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deux cent dix lièvres, un castor, deux rats musqués, vingt-quatre outardes, cent quinze canards, vingt et un faisans, une bécassine, un aigle et un hibou ; ajoutez-; de trente à cinquante beaux poissons blancs pêchés chaque jour et vingt truites, et vous pourrez juger alors si nos gens avaient raison ou non de se plaindre ; cependant nous les entendions dire constamment : « Comme notre vie est dure ici! Le pays est excessivement pauvre — nous sommes obligés de jeûner ! »
Comme le temps auquel je devais quitter mes nouveaux enfants en Jésus-Christ approchait , ceux-ci me demandèrent avec instance qu'il leur fût permis, avant mon départ, de me témoigner leur attachement par une petite cérémonie , afin que leurs enfants pussent toujours se souvenir de celui qui le premier leur enseigna le chemin de la vie. Chacun déchargea son mousquet dans la direction de la plus haute montagne, qui a la forme d'un pain de sucre, et toute la troupe lui donna mon nom en poussant trois énormes hourras. Cette montagne a plus de 14,000 pieds de haut, et se trouve couverte d'une neige éternelle.
Le 26 avril, je fis mes adieux à mon bon ami M. Frazer et à ses aimables enfants, qui m'avaient comblé d'attentions et de bonté. Tous les hommes du camp voulurent me faire une escorte d'honneur, et m'accompagnèrent à une distance de dix milles. Là, nous nous séparâmes, et chacun me pressa affectueusement la main ; nous nous souhaïtâmes
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mutuellement beaucoup de bonheur; l'émotion était générale, des larmes coulèrent de nos yeux. J£ me trouvais avec mes compagnons dans un de ces sauvages ravins où l'œil ne rencontre qu'une rangée de sombres montagnes s'élevant de tous côtés comme des barrières infranchissables.
Le haut Athabaska est incontestablement la partie la plus élevée du nord de l'Amérique.
Toutes ses montagnes sont prodigieuses, et leurs sommets neigeux semblent se perdre dans les nues. Dans cette saison, d'immenses masses de neige se détachent souvent et roulent sur les flancs des rochers avec un bruit terrible qui retentit dans ces paisibles solitudes, comme le roulement lointain du tonnerre. Ces avalanches tombent avec une telle impétuosité qu'elles entrainent fréquemment avec elles des fragments énormes de pierre, et s'ouvrent un passage à travers les sombres forêts qui couvrent la base de ces pics altiers. A toute heure le bruit de dix avanlanches roulant en même temps vous brise les oreilles. De chaque côté, nous les voyions se précipiter avec une effrayante rapidité.
La majestueuse rivière du nord, la branche septentrionale du Saskatchawan, les deux grandes fourches du Mackenzie, les rivières Athabaska et la Paix, la Columbia, et le Frazer à l’ouest, reçoivent de ces montagnes la plus grande partie de leurs eaux.
Dans le voisinage de la rivière de la Miette,
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nous rencontrâmes une de ces pauvres familles de Porteurs ou Ztoaten de la Nouvelle-Calédonie , dont je vous ai parlé dans une lettre précédente. Ils nous aperçurent du sommet de la montagne qui domine la vallée que nous traversions, et aussitôt qu'ils virent que nous étions des blancs, ils descendirent en toute hâte pour venir à notre rencontre. Ils parurent enchantés de nous voir, surtout lorsqu'ils surent que j'étais une Robe- Noire ; ils m'entourèrent, et me pressèrent de les baptiser avec une ardeur qui m'émut jusqu'aux larmes, bien que je ne pusse accorder cette faveur qu'à deux de leurs plus petits enfants , les autres ayant besoin d'être instruits ; mais je n'avais pas là d'interprète, je les engageai donc à retourner
aussitôt dans leur pays, où ils trouveraient une
Robe-Noire (le P. Nobili) qui les instruirait. Ils firent le signe de la croix, récitèrent quelques prières dans leur propre langue, et chantèrent plusieurs hymnes avec une grande dévotion apparente. La condition de ces gens parait très-misérable ; ils n'avaient pour vêtements que des haiïllons et quelques lambeaux de peaux, et néanmoins, malgré leur extrême pauvreté, ils déposèrent à mes pieds le mouton de montagne qu'ils venaient de tuer.
L'histoire d'une pauvre jeune femme qui se trouvait avec eux mérite d'être racontée, car elle est la peinture vivante des dangers et des malheurs auxquels ce peuple infortuné est souvent exposé.
