree écrasée en frottant sur le tronc d'arbre a subi une déchirure qui laisse pénétrer l eau. Nous sommes obligés de nous arrêter une heure pour mettre une pièce d'écorce a no re canot qu'Apalou répare comme un vêtement déchiré. Les autres arbres doivent être coupés à la hache, ce qui demande de longues heures de travail et des efforts inouïs de mon équipage. Plus loin nous trouvons de petits arbres dont les branches fortement inclinées sur la rivière cl se donnant la main d'une rive à l'autre empêchent la circulation. Elles tombent sous les sabres d'abalis de mes quatre vigoureux compagnons, mais elles laissent échapper un suc blanc laiteux qui nous brûle les bras et la l.gure au plus léger contact, .\patou déclare que le canotage de cette rivière est plu> d.ll.c.ie qu'une navigation dans la forêt vierge lorsque les terres sont inondées.

A cinq heures du soir, il faut songer à choisir un lieu de campement, mais les mes sont M basses, si marécageuses que nous devons naviguer jusqu'à la nuit avant de trouver un endroit propice pour nous arrêter. Mes hommes entraînés dans la lutte n ont pa.

songé à leur nourriture, et n'ayant ni poisson, ni gibier, nous sommes obligés de nous coucher après avoir soupe d'un peu de cassave trempée dans l'eau. Je dormais déjà d'un profond sommeil lorsque j'entends un cri d'allégresse du noir IIopou. A la lueur d'un tison je vois notre Oyampis qui donne des coups de sabre sur un animal qui se débat à terre; il tue un aymara, excellent poisson pesant cinq kilogrammes, qu'il a ramené au bout d'un gros hameçon que je lui ai donné la veille. Tout le monde est bientôt debout. L'un va chercher de l'eau dans la marmite, l'autre écaille le poisson avec son sabre, le fend par gros quartiers, et nous attendons avec impatience le moment de la cuisson. L'aymara, qui a beaucoup d'analogie avec nos carpes d'Europe, se tient volontiers

NAVIGATION SLK LE n O l A P I P,

dans les eaux calmes. Il se promène la nuit, tandis que pendant la journée on le trouve couché au fond de l'eau, quelquefois sur un tronc d'arbre, le plus souvent sur des feuilles ou de la vase formant un petit banc près de l'embouchure d'une crique. Les Indiens ont l'habitude de le prendre avec une flèche, mais on peut le saisir avec un gros hameçon auquel on suspend de la viande ou une petite grenouille. A défaut de ce dernier appât qui est le meilleur, mon Indien s'est servi tout simplement d'un morceau d'écorce de taouari écrasée à coups de bâton. Le poisson stupide s'est laissé prendre en voyant traîner dans l'eau ces filaments rougeàtres qui ont à peu près l'apparence des fibres musculaires. J'oubliais de dire que mon Indien a employé également un stratagème connu en Europe. Il a eu soin de faire un feu sur la rive où il avait tendu ses

cordeaux. L'ayniara se aounil principalement de poissons, de grenouilles et de petites tortues. Quoique moins vorace que le piraï, il lui arrive parfois de donner un coup de dent à la main d'une femme qui lave du gibier à la rivière.

30 septembre. — Le canotage est encore plus difficile que la veille. Nous ne cessons de rencontrer ces arbres malfaisants aux arcades pittoresques et aux racines adventives qui se terminent par un chevelu inextricable. Apatou dit qu'il faut sortir au plus vite de ce mauvais pas, car il voit que les eaux baissent considérablement. En effet, ces radicelles qui devraient être immergées sont à un mètre au-dessus du niveau de l'eau. Occupé à relever le tracé de la rivière, je suis exposé à me heurter tantôt contre des branches.

IL FAIT n KI)Ol IlI.Fl'. 11 EFFORTS POIF. F A I 11 E INF. TRANCHÉE

tantôt contre ces racines, qui laissent tomber du limon desséché et des milliers d'insectes désagréables.

Dans l'après-midi, le paysage change tout à fait. A ces arceaux pittoresques succède un fouillis formé par des lianes entremêlées au milieu desquelles le chemin disparaît complètement. Il faut redoubler d'etlorls pour faire une tranchée.

