‹ Voyages dans l'Amérique du SudChapitre 39 sur 88 · HABITATIONS DE SAIVAGES CIVILISÉS A C U E M B Y · texte numérisé non relu

HABITATIONS DE SAIVAGES CIVILISÉS A C U E M B Y

blanc insupportable et regagne la forêt. La grande difficulté pour la civilisation des indigènes de l'Amérique du Sud est l'absence d'ambition chez les Indiens. Un Indien qui possède un couteau ne donnerait rien, absolument rien, pour en avoir un deuxième.

Le Canuman étant parti du Para le 29 mars, nous avons mis quarante-cinq jours pour aller de l'embouchure de l'Amazone jusqu'à une faible distance des Andes. N'est-il pas extraordinaire de voir un vapeur s'engager dans un continent à une distance de deux mille trois cent trente-six milles, c'est-à-dire environ quatre mille trois cent vingt-six kilomètres? On compte cinq cent trente-six milles du Para à San Antonio à l'embouchure de riça et environ huit cents milles entre ce hameau et Cuemby. Quatre cents kilomètres de plus, et nous aurions passé de l'Atlantique au Pacifique. Un fait remaniuable, c'est que, depuis l'Allanliiiue jusqu'aux |treniiers contreforts de la Cordillère des Andes, on ne

trouve pas une pierre ; partout les rives sont argileuses et le fond est constitué par de la vase ou du sable fin.

Je suis bien aise de me reposer un peu, car je n'ai jamais fait un travail plus pénible que le relevé de cette rivière. Obligé de sauter de mon hamac à cinq heures et demie du matin, j'ai dû rester chaque jour douze heures sur le pont, exposé à l'ardeur d'un soleil équatorial, occupé constamment à relever des angles et à dessiner les moindres accidents de terrain. Apatou m'a secondé dans ce travail; je lui montrais un grand arbre, très commun dans l'Iça, que les Roucouyennes et les indigènes du haut Amazone appellent okeima [Bambax ceiba); je le relève à la boussole, et Apatou le fixe jusqu'au moment où no4is passons devant. De cette façon, je ne puis m'égarer dans les points de repère. C'est lui qui m'apporte le plat de piraroucou salé et le riz qui constituent presque tous mes déjeuners. Quelques bœufs ayant succombé et le commandant désirant conserver les survivants pour le retour, nous ne mangeons que rarement de la viande fraîche.

Heureusement que j'ai pris quelques caisses de vin français au Para. Je trouve dans le liquide national un réconfortant que je recommande à tous les voyageurs qui peuvent transporter des bagages. Le vin de Bordeaux est le meilleur agent contre la cachexie intertropicale. Je lui voue un culte éternel, puisque c'est lui qui m'a remis deux fois sur pied après mes traversées dans la Guyane.

La rivière Pastasa. — Le pirate des Andes. — AUuvions aurifères du rio San Miguel. — Agami bouilli {sancocho). — Débordement ; orage. — Méfiance. — Cantinelo. — Le rio Guames. — Transit entre la Colombie et le Brésil par les affluents. — Mauvaise foi d'un agent de la Compagnie Rayes.

Malgré un travail excessif, ma santé reste parfaite, et je ne saurais m'arrèter en si belle voie.

A côté de riça se trouve la rivière la moins connue de tous les affluents de l'Amazone, la plus redoutée à cause des chutes, du climat et des indigènes. Ces obstacles excitent ma curiosité; c'est parla qu'il faut que je revienne. Le rio Pastasa est cette rivière qu'une intrépide Française a descendue pour rejoindre son mari, l'académicien Godin, qui était dans l'Amazone avec le célèbre de la Condamine.

Je vais être obligé de retourner sur mes pas, quand je rencontre un coureur de grands bois, le nommé Santa Cruz, escorté de deux vigoureux Indiens du rio San Miguel. Ce pirate des Andes, c'est ainsi qu'on l'appelle, est le seul qui consente à m'accompagner. Je l'enrôle séance tenante avec ses deux hommes, nommés Antonio et Gonzalo. Tout

est réglé, lorsque le capitaine ^'aleriano, ancien officier de la marine brésilienne, me donne sur Santa Cruz des renseignements peu favorables.

« Vous avez entendu parler, me dit-il, d'un Anglais qui vient d'être tué dans le Napo ?

— Oui, lui dis-je.

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— Eh bien! connaissez-vous l'auteur du crime? C'est votre futur compagnon de voyage. »

Ce matin, le pirate des Andes avait bu de la cachasse (eau-de-vie de canne) à plein verre, il avait le délire, et parlait tout seul en regardant des papiers contenus dans son pagara. Après m'avoir offert un verre, il s'est endormi, et j'ai parcouru un papier qu'il avait laissé par terre. C'était un acte d'accusalidii de meurtre contre le nommé Santa Cruz.

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