Elle avait à peu près quinze ans, lorsque son père, sa mére et ses frères furent surpris dans le bois, avec une autre famille, par un parti de guerriers assiniboins, et massacrés sans miséricorde. Pendant cette horrible scène, la jeune fille se trouvait dans une autre partie de la forêt avec ses deux sœurs, toutes deux plus jeunes qu'elle. Elles par-vinrent à se cacher et à échapper à cette bande d'assassins. La malheureuse orpheline erra environ
‘ deux ans dans le désert sans rencontrer un étre
humain; elle vivait de racines, de fruits sauvages et de porces-épics. En hiver, elle se réfugiait dans l'antre abandonné d'un ours. Ses sœurs la quittèrent vers la fin de la première année, et l'on n’en entendit plus jamais parler. Enfin au bout de trois ans elle rencontra heureusement un bon Canadien, qui la prit dans sa maison, la nourrit et l'habilla convenablement, et la rendit six mois après à sa tribu.
Nous reprimes notre route le lendemain ; nous arrivâmes vers la nuit tombante sur les bords de l'Athabaska, au point appelé la Grande-Traverse. [:1, nous quittâmes le cours de cette rivière pour entrer dans la vallée de la Fourche-du-Trou.
À mesure que nous approchions des hauts pays, la neige devenait plus profonde. Le 1° mai, nous atteignimes la Grande-Bature qui ressemble à un lac desséché. Nous y plantâmés notre tente pour attendre l'arrivée des gens de Columbia qui passent toujours par cette route, qui conduit au Canada et à York-Factory.
Non loin du lieu où nous étions campés, nous trouvâmes un nouvel objet qui excita notre étonnement et notre admiration ; c'était une immense montagne de glace pure de quinze cents pieds de haut, placée entre deux énormes rochers. La transparence de cette belle glace est si grande que nous pouvions aisément distinguer les objets qui sont dans l'intérieur, à une profondeur de plus de six pieds. On dirait à la voir que quelque soudaine et extraordinaire crue d'eau roula d'immenses monceaux de glace, qui vinrent s'entasser entre ces rochers et former ce magnifique glacier. Ce qui donne quelque vraisemblance à cette conjecture, c'est que de l’autre côté du glacier il y a un grand lac d'une hauteur considérabie. C'est au pied de cette gigantesque montagne de glace que la rivière du Trou prend sa source.
Les habitants de Columbia viennent d'arriver. Je saisis cette occasion, la seule que j'aurai d'ici à longtemps, pour vous envoyer mes lettres, et avant de fermer celle-ci, permettez-moi de me recommander de nouveau, ainsi que toutes mes missions, à vos saints sacrifices et à vos ferventes prières.
J'ai l'honneur d'être avec le plus sincère respect etla plus profonde estime, Monseigneur, votre très-humble serviteur en Jésus-Christ,
P. ». DE SMET, S. d.
Boat-Encampment sur la Columbia, 10 mai 1846,
Très-Révérend et cher Père Provincial,
Par ma dernière lettre adressée au prélat distingué de New-York, dans laquelle je relate mes différentes excursions apostoliques pendant les années 1845-46, parmi les nombreuses tribus des montagnes Rocheuses , vous aurez appris que je suis arrivé au pied du grand Glacier, source de la rivière du Trou, qui est tributaire de l’Athabaska ou Elk-River. Je vais donner maintenant à Votre Révérence la continuation du rude et difficile voyage que je fis à travers la principale chaîne des montagnes Rocheuses et les terres basses de Columbia, pour aller rejoindre mes chers frères de l'Orégon.
Vers le soir du 6 mai, nous distinguâmes à une distance d'environ trois milles l'approche de deux hommes chaussés de snow-shoes (1), qui bientôt nous joignirent. C'étaient les avant-coureurs de la compagnie anglaise qui, au printemps de chaque
. année, vont du fort Vancouver à York-Factory,
situé à l'embouchure de la rivière Neison, à envi-
(1) Snorw-shoes , souliers pour marcher dans la neige ; c'es une chaussure particulière aux habitants du nord de l'Amérique. (Note de la présente édition.)
