‹ Voyages dans l'Amérique septentrionale, Orégon [microforme]Chapitre 34 sur 52 · TN > FREE LE · texte numérisé non relu

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batailles est bien récompensée. Une vérité que les ennemis des Têtes-Plates proclame t sans exception, c'est que la médecine (1) des Robes noires est, disent-ils, « la plus forte de toutes. » Si le temps me le permettait. je pourrais citer de nombreux exemples pour confirmer la croyance, universellement répandue ici, que le Dieu toutpuissant les protége visiblement dans les guerres qu'ils sont forcés de soutenir contre les tribus ennemies. En voici quelques-uns.

En 1840, menacés par un parti formidable de Pieds-Noirs s'élevant à pres de huit cents guerriers, les Têtes-Plates et les Pendants-d'Oreilles, formant à peine soixante hommes, se jetèrent à genoux, £t prièrent le Ciel de les aider dans ceite lutte si inégale qui allait s'engager.

Pleins de confiance dans le succès, ils se relevèrent en présence de leurs ennemis, et commencèrent le combat, qui dura cinq jours. Les Pieds- Noirs furent défaits et laissèrent quatre-vingts des leurs sur le champ de bataille ; tandis que les Têtes-Plates et les Pendants-d'Oreilles ne perdirent qu'un seul homme, qui encore ne mourut que quatre mois après la guerre, et après avoir eu le bonheur de recevoir le baptême la veille de sa mort.

En 1842, quatre Pendants-d'Oreilles et un Cœur-Pointu furent rencontrés et atiaqués im-

(1) Le mot médecine des Robes noires est, chez les sauvages, l'expression synonyme de la vraie religion.

médiatement par un parti de Pieds-Noirs; dès le début du combat, les Pieds-Noirs eurent à déplorer la perte de leur chef. Éveillé par le bruit de la mousqueterie , le camp des Pendants-d'Oreilles accourut, et mit complétement l'ennemi en déroute sans perdre un seul homme. Leur salut eut cela de remarquable, c'est qu'en se précipitant sur les retranchements des Pieds-Noirs , ils eurent à ssuyer une décharge générale de coups de fusil.

Les Têtes-Plates furent de nouveau attaqués, pendant la chasse de l'hiver de 1845, par un parti de Ranax qui, bien que trois fois supérieurs en nombre, furent mis en fuite après avoir perdu trois de leurs hommes. Les Téêtes-Plates reconnaissent que les Ranax sont les plus braves de leurs ennemis; cependant cela ne les empécha pas, quoi qu'ils ne fussent qu'au nombre de sept, de combattre tout un village de ces derniers pour avoir témérairement violé les lois de l'hospitalité.

Pendant la chasse d'été de la même année, les camps réunis des Têtes-Plates et des Pendantsd'Oreilles, provoqués par leurs ennemis, n'hésitèrent pas un instant à lutter contre une troupe de Pieds-Noirs quatre fois plus nombreuse que ja leur. Mais ceux-ci, craignant la « médecine des Robes noires, » s'embusquèrent tout autour de leurs ennemis pour éviter d'en venir à une bataille rangée. Les premiers, apercevant ce stratagème, firent semblant de prendre la fuite, afin d'attirer les Pieds-Noirs dans la plaine. Le piége réussit ;

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les Têtes - Plates et les Pendants-d'Oreilles, se retournant tout à coup, les attaquèrent et les repoussèrent avec une perte considérable ; dans l'ardeur de leur poursuite, ils chassèrent l'ennemi devant eux, comme ils auraient fait d'un troupeau de buffles. Vingt-trois guerriers pieds-noirs furent trouvés morts sur le théâtre du combat, tandis que les Pendants-d'Oreilles ne perdirent que trois hommes, et les Têtes-Plates, un seul.

Je terminerai cette esquisse des exnloits guerriers des Indiens, qui prouvent d'une manière si évidente la protection du Ciel, par le récit d'un engagement qui fut l'occasion de ma première entrevue avec les Pieds-Noirs, et qui, par £es conséquences, contribua beaucoup à la réception favorable qu'ils me firent. Je crois que cette narration un peu détaillée ne sera pas entièrement dénuée d'intérêt.

En 1846, pendant une des grandes excursions de chasse, le camp des Têtes-Plates fut renforcé par trente loges de Nez-Percés, et par une douzaine de loges de Pieds-Noirs, qui avaient sollicité cette adjonction. Les Tétes-Plates campèrent dans le voisinage des Corbeaux (Crows), dans le dessein de renouveler les conditions de la paix, si ces derniers s’y sentaient disposés.

Les Corbeaux (Crows), apercevant dans le camp réuni les Nez-Percés et les Pieds-Noirs, avec lesquels ils étaient en guerre, et connaissant leur supériorité en nombr: et en force corporelle (ce

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sont les plus vigoureux des Indiens), se précipitèrent sur les Têtes-Plates comme un torrent, avec l'intention évidente de provoquer un conflit, et non de faire des propositions de paix. Les calmes remontrances des Têtes-Plates, et les sages avertissements de leur chef, ne produisirent aucun effet sur la troupe furieuse et mutinée des Corbeaux.