Au premier coup de sabre, nous voyons un serpent réveillé en sursaut qui fuit comme un éclair. Sur une dislance de cinquante mètres nous sommes obligés de creuser une véritable tonnelle (pie nous mettons deux heures et demie à franchir. Les hommes doivent se relayer dans ce travail difficile : les embarcations se remplacent à tour de rôle pour trayer la route. Couassi, (jui met beaucoup d'ardeur à la besogne, se l'ail

une profonde entaille sur le genou et est forcé d'abandonner la partie. Je récompense son zèle en lui faisant cadeau du sabre qui l'a blessé.

Après onze heures de lutte opiniâtre contre celte folle végétation, nous trouvons une éclaircie, où nous jugeons à propos de nous arrêter pour y passer la nuit.

Pendant que nous faisons bouillir un maigre honoré {botorus tigrinus) que j'ai tué dans la journée, Couassi, malgré sa blessure, se met à pécher avec les viscères de cet oiseau qu'il emploie comme appât.

L'honoré, remarquable par sa maigreur, son air eftlanqué, est très commun dans les rivières de la Guyane. Il se nourrit de petits poissons qu'il prend dans les endroits peu profonds; fuyant à l'approche d'un canot, il ne vole pas loin : on le voit se reposer tantôt sur une roche, tantôt sur un tronc d'arbre penché sur la rivière.

LE BtTOl; MONO II É

En moins d'une heure, Couassi a lancé sur la berge trois gros aymaras qu'il a tués à coups de sabre. Cette capture me fait un grand plaisir : elle nous donne des vivres pour trois repas. Demain je n'aurai pas l'esprit inquiet en songeant à l'alimentation de mon équipage.

Avant daller plus loin, je dois dire que depuis notre embarquement nous avons parcouru une distance totale de neuf kilomètres en descendant le Rouapir. Ayant travaillé deux grandes journées pour parcourir ce trajet, nous n'avons pas fait en moyenne plus de cinq cents mètres à l'heure. Ce qui nous désole, c'est que plus nous allons, plus nous trouvons de difficulté, puisque le premier jour nous avons avancé de cinq kilomètres en huit heures, tandis que le deuxième il nous a fallu onze heures pour quatre kilomètres. Notons (jue le baromètre marque 739 millimètres.

1" octobre. — Au moment du départ, nous nous apercevons que nos canots d'écorce

font tellement eau qu'il est impossible d'aller plus loin sans de sérieuses réparations. C'est en vain qu'Apatou leur met des pièces qu'il coud avec des racines adventives que lui fournit une plante appelée moi7Ù parles Roucouyennes et camina par les nègres Ronis. Celte espèce de philodendron, que l'on rencontre dans toute l'Amérique équatoriale, est connue de tous les Indiens, qui s'en servent en guise de corde pour haler leurs canots à travers les cliules. Plus flexible que l'arouma, elle est également employée en vannerie par les Galibis et les Roucouyennes '.

Nous regrettions de ne pas trouver d'étoupe pour obstruer les tissures, lorsque Couassi, qui marche un peu malgré sa blessure, nous apporte une grande bande d'écorce épaisse qu'il vient d'arracher à un grand arbre, le Bertholetia excelsa , que les Hollandais appellent toca cl qui fournit une graine que les Rrésiliens expédient en Europe sous le nom de castaha. Cette amande, qui est très prisée des singes et des Indiens, est employée par les confiseurs français et anglais sous le nom de noix du Rrésil.

Couassi coupe un morceau de cette écorce, la dresse sur le sol, et, frappant sur l'extrémité libre à coups de bâton, il en dégage les fibres textiles qui servent admirablement à boucher les derniers trous de nos embarcations. Pendant que mes hommes font ces réparations, je pars le fusil sur le dos pour faire une reconnaissance. Je remarque que le terrain des alentours est très ondulé; il semble avoir été ravagé par les eaux qui ont levé la terre dans toutes les parties où elle n'était pas abritée par un arbre ou retenue par une racine. Nous voyons une inflnité de petits canaux, se coupant dans tous les sens, qui sont remplis de limon à moitié desséché. C'est la région la plus malsaine que nous ayons jamais vue. Hàtons-nous de la quitter au plus vite.

