‹ Voyages dans l'Amérique septentrionale, Orégon [microforme]Chapitre 2 sur 52 · TERRITOIRE DE L'ORÉGON ET DE SES MISSIONS · texte numérisé non relu

TERRITOIRE DE L'ORÉGON ET DE SES MISSIONS

Les discussions politiques qui ont eu lieu pendant plusieurs années entre le gouvernement de la Grande-Bretagne et celui des États-Unis, au sujet des limites des portions du territoire de l'Orégon qui appartiennent à ces deux nations, ont appelé l'attention publique sur cette contrée éloignée, et lui ont conquis un intérêt qui s’accroitra à mesure que la civilisation et le commerce feront des progrès dans ce pays. Mais l'intérêt grandit aux yeux du philanthrope et du chrétien, lorsqu'on considère les efforts qui ont été faits et qu: se poursuivent

dans le but de répandre la bienfaisante lumière Orégon. 1

de la foi parmi ses habitants plongés dans la nuit de l'ignorance. Cette contrée lointaine présente, surtout aux catholiques , le spectacle le plus intéressant, et c'est ce motif qui nous a déterminé à offrir au lecteur le récit abrégé de la découverte de ce pays, de sa cnlonisation et des missions qui ont été entreprises pour le salut de ses nombreuses peuplades.

Le territoire de l'Orégon est cette importante partie de l'Amérique septentrionale qui s'étend du 42° au 90° degré de latitude nord, et des montagnes Rocheuses à l'océan Pacifique. Ilest borné au nord par les possessions russes, et au midi par la Californie ; il forme une espèce de parallélogramme d'environ sept cent cinquante milles de longueur et de cinq cents de largeur, soit une surface de trois cent soixante-quinze milles carrés.

On ne peut douter que les Espagnols n'aient visité les premiers cette contrée. Les documents que nous possédons, et les récits des indigènes, concourent à rendre cette opinion incontestable. Is affirment qu'un vaisseau parut avant 1792 au sud de la rivière Columbia, et que parmi eux vit encore une femme dont le père faisait partie de l'équipage de ce vaisseau, et dont la mère appartenait à la tribu des Kilamukes. Si nous ajoutons qu'on a trouvé dans leurs mains des crucifix que leur ont transmis leurs ancêtres ; que l'île de Vancouver renferme encore les ruines des habitations des colons ; que le détroit qui la sépare du conti-

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nent porte le nom de Juan de Fuca, et que la contrée est contiguë à la Californie, où les missionnaires espagnols pénétrèrent environ deux cents ans auparavant, nous ne pouvons nous empécher d'attribuer aux Espagnols la découverte de l'Orégon.

Après le voyage exécuté en 1790 par le capitaine Cook, qui nous apprit que la mer qui s'étend le long de la côte nord de l'Amérique abondait en loutres, cette contrée fut visitée par des vaisseaux qui arrivaient de toutes les parties du monde. Le peuple des États-Unis ne fut pas le dernier à y faire une expédition. En 1792, le capitaine Gray remonta une rivière inconnue de cette çontrée, dans une étendue de dix-huit milles, et le fleuve fut appelé Colunibia, du nom du vaisseau qu'il commandait. En quittant la rivière, le capitaine Gray rencontra le vaisseau du capitaine Vancouver qui avait aussi parcouru la Columbia jusqu'au fort qui porte son nom, et qui est éloigné de cent milles de l'embouchure. En 1789 , sir Alexandre Mackenzie (1) visita la contrée, après qu'il eut découvert la rivière à laquelle il laissa son nom. En 1804,

(1) Mackenzie, voyageur écossais, né à Inverness, en 1745, mort en 1820. Employé par des négociants en pelleteries à l’ouest de la baie d'Hudson, il découvrit, en 1789, un fleuve auquel il donna son nom. Plus tard il arriva à l’océan Pacifique, en partant toujours du fort Chippeway , 1792-1793. Castera a traduit en français les Voyages de Mackenzie dans l'intérieur de l'Amérique septentrionale, 3 vol. in 8°, 1802.

