NÉ
rant le secours du Ciel ; les Tétes-Plates n'ont pas perdu un seul homme. Parmi les Nez-Percés, on compte un jeune homme mort, et un autre griévement blessé; mais les Nez-Percés ne priaient pas. Nous avons prié matin et soir avec les Têtes- Plates, et nous avons écouté les instructions des chefs. »
Ils me demandèrent alors d'une manière pathétique d'avoir pitié d'eux et d'être charitable ; ajoutant qu'ils étaient déterminés à entendre la parole du grand Manitou des blancs, et à suivre la voie que le Rédempteur avait tracée sur la terre.
Après que je leur eus inäiqué les obligations qu'imposait le genre de vie qu'ils se proposaient de suivre , tous sans exception présentérent leurs enjants au baptême ; ils étaient au nombre de quatre-vingts.
Le lendemain de cette cérémonie sacrée, ils me demandèrent la permission de m'exprimer, à leur manière, l'excès de la joie que leur faisait éprouver cette double victoire. En revenant du dernier champ de bataille, les guerriers, ayant à leur tête un jeune chef, chantaient des hymnes de triomphe qu'accompagnait le son des tambours ; à chaque coup , ils poussaient un cri sauvage et perçant, auquel succédait le chant ; cette musique, toute sauvage qr'elle était, n'était pas sans harmonie.Ils continuèrent ainsi pendant toute la route.
Nous marchions le long de la rive droite de la rivière Yellow-Stone, ayant à notre gauche une
— 979 — \ AS chaine de montagnes qui offrait çà et là l'image LE on de ces vieux castels dont il est parlé souvent dans | jè- les romans de l'ancienne chevalerie. | nt Nous étions à peine arrivés au lieu du campe #1 es- ment, que les Pieds-Noirs, profitant de l'ombre 4 des d'un beau groupe de pins, se disposèrent à danser. |A j.} | Ils tenaient beaucoup en même temps à faire voir na hé- aux Robes noires combien ils appréciaient leur Wet ou- | présence parmi eux, et combien ils seraient recon- L'u | ole naissants de les voir assister à leurs divertisse- HE rie ments. Il n'y avait d'ailleurs rien qui pût blesser NL la modestie, ni faire rougir. UT | ons | Je n'ai pas besoin de vous dire que leur danse LA ient n'était ni la polka, ni la valse , ni aucune qui res- nn urs semble à celles de la civilisation moderne. Les ê , de | femmes seules, vieilles et jeunes, y figurent, depuis An ix la plus jeune enfant qui commence à :archer, AE me jusqu'à la plus vieille matrone. W: | leur J'ai vu plusieurs grand'mères âgées de plus de dr “1 rou- quatre-vingts ans, qui appuyaient leur faiblesse HAE pier sur un bâton afin de pcuvoir exécuter les mouve- i n le tête ments de la danse. Elles étaient toutes revêtues sit phe des plus beaux costumes des guerriers, qu'elles Jar ique portaient par-dessus leur vêtement, et qui conant, siste en une espèce de tunique qu'elles ont tououte jours, et qui ne contribue pas peu à la modestie e.lls J de leur extérieur. | | Quelques-unes figuraient avec les armes qui ont F if e la le plus servi dans la bataille ; mais le plus grand Li une nombre tenais ün rameau vert à la main. Plus | La
les vêtements sont singuliers , les couleurs variées et les sonnettes nombreuses , plus l'effer est grand sur le rude spectateur du désert.
La tête est couverte d'un casque orné de plumes, qui, suivant les mouvements réguliers de l'indi. vidu , s'harmonise avec la chanson , et sembie ajouter beaucoup de grâce à toute la scène. Pour ne rien perdre d'un si beau spectacle, les Indiens montent sur leurs chevaux, où grimpent sur les arbres voisins. La danse consiste en un petit saut, qui est plus ou moins vif suivant qu'on bat plus ou moins fortement du tambour. Les homines manient cet instrument, mais tous se réunissent pour exécuter les chants.