Vers dix heures, la rivière se divisant en trois branches, nous nous engageons dans celle dont le débit paraît le plus considérable ; mais bientôt nous trouvons des troncs d'arbres et une végétation si touffue que nous sommes obligés de revenir sur nos pas. Apatou est allé en reconnaissance et pense que le bras droit est le plus favorable à la navigation. Nous y étant engagés, nous ne tardons pas à trouver les mêmes difficultés; c'est toujours la hache ou le sabre à la main qu'il faut se créer un passage.

^'ers midi, je remarque que la rive droite change d'aspect ; elle est plus élevée et ne présente plus les sillons des terres noyées pendant la saison des pluies. Bientôt nous rencontrons quelques roches granitiques qui accélèrent le courant des eaux et nous apercevons sur la rive droite l'embouchure d'une petite crique appelée Rouassaour. La rivière est complètement dégagée, nous marchons très vite, entraînés par le courant et par les vigoureux coups de pagaye de mon équipage qui est radieux d'être soiti de ce pas difficile.

Notre allégresse n'est pas de longue durée. La rivière se divisant de rechef pour former des îles se laisse de nouveau envahir par cette végétation impitoyable qui semble vou-

\. Celle pliinlc, qui forme de beaux massifs, est représentée page tOI.

loir nous enfermer dans cette région pestilentielle. Mes hommes, révoltés contre cette nature ingrate, frappent et frappent à coups redoublés comme des guerriers dans la fureur du combat. Enfin nous revoyons une éclaircie. Apatou dislingue un carbet abandonné sur la rive droite. C'est une nouvelle lueur d'espérance, puisque nous atteignons une région qui est accessible à l'homme.

2 octobre. — Pendant la nuit, j'ai remarqué un bourdonnement dans le voisinage. Je croyais que c'était une chute qui se trouvait en aval, mais Apatou me dit que ce sont des mouches à miel.

Au lever, Apatou prend sa hache et va couper l'arbre. Le nid étant tombé à terre, j'ai peur de me faire piquer en recueillant du miel; mais : « Ne crains rien, me dit mon guide, les mouches sont parties. »

En efïet, l'essaim afïolé par la chute de l'arbre s'est élevé à une grande hauteur où on le voit tournoyer.

La charpente du nid est composée d'une substance grise dont l'aspect et la consistance sont identiques à ceux du papier buvard. Nous avons le regret de ne pas y trouver de cire, ce qui nous serait utile pour calfater notre canot, mais les alvéoles contiennent un mets exquis qui est très recherché des Indiens. Ceux-ci ne se contentent pas de savourer le miel, ils mangent également les larves blanches qui sont dans les alvéoles. IIopou, voulant faire comme Couassi, mord à pleines dents dans un rayon ; mais nous le voyons faire aussitôt une grimace épouvantable parce qu'il a été piqué k la langue ; il n'a pas remarqué que l'Indien qui mange les larves a soin de les extraire délicatement avec le pouce et l'index et de les tuer avant de les introduire dans la bouche.

Quelques instants après le départ, j'aperçois un îlot recouvert de graminées. Ce petit pré me paraît charmant parce que, depuis le commencement du voyage, nous n'avons pas vu un seul point de la rive qui ne fût envahi par des arbres ou au moins des arbrisseaux entremêlés de lianes. Une pelouse au milieu des forêts vierges de la Guyane est aussi rare qu'un arbre dans les steppes de la Russie et les pampas de la Patagonie. Au moment où je reposais mon regard sur celte riante verdure, je découvre un serpent très effilé ayant plus de deux mètres de longueur, remarquable par des taches jaunes et noires [spilotesvariabilis). Couassi m'ayant dit qu'il n'était pas venimeux, nous nous en approchons pour l'observera notre aise. Il est en train d'avaler un rat dont la queue sortant de sa bouche fait des mouvements désespérés. Ce reptile, qui se nourrit d'oiseaux, de batraciens et de petits mammifères, n'enroule pas sa proie pour la tuer, comme les grandes couleuvres de la Guyane [eunectes rmirinus). Se jetant dessus avec la rapidité de l'éclair, il la saisit avec les dents et l'avale sans la tuer. La couleuvre arrête sa proie de la même manière, mais avant de l'ingurgiter elle ne manque jamais de la broyer entre ses anneaux constricteurs.

