‹ Voyages dans l'Amérique septentrionale, Orégon [microforme]Chapitre 33 sur 52 · RE RE SE PEU TS · texte numérisé non relu

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comme pendant la sainte messe. Quand on eut jugé qu'ils avaient suffisamment satisfait à leur dévotion, on récita, aux intentions de l'Église, les prières accoutumées, et le tout se termina par la répétition du Lawla Sion. Ce chant grave et les paroles de cette prose avaient quelque chose de si conforme à la solennité du jour, qu'on en fit servir la répétition comme de cadre à tous les autres offices.

La grand'messe , qui eut lieu vers les dix heures, et la consécration à la sainte Vierge, qui se fit dans l'après-midi, n'eurent rien de remarquable, sauf la permanence du sentiment qui remplissait le matin tous les cœurs. Ce n'est pas d'au-

jourd'hui qu'il a été observé que plus l'âme est

pleine du sentiment ineffable dont nous parlons, moins elle est portée à se répandre au dehors. I] en fut ainsi pour nos communiants : j'ai vu les plus jeunes se retirer à l'écart pour mieux jouir de leur bonheur.

Le soir, pour la rénovation des vœux comme pour la messe de communion, illumination brillante autant que le comportait notre pauvreté. Nous avions une douzaine d'adultes à baptiser. La cérémonie de leur baptème, qui pouvait aider à l'édification de tous et rappeler aux communiants les promesses qu'ils avaient faites en pareille circonstance , fut placée immédiatement avant la rénovation. Pour ce dernier acte, au lieu des for-

mules ordinaires un peu difficiles à traduire en

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langue sauvage, on se contenta de la triple récitation de l'acte d'amour que tous savent. C'était comme la réponse à la triple interpellation que Notre-Seigneur avait adressée à S. Pierre. Après cette expression si vraie de leurs sentiments actuels, les yeux pieusement tournés vers l'autel où était exposé le Saint-Sacrement, ils semblaient ajouter avec S. Augustin : « O beauté toujours ancienne et ioujours nouvelle, c'est bien tard que nous vous avons aimée, mais nous vous aimerons toujuurs, » Pour servir comme de sceau à des promesses si cordiales, la bénédiction du Saiut- Sacrement suivit et termina une journée qu'on n'appellera jamais assez la plus belle de la vie, mais, hélas ! au gré de tous, journée bien courte, on le sentit ; les instants qui précédérent la sortie de l'église furent des instants de regret : toutes ces bonnes âmes avaient peine à s'en arracher.

Les Cœurs-Pointus trouvent dans leurs prières,

leurs cantiques et leurs saintes conversations un avant-goût des joies du ciel. Ils visitent fréquemment les Robes noires. Plusieurs fois je me vis entouré de ces visiteurs, qui attendaient, dans le plus profond silence, que j'eusse fini mon office. L'un d'eux se mit alors à entonner le premier verset du Lauda Sion, et tous le répétérent avec lui. Il est vraiment consolant de voir qu'aux exirémités du monde païen, aussi bien qu'au centre de la civilisation, l'Église fait les mêmes cfforts pour convertir et sauver le genre humain.

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Je suis votre très-humble serviteur en Jésus- Christ, N. PoInr, S. d.

Camp des Têtes-Plates (Flat-Heads), rivière Yellowstone, 6 septembre 1846.

Révérend et cher Père Provincial,

Après une absence d'environ dix-huit mois employés à visiter les différentes tribus éloignées, et à étendre parm eux le royaume du Christ, je retournai, s'il m'est permis de m'exprimer ainsi, à la pépinière de nos travaux apostoliques dans les montagnes Rocheuses.

Jugez de la joie que je ressentis en voyant l: petite loge que nous avions bâtie, il y a cinq ans pour y célébrer le service divin, sur le point d'être remplacée par un temple qui pourra être comparé avec les édifices religieux des pays civilisés ; les matériaux et toutes les choses nécessaires à son érection sont prêts; on n'attend plus que l'occa-

sion de se procurer quelques cordes pour pouvoir placer la lourde charpente sur les fondements.

Une autre surprise agréable m'attendait encore. On avait construit un moulin qui est destiné à

contribuer largement aux besoins croissants du pays d'alentour. Il produit une double œuvre de charité ; il nourrit ceux qui ont faim, et abrite ceux qui nont pas d'habitation. Le moulin à farine inoud dix à douze boisseaux par jour, et la scierie produit une abondante quantité de planches, de poteaux, etc., pour les constructions publiques et particulières du peuple qui s'est fixé ici. La loca- Win lité avait en effet un grand besoin de ces établis-

Wu sements si utiles. Le sol fournit d'abondantes

fl récoltes de froment, d'avoine et de pommes de

terr( les riches prairies de ce pays suffiraient à

nourrir des milliers de bestiaux. Deux grands

ruisseaux, qui sont maintenant tout à fait inutiles,

pourraient servir, avec un peu de travail, à ar-

roser les champs, les jardins, les vergers du

village. La richesse actuelle de cette ferme se

compose d'environ quarante têtes «le bétail, d'un

troupeau prospère de pourceaux et d'une grande

quantité d'oiseaux domestiques. Outre le moulin,

on a bâti douze maisons de bois sur un plan régu-

lier. Vous pouvez par là vous faire une idée des

avantages temporels dont jouissent les Flat-Heads

du village de Sainte-Marie.