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MM. Lewis et Clark furent chargés par les États- Unis d'explorer les sources de la Columbia, et ils descendirent la rivière jusqu'à la baie de Gray. Quelques années après, en 1810, M. Astor fit deux expéditions dans l'Orégon, dans le but de s'assurer le commerce des fourrures de ces pays. Celle qui prit la voie del'eau arriva la première, et éleva un fort appelé Astoria, à environ neuf milles de l'embouchure de la Columbia. La Compagnie anglaise du Nord-Ouest regarda aussi le commerce des fourrures de l'Orégon comme un objet digne d'attention, et elle envoya immédiatement par terre un agent dans le dessein d'en avoir le monopole ; mais il arriva à Astoria plusieurs mois après la première expédition partie des États-Unis.

Pendant la guerre de 1812, un vaisseau anglais remonta la rivière de la Columbia afin de s'emparer d'Astoria et de ses trésors ; mais le capitaine fut cruellement désappointé en trouvant la place occupée par un agent de la Compagnie du Nord- Guest, qui l'avait achetée dans la prévision d’une guerre avec les États-Unis. Les Canadiens qui s'y étaient établis sous ses propriétaires primitifs furent employés par les nouveaux possesseurs, et leur nombre s'accrut à mesure que la Compagnie étendait ses opérations. De cette façon la contrée fut parcourue dans tous les sens, et plusieurs des tribus indiennes entendirent parler de la religion catholique et du culte du vrai Dieu. En 1821, les Compagnies du Nord-Ouest et de la baie d'Hudson

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confondirent leurs intérêts, et donnèrent une nouvelle impulsion au commerce des fourrures. M. John Mac Laughlin, qui vint dans l'Orégon en 1824, fut le nrincipal instrument de la prospérité du pays. Il augmenta les comptoirs et donna de l'occupation à un grand nombre de Canadiens et d'Iroquois. On commenca en même temps à semer du blé. Un des colons ayant entrepris, en 1829, de cultiver le sol de la vallée de Willamette, son exemple fut bientôt suivi par d'autres, et la colonie devint si nombreuse, qu'en 1834 on pria Mgr Provencher, vicaire apostolique de la baie d'Hudson, de procurer un prêtre pour les besoins spirituels du peuple. Toutefois les colons ne réussirent dans leur requête que l’année suivante, où deux ecclésiastiques furent désignés pour la mission. L'arrivée dans l'Orégon d'un prédicateur méthodiste en 1834, et d'un ministre épiscopalien en 1837, retard considérablement le départ des prêtres catholiques.

Le Rév. M. Demers s'avança jusqu'à la rivière Rouge en 1837. Des arrangements ayant été pris pour que lui et ses collaborateurs arrivassent dans l'Orégon l'année suivante, le Rév. F. N. Blanchet quitta le Canada à l'époque prescrite, et joignit son compagnon à la rivière Rouge, d'où ils partirent tous deux le 10 juillet. Après avoir fait un périlleux voyage de quatre à cinq mille milles, etavoir perdu douze de leurs compagnons de voyage dans les rapides dangereux de la rivière Columbia, ils

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arrivèrent au fort Vancouver le 24 novembre de la même année. Dans leur route, les deux missionnaires furent traités avec une extrême politesse par les marchands qu'ils rencontrèrent, et à Vancouver ils furent reçus avec toute espèce d'égards et de respect par M. James Douglas, le commandant du poste en l'absence de M. Mac Laughlin, qui se trouvait en Angleterre. Les habitants du Canada, voyant enfin les missionnaires arriver parmi eux, versèrent des larmes de joie, et les sauvages accoururent d'une distance de cent milles pour voir les robes noires dont ils avaient tant entendu parler.

Avant de suivre les ministres de Dieu dans leurs travaux apostoliques , nous devons donner un rapide aperçu de l'aspect du pays, des difficultés et des dangers que les missionnaires ont à surmonter, et des ressources qu'offre cette contrée.