Neuf heures. La rivière reprend son aspect des jours précédents; ce sont les mêmes arbres recourbés, les mêmes tonnelles qu'un poète qualifierait de pittoresques, mais que

je trouve aflrcuses. Au premier coup de hache donné par Apalou j'éprouve une douleur vive sur la paupière ; je viens d'élre piqué par une méchante guêpe dont j'aperçois le nid au-dessus de ma tête. Apatou s'empresse de couper l'arbre pour faire tomber le nid à la rivière. Cette ruche a plus d'un mètre de hauteur; les rayons, qui ne renferment jamais de miel, sont occupés par des larves que Couassi s'empresse de dévorer avec de la cassave. Cette guêpe, commune dans toute la Guyane, est très appréciée par les Uoucouyennes qui l'appellent ocowo.

A trois heures, nous sommes arrêtés par un gros tronc d'arbre que mes hommes épuisés mettent plus d'une heure à couper. Pendant ce temps je vais m'asseoir sur la rive où, fatigué par une chaleur torride et mourant de faim, je regarde l'eau couler

jSuâ

N r D DE r, l E P E S

sans penser à rien. Je ne songe même pas à maudire les insectes de toute sorte qui me dévorent les jambes et la figure.: la misère m'a rendu insensible.

Vers la fin do la journée, nous retrouvons quelques roches granitiques au niveau desquelles la rivière n'est pas encombrée par la végétation. Le cours d'eau s'élargit un pt-u, mais est toujours intercepté par des troncs d'arbres.

En arrivant au campement mes hommes font du IVu. IVous n'avons rien à faire bouillir. Nous n'aurons pour souper que les produits d(> la pêche de Couassi. J'attends avec anxiété le moment où le poisson mordra à l'amorce ; je le payerais à poids d'or si je pouvais l'acheter, car, en outre des fatigues physiques, je ne suis pas sans souffrir en voyant mes noirs qui ne cessent de bouder, de maugréer. Ces malheureux, qui sont à lioiil (le force, sont profondément découragés. Dans la journée j'ai calmé un moment leurs récriminations en donnant un (bdiar à cliaciiii |ii)nr boire un bon coup à notre

arrivée au Para. Ce soir je n'ai d'autres consolations à leur donner que de partager avec eux le peu de tabac qui me reste. Je ne fume jamais sans otîrir une cigarette à Apatou, qui paraît très flatté de cette attention.

Quand donc arriverons-nous chez les Calayouas ' ? Voilà quatre jours que mon guide dit demain [cobï). Mes bagages sont en très mauvais état, car mes pirogues font beaucoup d'eau. Je passe la moitié du temps à les réparer avec de l'étoupe et de la terre glaise. C'est que toutes les ouvertures se rouvrent au moindre choc. Une partie de mes cartouches sont mouillées ; la boîte de mon théodolite est dans un état déplorable ; je ne purs plus l'ouvrir et j'ai bien peur qu'elle n'éclate par suite du gonflement du bois. D'ailleurs je ne pourrais faire d'observation astronomique puisque nous n'avons jamais le soleil à découvert.

Après une heure d'attente, le pêcheur ramène un poisson sur la rive ; on le fait vite bouillir et on le mange avec voracité. Les estomacs pleins, la barriga llena, comme disent les Espagnols, la gaieté reparaît dans le camp. Nous nous étendons dans nos hamacs et savourons notre dernière cigarette.

Bagages avariés. — Petit saut. — Enfin nous atteignons la crique Kou. — Pirogues coulant bas. — Des sauveurs. — Une lettre. — Une riche collection. — Arrivée chez les Calayouas. — Besoin de repos après une marche vertigineuse. — Apatou malade. — Privation de sel de cuisine. — Le Yary. — Plaisir de revoir un lieu de combat. — Kaut-il battre en retraite? — En avant !...

2 octobre. — Partis à huit heures, nous sommes bientôt obligés de nous arrêter pour faire des réparations sérieuses à nos canots. Par le plus grand des bonheurs, en descendant à terre Couassi reconnaît un nid de mouches à miel qui fournit de la cire. Cette espèce de mouche avait fait son nid dans un tronc d'arbre qui probablement avait été attaqué par des termites. Avec la cire, qui nous sert pour calfater nos pirogues, nous recueillons un miel noir qui a pourtant une saveur agréable. Nous remarquons avec satisfaction que ces insectes n'ont pas d'armes pour nous piquer.

