SELON
les différentes évolutions d'un cavalier pris de vin. Je dois ajouter qu'il importe qu'il sache comment il faut se balancer et se coller à la selle pour ne pas étre arrêté par les nombreuses branches qui interceptent son passage, et qui déchireraient ses vêtements et lui écorcheraient le visage et les mains. Malgré toutes ces précautions, 1l est rare que l'on sorte d'une forêt sans lui payer son tribut d'uae façon ou d'une autre. Je me trouvai un jour dans une position singulière et critique. En essayant de passer sous un arbre quiétait incliné sur le sentier, j'aperçus une petite branche en forme de crochet qui me menaçait. Mon premier mouvement fut de me coucher sur le cou de mon cheval ; mais la précaution fut inutile ; la branche me saisit par le collet de mon surtout, et m'arrêta pendant que mon cheval continuait sa route. Me voyez-vous suspendu en l'air et me débattant comme un poisson pris à l'hamecon ! Plusieurs parties respectables de mon vêtement flottèrent probablement longtemps dans la forêt et-témoignèrent d'une manière irrécusable que j'avais acquitté le péage en la traversant. Un chapeau froissé et déchiré, un œil poché et deux profondes égratignures à la joue, m'auraient plutôt donné l'apparence, dans un pays civilisé, d'un bretteur sortant de la forêt Noire que d'un miss:onnaire.
C'est surtout lorsqu'il tombe une grande quantité de neige qu'une forêt devient difficile à traverser. Nous eûmes ce bonheur particulier
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" dans .nctre dernier passage. Malheur aux piént tons qui passent les premiers ! Les branches 1Ë : s’affaissent fréquemment sous leur fardeau et semul blent répéter cette devise : Si tangas frangas ! Et es pour peu que votre chapeau , votre bras ou votre Les jambe les touchent, une avalanche tombe sur le re cavalier morfondu et sur le cheval. Aussitôt la ut branche se relève avec fierté et semble se moquer ur de vous. Dans de pareilles circonstances, ce qu'il y En a de mieux à faire c'est de former une arrière-garde, iné ei de suivre les traces de celui qui ouvre la marche. en Le 27, en poursuivant notre route sur une des nier branches de la rivière au Cerf (les cartes l'innon diquent sous le nom de Red Deer), nous remarche quâmes plusieurs sources sulfureuses qui fournisrêta sent une grande quantité de soufre, et une mine Me de charbon qui paraissait très-abondante.
tant Je demande la permission de faire ici une petite eurs digression. Le charbon abonde dans la partie rent orientale des montagnes Rocheuses, sur les bords moi- du Missouri et du Yellow-Rock, du Saskatchawan vais et de l'Athabaska. Le salpêtre se trouve partout ; peatt et le fer, dans plusieurs parties des montagnes. ndes J'ai déjà parlé du plomb que fournit le pays des onné Kootenays ; le nom de la rivière indique la teur richesse de la mine de cuivre qui se trouve au aire. nord ; on rencontre des filons de ce précieux juan- métal parmi les rochers qui bordent la rivière. Le le à sel de roche est en poudre et abondant dans le ulier
Pays-Serpent.
La vallée offre des sites variés et pittoresques qu'animent des troupeaux de moutons et de chèvres.
Nous trouvions plusieurs traces d'ours et de buffles ; à la vue de celles-ci, mes compagnons s'animérent, car la chair de buffle est sans contredit le mets le plus délicat que fournissent ces contrées ; on ne s'en fatigue jamais. Jusqu'ici les animaux des montagnes avaient largement pourvu à nos besoins, car les chasseurs n'avaient pas tué moins de dix-huit pièces, sans compter la volailie et le poisson qu'on trouve à foison dans ce pays. Le même soir vit finir nos provisions, et une chasse au buffle fut proposée pour le lendemain. Un des chasseurs partit de grand matin, et nous le vimes revenir à l'heure du déjeuner avec une vache grasse ; aussitôt les côtes, les tripes , etc., honorèrent le feu de leur présence. Le reste de la Journée fut consacré à chercher des provisions fraîches.
Le 30, nous continuâmes notre route à travers la vallée, où serpente un petit ruisseau limpide. Elle ressemble à toutes les autres vallées occidentales des montagnes, où les prairies, les lacs et les forêts s'entremélent agréablement. La vallée s'élargit à mesure qu'on s’avance ; les rochers qui la bordent disparaissent, les montagnes décroissent et semblent se confondre insensiblement les unes avec les autres. Quelques-unes sont couvertes de forêts jusqu'à leur sommet, d'autres sont d'une
forme conique, ou ressemblent à des remparts élevés ornés d'une riche verdure.
Après avoir mis dix-neuf jours à traverser la grande chaîne des montagnes, pour aller à la poursuite des Pieds-Noirs, nous entrâmes le 4 octobre dans la grande plaine, cet océan de prairies qu'habitent une multitude de sauvages nomades plongés dans la plus profonde superstition. Les Pieds-Noirs, les Crows, les Serpents (Arikaras) , les Assiniboins des plaines, les Sheyennes, les Comanches, les Sioux, les Omahas, les Ottos , les Pawnees, les Kants, les Sanes, les Ajouas, etc., etc., sont sans pasteurs. Nous espérons que la divine Providence ne différera pas le moment où les ténèbres qui enveloppent ces immenses régions feront pate à la bienfaisante lumière de l'Évangile ; que de dignes et zélés prêtres viendront guider dans les chemins du salut ces pauvres et malheureux enfants du désert, qui pendant tant de siècles ont gémi sous l'empire du démon, et parmi lesquels les cris de guerre et de carnage n'ont cessé de retentir. Ici, nous l'espérons, régneront à leur tour la paix et la charité chrétienne ; et le parfum de l'amour divin et les hymnes de reconnaissance s'élèveront vers le vrai Dieu.
