‹ Voyages dans l'Amérique septentrionale, Orégon [microforme]Chapitre 43 sur 52 · LES · texte numérisé non relu

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Sur cette tête innocente et dévouce, ils concentrent toute la somme de leur vengeance, pour toutes les crunutés, pour tous les crimes, pour toute l'injustice des Sioux qui peuvent avoir élé commis dans leurs guerres les plus cruelles et les plus longues, et qui de temps immémorial ont été transmis de père en fils, comme un précieux héritage de vengeance et de ressentiment. Furieux et triomphants, ils tressaillent de joie, en sautant et en hurlant comme des bêtes féroces autour de leur tremblante victime. Ils la dépouillent de tous ses ornements et de ses vétements, puis le chef du sacrifice s'approche et lui peint la moitié du corps en noir et l'autre en rouge ; ces couleurs sont celles des victimes. Ils lui brülent ensuite les aisselles et les flancs avec une torche de pin. Après ces rites préparatoires, il donne le signal à toute la tribu, qui fait retentir l'air du terrible cri de guerre de Sassakwi. À ce cri percant qui glace le cœur d'effroi, qui paralyse le lâche et redouble l'ardeur du brave, qui trouble le buffle dans sa course, qui remplit l'ours d'une telle crainte qu'elle lui ôte tout pouvoir de résister ou de fuir ses ennemis, les sauvages, impatients et avides de sang, sortent de leurs sombres loges. Semblables à un ouragan impétueux, 1ls s'élancent vers le lieu de l'exécution. Leurs eris, mêlés au bruit de leurs pas, ressemblent au roulement du tonnerre qui augmente à mesure que l'orage approche. Comme

un essaim d’abeilles entourent leu ne, ce

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affreux Pawnees environnent l'enfant sioux. En un clin d'œil, leurs arcs sont tendus et leurs flèches ajustées sur les cordes. La flèche de Lecharetetewaroutche (le chef du sacrifice) est la seule qui soit garnie de fer ; c'est celle-ci qui doit percer le cœur de l'innocente Dakotha. Pendant quelques instants, 1l règne dans cette troupe féroce un profond et solennel silence qu'interrompent seulement les sanglots et les piteux gémissements de la victime, qui reste suspendue € ‘remblante dans les airs pendant que le chef di acrifice l'offre une dernière fois au Maître de l'univers. À ce moment, il perce son cœur, et un millier de flèches meuririères viennent tomber sur le corps de la pauvre enfant, qui n'est bientôt qu'une masse informe, criblée d'autant de flèches qu'il y a d'aiguilles dans un porc-épic.

Pendant que les hurlements et les danses continuent, le grand chef de la nation monte triomphalement sur les trois poteaux, arrache les flêches du cadavre et les jette au feu. La flèche garnie de fer est la seule qu'il conserve pour les sacrifices futurs. Cela fait, il presse les chairs déchirées, et en fait sortir le sang dont il arrose le maïs et les autres graines réunis dans des baquets et tout prêts à être semés. Enfin, pour terminer ce sacrifice cruel et sanglant, il arrache le cœur encore palpitant, qu'il dévore au milieu des acelamations et des cris perçants de son peuple, en lançant les plus horribles imprécations contre les ennemis de sa race.

La cérémonie finie , ces cruels Peaux-Rouges se retirent satisfaits de cette terrible tragédie , et passent le reste du jour en fêtes et en réjouissances. Le corps meurtri et sanglant reste suspendu sur les poteaux où il fut immolé, et devient la proie des loups et des oiseaux carnassiers. Je termine ce tragique récit par l'extrait d'une de mes précédentes lettres.

« De si horribles cruautés devaient appeler la colère du ciel sur leur nation. Aussitôt que le bruit de ce sacrifice arriva chez les Sioux, ils brûlérent du désir de venger leur honneur, et firent le serment de ne s'arrêter que lorsqu'ils auraient tué autant de Pawnees que leur innocente victime avait d'os et de jointures dans le corps. Plus di cent Pawnees tombèrent sous les coups de leur tomahawks; ils massacrèrent aussi leurs veu:

leurs enfants, et accomplirent ainsi et au delà leu effroyable serment.

« À la vue de tant de cruautés, qui pourrai

méconnaître l'intervention de l'ennemi rusé di genre humain? qui voudrait refuser de se mettr à l'œuvre pour amener ces nations aveuglées à ] connaissance d'un seul médiateur entre Dieu et les hommes, et du seul véritable sacrifice, sans lequel il est impossible d'apaiser la Justice divine ? »

Je suis, avec les sentiments de respect et

d'estime, mon cher Monsieur, votre, etc.

PIERRE J. DE SMET,

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