Pour rompre la monotonie de ce divertissement , OÙ y répandre un nouvel intérêt, les Indiens y ajoutent par intervalle un cri perzant, inattendu.
Si la danse languit, les harangueurs et ceux qui sont habiles à faire des grimaces viennent à son aide. Comme, en sautant, les danseurs tendent vers un centre commun , il arrive souvent que les ‘angs deviennent trop serrés; alors ils rétrogradent en bon ordre pour former un grand cercle, et recommencer sur un meilleur plan.
Après la dense, vient la présentation du caiumet. [Lest porté par la femme du chef, accompagnée de deux autres femmes ; sur la poitrine de l'une d'elles repose la tête de la pipe , et sur celle de l'autre, le tuyau qui est orné de plumes. Le per-
es L sonnage le plus distingué de la nation précède les
nd porteuses du calumet, et les conduit autour du cercle des danseuses.
s, . Cette dernière partie de la cérémonie termine di: les réjouissances ; elle x probablement pour hut be d'indiquer que le meilleur fruit de la victoire qu'ils Jur célèbrent est la naix qui en est la conséquence. ns Établir cette paix sur des bases plus solides, est les une pensée qui ovcupe constamment mon esprit. ut, Plaise à Dieu que nos etforts pour planter l'arbre lus de la paix parmi ces sauvages enfants des forêts , nes ne soient pas infructueux ! Je recommande instament | nent ces pauvres âmes aux prières des fidèles. { Je viens d'accomplir la promesse que je vous ai Se- feite dans ma dernière lettre , en vous racontant , les | plus longuement peut-être que ne le comportent nt, les bornes d'une simple 1ettre, quelques-uns des avantages spirituels -et temporels dont jouissent eux les Têtes-Plates. Je vais maintenant résumer le tà cours des événements arrivés jusqu'à ce jour. ent Le 16 août, nous quittâmes Sainte-Marie, en les prenant un étroit défilé, appelé la Porte du diable. ro- Ce nom lui à été probablement donné parce qu'il le, forme la principale entrée des maraudeurs Pieds- Noirs.
iu- Nous campâmes la première nuit au pied des pa- fourches de la rivière Pied-Noir. D'innombrables de ruisseaux et plusieurs beaux lacs lui payent un e de large tribut. Il y a un passage facile pour les char- Der -
rettes et les waggons, vers sa source au nord-est,
La vallée que nous montâmes est arrosée par une belle rivière, appelée Car-River (rivière du Char). C'était à travers cette vallée que nous voyagions primitivement avec tous nos bagages, pour. arriver au lieu où se trouve maintenant Sainte- Marie.
Nous franchimes les montagnes qui avoisinent la fourche Arrow-Stone, autre passage aisé, et nous descendimes, jusqu'à son embouchure, une rivière tributaire du Jefferson, qui traverse un pays montagneux, sauvage et accidenté, semé çà et là de plaines ouvertes et étendues, où se réfugient d'ordinaire d'innombrables troupeaux de buffles. Le septième jour, nous nous trouvâmes campés dans l'immense plaine où serpentent, en divergeant , les fourches du Missouri , et nous montâmes jusqu'au sommet de la principale chaîne des montagnes Rocheuses, où ce fleuve prend sa source. Lorsqu'on voyage à travers ces déserts, il faut être sur ses gardes, pour éviter les soudaines attaques de quelques-uns de ces partis guerriers et errants, qui infestent les environs, et dont le seul but est de scalper des ennemis, de trouver du butin et de s'acquérir de la gloire par quelque exploit hardi.
Nous faisions chaque soir une halte de quelques heures pour prendre un peu de nourriture, et laisser reposer et manger nos animaux. Lorsque la auit devenait sombre, nous allumions un grand feu, comme s’il devait durer jusqu'au matin ; puis, à la
faveur des ténèbres, nous continuions notre route pendant un espace d'environ dix milles, nous dirigeant vers quelque endroit non suspect, et trompant ainsi nos ennemis, qui auraientsuivinostraces,
“ou qui se seraient cachés jusqu'à minuit, heure à
laquelle ils auraient accompli leurs desseins meurtriers.
