NAVIGATION SUR LE PAROU
Le 22, nous prenons un jour de repos dans une habitation appelée Yaripo, où j'enrôle des hommes pour nous guider pendant quelques jours.
Entre autres occupations, je répare mon unique pantalon, qui présente de sérieuses avaries. Manquant de fil, un Indien m'en fait séance tenante. Voici sa manière de procéder :
Deux Indiens coupent chacun une longue feuille. Ils entre-croisent ces feuilles et se mettent à faire un mouvement de va-et-vient en tirant avec force chacun de son côlé,
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et bientôt la matière charnue des feuilles a été enlevée et il ne reste plus que le& fibres textiles. .l'ai du fil.
Pour faire la ficelle, l'Indien met trois fils de longueur égale sur son genou, et, les fixant solidement avec la main gauche, il les enroule en glissant la main sur la cuisse, d'arrière en avant, puis d'avant en arrière. Avec une seule de ces manœuvres, il opère le cordelage sur une longueur de douze cenfiraètres. En répétant ces mouvements, il arrive à faire des cordes fixes ayant plus de trente mètres de longueur, qu'il enroule en pelotes.
La fabricaUon des fils de coton destinés à la confection des hamacs est réservée aux
VOYAGES DA.XS L'AMKKIOUE DU SUD.
femmes. Leurs bobines sont composées d'un bâtonnet dur, passé dans une couronne sculptée dans un os de tapir; elles portent à l'extrémilé un crochet taillé dans le bois. J'assiste à un toulé. Vers quatre heures du soir, vingt hommes alignés sur un seul rang débouchent sur la place du village, lis n'ont plus leurs grands chapeaux, mais de petites couronnes en plumes [pomaris), et ils portent en liaul de chaque
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bras, en guise dépauletles, deux queues d'aras rouges {kinoro oxatila), d'un W\ efTot. Le cliof de bande, qui est h droite, tient .-i la l>ouch.> une grosse llùle de bambou dOii il tire des sons graves et tristes en se balançant sur la janib.' droite. Les autres, portant chacuii une llùle. également de bambou, mais plus petite, répondent sur lin Ion plus élevé. Arri\'és au milieu du village, ils forment un cercle et se melleni ;i
tourner en jouant toujours le même air et en frappant légèrement le sol en cadence avec le pied droit.
C'est une roue vivante qui reste en mouvement toute la nuit, en sifflant, et m'agace les nerfs à ne pouvoir fermer l'œil. L'axe de cette machine diabolique est formé par un grand pot de cachiri où les danseurs assouvissent leur soif.
Les danseurs, presque tous étrangers à la tribu, se proposant de récompenser les femmes qui leur ont versé des flots de cachiri pendant toute la nuit, montrent, l'un un catouri (hotte), l'autre un manaré (tamis), un troisième une cmicato (cuiller) pour remuer la bouillie. Les femmes brûlent d'envie de posséder ces objets qui sont tout neufs et artistement travaillés.
Le possesseur du catouri s'assied au milieu de la place avec un bâton qu'il cache derrière son dos. Une jeune fille s'approche pour saisir l'objet, mais elle reçoit un grand coup sur les doigts, aux rires et applaudissements de l'assistance. Une seconde, plus habile, se dérobe aux coups et enlève le beau catouri. Cette distribution de cadeaux et de coups de bâton dure plus d'une heure. Les femmes répondent à la générosité des convives en apportant trois grandes jarres remplies d'un cachiri qui est encore meilleur que celui de la veille ; on boit tant et plus.
Disons en passant que la mort des femmes n'est suivie d'aucune espèce de fête.