‹ Voyages dans l'Amérique septentrionale, Orégon [microforme]Chapitre 25 sur 52 · OR N · texte numérisé non relu

OR N

alors le daim, l'élan et le renne se trouvent en abondance. Le renne se nourrit d'une sorte de mousse blanche, et sa panse est considérée comme un mets délicieux, lorsque la nourriture est à moitié digérée.

Les Indiens regardent comme une friandise les yeux de poisson qu'ils arrachent avec le bout des doigts et qu'ils avalent tout crus , ainsi que les tripes, avec tout ce qu'elles contiennent, sans autre cérémonie que de les piacer un instant sur le charbon, et de les faire passer de là dans le réservoir général, sans même leur faire subir l'opération des mâchoires.

Les montagnards indiens habitent la partie basse d'Athabaska, ainsi que le grand lac de ce nom. L'élan, qui est très-commun, et les daims se trouvent en grandes troupes : la chasse de ces derniers est à la fois facile et singulière. Ces animaux dirigent régulièrement leur course vers le nord en automne, et reviennent vers le sud au printemps. Les Indiens connaissent les lacs et les rivières qu'ils traversent habituellement, et quand la troupe (dont le nombre s'élève souvent à plusieurs centaines) est dans l'eau et approche du bord opposé, les chasseurs quittent le lieu où ils sort cachés, sautent dans leurs légers canots, et crient de toutes leurs forces pour les faire retourner au centre ; ils les harassent en les chassant continuellement du bord, jusqu'à ce que ces pauvres bêtes soient épuisées ; alors commence le

D, de

carnage ; on les tue sans difficulté avec des dagues et des dards , et 1l est bien rare qu'il en échappe une seule. Ils couvrent leurs huttes et s’habillent eux-mêmes de peaux de daim. Les lacs et les marais sont si nombreux dans cette contrée que les cygnes, les oies, les outardes et les canards de toute espèce y viennent par milliers au printemps et en automne. Les sauvages traversent ces marais en rackels pour chercher les œufs de ces volatiles dont ils se nourrissent pendant cette saison. On trouve souvent des carrés de plusieurs acres remplis de nids. Les poissons blancs, les carpes, les truites et d'autres poissons inconnus abondent dans tous ces lacs et rivières.

Deux missionnaires, un père de l'ordre des Oblats de Marseille et un prêtre canadien, sont en route avec l'intention de pénétrer dans l'intérieur du pays. La réception que firent les moutagnards à M. Thibault l'été dernier fait bien augurer des heureux résultats qu'aura cette sainte et louable entreprise. Sur les bords du Jasper, nous rencontrâmes un vieil Iroquois, appelé Louis Kwaragkwante ou le Soleil voyageur, accompagné de sa famille composée de trente-six personnes. Il a été absent quarante ans de son pays ; il n’a jamais vu de prêtre pendant ce laps de temps. Il demeurait dans la forêt d'Athabaska et sur la rivière la Paix, et vivait de la chasse et de la pêche. Le bon vieillard était inondé de joie, et les enfants éprouvaient les mêmes sentiments que leur pére.

Voici ce qu'il dit lorsqu'il sut que J'étais un prêtre : « Combien je suis heureux d'être venu iet ! car il y a bien des années que je n'ai vu de prêtre ; aujourd'hui je me trouve en face d'un ministre de Dieu, comme cela m'arrivait autrefois dans mon pays; mon cœur surabonde de joie : partout où vous irez, je vous suivrai avec mes enfants. Tous, nous entendrons la parole de la prière ; tous nous aurons le bonheur de recevoir le baptême : je le répète, mon cœur nage dans la joie et l'allégresse. »

Le petit camp d'Iroquois se mit immédiatement en route pour me suivre au fort Jasper. La plupart d'entre eux savent leurs prières en iroquois. Je restai quinze jours au fort, à les instruire des devoirs de la religion. Le dimanche après la messe, tous furent régénérés dans les caux du baptême, et sept mariages furent réhabilités et bénis. Le nombre des baptisés s'éleva à quarantequatre ; parmi eux se trouvaient la dame de M. Frazer (surintendant du fort), quatre de ses enfants et deux domestiques.

J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect : et la plus haute considération, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur en Jésus- Christ,

P. J. De Suer, S. J.

Au pied de la Grande- Glacière à l'embouchure

de l'Athabaska, 6 mai 1845.

Monseigneur,

Les provisions devenant rares au fort, au moment où nous avions avec nous un nombre considérable d'Iroquois des pays environnants, qui étaient déterminés à rester jusqu'à mon départ, afin d'assister aux instructions, nous nous serions trouvés dans une situation embarrassante, si M. Frazer n'était venu à notre secours en nous proposant de quitter le fort et de l'accompagner lui et sa famille au lac des Islands, où le poisson aurait formé une partie de notre subsistance. Comme la distance n'était pas grande, nous acceptâmes cette invitation , èt partimes au nombre de cinquante-quatre personnes et de vingt chiens. Je compte ces derniers, parce que nous étions obligés de pourvoir à leurs besoins comme aux nôtres. Une petite énumération du gibier tué par nos chasseurs, pendant les vingt-six jours que nous restâmes en ce lieu, vous offrira quelque intérêt, ou du moins vous fera connaître les animaux du pays, et vous prouvera que les montasnards d'Athabaska sont doués d'un robuste appétit. — Animaux tués : douze daims, deux rennes , trente gros moutons des montagnes, deux porcs-épics ,

# exe 7e Q ® Vo Ne 4, Le SZ LYON MR ER Re NZ * Ÿ NN RUES N N NA 72 De. ” NS \ù Z \ D N y &e VW, Ne 2€ Ne Ÿ 4 Ÿ \ IMAGE EVALUATION <

Page 1