ron cinquante-huit degrés de latitude nord, Dès le grand matin, ma petite suite était prête ; nous continuâmes notre route, et après une marche de huit milles, nous rencontrâmes les messieurs de la Compagnie de la baie d'Hudson. Les moments de notre réunion furent courts, mais intéressants et joyeux. La grande fonte des neiges était déjà commencée , et nous fûmes obligés d'être alertes pour pouvoir traverser en temps convenable les rapides torrents et les rivières qui commencçaient à grossir. Les nouvelles des voyageurs qui se rencontreut dans les montagnes se communiquent promptement des uns aux autres. Je retrouvai dans les guides de la Compagnie mes vieux amis : M. Ermatinger de l'honorable Compagnie de la baie d'Hudson et deux officiers distingués de l'armée anglaise, les capitaines Ward et Vavasseur que j'eus l'honneur de rencontrer l'année dernière près du grand lac Kalispel. Le capitaine Ward eut la bonté de se charger de mes lettres pour les Étais et pour l'Europe. Quinze Indiens de la tribu Kettle-l'alls l'accompagnaient. Plusieurs d'entre eux avaient gravi la montagne avec un poids de cent cinquante livres sur le dos. Le digne capitaine Ward m'en fit un grand éloge. Il admire leur probité, leur politesse, et par-dessus tout leur sincère piété et leur grande exactitude à remplir leurs devoirs religieux. Soir et matin on les voit se retirer à une petite distance du camp pour chanter une ou deux hymnes, et faire leurs
prières en commun. « J'espère, ajouta le capitaine, que je n'oublierai jamais l'exemple que ces pauvres mais bons sauvages m'ont donné pendant le temps qu'ils furent avec moi; je fus frappé de leur tenue décente, et je n'ai jamais vu une plus sincère piété que la leur. »
Les messieurs de la Compagnie anglaise étaient maintenant arrivés au terme de leurs plus grandes fatigues et difficultés. Ils jetèrent Joyeusement loin d'eux leurs snow-shoes pour prendre des chevaux pour quatre jours ; au fort Jasper ils s'embarquérent sur des esquifs pour descendre au fort Assiniboin par la rivière Athabaska. Quant à moi, jessayai les snow-shoes pour la première fois de ma vie, et par le moyen de cette chaussure je gravis ces effrayants remparts, ces barrières de neige qui séparent le monde atlantique de l'océan Pacifique. Je vous ai déjà dit dans mes lettres précédentes que c'est probablement le point le plus élevé des montagnes Rocheuses , et que cinq grandes rivières y prennent leur source, à savoir : la branche nord du Saskatchawan, qui se jette dans le lac Winnipeg ; les rivières Athabaska ct Peace se réunissant avant de verser leurs eaux dans le grand lac de l'Esclave, lequel se décharge dans l'océan Glacial par le Mackenzie, la plus septentrionale des rivières. C'est au sein de ces montagnes que les rivières Columbia et Frazer puisent les eaux dont elles alimentent un millier de fontaines et de ruisseaux.
Nous avions soixante et dix milles à faire en snow-shoes pour atteindre le Boat-Encampment qui est sur les bords de la Columbia. Nous nous proposâmes de faire ce trajet en deux jours et demi. Les très-dignes et excellents MM. Rowan et Harriot, dont je n'oublierai jamais les bontés et les attentions qu'ils ont eues pour moi au fort des Montagnes et au fort Augustus, pensaient qu'il me serait impossible d'accomplir ce voyage à cause de ma corpulence, et cherchaïient à m'en détourner. Cependant je crus pouvoir remédier à l'inconvénient de mon ampleur par un vigoureux Jeûne de trente jours que je supportai gaiement. Je me trouvai en effet beaucoup plus léger, et je m'ouvris courageusement un passage au milieu d'une neige qui avait seize pieds de profondeur. Nous marchions sur une seule file, montant et descendant alternativement, tantôt à travers des plaines ravagées çà et là par des avalanches, tantôt au milieu de lacs et de rapides ensevelis profondément sous la neige ; quelquefois sur le flanc d'une montagne escarpée, d'autres fois à travers une forêt de cyprès dont nous n’apercevions que les sommets. Je ne puis vous dire le nombre de nos soubresauts ; je me trouvais continuellement embarrassé avec mes souliers-neige et en lutte avec les branches d'arbre. Lorsque je tombais, j'étendais mes bras devant moi comme on fait naturellement pour atténuer la violence de la chute ; le danger n'est pas grand auand il y a beaucoup de neige, bien que j'y
fusse souvent à moitié enseveli lorsque je réclamais l’aide de mes compagnons, qui venaient toujours à mon secours avec une grande bonté et de fort bonne humeur.
Après avoir fait trente milles le premier jour, nous nous disposimes à camper. Nous abattimes
quelques pins que nous dépouillâmes de leurs
branches ; celles-ci furent placées sur la neige pour nous servir de lit, tandis qu'un feu fut allumé sur un parquet de bûches vertes. Dormir ainsi sous la belle voûte d'un ciel étoilé, au milieu de hautes montagnes, et bercé par le doux murmure des ruisseaux et le bruit des torrents, peut vou. paraître étrange ainsi qu'à tous les amateurs de chambres confortables, chauffées et garnies de lits de plume ; mais on pense autrement lorsqu'on a respiré l'air pur des montagnes, où, en revanche, les rhumes sont inconnus ; venez en fañe l'essai, et vous verrez qu'il est facile d'oublier les fatigues d'une longue marche, et de trouver de la Joie et du bien-être même sur des branches de pin, sur lesquelles nous nous étendions selon la coutume des Indiens, et nous nous endormions enveloppés dans des peaux de buffle.
