‹ Voyages dans l'Amérique du SudChapitre 26 sur 88 · BANDEAU · texte numérisé non relu

BANDEAU

sont de véritables monuments qui n'atteignent pas moins d'un mètre cinquante centimètres. La carcasse du chapeau, largement ouverte au sommet, n'a rien de commun avec aucune espèce de coifTure connue. Elle est surmontée d'un arceau dirigé d'avant en arrière qui supporte une infinité de panaches rouges et bleus ornementés d'élytres de grands scarabées aux reflets métalliques. La trame disparaît sous vingt bandeaux ou couronnes imbriquées les unes au-dessus des autres, avec des couleurs rouge, jaune, noir, vert, blanc et bleu. A l'arrière tombe une espèce de plastron recouvert d'une mosaïque de plumes qui représente un homme aux jambes et aux bras écartés comme les grenouilles.

H faut plus d'une année de travail pour confectionner cette parure de danse. J'ai déjà dit que le port des plumes est l'apanage des hommes; je dois ajouter que ce sont eux seuls qui font ces ouvrages, qui feraient envie aux femmes élégantes du monde civilisé.

Le tamouchi porte sur l'avant du chapeau un bandeau tressé en feuilles de palmier, sur lequel sont appliquées des écailles de caïman ou de petits rectangles taillés dans le

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bec du toucan. Ces écailles, blanches el noires, sont arrangées de manière à représenter

des arabesques.

Tous ces précieux ornements, que nous avons rapportés à Paris et faildessiner d'après nature, sont renfermés dans de longs pagaras en feuilles de palmier, d'où les danseurs les sortent au fur et à mesure avec la plus grande délicatesse. Ils ont eu bien soin

d'enlever préalablement la peinture de roucou dont ils étaient recouverts, de peur de tacher leurs belles plumes.

Le chapeau n'est pas le seul vêtement de danse ; les Roucouyennes se recouvrent l'abdomen d'un grand nombre de ceintures qu'ils fixent avec un cordon sur la ligne médiane. Elles sont de deux sortes: les unes noires, en poil de couata; les autres blanches, en coton. Elles sont disposées les unes à côté des autres de manière

JARRETIERE

à brider le ventre jusqu'à la base de la poitrine. Quelques danseurs portent à la jambe droite une jarretière à laquelle sont suspendus des grelots qui Innt un bruit de castagnettes. Ce .sont des graines ayant la forme il'uu chapeau à deux cornes, qui sont attachées par leur sommet à des ficelles pendant à la partie antérieure de la jarretière.

Elles sont produites par un arbre appelé coiiài [thevelia neriifolia) qui est cultivé par tous les Indiens de l'Amérique équinoxiale. Quelques-uns portent dans le dos un

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ornement des plus grotesques ; c'est un poisson en bois avec des trous dans lesquels sont implantés de grands panaches en plumes qui retombent en imitant la queue d'un oiseau.

Les curieux s'assemblent pour examiner les chapeaux, qui sont placés sur de petites croix enfoncées en terre. Ceux qui s'approchent trop sont empoignés par les danseurs, qui leur serrent le mollet par deux ligatures et y appliquent deux coups de verge.

La danse commence au coucher du soleil. Les hommes et les femmes font des évolutions à la lueur de grands feux, en s'accompagnant de chants qui célèbrent leurs amours et leurs exploits guerriers. Les jeunes gens placés en rond autour d'un trou recouvert d'une grande écorce tapent tous en cadence avec la jambe droite sur cette espèce de caisse qu'ils raidissent avec le pied gauche, et à chaque mouvement ils tirent un son bref d'une trompette en bambou.

Au lever du soleil, les danseurs quittent leurs costumes, et aussitôt commence le

SUPPLICE DES GUEPES

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