Depuis les Trois Fourches, nous allâmes vers l'est, et traversâmes, par un passage commode, la chaîne de montagnes qui sépare les sources du Missouri de la rivière Yellow-Stone(Roche-Jaune), distance qui est d'environ quarante milles.
Après avoir suivi pendant plusieurs jours les traces du camp des Têtes-Plates, j'envoyaien avant Gabriel, mon interprète, avec un Indien pendantd'oreille, pour savoir quelle direction le camp avait prise, et pour nous rapporter de promptes nouvelles sur ses mouvements, ainsi que sur les dispositions des Crows, que j'avais dessein de visiter.
Quatre jours plus tard, je rencontrai sur ma route quelques Têtes-Plates qui venaient me trouver ; j'appris alors la trahison des Crows et le rude châtiment qu'ils avaient subi à si juste titre. Je voyageai toute cette nuit-là, et J'arrivai le lendemain au camp allié, comme j'ai déjà eu l'honneur de vous le dire.
N'ayant pas réussi à obtenir mon entrevue si désirée avec les Crows, mes pensées se tournent maintenant vers les Pieds-Noirs, dont vous con-
naissez déjà les favorables dispositions pour recevoir l'Évangile. Le résultat de cette détermination formera le sujet de ma prochaine lettre.
Je me recommande à vos saintes prières.
Je suis, avec les sentiments de profond respect et de considération, très-révérend et cher Père, votre très-humble serviteur et frère en Jésus- Christ,
P. J. DE SMET, S. J.
Université de Saint-Louis, le" janvier 1847.
Très-Révérend et cher Père Provincial,
Vous savez déjà que nous avions résolu d’accompagner les Pieds-Noirs, lorsqu'ils retourneraient dans leur pays. Vous apprendrez avec plaisir, par cette lettre, que le Dieu tout-puissant a béni nos efforts, en naus permettant de mettre ce projet à exécution.
Après la bataille dont je vous ai fait le récit dans ma lettre, datée du camp de Yellow-Stone (Roche- Jaune), les Crows, à ce qu'il parait, s’enfuirent vers les montagnes de Wind-River (1), déterminés
(1) Wind-River-Mountains , elles font partie de la fameuse
ct
use
cependant à se venger des Pieds-Noirs, en faisant une irruption dans leur pays. Ceux-ci, redoutant probablement cet assaut, résolurent de rester avec le camp des Têtes-Plates jusqu'à ce qu'il fût arrivé à la source de la rivière Muscle-Shell (écaille de moule).
En quittant la Roche-Jaune, nous nous dirigeâmes vers le nord à travers un pays irrégulier, montueux , aride , dépourvu de bois et d'eau potable ; on ne trouve ici pour étancher sa soif, que des étangs remplis d’une eau stagnante et saumâtre. Nous ne tuâmes que quelques bœufs de passage, qui suffirent à peine pour subvenir aux besoins de notre nombreuse suite. Les divers incidents qui ont signalé ce voyage fait avec le camp des Indiens vous plairont peut-être davantage si je vous les donne dans le même ordre où ils figurent dans mon journal, dont voici l'extrait :
8 septembre 1846. Les éléments de discorde qui existent entre les Nez-Percés et les Pieds-Noirs font présager une rupture ouverte. Les Nez-Percés sont évidemment dans leur tort ; les Têtes-Plates, suivant notre exemple, s'efforcent de les convaincre que leur conduite est insensée ; mais c’est en vain : les principaux personnages parmi eux refusent pour la seconde fois de fumer le calumet de la paix.
chaîne des montagnes Rocheuses où plusieurs grandes rivières prennent leurs sources. (Note de la présente édition.)