Le lendemain matin, nous commençämes à descendre ce qu'on appelle la Grande-Pente occidentale. Cela nous prit cinq heures. Toute la pente est couverte de cèdres gigantesques et de pins de différentes espèces. Malheur à l'homme qui a de l'embonpoint, ou à qui il arrive de faire un faux
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pas ! Je vous parle de cela par expérience, car bien des fois je me trouvai à vingt ou trente pieds du point de mon départ, heureux lorsque, dans ma chute, ma tête n'allait pas heurter violemment contre le tronc de quelque grand arbre. Au pied de la montagne, je rencontrai un obstacle d'un nouveau genre. Toutes les barrières de neige et les digues innombrables qui avaient arrêté les eaux des rivières, des lacs et des torrents se rompirent pendant la nuit et grossirent considérablement la rivière dite le Grand-Pertage. Elle fait tant de détours et de circuits dans cette étroite vallée que nous miîmes un Jour et demi à franchir, que nous fûmes obligés de traverser cette rivière au moins quarante fois, avec de l'eau jusqu'aux épaules. Son impétuosité est si grande qu'il nous fallait nous soutenir mutuellement pour ne pas être emportés par le courant. Nous continuâmes notre triste voyage avec nos habits mouillés ; ce qui, Joint à la grande fatigue, fit enfler nos jambes. Tous les ongles de mes pieds tombèrent, et le sang remplit mes mocassins ou souliers indiens. Quatre fois je me trouvai à bout de mes forces, et j'aurais certainement péri dans cette épouvantable contrée, si le courage et l'énergie de mes compaenons ne m'avaient soutenu et aidé. Nous vimes des mâts tout le long des anciens compements du Portage. Chaque voyageur qui passe par là pour la première fois choisit le sien. Un ieune Canadien m'en dédia généreusement un qui avait au moins
cent vingt picds de haut, et qui élevait sa haute tête au-dessus de tous les arbres du voisinage. Jene méritais pas un pareil honneur. Ile dépouilla de toutes ses branches et ne lui laissa qu'une petite couronne au sommet. [l écrivit au bas mon nom et la date de mon passage.
Les daims, les rennes et les chèvres de montagne se trouvent fréquemment dans cette région.
Nous passimes ensuite à travers une forêt épaisse et montagneuse, où les pins couvrent le sol par milliers, et où plus d'un arbre gigantesque dans toute sa vigueur a été déraciné par la fureur de la tempête. En sortant de la forêt, il nous fallut traverser laborieusement un grand marais, dont l'eau et la vase nous venaient jusqu'aux genoux. Cette fatigue était peu de chose en comparaison de celles que nous avions éprouvées ; nous en fûmes dédommagés par la vue d'une belle et verdoyante plaine, où quatre rennes se désaltéraient , sautaient et bondissaient au milier de l'abondance. Sans doute ils venaient, ainsi que nous, de rochers neigeux et glacés, et sentaient leurs cœurs légers et joyeux à l'aspect délicieux qu'offrent la montagne et la plaine dans cette saison de l’année. En approchant nous dirigeâmes douze fusils à la fois contre ces innocentes et timides créatures. Je fus heureux de voir que, grâce à l'étonnante agilité de leurs jambes, leurs nobles et belles formes avaient été mises hors de toute atteinte.
Vers le milieu du jour nous arrivämes au Boat- Encampment, sur les bords de la Columbia, à l'embouchure de la rivière Portage. Ceux qui ont passé les montagnes Rocheuses à cinquante-trois degrés de latitude nord, pendant la grande fonte des neiges, savent si nous méritons ou non le titre de bons voyageurs. Il m'a fallu toute ma force pour accomplir ce voyage, et j'avoue que je n'oserais pas l'entreprendre de nouveau. Un repas était nécessaire pour nous remettre de tant de fatigues et de dangers. Heureusement nous trouvâmes au camp tout ce qu'il faut pour une fête. Un sac de fleur de farine, un gros jambon, un quartier de renne, du fromage, du sucre et une grande quantité de thé que les messieurs de la Compagnie anglaise avaient charitablement laissés là. Pendant que quelques-uns réparaient la barque, d'autres préparaient le dîner. Au bout d'une heure nous nous trouvämes tous réunis autour des chaudrons et des rôtis, riant et plaisantant sur les chutes de la montagne et les accidents du Portage. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'on me dépeignit comme le voyageur le plus maladroit et le plus gauche de la bande.
