‹ Voyages dans l'Amérique du SudChapitre 57 sur 88 · DIONISIO, NOUVEAU PATRON DE NOTRE CANOT · texte numérisé non relu

DIONISIO, NOUVEAU PATRON DE NOTRE CANOT

Je me fais couper barbe et cheveux, habiller de neuf et je me présente à mes compagnons éblouis. Je les envoie se transformer à leur tour.

Puis, nous emballons nos collections dans des caisses. Nous les faisons transportera bord du Héroe de AhriL qui doit partir le I" pour Port of Spain.

Nous passons trois journées très agréables, parmi des compatriotes charmants qui

tiennent le haut du pavé dans celte ville vénézolane. Ciudad de Bolivar (anciennement Angostura) est une ville de huit mille habitants, située sur la rive droite de rOrénoque, en un point où le fleuve est un peu rétréci (un kilomètre de largeur environ). Son nom d'Angostura venait de sa situation; il avait été donné à une écorce amère, ainsi qu'à un bitter très estimé. C'est une ville commerçante. Beaucoup de ses habitants s'occupent de l'exploitation des mines d'or du Venezuela. Le caoutchouc et la sarrapia sont, avec les cafés et les cacaos du Meta et de l'Apure, d'importantes branches du commerce de la ville.

Bolivar est bâti en amphithéâtre sur une colline baignée par l'Orénoque et par une lagune, dérivation du fleuve qui rend la partie orientale de la ville assez fiévreuse. La cité ne possède comme monuments que la statue du Libérateur et une cathédrale, remarquable surtout par les couleurs heurtées et de mauvais goût dont on en a barbouillé l'extérieur. Les maisons à terrasses et à fenêtres grillées y sont en immense majorité. Ces grands barreaux donnent aux habitants un air de captifs. Ils ont leur utilité en permettant de garder les fenêtres ouvertes pendant les nuits torrides.

Le 1" février, nous prenons passage sur le Héroe de Ahril et nous nous mettons en route pour Port of Spain. Nous avons, pour compagnons de traversée, de nombreux employés des mines qui doivent descendre à las Tablas. Ils débarquent vers onze heures du soir, ce qui diminue beaucoup l'encombrement et nous permet enfin de trouver des places pour suspendre nos hamacs.

Le lendemain, nous sommes dans le delta de l'Orénoque. Les mille bras du fleuve s'anastomosent en réseau serré à travers un terrain phït couvert d'une végétation luxuriante. Nous passons devant un gros village d'Indiens Guaraounos. De nombreuses embarcations se détachent de la rive et s'avancent vers le vapeur. Des femmes, des enfants sont alignés sur la rive ou perchés en grappes serrées sur des troncs d'arbres couchés venant tremper dans l'eau. Nous ne voyons sur eux aucun objet provenant de la civilisation. Les femmes ne portent pour vêtement que le calimbé, morceau d'étofle large comme la main, retenu en avant par une cordelette mise autour des hanches, passant ensuite entre les cuisses et fixée en arrière à la même cordelette, sans pans retombants. Il nous semble étonnant de rencontrer en ce point des Indiens si primitifs et si peu étudiés jusqu'à ce jour. Nous ne considérerions pas notre tâche comme terminée si nous n'allions passer quelques jours dans ce village. Mais Le .lanne est très fatigué par la fièvre ; le delta est trop malsain j)()wi- (ju'il puisse sans danger y séjourner quelque temps. Il me faudra pourtant un dessinateur ou un photographe, car nos produits chimiques sont épuisés et nous ne pourrions trouver à les renouveler à la Trinidad. Je serai donc obligé de renoncer à cette excursion si je ne trouve à la Trimté un photograi.hc pour m'accompagner.

Un peu plus loin nous rencontrons un jaguar traversant lo lliMive. Le va|)eur passe presque à le loucher. Nous axons à bord quelques miliciens du N'enezuela qui

servent d'escorte à l'or expédié par les compagnies sur Port of Spain, à destination de l'Europe. Ils tirent, sans succès, une vingtaine de coups de fusil sur le puissant animal, qui, les oreilles repliées, fou de terreur, finit par gagner la rive gauche où il disparaît au milieu des hautes herbes.

Au réveil du lendemain nous sommes en mer. Le temps est légèrement couvert, l'atmosphère un peu brumeuse. C'est avec un véritable enthousiasme que nous saluons l'Atlantique après un voyage de cent soixante et un jours à travers le continent. Il est

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