ARGENT AS
pomme de terre ordinaire, mais lui est beaucoup inférieure ; le petit oignon et l'oignon doux dont la jolie fleur ressemble à une tulipe. Les fraises sont communes et délicieuses. Je pourrais grossir ce catalogue d'un grand nombre de fruits et de racines détesiables qui servent de nourriture aux. Indiens, mais qui mettraient en révolte un esto mac civilisé. Je ne puis passer sous silence la racine de camash et la manière particulière de la préparer. Elle est la reine des racines, et on la trouve en abondance dans ce climat. C'est un petit oignon blanc et fade, lorsqu'on le retire de la terre, mais qui noircit et devient doux lorsqu'on le prépare pour la table.
Les femmes s'arment de longs bâtons crochus pour aller à la recherche du camash. Après s'être procuré une certaine quantité de ces racines par de longs et laborieux efforts, elles font en terre un creux qui a douze à quinze pouces de profondeur et de longueur, et elles y mettent les racines. Elles recouvrent le fond d'un pavé fortement cimenté qu’elles chauffent excessivement. Après avoir soigneusement enlevé tous les charbons, elles mettent du gazon ou du foin mouillé sur les pierres ; puis elles placent une couche de racines, une autre de foin mouillé et une troisième d’écorces recouvertes de terreau sur laquelle elles entretiennent un feu ardent pendant cinquante, soixante et même soixante et dix heures. Le camash acquiert ainsi une consistance semblable à
up L la
ont
celle de la jujube. On en fait quelquefois des pains de différentes dimensions. Cette racine est excellente, surtout lorsqu'on la fait bouillir avec de la viande ; sèche, elle peut être gardée longtemps.
Aussitôt que leurs provisions sont épuisées, les Indiens vont à | poursuite du gibier dans les plaines, les forêts et les montagnes. Si la chasse est malheureuse, ils sont condamnés, pour apaiser les ardeurs de leur faim, à manger de la mousse, qui est plus abondante que le camash. Cette plante parasite s'attache au pin, arbre commun dans ces latitudes, et recouvre toutes ses branches. Elle paraît plus propre à former des matelas qu'à servir l'aliment aux hommes. Lorsqu'ils en ont ramassé une grande quantité, ils en extraient toutes les substances hétérogènes, et la préparent comme le camash. Cette préparation la rend compacte. C'est, à mon avis, une triste nourriture qui réduit, en peu de temps, ceux qui y sont condamnés, à un pitoyable état de maigreur.
Tels sont les Arcs-à-Plat.Ils ne connaissent évidemment ni industrie, ni arts, ni sciences.Les mots lien ct mien sont à peine connus parmi eux. Ils jouissent en commun de tous les moyens d'existence que la nature leur donne d'elle-même ; et comme ils sont excessivement imprévoyants, ils passent souvent de la plus grande abondance à la plus extrême disette. Ils feront bonne chère un jour, et le lendemain ils jeûneront. Les deux extrêmes sont également pernicieux. Leur figure cadavé-
reuse démontre suffisamment ce que j'avance ici. J'arrivai chez les Arcs-à-Plat juste à temps pour être témoin de leur grande /ête des poissons , qu'on célèbre chaque année. Les hommes seuls ont le privilége d'y assister. Quatre-vingts d'entre eux se rangent autour d'un feu qui occupe une surface de cinquante pieds, et dans lequel sont placées de distance en distance des pierres de la grosseur d'un œuf de dinde ; chaque homme est pourvu d'un panier d'osier, enduit de gomme et rempli d'eau et de poisson. La salle. où l'on célèbre cette fête extraordinaire est faite de nattes de jonc et a trois ouvertures ; celles qui sont aux extrémités servent d'entrées aux convives ; celle du milieu est destinée au service du poisson. Lorsque tout est prêt et que chaque homme est à son poste, le chef, après une courte harangue d'encouragement adressée à son peuple, finit par une prière au Grand Esprit, à qui il demande une abondante pêche. Puis à un signal donné, chaque convive, armé de deux bâtons aplatis à l'extrémité, dont il se sert comme de pinceties, retire les pierres du milieu du brasier et les met dans son chaudron. Cette opération se renouvelle deux fois, et dans l'espace de cinq minutes le poisson est cuit. Enfin ils s'accroupissent autour du feu aans le plus profond silence pour prendre leur repas, et chacun tremble de détacher ou de briser une arête. Une seule arête cassée serait regardée comme d'un mauvais augure et le présage d'une
pêche infructueuse, celui qui se serait rendu coupable de cette maladresse serait banni de la société de ses camarades parce qu'on craindrait que sa présence n'attirât sur eux quelque aïfreux malheur.
Une espèce d'esturgeon, qui a de six à dix et quelquefois douze pieds de long, se prend au moyen du dard dans le grand lac des Arcs-à-Plat.