Si une lutte s'était engagée en ce moment, il est probable que tout le camp aurait été massacré dans ce combat, pour lequel les Corbeaux s'étaient évidemment préparés, en venant avec des fusils chargés et d'autres armes de destruction, pendant que les Têtes-Plates et les autres étaient totalement dépourvus de moyens de défense.

En ce moment critique se présentèrent heureusement, je puis vraiment dire providentiellement, mon interprète Gabriel et un Pendant-d'Oreille nommé Charles, qui, pénétrant tout essoufllés dans le camp agité, annoncèrent l'arrivée de la Robe noire qui les avait visités il y a quatre ans.

Ils s'attendaient à voir la scène de désordre dont ils furent témoins ; car, comme nous voyagions pour rejoindre le camp des Têtes-Plates au lieu désigné pour leur entrevue avec les Corbeaux, nous ne doutâmes pas, d'après les traces de leurs campements journaliers, que quelques Pieds-Noirs et Pendants-d'Oreilles étaient avec les Têtes- Plates.

Craignant qu'une collision ne fût le résultat de l'entrevue, je dépéchai en toute hâte Gabriel et Charles pour annoncer mon arrivée. Ils exécutèrent parfaitement ma commission. [ls galopèrent pendant tout un jour et une nuit, et parcoururent, en ce court intervalle de temps, une distance que le camp mit quatorze jours à franchir. Cette nouvelle excita les chefs des Corbeaux à faire un énergique exercice de leur autorité. Ils saisirent les premières armes qui leur tombèrent sous la main, et renforcèrent à coups de bâtons le poids de leurs arguments, aussi longtemps qu'il resta dans le ‘amp un dos de mutin ou Corbeau sur lequel on pût infliger une correction soignée.

Cette séparation forcée, quoiqu'elle eût calmé pour le moment l'effervescence des assaillants, ne pouvait pas être de longue durée. Il ne fallait qu'une étincelle pour rallumer leurs dispositions hostiles et faire éclater une guerre ouverte. Le lendemain, comme pour provoquer un engägement, les Corbeaux mécontents volèrent trente chevaux aux Têtes-Plates. Deux personnes innocentes furent malheureusement accusées de ce crime et punies. L'errcur ayant été découverte, on fit amende honorable ; mais ce fut en vain.

Les Têtes-Plates, se trouvant dans une situation dangereuse, prirent des précautions et employèrent l'intervalle de paix à fortifier leur camp, à mettre leurs femmes et leurs enfants en lieu de sûreté, et à s'armer pour le combat. À dix heures,

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un immense nuage de poussière qui s'éleva dans le voisinage du camp des Corbeaux annonça 1'attaque attendue. Ils s'avancèrent , avec l'impétuosité d'une avalanche , jusqu'à proximite des coups de fusil de la garde avancée du camp allié, qui venait de se mettre sur pied, pour écouter les quelques mots que leur adressa leur chef Stitietloodsho, et pour aller à la rencontre de l'ennemi.

€ Mes amis, dit Moïse (c'est le nom que je lui donnai le jour de son baptême), si c'est la volonté de Dieu, nous vaincrons ; si ce n'est pas sa volonté, soumettons-nous humblement à tout ce qu'il plaira à sa bonté de nous envoyer. Quelques-uns d'entre nous doivent s'attendre à succomber dans ce combat ; s'il en est ici qui ne soient pas préparés à mourir, qu'ils se retirent. Quant à nous, gardons constamment le souvenir de Dieu. »

Il avait à peine fini de parler, que sa troupe répondit au feu de l'ennemi, et produisit un effet si terrible, qu'il lui fit changer son mode d'attaque par un autre extrêmement fatigant pour les chevaux. Après quelque temps d'une lutte acharnée, Victor, le grand chef des Têtes-Plates, voyant la position embarrassée de l'ennemi , s’écrie : « Mes amis, montez maintenant sur vos meilleurs chevaux, et chargez l'ennemi. » La manœuvre réussit complétement. Les Corbeaux s'enfuirent en grand désordre, et les Têtes-Plates les poursuivirent jusqu'au coucher du soleil, et les chassèrent à deux milles de leur camp.

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Quatorze guerriers corbeaux mordirent la poussière, et neuf furent grièvement blessés, comme nous l'apprimes plus tard par trois Pieds-Noirs, qui profitèrent, pour recouvrer leur liberté, de la défaite de ceux qui les avaient faits prisonniers. Du côté du camp allié, il n'y eut qu'un seul tué ; c'était le jeune fils d'un chef nez-percé, qui tomba sous les coups d'un chef crow. La Jâcheté de ce dernier, qui s'attaquait à un enfant, indigna le camp allié. Ce premier coup de fusil et le premier sang versé des deux côtés firent engager le combat sur tous les points. Quoiqu'on se battit pendant plusieurs heures, il n'y eut, outre cette perte, que trois blessés, dont deux si légèrement qu'ils se rétablirent en peu de temps par l'application des remèdes que je portais avec moi, le troisième mourut peu de jours après mon arrivée au camp.