Nous ferons d'abord observer que la Columbia a vers l'est une étendue de deux cent quatre-vingtdix milles , à partir de son embouchure jusqu'au fort Walla Walla ; elle se dirige ensuite vers le nord sur une longueur de cent cinquante milles jusqu'au fort Okinagan ; de là elle coule à l'est vers Colville dans un espace de cent soixante et dix milles.

Le fort Vancouver, le principal poste de l'Orégon, est situé sous le 45° 36 degré de latitude septentrionale , à environ cent milles de l'embouchure de la Columbia, et sur la rive occidentale de ce

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fleuve, quand on le remonte. Le Willamette est un affluent de la Columbia qu'il rejoint à quatre milles au-dessous de Vancouver, sur le côté opposé. À vingt milles au-dessus de la rivière , il y à une cascade d'environ vingt-cinq pieds , et à trente milles plus loin, se trouve un établissement canadien qui, en 1838, comptait vingt-six familles catholiques, outre les colons des États-Unis.

La résidence du ministre méthodiste était à dix milles au-dessus. La rivière Cowlitz se jette dans la Columbia à trente milles au-dessous de Vancouver, sur le même côté. À quarante-cinq milles de son embouchure , se trouve l'établissement qui porte son nom. Quatre familles catholiques résidaient là lorsque les missionnaires arrivèrent. De cette place à Nisqually, qui est à l'extrémité méridionale du district de Puget , la distance est d'environ soixante et dix milles, et l'on se trouve également éloigné de ce dernier point et de l'ile de Whitby.

En poursuivant votre marche vers le nord pendant deux journées, vous arrivez à la rivière Frazer, sur lasuelle est situé le fort Langley. Cette rivière se jette dans le détroit de ruget ou le golfe de Géorgie.

La mission de Sainte-Marie parmi les Tétes- Plates est à dix journées de Colville, vers le sudest, et à environ cinq cents milles de Vancouver. Le pays le plus éloigné dans lequel M. Demers ait pénétré jusqu'ici est le lac de l'Ours , dans la

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Nouvelle-Calédonie , à sept cents milles de Vancouver. Le lecteur peut se faire une idée des diflicultés presque insurmontables que nos deux missionnaires ont rencontrées en visitant leurs différents postes, si distants les uns des autres, et situés dans une contrée traversée dans toutes ses directions par de hautes montagnes. Ces montagnes s'étendent en général du nord au sud. De la vallée de Willamette, on aperçoit trois pics élevés qui sont de forme conique et couverts d'une neige éternelle ; de là leur nom de montagnes de Neige. L'une d'elles, appelée montagne Sainte- Hélène , est située du côté opposé de Cowlitz, à l'est, et s'est fait remarquer, il y a quelques années, par ses éruptions volcaniques (1). Outre les rivières que nous avons citées , il en existe plusieurs autres dont les principales sont le Clamet, l'Umpqua et le Chikeeles. La Columbia est navigable jusqu'à la cascade dans une étendue de cinquante-quatre milles au-dessus de Vancouver.

Les immenses valiées du territoire de l'Orégon, semées de grandes et fertiles prairies, suivent le cours des montagnes du nord au sud, et sont traversées dans différentes directions par des ruisseaux bordés d'arbres. On les cultive sans efforts, et bien que la première récolte ne soit pas très-

(1) La montagne Saint:-Hélène a été mesurée par le capitaine Wilkes ; elle a neuf mille sept cent cinquante pieds de hauteur.

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abondante, la seconde suffit en général pour dédommager le laboureur de sa peine. Le sol est presque partout fertile, surtout au midi. On sème avec succès toute espèce de grain près de Cowlitz, de Vancouver, dans la vallée de Willamette et dans les contrées du sud. On peut dire la même chose du voisinage du fort Walla Walla, de Colville, de la mission de Sainte-Marie, de celle du Sacré-Cœur, de Saint-Ignace et de Saint-François-Borgia parmi les Pendants-d'Oreilles ; de Saint-François-Régis, dans la vallée de Colville ; de l'Assomption ei du Saint-Cœur-de-Marie parmi les Skalsi. Les autres districts qui ne sont pas propres à ‘a culture offrent d'excellents pâturages pour les bestiaux.