9 septembre. Un touchant incident arriva dans notre loge vers la chute du jour. Un chef nezpercé, qui se déclara notre ami, entra accompagné de trois Pieds-Noirs, un guerrier, un interprète et un jeune homme d'environ vingt ans. Ce dernier avait perdu ses paronts à l'âge d'un an ; sa mère, faite prisonnière par les Pieds-Noirs, mourut dès les premiers jours de sa captivité; son père, dont le pays est à une grande distance de ceiui des Pieds-Noirs, est tout comme mort pour lui. Ce pauvre orphelin devint l'enfant adoptif d'une femme pied-noir, qui l'éleva comme s’il avait été son propre fils. Il grandit et adopta les usages et les coutumes de ses nouveaux amis, n'ayant de rapports qu'avec les personnes qui l’entouraient. Un jour , la femme qu'il croyait réellement sa mère lui déclara qu'elle ne l'était pas ; et que son père, qu'il n'avait pas vu depuis l'âge d'un an, était maintenant assis à côté de lui. « Quel est donc mon père ? demanda-t-il avec anxiété. — Le voilà, » dit la femme en indiquant le chef nez-percé qui était entré dans la loge avec lui. Les doutes du père ne tardèrent pas à s'évanouir, car après avoir dépouillé le jeune homme de ses vêtements, il découvrit la marque d'une brûlure qu'il s'était faite dans la loge paternelle, pendant qu'il était encore enfant.
Il est plus facile de concevoir que d'exprimer les sentiments que cette rencontre imattendue fit soudain éclater parmi ces enfants de la nature.
Le chef, n'ayant pas de grands enfants, fit des efforts d'éloquence pour engager son fils à retourner dans son pays natal; il [ui offrit en même temps le meilleur et le plus beau de ses chevaux. Il joignit aux supplications paternelles les motifs les plus déterminants qu'il put trouver. Le fils, dont le cœur était partagé entre la nature et la grâce, demanda qu'il lui fût permis de faire ses adieux aux. compagnons et aux amis de sa Jeunesse, qui étaient absents pour le moment; il ajouta qu'il ne pouvait quitter ainsi brusquement celle dont la sollicitude maternelle avait veillé sur lui pendant tant d'années, qu'il avait toujours si tendrement aimée et regardée comme sa mère. « Maintenant que les Robes noires sont avec nous, dit-il, jé désire partager le bonheur de ceux qui vont les introduire près de mes amis, et écouter les paroïes du Grand-Esprit qu'ils viennent annoncer. Après cela, mais pas avant , je suivrai mon père. »
10 septembre. Les Nez-Percés font connaître leur dessein de quitter le camp. Les Têtes-Plates, qui redoutent plus la présence d'un ami qui peut nuire à leurs âmes , que celle d'un ennemi qui ne peut que blesser le corps, sont excessivement heureux de cette nouvelle. Les Pieds-Noirs partagent leur joie. La séparation eut lieu vers huit heures ; mais ils n'étaient encore qu'à une faible distance, qu'appréhendant une attaque des Crows, ils rejoignirent le corps principal, et résolurent
de rester aussi longtemps que durerait la grande chasse. Les Pieds-Noirs, pour éviter une lutte imminente, provoquée par le mauvais vouloir des Nez-Percés, prirent le parti de quitter le camp dès le grand matin. Je baptisai ce jour-là un Nez- Percé qui avait été blessé dans la dernière bataille contre les Crows. Il ne put survivre plus longtemps à sa blessure.
11 septembre.Adieu aux Tétes-Plates. Tous vinrent pour nous serrer la main ; l'affection de leurs cœurs était peinte dans leur contenance. Nous nous aperçûmes qu'ils étaient profondément émus de cette séparation. Un grand nombre de leurs cavaliers nous accompagnèrent à une distance considérable ; six d'entre eux vinrent jusqu'à notre campement, et firent plus de vingt-cinq milles.
Dans notre course, nous traversâmes une plaine vaste et unie, en côtoyant les montagnes Muscle- Shell (écaille de moule), qui s'élèvent. brusquement du milieu de la plaine d’alentour, et ressemblent à des îles brisées qui surgissent du milieu de l'Océan ; leurs cimes touffues sont couronnées de cèdres et de pins d’une énorme grosseur.
