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d'un sombre esprit de vengeance, conseillérent d'avoir recours aux bains froids comme seul remède cflicace pour arrêter les progrès de Ja maladie. Les malades se plongèrent immédiatement dans l'eau, et les mères portérentleurs petits
le enfants à la rivière. La plupart y trouvèrent ls- leur tombeau, d'autres rendaient le dernier soupir :e8 en s'efforcant d'atteindre la rive, et les mères Du- désolées retournaient à leurs cabanes en emporks tant dans leurs bras leurs enfants morts où expi- LUX rants. Des cris de désespoir succédérent aux eur accents de la victoire, la désolation et les pleurs
et | remplacérent la joie fanatique et barbare des Sa- Crows. La mort frappa de son sceau chacune des nes tentes du vainqueur.
La tradition de la création de l'homme et de éa- | l'immortalité future existe parmi les tribus inre, | diennes ; j'ai eu occasion de les questionner à ce bre sujet. Celles qui vivent de la pêche supposent que urs leur ciel est rempli de lacs et de rivières qui ur- abondent en poisson, et dont les bords enchantés de et les îles verdoyantes produisent des fruits de mp | toute espèce.
et Je campai sur les rives des deux lacs situés
irs | à l'est des montagnes Rocheuses, que les Piedspa- Noirs appellent le Zac des hommes et le Lac des de femmes. Suivant leurs traditions, le premier donna naissance à une troupe de jeunes gens, beaux et
ut vigoureux, mais pauvres et nus ; le second, à un
és nombre égal de jeunes femmes, ingénues et indus-
trieuses, qui firent elles-mêmes leurs vêtements. Ces êtres vécurent longtemps séparés et inconnus les uns aux autres, jusqu'à ce que le grand Manitou Wizakeschak, ou le Vieillard (que les Pieds- Noirs invoquent encore), les eût visités. Il leur .pprit à tuer les animaux à la chasse ; mais ils ignoraient encore l'art d’apprêter les peaux. Wizakeschak les conduisit à la demeure des jeunes femmes, qui reçurent leurs hôtes en dansant et en poussant des cris de joie. On leur présenta des souliers, des leggins (1), des chemises et des robes
garnies 1° piquants de porc-épic. Chaque femme choisit sou hôte et lui offrit un plat de graines et de racines. Les hommes, désirant contribuer au festin, allèrent à la chasse et revinrent chargés de gibier. Les femmes trouvèrent ce nouveau mets délicieux, et admirèrent la force, l'adresse et la bravoure des chasseurs. Les hommes ne furent pas moins réjouis de la beauté de leurs parures et admirèrent à leur tour le taient des femmes. Les deux parties commencèrent à penser qu'elles étaient nécessaires les unes aux autres , et Wizakeschak présida au pacte solennel par lequel il fut conveau que les hommes seraient les protecteurs des femmes, et pourvoiraient à leur entretien, tandis que tous les autres soins de la famille seraient dévolus aux femmes.
Les femmes des Pieds-Noirs se plaignent sou-
(1) Sorte de guëtre.
vent amôrement de l'étonnante folie de leurs mères qui acceptèrent de pareilles propositions , et déclarent que si le pacte était à refaire, elles arrangeraicnt les choses autrement.
Le ciel des Pieds-Noirs est un pays rempli de collines sablonneuses qu'ils appellent £'spalchekie, où l'âme se retire après la mort, et où ils retrouveront tous les animaux qu'ils ont tués et tous les chevaux qu'ils ont volés. Le bufile, le chevreuil et le cerf y abondent. En parlant des morts, un Pied-Noir ne dit jamais : Un tel est mort, mais : Espalchekie Elape, 11 est allé vers les Collines sablonneuses.
Fort Auguste, sur le Saskatchawan,
31 décembre IS1{6.
Monseigneur,
Je suis convenu avec les treize Pieds-Noirs dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre, qu'ils me précéderaient chez les leurs, qu'ils prépareraient les voies et disposeraient les esprits à me recevoir. Tout semblait favorable; en conséquence je pris congé de M. Harriot le 31 octobre. J'étais accompagné de mon interprète et d'un jeune métis de la nation creek qui était chargé des chevaux. Malgré ses bonnes résolu-
RER ER em, à
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tions, mon interprète laissa bientôt percer son véritabls caractère, Le loup ne peut pas rester caché sous la peau de mouton. Il devint sournois et maussade, s'arrétant toujours dans les lieux où les pauvres bêtes de charge, après une longue journée, ne trouvaient rien à manger. Plus nous avancions dans le désert, plus sa maussaderie augmentait. I était impossible de lui arracher une seule parole agréable ; ses murmures incohérents et ses allusions commencèrent à me causer de sérieuses inquiétudes. Dix jours se passèrent ainsi; mes deux dernières nuits furent pleines d'anxiété et de circonspection. Heureusement je rencontrai un Canadien que je déterminai à rester quelque temps avec moi. Le lendemain, mon interprète disparut. Bien que ma situation fût devenue extrêmement précaire dans ce dangereux désert où je me trouvais sans trucheman et sans guide, je me sentis néanmoins soulagé d'un grand poids par le départ de ce sombre et désagréable compagnon. Si je n'avais pas eu le bonheur de rencontrer le Canadien, il est probable que je n'eusse pas échappé au plan que l'interprète avait profondément médité : celui de se débarrasser de moi.