Trois belles rivières se réunissaient en ce lieu ; la Columbia venant du sud-est, la rivière Portage du nord-est et la rivière Canoe du nord-ouest. Nous étions entonrés de magnifiques montagnes couvertes de neiges perpétuelles, et s'élevant de douze à seize mille pieds au-dessus du niveau de
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; à l'Océan. Le Hooker ot le Browu sont les plus ; hautes ; ce dernier à seize mille pieds.
$ Je suis, Très-Révérend et cher Père Provincial, $ votre humble frère en Jésus-Christ,
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is Station Saint-Paul, près de Colville, le : 29 mai 1846.
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- La Columbia, au Boat-Encampment, est à trois ne mille six cents pieds au-dessus du niveau de la re mer. Lorsque le repas fut fini, nous lançâmes la u- barque et descendimes rapidement la rivière, qui es É s'élevait de plusieurs pieds au-dessus de son niveau e. habituel. Un admirateur de la nature prolongerait it volontiers son séjour dans une contrée comme us À celle-ci, si des affaires sérieuses ne l'appelaient
ailleurs.
: | Les îles volcaniques et basaltiques, les mone tagnes pittoresques dont les pieds viennent se baist. ; gner dans la rivière , pendant que ieurs sorimets es semblent s'efforcer, sous les gigantesques efforts de de l'avaianche, de rejeter leur linceul d'hiver pour
de donner place à la nouvelle et belle verdure du
mois de mai et à ses fleurs riantes et variées ; les mille fontaines qu'on peut voir d'un seul coup d'œil , jaillissant avec un agréable murmure des flancs des rochers perpendicuiaires qui bordent la rivière, tout concourt à l'embellissement de cette scène de la nature, qui, dans cette région de la Columbia, semble avoir déployé toute son énergie pour montrer sa grandeur et sa magnificence.
Après quelques heures de descente, nous arrivämes au rapide de Martin où un Canadien de ce nom et son fils trouvèrent leur tombeau. Son bruit est assourdissant, et l'agitation de l'eau le fait ressembler à une mer en fureur. Tout le lit de la rivière est ici jonché d'immenses fragments de rochers. Dirigé par un habile pilote 1roquois que secondaient dix rameurs, le bateau voguait sur son impétueuse surface avec la rapidité de l'éclair, en dansant et suivant le mouvement des vagues. Au lever du soleil, nous étions à la Dalle de la mort. (Dalle est un vieux mot français qui signifie auge ; les voyageurs canadiens donnent ce nom à toutes les eaux courantes resserrées entre des murs de rochers.) Ici, en 1838, douze voyageurs infortunés furent ensevelis dans la rivière. Les eaux sont comprimées entre une rangée de rochers perpendiculaires présentant d'innombrables fissures et écueils à travers lesquels la Columbia court avec une irrésistible impétuosité, et forme, en se heurtant contre elles, d'effroyables gouffres où chaque objet qui passe est englouti et disparaît.
Nous laissâmes glisser au moyen &e deux cordes notre bateau à travers la Dalle, et nous campâmes la nuit près de son issue.
Le 11 mars, nous nous remîmes en route de bon matin, les montagnes étaient dérobées à notre regard par un forc brouillard que nous avions vu s'élever en épaisses colonnes et qui vint s'ajouter aux nuages et voiler toute la face du ciel. Quelquefois, comme pour rompre la monotonie peu ordinaire de ces contrées, un daim se fasait voir sur le bord de la rivière, ou recueillait, au milieu d'un massif et les oreilles tendues, l'étrange son des rames ou la chanson du Canadien qui venait le troubler dans sa paisible retraite. Aussitôt il bondit d'épouvante à la vue de l'homme que les sauvages et timides habitants des forêts paraissent redouter. Le soir nous campâmes à l'entrée du lac Supérieur.
Cette belle nappe d'eaux cristallines venait rafraîchir l'œil, pendant que le soleil levant dorait la cime des mille collines d’alentour. Elle a à peu près trente milles de long sur quatre ou cinq de large ; ses bords sont embellis par des précipices en Saillie et par des pics majestueux, qui élèvent leurs blanches têtes au-dessus des nuages et regardent du haut de leur grandeur, comme de vénérables monarques du désert, les forêts de pins et de cèdres qui entourent le lac. Les deux pics les pius élevés portent le nom de Saint-Pierre et de Saint-Paul.