Depuis mon arrivée chez les Indiens, la fête de laglorieuse Assomption de la bienheureuse Vierge Marie a toujours été pour moi un jour de grande consolation. J'avais du temps pour les préparer à Ja célébration de cette fête solennelle. Grâce aux instructions et aux cons-ils d'un brave Canadien, M. Bertrand, qui a longtemps résidé parmi eux en qualité de marchand, j'ai trouvé la petite tribu des Arcs-à-Plat docile et dans les meilleures dispositions pour embrasser la foi. Ils étaient déjà instruits des principaux mystères de la religion. Ils chantaient des cantiques en français et en canadien. Ils sont au nombre d'environ quatrevingt-dix familles. Je célébrai la première messe qui ait été dite dans leur pays (1). Le saint sacri-
(1) Voici les dates des premières messes quiontété dites dans d'autres parties de l'Amérique du Nord :
Première messe en Californie, à Monterey, 16 décembre 1601.
Première messe au Cana la, à la rivière des Prairies, 24 ju'n
Première messe dans le Maryland, à St-Clément, Blacketone Island, 25 mars 1634,
fice terminé, dix adultes déjà avancés en âge et quatre-vingt-dix enfants reçurent le baptême. Les premiers étaient très-attentifs à toutes nos instructions. Dans l'après-midi, l'érection d'un calvaire se fit avec autant de solennité que les circonstances pouvaient le permettre. On tira quatre-vingt-dix coups de fusil, et toute la tribu, prosternée au pied de l'humble étendard du Dieu Sauveur, lui fit hommage de son cœur, lui promit un inviolable attachement à tous ses deve* s de fidèles enfants de la prière, et renonça aux pratiques de la jonglerie et de la superstition. La croix fut dressée sur le bord d'un lac, et la station reçut le beau nom de l'Assomption. Sous les auspices de cette bonne mère en l'honneur de laquelle ces pauvres sauvages
Première messe à Montréal, 18 mai 1641.
Première messe à New-York, à Onondaga, 14 novembre 1655.
Première messe dans le Michigan, à Keweenaw Bay, 26 juillet 1663.
Première messe dans le Vermont, au fort Anne, La Motte Island, 26 juillet 1666.
Première messe dans le Wisconsin, à Green Bar, 3 décembre 1669.
Première messe dans l'Illinois, à Chicago , 15 décembre
Première messe dans la Louisiane, à l'embouchure du Mississipi , 3 mars 1699.
Première messe dans le Mississipi, à Biloxi, le dimanche de Pâques, 11 avril 1700. |
Première messe dans la Pennsylvanie , à Philadelphie, en 1708. (Note de la présente éditian.)
ont pendant tant d'années chanté des cantiques, nous espérons que la religion jettera de profondes racines et fleurira dans cette tribu où règnent l'union, l'innocence et la simplicité. Ils désirent ardemment connaître l'agriculture, dont je leur ai expliqué les avantages, et je leur ai promis de leur procurer les semences et les outils nécessaires au labourage.
J'ai l'honneur d'être, Monseigneur, votre trèshumble et obéissant serviteur en Jésus-Christ,
P. J. DE Sur, S. J.
Fort de la rivière des Arcs-à-Plat, 2 septembre 1845.
Monseigneur,
Les Flat-Bows (Arcs-à-Plat) et les Kootenays forment maintenant une tribu divisée en deux branches. Ils sont connus dans le pays sous le nom de Skalzi. En avançant vers le territoire des Kootenays, nous fûmes ravis de la beauté et de la variété des aspects qu'il offre. Tantôt nous traver-
sions d'épais massifs de pins et de cèdres, où la lumière du “soleil ne pénètre jamais ; tantôt de sombres forêts où nous étions obligés, la hache à
la main, de nous ouvrir un passage, et de faire des détours pour ne pas être arrètés par les arbres dont les ouragans d'automne avaient jonché le sol. Quelques-unes de ces forêts sont si compactes qu’à douze pas je ne nouvais plus distinguer mon guide. Le moyen le plus sûr de se tirer de ces labyrinthes, c’est de se confier à la sagacité de son cheval, qui, si on sabandonne à lui-même, suit la trace des autres animaux : cet expédient m'a sauvé plus de cent fois. Je ne puis m'empêcher, Monseigneur, de communiquer à Votre Grandeur les tristes et pénibles émotions qui vous assaillent dans ces horribles contrées. Une indicible terreur s'empare de l'homme le plus brave et lui cause un frémissement involontaire ; il vous semble voir apparaître un ours ou une panthère, et votre imagination est frappée de cette vision pendant tout le temps que vous cherchez votre route à travers ces noirs et redoutables repaires qui n'ont pas d'issue. En poursuivant notre marche sinueuse près de la rivière, à l'endroit où elle dévie de son cours naturel, nous aperçûmes plusieurs sites dont la végétation charmait nos regards. Au lieu appelé le Portage, la rivière traverse un défilé de montagnes ou plutôt de rochers abrupts et redoutables ; et le voyageur se voit forcé, dans un espace de huit milles, de risquer sa vie à chaque pas et de braver des obstacles qui, à la première vue, paraissent insurmontables. ,
Tout ce que l'imagination peut concevoir de