Amis et voyageurs du désert, choisissez bien votre guide , et prenez garde de vous mettre sous la dépendance d'un morose métis, surtout s'il a résidé quéique temps parmi les sauvages ; car ces hommes unissent ordinairement tous les vices des blancs à la ruse des Indiens. Je résolus de conti-
nuer ma route et de chercher un interprète canadien. Il s'en trouvait un , à ce que je compris , à quelque distance en avant.de nous et qui suivait la même route. Pendant huit jours consécutifs , nous errämes dans ce labyrinthe do vallées, sans rencontrer ni Canadiens ni Pieds-Noirs, bien que nous fussions au cœur de leur pays. De grandes bandes de maraudeurs Creeks parcouraient alors ces contrées, et 1l paraissait évident, par les traces qu'ils laissaient, qu'ils avaient tout emporté avec eux. Il neigea sans interruption pendant quatre jours ; nos pauvres chevaux étaient presque exténués ; ma besace ne contenait que des miettes, et le passage des montagnes de l’est à l’ouest était devenu impraticable. Je n'avais d'autre alternative que d'aller à un des forts de la Compagnie de la baie d'Hudson, et de demander l'hospitalité pendant la durée de cette rigoureuse saison.
Toute la contrée qui avoisine la première chaine orientale des montagnes Rocheuses, et qui lui sert de base dans une étendue de trente ou soixante milles, est extrêmement fertile, et abonde en forêts , en plaines , en prairies , en lacs, en rivières et en sources minérales. Les rivières et les ruisseaux sont innombrables et partout favorables à la construction de moulins. Les branches septentrionale et méridionale du Saskatchawan arrosent le district que j'ai traversé, sur une iongueur d'environ trois cents milles. Des forêts de pins, de cyprès, d'épines (Cralaegus), de peupliers
et de trembles, et d'autres espèces d'arbres couvrent une grande partie de sa surface, elles garnissent souvent les pentes des montagnes et les bords des rivières.
Celles-ci prennent ordinairement leur source dans les chaînes les plus élevées, d'où elles se ramifient dans différentes directions, semblables à une multitude de veines. Les lits et les bords de ces rivières sont pleins de cælloux, et leur courant estrapide. Mais à mesure que ces fleuves s'éloignent des montagnes, ils s'élargissent et perdent un peu de leur impétuosité. Leurs eaux sont ordinairement très limpides. Les goîtres sont communs dans ce climat. Le pays -pourrait contenir une nombreuse population, et le sol est favorable à la culture de l'orge, du blé, des pommes de terre et Ces fèves, qui viennent ici aussi bien que dans les contrées méridionales.
Ces vastes et innombrables champs de foin sontils destinés à être consumés par le feu ou à périr sous les neiges d'automne ? Combien longtemps ces superbes forêts serviront-elles de retraite aux bêtes sauvages ? Et ces carrières inépuisables, ces mines abondantes de charbon, de plomb, de soufre, de fer, de cuivre et de salpêtre sont-elles condamnées à reste éternellement vierges ? Non; an jour viendra où une main laborieuse leur donnera de la valeur. Un peuple fort, actif et entreprenant est appelé à remplir ces solitudes jmmenses. Les bêtes féroces feront place, avant
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qu'il soit longtemps, à nos animaux domestiques. Des troupeaux paîtront dans ces belles prairies bordées de montagnes, sur les collines, dans les vallées et dans les plaines de cette vaste région. Une grande portion de cet immense territoire est couverte de lacs artificiels formés par les castors ; sur notre rcute nous eûmnes fréquemment occasion de remarquer avec étonnement et admiration l'étendue et la hauteur de leurs digues construites avec art et de leurs solides demeures. Ces industrieux animaux forment ici de petites républiques dont on a raconté à Juste titre tant de merveilles. I n'y a pas un demi-siècle, le nombre des castors était si considérable dans ce pays qu'un bon chasseur pouvait en tuer une centaine dans l'espace d'un mois.
J'arrivai au fort Augustus où fdmonton vers la fin de l'année. Son respectable commandant, le digne M. Rowan, me recut avec la tendresse d'un père, et son estimable famille se joignit à lui pour m'entourer d'égards et de bontés. Jamais je ne pourrai acquitter la dette de reconnaissance que
j'ai contractée envers eux. Puisse le Ciel les com-
bler de ses grâces et de ses bénédictions ! c'est le vœu sincère d'un pauvre prètre qui n'oubliera jamais ses bienfaiteurs.
[l faut que j'attende un moment plus favorable pour visiter les Pieds-Noirs. Les parties belligérantes ravagent encore le pays. Les nouvelles qui nous arrivent ne parlent que de vols et Ge carnage,
J'ai l'honneur d'être, Monseigneur , avec un profond respect et une haute considération, votre très-humble et trés-obéissant serviteur en Jésus- Christ.