La vallée de Sainte-Marie ou Bitter-Root est

une des plus belles qu'on trouve dans les mon-

tagnes ; elle offre aans toute son étendue, qui est

d'environ deux cents milles, de nombreux pâtu-

À À 4 rages, mais peu de terres labourables. Les irrik

gations par des moyens naturels ou artificiels sont

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absolument nécessaires à la culture du sol, à cause des sécheresses que cause en ce pays le long été qui commence en avril et ne finit qu'en octobre. Cette difficulté toutefois pourrait être aisément vaincue, si le pays était bien peuplé, car les ruisseaux et les rivières y abondent.

Ces remarques s'appliquent également aux vallées contiguës à Sainte-Marie ; leur aspect général n'offre que de légères différences dans la hauteur des montagnes, dans les dimensions colossales des rochers ou dans la vaste étendue des plaines. Après ce que j'ai dit, dans mes premières lettres, au sujet de la religion, il me. reste peu de chose à ajouter qui y ait un rapport direct ; mais vous apprendrez avec plaisir que les améliorations opérées dans le village de Flat-Head offrent aux missionnaires qui y sont stationnés de grandes facilités pour poursuivre de plus en plus le grand objet de leurs désirs, à savoir le bonheur éternel de ces pauvres tribus indiennes, plongées dans l'ignorance et placées à une si grande distance de son influence immédiate. Le village est maintenant le centre d'attraction de tout le voisinage et de beaucoup de tribus éloiœnées. Le missionnaire protite toujours de ces visites accidentelles pour annoncer la bonne nouvelle du selut. Au nombre des derniers visiteurs se trouvaient le grand chef des Indiens nommés Serpents (Snake), suivi de sa troupe de guerriers, lesRanax et les Nez-Percés conduits par plusieurs

de leurs chefs ; il y avait même un grand nombre de Pieds-Noirs. En outre, j'y vis presiue toute la tribu des Pendants-d'Oreilles appartenant à ia station de Saint-François Borgia, qui revenait de la grande chasse. Ces derniers en particulier, dont je baptisai la plus grande partie l'année dernière, rivalisaient de zele avec les Têtes-Plates (1) pour la pratique de leurs devoirs religieux.

Après la fête de Pâques, l'abondance des provisions qui étaient dans les greniers et les celliers du village permit au missionnaire d'inviter tous les visiteurs présents à un festin composé de pommes de terre, de panais, de navets, de betteraves, de haricots, de pois et d'une grande variété de mets dont la plupart des conviés n'avaient Jamais goûté. Parmi les produits de l'industrie qu'ils doivent principalement au talent et aux soins de leur supérieur actuel, le P. Mengarini, je ne dois pas oublier de mentionner une sorte de sucre qu'on extrait de la pomme de terre.

Passons maintenant à la condition améliorée

G@) Washington Irving, dans les mémoires du capitaine Bonneville, dit, en parlant des Téètes-Plates :

« Ils sont pleins de dispositions amicales et scrupuleusement hounètes dans leurs rapports avec les blancs. Appeler ce peuple religieux, ce ne serait donner qu'une faible idée de la piété et de la dévotion qui se manifeste dans sa conduite. Sa probité est proverbiale : la pureté de ses intentions, l'uniformité de ses rites religieux sont vraiment remarquables. C’est une nation de Saints, plutot qu'une horde de barbares. » (Note de la présente édition.)

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des peuples eux-mêmes. La polygamie ou plutôt une union plus dissolue encore, s'il est possible, est maintenant, grâce à Dieu, entièrement abolie parmi nos [Indiens nouvellement convertis ; c'est à cette réforme qu'est dû, sans contredit, l'accroissement de la population. L'abandon criminel des pauvres nouveau-nés, le renvoi capricieux de la femme et des enfants , la facile effusion du sang humain, ne sont plus connus parmi eux. Nos sentiments ne sont plus blessés par le brutal usage dont jadis nous fûmes si souvent témoins, qui permettait à un père de considérer un cheval comme l'équivalent de sa fille et de donner celle-ci en échange de l'animal. On accorde maintenant par-tout à la jeune fille indienne la Juste faculté de choisir le futur compagnon de sa vie. L'éducation des enfants est regardée comme un devoir religieux ; les malades sont soignés ; les tr: itements et l'administration des remèdes qui se font selon nos avis, ont probablement, avec l’aide de la Providence , arraché un grand nombre d'entre eux à une mort prématurée. Le sentiment de vengeance si doux à leur cœur, et qui donnait lieu à des guerres si fréquentes et si désastreuses, est maintenant remplacé par le sentiment de la justice chrétienne , qui renousse par les armes, lorsqu'il y a nécessité, les agressions injustes ou défend ses droits légitimes, mais toujours avec la plus entière confiance en la protection du Ciel.

Et cette confiance sans bornes dans le Dieu des

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