Quant au climat de l'Orégon, il n’est pas aussi froid que le laisserait supposer sa latitude élevée.

La neige n'a jamais plus de trois ou quatre pouces d'épaisseur dans les parties les plus basses du territoire, et ne séjourne pas longtemps sur le sol. Lorsque les neiges accumulées sur les montagnes et dans leur voisinage par l'effet d'un froid extrême commencent à fondre, et qu'une pluie chaude survient, les plaines d'alentour sont couvertes d'eau, et les inondations causent quelquefois de grands dommages. La pluie commence en octobre et dure, avec de courtes interruptions, jusqu’au mois de mars. L'hiver ne fait sentir ses rigueurs que pendant quelques semaines. Dans le mois de juin, la Columbia sort toujours de son lit

par suite de la fonte des neiges qui a lieu sur les montagnes, et tous les quatre ou cinq ans ses eaux s'élèvent à une hauteur extraordiraire, et causent de grands ravages dans les lieux voisins de Vancouver.

Jusqu'en 1830, le territoire de l'Orégon était habité par de nombreuses tribus d'Indiens ; mais à cette époque la contrée située sur le bord de la Columbia fut ravagée par un cruel fléau qui enleva environ las deux tiers de ses habitants. Il se manifesta sous la forme d'une fièvre épidémique qui occasionnait un frisson général suivi d'une chaleur si brûlante, que ses victimes se jetaient quelquefois dans l’eau pour trouver un peu d'adoucissement à leurs souffrances. Des villages entiers furent dépeuplés par cette terrible maladie et l'on mit le feu à quelques autres pour éviter les dangers de l'infection qu'aurait occasionnée la masse considérable de cadavres qu'on n'avait pu ensevelir. Pendant Ia durée de cette redoutable épidémie, qui frappait aussi bien les colons que les indigènes , le docteur Mac Laughlin déploya la plus héroïque philanthropie en soignant les malades et les mourants. Les Indiens , dans leur superstition , attribuèrent l'invasion de ce fléau à une querelle survenue entre quelques agents de la Compagnie de la baie d'Hudson et un capitaine américain. Celui-ci, pour se venger , jeta une espèce de sort dans le fleuve. La. fièvre reparut tous les ans, quoique avec des caractères moins

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mortels, et les habitants trouvèrent le moyen de la prévenir et de la guérir.

La petite vérole est la maladie qui alarme le plus les indigènes ; ils en ont une peur continuelle. Ils s'imaginent qu'ils n'ont que peu de temps à vivre, et dans cette persuasion, ils ne bâtissent pas pour un temps plus long leurs grandes et commodes cabanes. Nonobstant les ravages dont je viens de parler, la population de l'Orégon s'élève à environ cent dix mille habitants, répandus particulièrement dans le nord. Cette partie de la contrée échappa heureusement au fléau qui décima les peuplades de Willametie et de Columbia, et qui sévit encore de temps en temps dans le midi.

Les tribus de ce territoire différent beaucoup par leur caractère et leur physionomie. Les sauvages qui habitent la côte nord sont beaucoup plus barbares et plus féroces que ceux du centre ; iln'y à pas moins de dissemblance dans leurs usages, leurs coutumes, leur langage et leurs traits. Les tribus et les langues sont presque aussi nombreuses que les cantons. On a remarqué que ces Indiens parlaient vingt-cinq à trente idiomes différents, ce qui accroît considérablement les travaux des missionnaires. Dans l'intérieur du pays, les indigènes sont d'un caractère doux et sociable, quoique enclins à l'orgueil et à la vengeance , ils sont intelligents, mais indolents. Leur croyance à l'immortalité de l'âme consiste à

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