Midi. La rivière s'élargit au niveau de roches graniliques qui forment un petit rapide; nous sommes dans une éclaircie où le soleil à pic apparaît dans toute sa splendeur. Je note que, depuis mon retour à la Guyane, c'est la première fois que je vois le ciel dégagé de tous nuages; c'est la belle saison complètement établie, nous n'aurons plus la moindre pluie d'ici trois ou quatre mois. A deux heures, nous rencontrons une chute qui a quarante centimètres d'élévation. Hopou et Stuart, qui s'y engagent à toute

' Dans le récit du premier voyage, le nom de ces Indiens a été écrit à tort, Calmjonns. {Note de l'éditeur.)

vitesse, ont iiiio chance exlrème de ne pas déchirer leur pirogue conlre les roches. Apalou, plus prudent, descend à l'eau et conduit mon embarcation à la main. Si nous évitons ainsi le danger de briser l'embarcation, nous voyons l'eau, qui court plus vile que le canot, entrer à flols à l'arrière qui n'est fermé que par de l'argile.

Une demi-heure après nous débouchons dans la crique Kou, que Couassi prononce Ko-ou. Celle crique est ici beaucoup plus large qu'à son embouchure dans le Yary. C'est qu'elle n'a pas une profondeur de plus d'un mètre cinquante et que le courant est faible. Couassi nous apprend qu'elle n'est pas loin de ses sources; en la remontant, à une heure de canotage, on la voit se diviser en plusieurs branches moins importantes que le Rouapir. Malgré la faible profondeur des eaux nous avons peur de submerger, ce qui nous ferait perdre nos bagages déjà profondément avariés.

Nous étions sur le point de nous arrêter pour aviser à un autre système de navigation, lorsqu'au tournant de la rivière j'aperçois des Indiens peints en rouge qui crient de loin : (( Major ! Apalou ! »

Je reconnais le tamouchi Yelemeu ' qu'à mon dernier voyage je suis allé visiter dans l'intérieur de la crique Courouapi. C'est ce brave chef qui m'a fait faire de la cassave, et m'a fourni une pirogue qui m'a permis de franchir toutes les chutes du Yary sans le moindre accident.

Je lui demande où il va.

« Oyapoko, » répond-il en montrant un papier.

Une lettre ici? cela m'intrigue vivement; un autre voyageur serait-il venu dans ces régions ?

Mais je reconnais mon écriture ; c'est une missive de l'année dernière par laquelle j'annonce au Ministère de l'instruction publique que je vais lancer mon canot à travers les chutes du Yary. Je me souviens qu'elle fut écrite au milieu de la fumée d'un bûcher sur lequel on brûlait un chef roucouyenne.

« Envoie tes enfants porter la lettre, lui dis-je, et reste avec nous avec quelques peitos (soldats) ; je l'ai apporté un fusil du pays des Paracliichi » (c'est ainsi qu'ils appellent les Français).

L'affaire convenue, j'écris au commissaire de l'Oyapock en lui recommandant de livrer au lils de Yelemeu tant de couteaux, de sabres et de haches. J'insiste pour qu'on le traite bien, puisque c'est la première fois (|ue les Roucouyennes vont jusqu'au pays des blancs.

Nous nous séparons dans l'après-midi. Douze Roucouyennes et le brave Couassi remontent vers l'Oyapock, tandis que je descends la Kou avec Yelemeu et trois de ses •'ufants.

Les voyageurs j»our l'Oyapock cinporlcnl une grande quantité d'arcs et de llèches,

1. 1,'auleur, dans le récit de son premier voyage, ccril ce môme nom Ydeiimm. (Ao/c de redilcur.)

des pagaras, des hamacs, des poteries, des ornements en plumes, qui enrichiront les collections du musée ethnographique de Paris. J'ai profité également de cette occasion pour donner de mes nouvelles au monde civilisé.

Le 5 octobre, nous arrivons chez les Calayouas. Je croyais trouver là une tribu d'Indiens distincte, mais je m'aperçois que ce ne sont que des Oyampis qui ont eu quelques relations avec les Brésiliens que les indigènes de la Guyane appellent Calayouas. Ces sauvages ne procèdent pas autrement que les habitants de nos campagnes où l'on appelle Parisien tout individu qui est allé à Paris. Nous avons su depuis, par le voyageur anglais B. Brown, que les Indiens Ouapisiana qu'il a rencontrés dans le rio Colinga,

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