Un douloureux accident vint m'arracher à l'admiration que me causait le singulier aspect de cette scène. Un Indien âgé tomba de son cheval, et se fit une grave blessure entre les yeux. Il resta privé de sentiment ; et tous les efforts pour le rappeler à la vie furent inutiles. C'était Nicolas , le vieux chef pied-noir que j'avais baptisé
cinq ans auparavant. Il avait depuis cette époque travaillé comme un zélé missionnaire, en préparant les voies pour l'introduction de l'Évangile dans sa tribu.
Ai ,ourd'hui, il entrait dans ce qu'il appelait son propre pays, chantant des hymnes de reconnaissance pour le bonheur anticipé qu'il éprouvait de nous présenter à ses frères. Et il meurt sans qu'il lui échappe même un soupir ! Oh! que les desseins de Dieu sont impénétrables ! Heureusement , 1l laisse un fils digne d'un si excellent homme. Son attachement à la religion égale celui de son père. Ayant résidé plusieurs années parmi les Têtes-Plates, il a une parfaite connaissance de leur langue. Remplissant les fonctions d'interprète, il m'a déjà rendu de grands services. Malgré sa profonde douleur, il rendit à son père les tristes et derniers devoirs, avec le courage et la fermeté d'un chrétien. Il est d'usage parmi les Pieds-Noirs de manifester son chagrin par des lamentations et des coups portés sur son corps ; ces cris et ces blessures n'ont d'autre but que d'attrister ceux qui en sont témoins, bien que leurs auteurs veuillent les faire considérer comme une marque de respect envers le mort qu'on pleure. Le fils de Nicolas lui-même, chef plein de bravoure et connaissant les usages chrétiens, passa la nuit en prières avec sa femme et ses enfants, près de la couche funèbre de son père. Ses amis
et son frère Pégans (païens de nom ct de fait), se ORÉGON 15
réunirent autour de lui, et s'agonouillant près de Nicolas, confondirent leur douleur avec la sienne, et prièrent comme des chrétiens pour leur chef décédé. Les restes du vénérable défunt furent confiés à la terre par son propre fils, et sur son tombeau fut placé l'emblème du salut, la croix du Sauveur, dont la doctrine était annoncée maintenant pour la première fois à ces tribus solitaires et plongées dans la nuit de l'erreur. Au moment où les dernières paroles du service funèbre : « Qu'il repose en paix, » furent dites, une vive agitation rompit le silence de mort qui régnait parmi les nombreux Indiens qui étaient Ià. Un Tête-Plate arriva au grand galop, pour annoncer la bonne nouvelle que deux Pieds-Noirs avaient atteint leur camp, et les avaient informés que la tribu de Nicolas était à deux journées de marche de nous.
12 septembre. Le soir même du jour où Nicolas fut enterré, nous aperçûmes d'immenses troupeaux de buffles dans le voisinage du camp. Tout le monde se disposa pour la chasse ; les chasseurs jetèrent le {asso (1) sur leurs chevaux en liberté qui
(1) Le Zasso est uue forte lanière de cuir longue de 15 à 20 mètres, garnie d'un anneau de fer à l’une de ses extrémités, dont les Gauchos (nom que portent dans l'Amérique méridionale, surtout au Brésil, dans l'Uruguny et la Plata, les habitants de la campagne) se servent pour abattre les animaux sauvages et même les ennemis dont ils veulent se rendre maîtres. Les individus qui emploient le Zasso sont toujours à cheval. Après avoir passé l'extrémité libre de la lanière dans
frémissaient et se montraient pleins de feu pour s'élancer dans l'espace : bientôt tout était prêt.
