‹ Voyages dans l'Amérique du SudChapitre 48 sur 88 · COLOMBIA · texte numérisé non relu

COLOMBIA

Compagnie. Ils sont vigoureux et beaucoup plus sains que ceux de la vallée du Magdalena.

Colombia se trouve à 780 mètres d'altitude, d'après un essai hypsométrique. Les orages sont fréquents. La pression atmosphérique y varie dans la journée de 690 millimètres à 695""", 5.

Don Lucio vient nous rejoindre le lendemain de notre arrivée. Il nous dit qu'on peut atteindre le Goyabero (Guaviare) de deux façons : on peut descendre l'Areare, affluent de gauche du Guaviare, qui prend sa source à San Juan de los LIanos. En six jours de marche nous serions sur ses bords et cinq jours après à son embouchure. Mais le Goyabero lui-même, personne ne l'a jamais descendu. En trois jours nous pourrions l'atteindre. Les renseignements s'arrêtent là. Don Lucio sait seulement qu'un peu avant la réunion du Goyabero avec l'Areare il y a un raudal (courant impétueux) ou

414 VOYAGES DANS L'AME MinLE DU SUD.

mauvais passage dont il ne peut nous expliquer la nature. Deux routes sont donc devant nous : l'une facile relativement, l'autre absolument inconnue. Nous n'hésitons pas à choisir la dernière.

Nous descendrons le Goyabero, et, si notie voyage réussit, nous lui donnerons le nom de rio de Lesseps, en souvenir de notre illustre compatriote, dont la recommandation nous a ouvert toutes les portes dans ce pays de Colombie, où il est aussi connu que le libérateur Bolivar.

Nous allons donc nous occuper de nos préparatifs de départ. Don Lucio nous rend un véritable service en nous procurant les mules, les selles, les péons dont nous avons besoin. Il est douteux que, sans son intervention, nous eussions pu trouver des montures pour franchir les Andes. Les routes sont extrêmement difficiles et les bêtes s'abîment trop facilement pour qu'on les loue volontiers. Il envoie des exprès pour nous préparer le chemin. A Duda, nous trouverons quelques provisions et des hommes (jui nous traceront la route depuis Yavia jusqu'au Goyabero. Il faut dire que don Lucio avait projeté, il y a quelques années, la création d'une ferme sur le bord de cette rivière. Il y avait établi une prairie artificielle, et, pour la relier à Yavia, il avait fait percer un sentier qui aujourd'hui doit être envahi par la végétation, mais qu'on n'aura qu'à déblayer. Nous séjournons cinq jours à Colombia. Nous faisons quelques observations et quelques excursions dans les environs.

Le Janne se rend à la Puerta del Cielo, où il doit visiter les semis et les plantations de quinquina. Parti dans l'après-midi de Colombia, il arrive trop tard à la ferme de Sargosa qui est située au pied de la montagne où se trouvent les cultures. La nuit va venir et il ne trouve pas de guide pour le conduire là haut. 11 passe à la case des quifieros une nuit agrémentée d'un violent orage. Au matin, on lui donne un guide et ils gravissent avec leurs mules une montagne de 800 mètres par un sentier glissant et presqu'à pic. Il trouve à la Puerta del Cielo, un compatriote, M. Jacquemin, qui dirige les cultures et rend de grands services à la compagnie. C'est un excellent homme qui, à la suite de nos discordes civiles, a émigré en Colombie. Le Janne en reçoit le meilleur accueil, mais ne peut rester que quelques heures avec lui ; ils ont à peine le temps de jeter un coup d'œil aux semis et plantations, de rompre le pain ensemble en parlant du pays. M. Jacquemin pleurait au moment où mon compagnon le quittait et lui promettait d'aller porter de ses nouvelles à son frère qui habite Paris. Le Janne a le plus vif regret d'avoir perdu, dans la suite du voyage, l'adresse de M. Jacquemin frère et de n'avoir pu tenir sa promesse.

On trouve les quin(juinas à des hauteurs variant entre 1 ,000 à 2,600 mètres. ( l'est dans la Cordillère Centrale, dans des régions très limitées, que l'on trouve le quinquina rouge et dur de Pitayo. Cette localité est particulièrement riche. Dans la Cordillère Occidentale on ne trouve queVles quinquinas pauvres contenant à peine 1 pour liH) de quinine. On les expédie à Huenaventura sur le Pacifique.

C'est dans la Cordillère Orientale qu'on trouve le plus de quinquina. La première variété est le quinquina touna qui est un cinchona lancifolia dont l'écorce renferme de 3 à 3,5 pour 100 de quinine. On l'appelle soft bark (tendre écorce) à Londres. Elle est surtout recherchée par les fabricants de sulfate de quinine.

A l'extrémité nord de la même cordillère, sur les frontières du Venezuela et sur le versant du Magdalena, on trouve une autre espèce qui donne une écorce dure, gercée à l'extérieur, excessivement riche en quinine et qui est vendue à de très hauts prix. Les centres principaux d'exploitation sont Ocana et Rucaramanga qui portent leurs produits à Barranquilla.

