‹ Voyages dans l'Amérique du SudChapitre 4 sur 88 · NOTICE SUR LE DOCTEUR CREVAUX. XI · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LE DOCTEUR CREVAUX. XI

èlic |)()lies et striées sur place par d'immenses nappes d'eau animées d'une prodigieuse vilesse et transportant de nombreux débris. Un argument sans réplique est que certaines d'entre elles sont encore attachées à la roche-mère, et le docteur Crevaux eut soin d'en prendre des photographies.

En t876, enfin, il conquit au concours son troisième galon.

Depuis longtemps il avait tourné ses pensées vers la Guyane. 11 savait que, depuis deux cents ans, de nombreux voyageurs avaient vainement tenté de pénétrer jusqu'aux monts Tumuc-Humac, oîi l'on plaçait le fameux Eldorado, dont les eaux détachaient quelques bribes convoitées par les mineurs.

Ce (|ue nul n'avait pu l'aire jusque-là, pourquoi ne le ferait-il pas? Personne n'av.iil eu plus d'enthousiasme, plus de feu sacré qu'il en avait. Il était jeune, vigoureux, aussi fortement trempé au moral qu'au physique, toutes conditions favorables.

Que tallait-il de plus? Un peu d'argent.

La colonie vint à son aide. Ses ressources étaient minimes, mais, en se faisant petit, il avait plus de chance de passer.

Il allait se mettre en route lorsqu'une épidémie de flèvre jaune éclata aux îles du Salut et rendit sa présence indispensable. Son dévouement à ses malades, son sang-froid devant le fléau redoutable, lui valurent la croix de la Légion d'honneur. Un des derniers, il subit les atteintes de la maladie.

Sitôt guéri, il reprit ses projets. Il remonta le Maroni jusqu'au pays des Ronis, où il eut la bonne fortune de rencontrer le nègre Apatou qui devint son constant et dévoué compagnon.

Ils atteignirent les Tumuc-Humac et descendirent le Yary jusqu'à l'Amazone. Ce voyage est un des plus beaux qui aient été faits depuis longtemps. Il |)résentait tellement de difficultés que beaucoup d'anciens Guyanais refusèrent d'abord de croire à sa réussite.

Mais Crevaux ne se reposa pas longtemps. L'Oyapock, autre rivière de notre colonie, l'attirait à son tour. Il remonta ce fleuve, traversa encore les Tumuc-Humac et descendit le Parou jusqu'à l'Amazone. Un autre se fût contenté de ce nouveau et brillant succès; Crevaux se dit : Je me porte bien et l'Amazone a encore bien des affluents inexplorés.

Un vapeur parlait pour remonter le rio Iça. Le plan d'un nouveau voyage fut bientôt fait : profiter du vapeur pour remonter l'Iça qui est navigable jusqu'au pied des Andes, puis gagner au nord les sources du Yapura et descendre cette rivière, alors inexplorée. Accompagné de son fidèle Apatou et d'un pirate des Andes nommé Santa-Cruz, bandit redoutable dont, faute de mieux, il fit son compagnon de voyage, il descendit cette immense rivière après avoir couru mille dangers et traversé le territoire d'Indiens anthropophages, armés de fusils, les Ouitotos.

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