Mais avant de partir, ils firent halte pour un moment, et, à l'exemple des Têtes-Plates, ils s'agenouillèrent pour demander au Dieu tout-puissant leur pain quotidien. La prière terminée, ils remontèrent à cheval, et chacun se précipita au grand galop à la poursuite d'une, de deux ou de trois vaches grasses, suivant la vigueur de son coursier. Le souper fut abondant dans toutes les loges ; des morceaux de viande paradaient devant chaque feu. Le mien fut entouré de langues et d'autres mets friands , réservés pour les Robes noires, et tous ceux qui visitércnt notre loge furent invités à prendre part à notre copieux repas. Parmi mes visiteurs, il y en eut un quise distingua par son originalité et son bon sens. Ses paroles étaient accompagnées de gestes expressifs qui rendaient sa conversation très-agréable. Il me raconta ce quil avait observé pendant qu'il était au camp des Têtes-Plates :
« Quand nous arrivâmes, dit-il, nous avions
l'anneau de manière à former une anse très large, ils attachent cette extrémité à l'angle de la selle. Cela fait, quand le chasseur est parvenu à une certaine distance de l'animal dont il veut s'emparer, il saisit le /asso et le lance de manière à prenlre l'animal dans l'anse que forme cette espèce d'arme. Aussitôt il met son cheval au galop, de sorte que l’anse se resserre et la victime se trouve ainsi promptement abattue et souvent même étranglée. (Note de la présente édition.)
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avec nous des provisions en abondance, tandis que les Tétes-Plates et les Nez-Percés jeûnaient ; ceux-ci nous entourèrent et partagèrent nos vivres avec nous. Les Têtes-Plates différent des Nez- Percés ; ceux-là prient avant de manger, ceux-ci ne le font pas. Le jour du Seigneur, les Têtes- Plates restent paisibles dans leurs loges et prient fréquemment. Ils nous répétèrent l:s enseignements du Grand £sprit, pour nous rendre meilleurs ; mais les Nez-Percés, tatoués et fiers de leurs plumes, se promenaient çà et là sans retenue devant nos jeunes gens, plutôt pour faire du mal que du bien. Mais quand arriva le jour du combat avec les Croiws et les Nez-Percés, bien que les moins braves d'entre nous et les moins exposés, ils eurent cependant à pleurer la perte d'un de leurs hommes, et un autre se meurt de ses blessures. Ceci me fit ajouter foi aux paroles que j'ai entendu dire au Tête-Plate « que le Grand-Esprit est bon pour les bons ; mais qu'il peut trouver les méchants quand il lui plait, et sait les punir comme ils le méritent. »
Les merveilleux succès que les Têtes-Plates ont obtenus dans les différentes guerres qu'ils ont été obligés de faire, ont confirmé leurs ennemis dans la conviction qu'ils ont depuis plusieurs années, que la médecine des Robes noires est plus forte que la leur. Deux Indiens du camp Pégan arrivent à l'instant pour nous donner avis de leur approche. 13 septembre, Dimanche. Nous sommes obligés
de lever le camp; tous les arbres secs ont été brûlés à l'endroit où nous passâmes la nuit, et la pluie a rendu impossible l'usage du fumier de
buffle, la seule chose qu'on puisse substituer au bois pour le chauffage.
La pluie, qui est tembée pendant que nous voya-
gions, s'est changée en grésil et en grêle. Après une longue journée de marche, nous campâmes, pour y passer la nuit, dans un beau bosquet de cotonniers, sur le bord de Ja rivière Judith.
Le mauvais temps empêcha la réunion des deux camps ; c'est d'autant plus fâcheux que c'est demain la fête de l'Exaltation de la sainte Croix. Le chef nous demanda s'il nous serait agréable de voir les Pieds-Noirs manifester leur joie à leur façon, c'est-à-dire en se peignant, en chantant et en dansant. Nous répondimes » « Faites de votre mieux pour montrer à nos amis que vous êtes contents. »
Nous apprenons, par un exprès qui arrive à l'instant, que le grand chef des Pégans, nommé Big-Lake (Gros-Lac), a harangué son peuple et l'a exhorté à se bien conduire et à écouter avec attention tout ce que les Pères diraient. Il est accompagné par le (7ail-Bearer) grand porte-queue , espèce d'orateur ou parleur-aide de camp du chef. Sa queue, composée de crins de cheval et de buffle, a environ sept ou huit pieds de long. Mais au lieu de la porter par derrière, suivant l'usage ordinaire, il l'attache au-dessus du front, où elle forme une