‹ Voyages dans l'Amérique septentrionale, Orégon [microforme]Chapitre 40 sur 52 · RP LAURE DT PR · texte numérisé non relu

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les plus polis de vouloir bien les accompagner. Il se leva aussitôt, découvrit sa tête, se lava et les suivit. Lorsqu'il arriva à leur loge, ils lui offrirent une coupe, contenant une dose de leur médecine qui devait le préparer à son initiation. Nanaboojoo avala le contenu d'un seul trait, et se trouva complétement restauré. Alors ils commencérent leurs danses et leurs chants, et lui appliquérent leurs sacs à médecine en soufflant dessus, puis ils les jetèrent par terre. Chaque fois qu'un sac tombait, Nanaboojoo s'apercevait que sa mélancolie , que sa tristesse, sa haine et sa colère disparaissaient, et que des sentiments d'une nature toute différente prenaient possession de son âme. Tous se mirent à danser , à chanter, à manger et à fumer. Nanaboojoo les remercia de l'avoir initié aux mystères de leur grande médecine.

« Les Manitous lui rendirent son frère Chipiapoos ; mais l'entrée de la loge de Nanaboojoo lui fut interdite. Il reçut, à travers une crevasse, un charbon ardent et l'ordre d'aller présider la région des âmes et d4'y entretenir un feu éternel (1) pour le bonheur de ses oncles et de ses tantes qui s'y rendraient après leur mort, c'est-à-dire de tous les hommes et de toutes les femmes de sa race.

« Nanaboojoo alors redescendit sur la terre, et

à) Le feu est l'emblème du bonheur parmi toutes les tribus de l'Amérique du Nord.

par ordre du Grand-Esprit initia toute sa famille aux mystères de la grande médecine ; il procura à chacun d'eux un sac bien fourni de médecines, leur donnant l'ordre formel de perpétuer les cérémonies parmi leurs descendants, ajoutant en même temps, que ces pratiques, religieusement observées, guériraient leurs maladies, rendraient les chasses abondantes et leur assureraient une victoire complète sur leurs ennemis. (Toute leur religion consiste dans ces pratiques superstitieuses, dans ces danses et dans ces chansons ; ils ont la foi la plus entière dans ces étranges réveries.)

« Nanaboojoo est notre principal intercesseur auprès du Grand-Esprit. C'est lui qui a obtenu pour nous la création des animaux pour notre nourriture et notre vêtement. Il a fait croître les racines et les herbes qui sont douées de la vertu de guérir nos maladies, ot il nous a mis à même de tuer, en temps de famine, les animaux sauvages. Il en a laissé le soin à Mesakkummikokwi, la grande grand'mère du genre humain, et afin que nous ne l'invoquions jamais en vain, il a été strictement enjoint à la vieille femme de ne Jamais quitter son habitation. De là l'usage, quand un Indien fait sa collection d'herbes et de racines qui doivent lui servir comme médecine, de déposer en même temps sur la terre une petite offrande à Mesakkummikokwi. Pendant ses diverses excursions sur la terre, Nanaboojoo tua tous les animaux qui nous étaient nuisibles, tels que le mas-

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todonte, le mammouth, ete. Ia placé quatre esprits bienfaisants aux quatre points cardinaux de la terre, afin de contribuer au bonheur de la race humaine. Celui du nord nous procure la glace et la neige , afin de nous aider à découvrir et à suivre les animaux sauvages. Celui du sud nous donne ce qui occasionne la croissance de nos citrouilles, de nos melons, de notre maïs et de notre tabac. L'esprit placé à l'ouest nous donne la pluie, et celui de l'est, la lumière, et commande au soleil d'accomplir sa course journalière autour du globe. Le tonnerre que nous entendons est la voix des esprits, qui ressemblent à de grands oiseaux que Nanaboojoo a placés dans les nuages. Quand ils crient très-fort, nous brûlons un peu de tabac dans nos cabanes, pour leur faire une offrande de fumée et les apaiser.

« Nanaboojoo vit encore, mais il se repose de ses travaux sur un immense plateau de glace dans le grand lac (océan Glacial boréal). Nous craignons que les blancs ne découvrent un jour sa retraite et ne le chassent. La fin du monde est proche, car aussitôt qu'il posera le pied sur la terre, tout l'univers s'embrasera, et chaque créature vivante périra dans les flammes ! »

Dans leurs réjouissances et leurs assemblées religieuses, toutes leurs chansons roulent sur l'une ou l'autre de ces fables. Lorsque le chef eut fini cette histoire, je lui demandai s'il avait quelque foi en ce qu'il venait de me raconter. « Certaine-

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ment, répondit-il, car j'ai eu le bonheur de voir et d'entendre trois vieillards quiont pénétré bien avant dans le nord et qui furent admis en la présence de Nanaboojoo, avec qui ils conversèrent longtemps. Il confirma tout ce que je vous ai raconté. »

Nos sauvages croient que les ânes des morts, qui vont dans la grande prairie de leurs ancêtres, traversent un courant rapide sur lequel un arbre, jeté en travers, sert de pont; cet arbre est constamment dans une violente agitation, ménagée cependant de manière que ce chemin offre de la sécurité aux âmes des hommes parfaits, tandis que celles des méchants glissent de l'arbre dans l'eau et se perdent pour jamais. |

Tel est le récit que me fit le chef potowatomie : il comprenait tous les articles de foi de cette tribu. Nous ne pouvons nous empêcher d'y reconnaitre, quoique obscurcie par l'accumulation des âzes, la tradition du déluge universel, de la création de l'univers, d'Adam et d'Éve. On trouve mêm, quelques traces du dogme de l'incarnation dns la naissance de Nanaboojoo, qui descend 6 parents dont un d'eux seulement, sa mèêr, est de race humaine ; ilest de plus l'intersesseur entre Dieu et l'humanité.

Je me recommande # vos prières.

Je suis, avec les sentiments @e profond respect et d'estime, Yotre très-humble et shéissant serviteur et frère en Jésus-Christ,

P.J. DE SMEr, S. J.

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