Nous trouvâmes vingt familles indiennes, appartenant à la station de Saint-Pierre, campées sur les bords du lac. J'acceptai avec joie l'invitation qu'elies me firent d'aller les visiter. C'était la rencontre d'un père et de ses enfants après dix mois d'absence et de dangers. Je puis dire que la joie fut égale et sincère des deux côtés. La plus grande partie de la tribu fut convertie l'année dernière à Kettle-Falls. Ces familles étaient absentes à cette époque. Je passai donc plusieurs jours avec elles pour les instruire des pratiques et des devoirs religieux. Elles reçurent le baptême avec toutes les marques d'une piété sincère et les témoignages de la reconnaissance. Grégoire, leur chef, qui n'avait cessé d'exhorter ses gens par ses paroles et par son exemple, avait eu le bonheur de recevoir le baptême en 1838 des mains du révérend M. Blanchet, aujourd'hui archevêque. Le digne et respectable chef était au comble de la joie de voir tous ses enfants réunis sous l'étendard de Jésus- Christ.
La tribu de ces Indiens du lac fait partie de la nation Kettle-Falls. Ils sont très-pauvres et vivent principalement de poisson et de racines sauvages. Aussitôt que nous aurons plus de moyens à notre disposition , nous leur fournirons des outils de labourage, et diverses graines et racines qui, je n’en doute pas , prospéreront dans leur pays ; ce sera une grande ressource pour ce peuple dénué de tout. Le second lac est à une distance
de six milles du premier, il est à peu près de la même longueur, mais moins large. Nous passâmes sous une roche perpendiculaire où nous vimes un nombre incalculable de flèches enfoncées dans les fentes. Lorsque les Indiens descendent le lac, ils ont l'habitude de lancer chacun une flèche dans ces crevasses. J'ignore l'origine et la cause de cet usage.
L'embouchure de la rivière Mac-Gilvray ou Flat-Bow est près de l'issue du lac inférieur. Elle présente une belle situation pour l'établissement d'une réduction ou mission , et j'ai déjà désigné le site qui conviendrait pour la construction d'une église. À environ vingt milles plus bas, nous passâmes le Flat-Heat ou rivière de Clark, qui paie un fort tribut à la Columbia. Ces deux belles rivières tirent une grande partie de leurs eaux de la même chaîne des montagnes Rocheuses qui alimente un grand nombre de fourches de la branche sud du Saskatchawan et du Missouri.
A une distance d'environ trente milles de leur jonction avec la Columbia , elles sont obstruées par des chutes et des rapides insurmontables. Parmi les nombreux lacs qu'unit la rivière Flat- Head , trois sont surtout remarquables ; ils ont trente à quarante milles de long sur quatre à six de large. Le lac Flat-Head reçoit une large et belle rivière s'étendant à une distance de plus de cent milles dans la direction du nord-ouest et traversant la plus délicieuse vallée. Elle est
grossie par des torrents considérables, qui viennent d'un groupe de montagnes lié immédiatement à la chaîne principale, dans laquelle se trouvent un grand nombre de lacs. La fourche de Clark passe à travers le lac Kalispel. Le lac Roothaan (1) est situé dans les montagnes de Pends-d'Oreille et de Flat-Bow , et se décharge par la rivière Black-Gown dans celle de Clark à vingt milles au-dessous du lac Kalispel.
La rivière Sainte-Marie ou Bitterroot, qui vient du sud-est, est le plus grand tributaire de la fourche de Clark et la principale résidence des Têétes- Plates. Le poisson, et particulièrement la truite, abondent dans toutes ces eaux. Il paraît , d'après les cartes, qu'on connaît peu la topographie de la source de Clark's Fork, car la branche sud-est de la rivière Sainte-Marie n'est qu'un faible tributaire en comparaison. du principal affluent qui vient du nord-ouest, et qui passe à travers le grand lac Flat-Head. Notre barque fut en grand danger dans la Dalle, à quelques milles au-dessus de Colville. Je la quittai, préféränt aller à pied pour éviter ce dangereux passage. Les jeunes bateliers, malgré mes observations, crurent qu'ils pourraient le franchir sans péril. Un tournant les arrêta subitement et menaça de les ensevelir dans ses eaux furieuses. Ils redoublèrent en vain d'efforts ;
(1) Roothaan, nom d’un supérieur général de ia compagnie de Jésus. Né à Amsterdam,le23 novembre 1785,le T.R. P.Roothaan mourut à Rome, le 8 mai 1853. (Note de la présente édition.)