Cette défaite fut très-humiliante pour les Crows, qui se vantaient constamment de leur supériorité dans la guerre, et raillaient leurs ennemis en leur appliquant les épithètes les plus insultantes. Ils avaient en outre forcément et injustemen‘ provoqué le combat.

Vraiment, je regarde le salut miraculeux de nos guerriers chrétiens dans cette terrible lutte, comme une preuve évidente de la protection particulière du Ciel, surtout quand je considère les nombreux traits de bravoure individuelle, je BONE rais dire d’audace, du camp allié.

Le fils d'un chef tête-plate, nommé Raphaël, à peine sorti de l'enfance, brûlait du désir de se jeter dans la mêlée, et priait son père de lui laisser son meilleur cheval. Le père y consentit, quoique avec peine, parce que le jeune homme, ayant été très-malade, n'avait pas encore recouvré toutes ses forces. Il monte en selle et s'élance avec la rapidité de la flèche. La fougue de son coursier le transporta en un instant jusque sur les talons d'un énorme chef crow , qui, tournant la tête pour reconnaitre son agresseur, poussa son cheval pour punir la témérité du jeune garçon, en se pliant en même temps pour échapper à la flèche qui le visait. Il fallut que ce jeune cavalier lançât la flèche avec une force prodigieuse, car elle alla se loger sous la dernière des côtes gauches de son adversaire, pénétra sous l'épaule droite, et ne laissa voir que les pennes à l'endroit où elle était entrée. Le chef tomba mort. En un instant une décharge se fit sur cet intrépide garçon ; le cheval tomba criblé de balles avec son cavalier sous lui. Celui-ci fut étourdi de la chute, et on le crut mort. Suivant l'usage des Indiens, qui consiste à frapper avec force le cadavre de leur ennemi, il reçut de rudes coups de chacun des individus composant les nombreuses troupes de Crows qui passaient à côté de lui. Il fut enfin emporté par sa propre tribu, qui poursuivait l'ennemi. L’ardeur et l'impétuosité de ce jeune homme, appartenant au camp des Téêtes-Plates, étonnèrent les vieux guer-

riers qui etaient présents, et devinrent l'objet de l'admiration universelle et l'effroi des ennemis.

Les femmes des Têtes-Plates se mélèrent aussi au combat. L'une d'elles , mère de sept enfants, conduisit elle-même ses fils sur le champ de bataille. Voyant que le cheval de son fils aîné s'était abattu dans un combat particulier avec un Crow, elle se jeta entre les combattants, et avec un couteau , elle mit l'ennemi en fuite. Une autre jeune femme, s'apercevant que les carquois de son parti se vidaient, recueillit froidement au milieu d'une nuée de flèches celles qui gisaient à sa portée, et les apporta aux guerriers dont la provision était presque épuisée.

La célèbre Marie Quille, qui s'était déjà signalée dans plusieurs batailles, poursuivait un Crow, la hache levée; mais ne daignant pas en venir aux mains avec lui, elle revint sur ses pas en disant : « Je croyais que ces grands parleurs étaient des hommes ; je me suis trompée : ils ne sont pas dignes d'être poursuivis, même par une femme. »

Le petit parti des Pieds-Noirs, voulant se venger de la perte de la moitié de leur tribu massacrée l'année précédente par les Corbeaux, et convaincus que leur vie serait sauve tant qu'ils seraient mêlés aux rangs des Têtes-Plates chrétiens, rendirent de signalés services dans le combat. Sur ces entrefaites, Gabriel et Charles, craignant une explosion qui devenait imminente, retournèrent

immédiatement sur leurs pas pour venir au-devant de moi, et me prier de précipiter mon arrivée, car ma présence était jugée nécessaire pour prévenir l'effusion du sang. J'arrivai au camp des Téêtes-Plates, le lendemain de la bataille. Je les trouvai tous prêts pour repousser une seconde attaque , au cas qu'elle fût tentée. J'envoyai surle-champ un exprès aux Crows, pour leur annoncer mon arrivée et pour leur exprimer le désir que javais de les voir, et surtout de réconcilier les parties contendantes. Mais il parait qu'après avoir enseveli leurs morts, ils «e retirèrent si précipitamment , qu'il fut impossible de savoir ce qu'ils étaient devenus.

Mon exprès me dit qu'il devait y avoir une tristesse excessive dans le camp des Crorcs, car les témoignages ordinaires de douleur se manifestaient dans toutes les directions : des phalanges de doigts coupés et des traces nombreuses de sang, causées par les blessures que les parents des décédés se font en de pareilles circonstances.

Peu de temps après mon arrivée , les Pieds- Noirs vinrent en corps à ma loge pour m'exprimer d'une manière vraiment éloquente leur admiration pour les Têtes-Plates, et le désir qu'ils avaient de vivre à l'avenir avec eux dans les termes de la plus intime amitié. « Cette victoire extraordinaire, dirent-ils, doit être attribuée à leurs prières. Tant que dura la bataille, nous vimes leurs vieillards, leurs femmes et leurs enfants agenouillés et implo-

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