‘Le digne évêque de Juliopolis a établi son siége sur la rivière Rouge , tributaire du Winnipeg, parmi les possessions des Anglo-Indiens. Déjà deux de ses zélés missionnaires , les révérends
Porter:
MM. Thibault et Bourassa, ont pénétré jusqu'au pied des montagnes Rocheuses , pendant que d'autres prêtres infatigables s'efforcent depuis plusieurs années d'étendre le royaume de Dieu dans cet immense diocèse. La population de Red- River (Rivière Rouge) est d'environ cinq mille cinq cents âmes, dont trois m'ile cent soixantequinze sont catholiques. Il y a sept cent trente feux. J'eus l'honneur de recevoir, à mon arrivée dans ce pays, une lettre du Rév. M. Thibault, qui me dit :
« Depuis le mois de mars jusqu'au mois de septembre dernier j'ai travaillé parmi les peuplades des montagnes qui sont bien disposées à embrasser la foi. Je ne puis vous donner une meilleure idée de ces peuples qu'en les comparant aux Têtec-Plates. J'ai baptisé plus de cinq cents enfants et adultes dans le cours de cette mission. Aussitôt que je trouverai un bon bateau, je continuerai mes travaux parmi les bons sauvages et je m'étendrai jusqu'à la rivière Mackenzie. Il y a ici une riche mission pour plusieurs ouvriers évangéliques, car cette nation est populeuse, et occupe une vaste étendue de territoire; je ne parle pas. de plusieurs autres peuplades que j'ai visitées cet été. Venez à nous, nous disent-ils ; nous aussi nous serons heureur d'apprendre les bonnes nouvelles que vous avez portées à nos frères des montagnes, ayez pitié de nous, car nous ne connaissons pas la parole du Grand-Esprit ; soyez charitables, et
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, et
venez nous apprendre le chemin du salut : rous écouterons docilement vos enseignements.
«Mon collaborateur, M. Bourassa, partit au mois de septembre pour annoncer l'Évangile aux Indiens qui résident près de la rivière de la Paix. »
C'est à partir du lac Sainte-Anne où Manitou , qui est la résidence ordinaire de ces deux messieurs, que ceux-ci dirigent leur course apostolique vers les différentes tr'bus situées sur les rivières Athabaska et Mackenzie, la rivière de la Paix et le lac de l'Esclave.
C'est dans l'étendue de ces limites parcourues par les missionnaires que se trouvent les Pieds- Noirs, les Creeks, les Assiniboins de la forêt et des montagnes, les Chasseurs de castor, les Chiens à
ventre plat, les Esclaves et les Peaux de daim. (C'est sous ces noms que les différentes tribus d'Indiens sont connues des blancs et des voyageurs.)
Le grand district indien des États-Unis est le seul (s'il m'est permis de le dire) qui soit privé de secours spirituels et de moyens de salut. I] contient plusieurs centaines de mille sauvages. Ce vaste territoire est borné au nord-ouest par les possessions anglo-indiennes, à l'est par les États de l'ouest, au midi par le Texas et le Mexique, à l'ouest par les montagnes Rocheuses. Il possède plusieurs forts ou maisons de commerce dont le plus grand nombre des employés sont des catho-
liques canadiens ou des créoles français. Les principaux de ces forts sont : le fort des Corbeaux ou
Alexandre, sur le Yellow-Slone ; le fort Laramie sur une branche de la rivière Plate ; le fort Osage, sur la rivière du même nom ; le fort Pied-Noir ou Lewis, à l'embouchure de la rivière Maria ; le fort de l'Union près de l'embouchure du Yellow- Rock (roche Jaune); le fort Berthold ; le fort Mandan ou Clark, près de l'embouchure du petit Missouri; le fort Pierre; le fort Look-out, et le fort Vermillon, à l'embouchure de cette rivière. Les autres bureaux ou comptoirs se trouvent chez les Pottowatomies de Council-Bluffs et de Belle-Vue, dans le pays des Ottos et des Pawnees. Le grand dépôt qui fournit ces forts et reçoit toutes les fourrures et les peaux de buffle est à Saint-Louis.
Monseigneur Loras , évêque de Dubuque (), a envoyé deux prêtres chez les Sioux qui habitent les hords de la rivière de Saint-Pierre, tributaire du Mississipi.
La Cc: pagnie de Jésus a une mission parmi les Pottowatomies du Sugar-Creek, qui verse le torrent de ses eaux dans la rivière Osage. Les dames du Sacré-Cœur ont un établissement ici. Pendant l'été de 1841, la princesse de Galitzin, religieuse du Sacré-Cœur et provinciale de l'ordre en Amérique, visita cette partie de la contrée, dans le but
@) L'évêque actuel de Dubuque est Mgr J. Hennessy, consacré le 30 septembre 1866. Mgr Mathias Loras fut consacré le 3 juillet 1837 et mourut le 19 février 1859. Il eut pour successeur Mgr Clém. Smith, consacré le 3 mai 1857 et mort le 22 septembre 1865. (Note de la présente édition.)