je les vis emportés par une force irrésistible vers le milieu du gouffre. L'avant du bateau descendait déjà dans l'abime et se remplissait d'eau. Entouré de plusieurs Indiens, j'étais à genoux sur le rocher qui dominait cet effrayant spectacle ; nous prions le Ciel de venir au secours de nos pauvres camarades. Ils semblaient évidemment perdus, lorsque le gouffre les rejeta lentement de son sein, comme s'il abandonnaiït à regret une proie qui lui appartenait. Nous remerciâmes du fond du cœur le Tout-Puissant de les avoir délivrés d'un danger si éminent. | A partir de l'issue du lac inférieur de la Columbia jusqu'au fort Colville, l'aspect du pays est excessivement pittoresque et intéressant. Toute la section des deux côtés de la rivière est bien fournie de ruisseaux et de cours d'eau ; la terre, quoique assez légère, se couvre de bons herbages ; les montagnes ne sont pas hautes ; les forêts sont praticables ; les terres basses présentent çà et là de beaux bosquets ; enfin la surface du sol se couvre d’un gazon touffu et abondant. Vers la fin du mois de mai, jarrivai au fort Colville ; je trouvai que la nation des Shuyelpi ou de Kettle Falls avait été déjà baptisée par le R. P. Hoecken, qui avait continué de les instruire après mon départ du mois d'août de l'année dernière. Ils avaient bâti, à ma grande surprise, une sorte de petite église, qui fut d'autant plus belle et agréable à mes yeux
qu'elle était leur premier essai d'architecture et ORÉGON | 9
l'ouvrage exclusif des Indiens. Fiers de leur œuvre , ils me conduisirent comme en triomphe à l'humble et nouveau temple du Seigneur, où j'offris l'auguste sacrifice des autels en faveur de cet excellent peuple, et pour lui obtenir la persévérance dans la foi.
L'arrivée du bon P. Nobili à Colville nous remplit de joie et de consolation. Il avait fait une excursion de missionnaire dans la plus grande partie de la Nouvelle-Calédonie. Partout les Indiens le reçurent à bras ouverts, et s'empressèrent de lui apporter leurs petits enfants à baptiser. Je joins à cette lettre un extrait de la sienne, qui vous donnera une esquisse de son voyage et des baptêmes qu'il a conférés.
Après une retraite de huit jours à la réduction de Saint-Ignace, et un mois de repos et de préparation pour une seconde expédition, il retourna avec une ferveur et un zèle nouveaux à ses chers Calédoniens, accompagné de plusieurs collaborateurs, et muni d'une douzaine de chevaux chargés d'outils de laboureur et de charpentier.
Pour prouver ma sincère reconnaissance, et ne pas vous laisser ignorer que nous avons des amis et des bienfaiteurs dans l'Orégon, je dois dire ici à Votre Révérence que le P. Nobili et moi avons reçu, pendant notre séjour au fort Colville, la plus aimable hospitalité. Je n'oublierai jamais la bonté de l'honorable M. Lewis et de sa famille.
Les attentions qu'on a eues pour le P. Nobili
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dans les postes commerçants de la Nouvelle-Calédonie sont au-dessus de toute expression. Le commodore (1) Wilkes a dit, avec infiniment de vérité, que « la libéralité et l'hospitalité de tous les messieurs de l'honorable Compagnie de la baie d'Hudson sont proverbiales. » Nous en avons fait l'expérience, et nous la renouvelons en toute occasion.
Je suis avec estime et un profond respect, trèsrévérend et cher Père, votre humble et obéissant serviteur,
P.J. De Suer, S. J.
Fort Colville, 1er juin 1846.
Révérend Père,
Durant mon séjour au fort Vancouver, je baptisai plus de soixante personnes, pendant le cours d'une dangereuse maladie qui désola le pays. La plupart de ceux qui recurent le baptême moururent avec toutes les marques d'une sincère conver-
(1) Commodore, titre qui dans les marines anglaise, hollandaise et américaine, décore temporairement le capitaine de vaisseau commandant une petite division de bâtiments de guerre, (Note de la présente édition.)
sion. Le 27 juillet, je baptisai neuf enfants au fort Okinagane ; ceux du chef des Siouxwaps étaient du nombre. Il parut extrêmement heureux de voir une Robe noire se diriger vers son pays. Le 29, je quittai Okinagane, et suivis la Compagnie. Chaque nuit je priais avec les blancs et les Indiens. Chemin faisant, je vis venir à moi trois vieillards, qui me demandèrent instamment « d'avoir pitié d'eux et de les préparer pour le ciel. » Les ayant instruits des devoirs et des principes de la religion et de la nécessité du baptême, je leur administrai, ainsi qu'à quarante-six enfants de la même tribu, le sacrement de la régénération, qu'ils semblaient désirer avec tant d'ardeur.
Le 11 août, une tribu d'Indiens, résidant aux environs du lac Supérieur sur la rivière T'hompson, vint à ma rencontre. Ils me témoignèrent un attachement filial et sincère. Ils me suivirent pendant plusieurs jours pour entendre mes instructions, et ne partirent qu'après m'avoir fait promettre que je reviendrais dans le cours de l'automne ou de l'hiver suivant, pour leur faire connaître la bonne nouvelle du salut.
