‹ Voyages dans l'Amérique du SudChapitre 28 sur 88 · BOCHES GRAMTIQIES DL PAROI · texte numérisé non relu

BOCHES GRAMTIQIES DL PAROI

pittoresque où les Indiens flèchent des coumarousn leur passage dans les pelils dédiés qui séparent les roches.

C'est un jour de fêle, il s'agit de célébrer la mori d'un lamouchi qui a succombé il y a un mois '. Tous les hommes sont recouverts de longues lanières noires en laouariqui partent du cou cl d'une espèce de toque semblable à celle de nos magistrats. Un seul homme est debout, tenant à la main un IVnicI dont l;i corde ,i liiiil mètres de long; il tourne sur lui-même en frappant la terre avec le pied droil ; puis, soulevant son fouet. il penche le corps en arrière, et, d'un mouvement brusque, projette la corde qui claque comme un coup de pistolet. A chacun son tour de produire ces détonations. Cette danse s'appelle la dansé du potio. Les autres Indiens, assis sur leurs talons, applaudissent en criant : « Hé !... hé !... »

Les Indiens (lu Parou, (|ui connaissent tous les détails de mon premier voyage dan.-

I. Il y II doux fûtes en l'honneur des morls : la premliVe est le Pono, et lu douiième le Tou/t', que nous avons décrit.

le Yary, ne manifestent aucune frayeur à mon arrivée. Je suis le bienvenu parce qu'ils savent que j'apporte des couteaux (m^rm), des haches [otiioui), des sabres (sapa), des hameçons. En fait d'instrument en fer, ils n'ont qu'un seul couteau de boucher sans gaine, que le tamouchi a passé dans sa ceinture de poil de couata. On lit sur la lame : Acier fondu, Paris. C'est un objet qui provient de la pacotille que j'ai transportée dans le Yary à mon voyage de 1877. J'apprends que le tamouchi a obtenu ce couteau en échange d'un chien et d'un hamac qui avait demandé plusieurs mois de travail.

Ces Indiens sont disposés à m'accompagner partout, parce qu'ils savent que je r>'ai jamais manqué à mes engagements avec leurs compagnons du Maroni et du Yary. Ces braves gens sont si complaisants qu'ils viennent au-devant de mes besoins. Un enfant me dit : « Donne-moi un hameçon et j'irai te chercher beaucoup de petits poissons. » Une femme me promet autant de cassave que j'en voudrai si je lui donne des perles bleues. Un chef étranger nommé Alamoïké, qui se trouve là par hasard, ayantappris que je désirais connaître la fabrication du curare, veut me l'enseigner au prix d'une hache et d'un couteau.

Tout irait à merveille sans une nouvelle querelle qui vient de s'élever entre Apatou et Stuart et qui dégénère bientôt en une prise de corps. C'est un spectacle effrayant que de voir ces deux athlètes couleur de bronze, aux corps sveltes, aux muscles puissants, s'enlacer, se dresser sur les pieds, se courber en avant, en arrière, puis s'arrêter court. La situation devient critique.... tandis que l'un comprime le bas-ventre de son adversaire, l'autre lui presse la gorge avec tant de force que ses yeux deviennent rouges de feu. Il faut que j'intervienne le couteau à la main pour terminer ce duel qui jette la terreur dans le camp des Ouayanas. Ces troubles ne m'empêchent pas de faire mes observations quotidiennes. La hauteur du soleil à midi et à quatre heures me permet d'établir la position du lieu. Canéapo, c'est ainsi qu'on appelle le village en question, est par 0°58' latitude nord et 57''6' longitude ouest de Paris.

Voulanlexplorer le Parou dans tout son parcours, j'engage Yacouman à me conduire jusque chez les Indiens Trios qui sont établis vers les sources. D'autre part, Alamoïké, qui devait descendre plus bas, consent à retourner sur ses pas pour me montrer la fabrication du curare, que les Ouayanas et les Trios appellent ow^ari.

Pour aller plus vite, je veux laisser la moitié de mes bagages aux soins de Canéa ; mais Hopou et Stuart, à qui j'ordonne de n'emporter absolument que les objets elles vêtements les plus indispensables, se mettent à murmurer et à menacer de ne pas partir. Je les calme en faisant l'inventaire de leurs sacs et leur remettant deux fois la valeur de chaque objet.

30 octobre. —Sept heures du matin. Je suis bien aise de me mettre en route, car je préfère les fatigues du canotage au séjour dans une habitation. Il faut marcher, marcher toujours pour empêcher ces misérables de s'entre-tuer. Le désœuvrement est non seulement la perte des armées, mais surtout des petits équipages qui servent aux voyages d'exploration. Au moment de mettre le pied dans mon canot, j'aperçois un oiseau-mouche qui vient tomber à mes pieds. L'ayant pris à la main, je vois qu'il est attaqué par deux

fourmis manioc qui l'ont déjà dépouillé d'une partie de ses plumes. Je le débarrasse de ces cruels ennemis et lui donne la liberté.

Cette partie de la rivière est entrecoupée à chaque instant par des roches granitiques ; c'est la carcasse des petites collines qui forment les rives. La végétation de ces terres élevées, avec ses arbres robustes sans palmiers aux feuilles déliées, sans lianes aux contorsions élégantes, ne manque pas de charmer la vue.