Les autres centres [dus au sud sur la même cordillère sont les montagnes avoisinant Neiva, Colombia et San Augustin. La production de cette zone est de 800,000 kilogrammes par an, (|ui valent dans le pays plus de 3 n)illions de francs. Le fret pour Paris est énorme, 80 francs les 125 kilogrammes. 11 n'y a pas de forêt de quinquinas proprement dite. Les cinchonas sont disséminés au milieu d'arbres de différentes espèces, il en est des quinquinas comme des autres essences : de dix arbres réunis sur un terrain, il est rare qu'il y en ait deux de même espèce et souvent de même famille. Il ne faudrait donc pas s'attendre à trouver des forêts de quinquinas, comme on rencontre en Europe des forêts de chênes, de hêtres, de sapins, etc.

Les chercheurs de quinquina ou quineros se mettent en route avec des vivres pour un mois et se réunissent par troupes de six, huit, dix. Us se fraient des sentiers dans la cordillère en cherchant à l'aventure les arbres à quinquina. Us les dépouillent de leur écorce, qu'ils font ensuite sécher au feu de la même manière que les Indiens boucanent leur viande '. Ouand l'écorce est suffisamment sèche, ils l'entassent dans des sacs de toile, la pressent avec un foulon et l'apportent jusqu'aux endroits où on la leur achète. Us se divisent le travail ; l'un fait la cuisine, un autre chasse, les autres fout sécher les éeorces et les mettent en sacs.

Les sentiers principaux sont tracés par les Compagnies qui ont la concession des terrains où se fait l'exploitalion.

U est des ouvriers qui rappoitent jusqu'à 11 arrobes (l'arrobe est de 25 livres). Un ouvrier habile peut gagner de 30 à Ai) pesos sencillos, c'est-à-dire de 120 à 160 francs, par mois. C'est un travail extrêmement dur, car la charge moyenne de chaque homme à travers ces sentiers abrupts est de 4 à 5 arrobes.

Un quinero dépense de 50 à 60 francs par mois. Sa nourriture journalière est

ainsi composée :

300 à 400 grammes de viande sèche [lasnjo) ou salée.

300 à 400 — de panela

200 — de maïs

250 — de riz.

1. Ils enlèvent l'écorce jusqu'aux racines et ne prennent aucun soin pour la conservation de l'arbre.

On commence aujourd'hui à cultiver le quinquina en Colombie. Les semis se trouvent à la Puerta del Cielo. Ce point est situé à 1,960 mètres d'altitude. Le Janne y a constaté une température de 14", 8 à midi. On sème les graines dans une terre bien préparée, assez sèche. On recouvre les semis avec du son de maïs qui pourrit et se laisse facilement traverser par les jeunes tiges. On repique celles-ci à 15 centimètres l'une de l'autre, et, quand elles ont une hauteur de 1 3 à 20 centimètres, on les transplante dans un terrain travaillé à la pioche, sur des lignes espacées de 2 mètres et demi, et en ménageant la même distance entre chaque pied.

Le quinquina fleurit à l'âge de 6 ou 7 ans, et, vers l'âge de 8 ou 10 ans, on enlève l'écorce du tronc par rubans larges de 5 centimètres. On laisse intacte la moitié de l'écorce sur toute la longueur de l'arbre. On recouvre les plaies avec de la mousse que l'on fixe avec des lianes, et. au bout de l."i mois, l'écorce s'étant renouvelée, on enlève la partie qui n'avait pas été touchée. On répète la même opération au bout de 18 mois.

La seconde écorce est plus riche en quinine que la première, du double environ. L'écorce d'un arbre de 10 ans qui n'a pas été touchée est attaquée par des insectes et se couvre de plantes parasites, tandis que la nouvelle, abritée par la mousse se conserve sans aucune déperdition.

Ce fait n'a été expérimenté que dans les Andes Orientales. Ici les plantations sont nouvelles; à peine commence-t-on à enlever des écorces. Le quinquina recueilli auv environs du village de Colombia se vend à Londres 6 shellings la livre de 480 grammes. Il y a dix ans, il ne valait que 2 shellings 4 pence. Le prix augmente peu à peu.

Ici, le quinquina touna ou cinchona lancifolia est presque seul. On trouve divers cinchona cordifolia, un cinchona lancifolia à grandes feuilles, et une autre variété pubescente, que l'on n'exploite pas parce que les uns et les autres renferment peu ou point de quinine.

La Compagnie de C-olombia occupe 1,200 ouvriers à l'exploitation des quinquinas et 300 à l'entretien des routes et sentiers, à la préparation des prairies artificielles et à la garde des troupeaux. Elle possède huit à dix mille tètes de bétail et trois à (juatre cents mules.

Le gouvernement colombien possède d'immenses forêts, et tout le monde est autorisé à les exploiter gratuitement à la condition de faire de la culture. Tout individu qui cultive un terrain en acquiert la propriété. Il devient en outre propriétaire d'une surface à défricher double de celle qu'il a mise en culture.

La Compagnie a dû acheter une partie de son terrain à des particuliers et une autre l)artie à l'État, parce qu'elle ne cultive pas assez pour être propriétaire de droit de cette dernière portion de son territoire.

On peut donc acquérir de deux façons, en défrichant mi i-ii aehelani au gouvernement Le domaine public est encore immense et comprend cnNinui la moitié du pays.

p. AMKAUX DE QUINQUINA

L'Etat fait des donations d"éleiidur considérable pour favoriser l'ininiigration, et n'exige pas des émigrants lahandon de leur nationalité.

La Compagnie du canal de Panama vient d'obtenir une concession gratuite de plusieurs milliers d'hectares dans le point qu'elle choisira et avec la possession du sous-sol.

^-^^m00ms?^M

FERME DE VA VIA (PAGE 428j

Page 1