Au fort de Siouxwaps, je reçus une visite de tous les chefs, qui me félicitèrent sur mon heureuse arrivée parmi eux. Ils élevèrent une grande cabine qui devait servir d'église et de lieu de réunion pour les instructions pendant mon séjour. Je baptisai douze de leurs enfants. Je fus obligé, quand la pêche du saumon commença, de me séparer
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pour quelques mois de ces chers Indiens, et de continuer ma route pour la Nouvelle-Calédonie.
J'arrivai au fort Alexandre le 25. Toutes les tribus que je rencontrais me manifestèrent la même joie et la même amitié. À mon grand étonnement, je trouvai au fort une espèce d'église. J'y retournai et y restai un mois occupé à tous les exercices de notre saint ministère. Les Canadiens accomplirent leurs devoirs religieux. Je bénis plusieurs mariages, et donnai la sainte communion à un grand nombre d'enfants ; quarante-sept adultes reçurent le baptême. Le 2 septembre, je remontai la rivière Frazer, et, après un dangereux voyage, j'arrivai le 12 au fort George, où la même joie et la même affection de la part des Indiens m'étaient réservées ; cinquante Indiens étaient descendus des montagnes Rocheuses, et attendaient patiemment mon arrivée depuis dix-neuf jours, afin d'avoir la consolation d’être témoins des cérémonies du baptême. Je baptisai douze de leurs enfants, et vingt-sept autres, dont six adultes déjà avancés en âge. J’y fis la cérémonie de la plantation d'un calvaire.
Le 14, fête de l'Exaltation de la sainte Croix, je remontai la rivière Nesqually, et le 24, j'arrivai au fort du lac Stuart. Je passai onze jours à donner des instructions aux Indiens, et j'eus le bonheur d’abolir la coutume de brüler les morts , et celle de tourmenter les corps des veuves ou des maris survivants. Ils renoncèrent solennellement
à leurs jongleries e à leur idolâtrie. Leur grande salle de médecine, où ils avaient coutume de pratiquer leurs rites superstitieux, fut changée en une église. Elle fut bénie et dédiée à Dieu sous l'invocation de S. Francois Xavier. L'érection de la croix se fit solennellement avec toutes les cérémonies en usage en de pareilles circonstances. Seize enfants et cinq vieillards reçurent le baptême.
Le 24 octobre, je visitai le village des Chilcotins. . Cette mission dura douze jours, pendant lesquels je baptisai dix-huit enfants et vingt-quatre adultes, et accomplis huit mariages. Je bénis ici le premier cimetière, et y’ enterrai, avec toutes les cérémonies du rituel, une femme indienne, la première qui se fût convertie au christianisme. Je visitai ensuite deux autres villages de la même tribu. Dans le premier, je baptisai vingt personnes, dont trois adultes ; dans le second, deux chefs, avec trente de leur nation, reçurent le baptême, et deux furent unis en mariage. La polygamie existait pourtant, et partout je réussis à l'abolir. Dans une tribu voisine, je baptisai cinquante-sept personnes, dont trente et une étaient adultes ; je célébrai aussi neuf mariages.
Après mon retour chez les Siouxwaps, je baptisai quarante et une personnes, dont onze adultes. Je visitai de plus cinq villages parmi les tribus voisines, où je baptisai environ deux cents personnes. Je plantai la croix dans huit lieux diffé-
1100 [1e À {, à rents, et fondai quatre espèces d'églises qui furent ! ll 4 pe. bâties par les Indiens. À 1h a D'uprès une statistique, chaque village ou tribu | ‘Hi 8 compte à peu près deux cents âmes. ÿ 1!
" Dans le voisinage du fort Alexandre, le nombre DO À : des habitants s'élève à 1,255 Îl il j. Au fort Saint-George, à environ 313 a Dans le voisinage du lac Frazer, à 258 | Id. du lac Stuart, à 211 ; : | Id. du lac Mac-Leod, à 80 À F Id. du fort Rabine, à 1,190 ‘de , Id. du lac de l'Ours, à 801 + r Total des habitants 4,138 FA )- Voici la population de la rivière Thompson ou RS il du pays des Siouxwaps ou Atnass : , Le nombre des Siouxwaps proprement dits est de 083 ; Le nombre des Okinaganes de 685 Population de la branche du nord 020 : JR t Id. du lac Supérieur 322 | i : Id. de la fontaine du lac Frazer 1,127 1 ü u | Nombre des Indiens Knife (couteau) 1,530 £ t Total 4,772 je ] Je suis, Révérend Père, votre, etc. ‘à ; J. Nos, S. J. :
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