A dix heures et demie, nous apercevons un dégrad sur la rive droite. C'est la tète d'un sentier de traverse qui conduit à l'habilalion d'Eoupara. On peut atteindre le village en dix minutes de marche, tandis qu'il faut une lieue de canotage à cause d'une courbe que fait la rivière. Je voudrais bien délasser mes jambes en marchant un peu, mais je suis retenu dans mon canot par l'obligation de faire un tracé à la boussole. Eoupara est bâti sur une petite colline en face d'un rapide appelé Kourokiri. C'est un site avantageux ; on voit de loin les canots qui montent, on jouit du murmure des eaux, on prend des bains délicieux, et on flèche les bandes de coumarous qui sillonnent les eaux courantes.

La femme aînée du tamouchi brîile d'envie de posséder une petite bague d'argent semblable à celle qu'Apatou porte au doigt en guise de réclame. Elle veut me payer avec de la cassave, mais nous en avons tant et plus ; après réflexion elle ofl're de me faire un joli petit hamac semblable à celui qu'elle porte sur l'épaule gauche pour suspendre un gros bébé tout nu qui se cache la tète derrière le dos de sa maman. La jeune femme, qui était occupée à modeler un tapir avec de la cire noire, veut avoir à tout prix les boulons de mon paletot ; je lui en donne deux, à la condition qu'elle me fera de petites statuettes en cire ou en argile que je prendrai à mon retour. Avec une autre, j'échange des aiguilles d'acier contre des aiguilles faites d'une dent très effilée de poisson.

L'Indien ne connaît pas l'usage des cadeaux, et lorsque je donne un couteau on me dit toujours : Etihé? c'est-à-dire : Que veux-tu? Leur petit commerce se fait par des échanges ; l'acheteur doit toujours payer d'avance.

Les Bonis qui viennent faire du commerce en pays roucouyenne sont obligés de payer les hamacs qui ne leur seront livrés que l'été suivant.

iMuison sur un urbre. — La chute des feuilles en élé. — Vérilable rivière des Amazones. — Description de ces t'enimes qui ont fait rêver nos grands-pères. — Autant de galons que d'enfants mâles. — Comment on devient Amazone. — Un souper frugal dans ce pa\s légendaire. — Mangeur do termites. — Influence de la laliiude et de l'altitude sur mon élat sanitaire. — Le kinoro. — Un monolillie. — Les impressions do vovago d'un ludion dans le pays dos Idancs. — Ananas sauvages. — Sonlior du l'arou au Maroni. — Renseignemoiils pour les chasseurs de coqs de roche. — Canot chaviré.

31 octobre. — .Après deux lieures de marche, nous rencontrons l'embouchure de la (•ri(|iir Coiirileiiric que ikius av<iiis traversée en allant du "\ ary au Parou. Un |teu en

amont, je découvre un gros nid dans les branches d'un grand arbre qui est sur la lisière d'un abatis. En approchant, je reconnais qu'il s'agit d'une véritable hutte avec im plancher et un toit en feuillage où un Indien, blotti comme un singe, se prépare à flécher les oiseaux qui viennent savourer les graines mijres de cet arbre.

Vers quatre heures, nous passons devant une petite montagne appelée Manaou ; ce serait un bel endroit pour camper, mais il y a beaucoup de moustiques. Yacouman veut atteindre un petit village qui est éloigné de deux heures de canotage. Je fais remarquer

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à Apatou qu'il y a beaucoup de bois sec sur les collines, et il me répond : « Arbres-là, pas pourri, quand pluie veni gagné feuilles. » En Guyane, ce n'est que pendant l'été qu'on voit des arbres perdre leurs feuilles.

Nous arrivons au dégrad quelques minutes avant le coucher du soleil et il faut encore faire deux kilomètres à pied pour atteindre le village qui est au milieu de la forêt. Je suis étonné de ne pas voir un seul homme pour nous recevoir. Nous visitons deux, trois habitations, et nous n'y rencontrons que des femmes. Je demande à la plus vieille, c'est-à-dire à la moins farouche : « lYepo amolé okiri (Où sont vos hommes)? — Okiri ova » (homme pas), répond-elle dans son langage laconique.

Je suis fort intrigué. Ai-je donc enfin trouvé ces fameuses Amazones sur lesquelles nos savants, de la Condamine en tète, ont discuté pendant des siècles? Oui, ce sont des femmes qu'Orellana a trouvées près du Trombette et sur lesquelles un conquérant espagnol a brodé une histoire romanesque qui a fait qualifier le grand fleuve de r?o de las Amazonas.

Je ne doute pas qu'Orellana n'ait rencontré des tribus de femmes, mais quelle imagination fantastique il a dû déployer pour les comparer aux guerrières chevaleresques les temps homériques! Je constate d'abord que les Amazones du Parou n'ont pas l'usage de se couper un sein pour se livrer sans inconvénient à l'exercice de l'arc.

« Combien avez-vous eu d'enfants? » demandai-je à l'une d'elles. Elle me réjjond en me montrant trois raies rouges sur le haut de la cuisse.

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