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spirale et ressemble à une corne de rhinocéros. Une pareille queue est une marque de grande distinction et de bravoure chez les Pieds-Noirs ; et plus elle est longue, plus elle suppose de mérite. 14 septembre. Une agréable réception. Le camp des Têtes-Plates, dont nous nous étions séparés il ya quatre jours, est seulement à environ dix milles de nous. Ils ont envové une invitation au Big-Lake, dans le but d'entamer avec lui des rapports de commerce et d'amitié. Les opinions sont divisées parmi les sujets de Big-Lake. Le chef veut différer Îles négociations jusqu'après l’entrevue avec les Robes noires. Le porte-aueue donne la préférence au commerce. La voix du chef prévaut. Un Indien du camp arrive vers dix heures pour annoncer l'approche. Tous les chevaux sont immédiatement sellés, et les deux Robes noires, à latête d'une troupe nombreuse de cavaliers formant une seule rangée d'une considérable étendue, s'avancent à travers une belle plaine ouverte ; on faisait retentir l'air de chants de triomphe et de joie. Nous fûmes bientôt en vue les uns des autres. Une bruyante décharge de fusiis était le signal auquel on devait mettre pied à terre. Alors le Gros-Lac et le Porte-Queue, suivis de toute la tribu, s'approchèrent de nous pour nous donner une affectueuse mais énergique poig .ée de main. Le calumet d'amitié fut offert ensuite. Lorsqu'il eut passé de bouche en bouche et fait plusieurs tours, on se raconta mutuellement les évérements
qui étaient arrivés depuis le départ. Je leur fis mon discours préparatoire, pour disposer leurs esprits et leurs cœurs à écouter avec attention la parole de Lieu. Ils exprimérent la satisfaction qu'ils auraient à entendre les Robes noires, avec des démonst’ations joyeuses et bruyantes.
Nous avions à peine introduit nos nouveaux amis dans le camp, que nous vimes approcher les Tétes-Plates et les Nez-Percés. Il y eut encore plus de joie et de cordialité dans leur rencontre que dans celle des sujets du Gros-Lac. Cela n'est pas étonnant quand on les connaît. Le sauvage esi naturellement réservé avec les hommes qu'il n'a jamais vus. La manière d'agir candide et ouverte qui distingue nos néophytes se communiqua aux Pieds-Noirs, ét avant que le soleil ne fût couché, les Pieds-Noirs et les Têtes-Plates, jeunes et vieux, montrèrent un égal plaisir de nous retrouver au milieu d'eux.
Lorsque les prières du soir furent dites dans les deux langues des Pieds-Noirs et des Têtes-Plates, je leur adressai un petit discours sur l'heureuse réunion des deux nations, et sur les pacifiques dispositions qui existaient maintenant entre elles. Quel spectacle agréable ! Quel consolant triomphe pour la religion de voir ces guerriers, dont les figures profondément cicatrisées disaient les nombreux et sanglants combats qu'ils s'étaient livrés ; qui auparavant ne pouvaient jamais se rencontrer sans éprouver les sentiments de la plus morteile
inimitié el sans avoir soif de leur sang ; de les voir, dis-je, maintenant fléchir le genou devant leur Père commun, prier comme s'ils n'avaient qu'un cœur et écouter avec délices les parales de paix du Rédempteur. Les chefs et les hommes prineipaux des deux nations passèrent la soirée dans ma loge. Victor , le grand chef des Têtes-Plates, gagna les bonnes grâces de tous, et charma tout le monde par la suave et digne simplicité de ses manières. Il raconta quelques-uns de ses exploits, non pour se faire valoir, car il en fit un récit simple et modeste ; mais pour leur rendre sensible la toute-puissante protection que le Grand-Esprit étend sur ceux qui soni dévoués à sa sainte cause. Les Pieds-Noirs qui avaient été engagés dans le dernier combat avec les Crows confirmèérent les récits de Victor, et racontèrent quelques circonstances édifiantes dont ils avaient été témoins dans le camp des Têtes-Plates. Le signe de la croix fut hautement exalte comme un présage certain de la victoire pour ceux qui ont déjà donné leurs cœurs au vrai Dieu. C'est réellement aujourd'hui l'Exaltation de la sainte Croix.
15 septembre. Octave de la Nativité de la sainte Vierge. Les nouveaux disciples de Ja Croix assistent à une messe solennelle chantée dans la plaine découverte, sous un dais de rameaux verts, pour demander à Dieu de répandre ses bénédictions sur les tribus sauvages et errantes, et de les unir par les liens de la paix.
Les Tétes-Plates , les Nez-Percés , les Pégans, les Indiens-Sanguinaires, les Gros-Ventres et les Pieds-Noirs, qui étaient environ au nombre de deux mille, entourent l'autel du Dieu vivant, sur lequel « l'hostie sans tache est offerte » eu leur faveur. C'est une chose inouïe de voir, parmi tant de nations sauvages si différentes et jusqu'ici ennemies les unes des autres, régner l'union et [a joie ; et cependant nous sommes témoins de ce spectacle. Il semble que leurs anciennes et mortelles haines soient depuis longtemps ensevelies dans l'oubli ; et c'est ce qu'il y a de plus remarquable chez un Indien que l'on sait conserver ses sentiments de vengeance pendant plusieurs années. Combien de temps cela durera-t-il ? Puisse le Ciel fortifier leur bonne volonté et leur accorder la persévérance ! Je vous ai déjà parlé du baptême de tous les enfants Pégans, mais la cérémonie est différée à cause des réjouissances générales et des affaires d'intérêt qui occupent maintenant le camp.
16 septembre. La simplicité engageante et cordiale des chefs des Têtes-Plates leur gagna l'affection de tous les homm:s les plus considéra bles de la tribu des Pieds-Noirs ; cetie conduite est d'autant plus remarquable qu'elle contraste avec les dispositions turbulentes des Nez-Percés que la présence seule des Têtes-Plates maintient. A cette seconde séparation, ils vinrent nous renouveler leurs sentiments d'affection pour nous. Les
chefs Tétes-Plates restèrent les derniers dans le camp, afin de voir chaque chose se passer avec ordre et amicalement. Dans la soirée , les Pieds- Noirs s'assemblèrent autour de notre feu, et nous composämes le premier cantique en leur langue. + Le sujet de cette composition est la consécration de leurs personnes au Maître suprême de toutes choses. Voici ia première strophe qui vous serv'ra en même temps d'échantillon de leur langue :
Apistotohie Nina, Pikanniè to khanakos ;
Ahiwa spemokt traghkhoma Agziéwa zieramolos.