EXTRAIT DU JOURNAL D'UN MISSIONNAIRE
Aujourd'hui 17 août, nous plantâmes nos tentes sur les bords d'une rivière tortueuse, au centre d'un pays âpre et montagneux, dont ies profonds ravins et les sombres cavernes servent de repaire aux animaux sauvages. Nous nous attendions À trouver ici une grande quantité de gibier ; cet espoir ne fut pas déçu. En moins d'une heure, nos chasseurs tuèrent douze ours. Fondant la nuit, il survint un événement d'une nature plus sérieuse. La décharge soudaine d'un fusil nous réveilla en sursaut, chaque guerrier fut sur le qui-vive, car le coup ne pouvait avoir été tiré que par un Pied- Noir. Nous nous regardämes done avec une silencieuse inquiétude. Qui a été blessé ? Cette pénible question ne resta pas longtemps douteuse : c'était la pauvre veuve Camille, de la tribu Sinpoil. La balle lui avait traversé le gosier, et elle expira sans pousser un seul gémissement. Heureusement son âme était mûre pour le ciel ! Depuis l'époque de sa première communion, elle n'avait jamais passé un dimanche sans s'approcher de la sainte table. Sa robe baptismale resta pure de toute tache. Ses funérailles se firent sur les bords de la rivière Yellow-Rock, parce que ce lieu convenait mieux
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que tout autre pour dérober son tombeau aux profanations des rapaces et homicides Pieds-Noirs. Tout tourne à l'avantage de ceux qui aiment Dieu. Cette mort, terrible aux yeux des hommes, mais précieuse devant Dieu, devint la source d'une bonne œuvre. La femme assassinée laissait deux filles fort jeunes ; si elle était restée en vie, elle n'eût peut-être. pas été capable de préserver leur innocence des duigers auxquels elle aurait pu être exposée. Les orphelines furent adoptées par Ambroise, chef des Têtes-Plates et père d'une nombreuse famille. Dans ce noble cœur, la charité, la
piété et la confiance en Dieu égalent le courage.
À la distance de quelques portées de fusil de Ia oche-Jaune (Yellorw-Rock), nous commencimes à voir des buffles. L'un d'eux se précipita dans la rivière pour éviter la mort qui le menaçuit, descendit rapidement le courant, puis soudain vira de bord pour échapper à ceux qui le poursuivaient ; mais enfin, épuisé par ses efforts et incapable de lutter plus longtemps contre son destin, il sortit de la rivière et tomba sur le gazon à l'entrée de notre Camp, où sa présence ne produisit d'autre effet que d'exciter la joie des femmes et des enfants.
Un peu plus loin, on vit deux ours se fraver un chemin à travers les buissons ; les jeunes gens qui les apercurent les premiers annoncèrent cette découverte par de grands cris. Aussitôt un Pied- Noir, ami des Tétes-Plates, courut en avant dans
l'intention de donner le premier coup à l'ennemi commun ; mais le rusé animal, prévenant son dessein, s'élança de son réduit et enfonça ses énormes griffes dans le bras levé du jeune Indien, dont la situation eût été désespérée si un Tête-Plate ne fût venu à son secours. Quelques jours après, un autre Pied-Noir converti se trouva dans la même situation, et désirant faire voir qu'il savait mieux que ses camarades tuer les ours, il courut en avant de la même manière, et éprouva le même sort : c'est ainsi que sa témérité fut punie comme elle le méritait.
Pendant que nous étions campés en ce lieu, plusieurs chefs de la tribu des Corbeaux vinrent visiter les Têtes-Plates, accompagnés de l'élite de leurs jeunes guerriers. Ils parlèrent avec enthousiasme de la visite qu'une Robe noire fit à leur nation, en 1842, et exprimèrent le désir de voir arriver le temps où ils pourraient jouir, comme les ‘l'étes-Plates, du privilége d'avoir toujours parmi eux des Robes noires qui les instruiraient des choses du ciel. Ils observent encore les pratiques superstitieuses du calumet. Pour rendre l'odeur du pacifique encens agréable à leurs dieux, il faut que le tabac et l'herbe qu'ils appellent okwiltz, et qui en sont les ingrédients ordinaires, soient mêlés avec une petite quantité de fiente de buffle, et que la grande pipe, après avoir fait le tour de la loge, recommence à circule: aussitôt qu'elle arrive à la porte. Sans cette cérémonie, ils
= simaginent qu'il serait inutile de fumer avec ses . frères où d'encenser, comme ils le font, le ciel, la “a terre, les quatre points cardinaux et les médailles l | de Washington et de Jackson (1). Les malheurs . seuls peuvent les empêcher de pratiquer cet usage. if Pendant qu'ils restérent avec nous, nous enter- Ne rämes un Indien Pendint-d'Orcilles, qui mourut cé peu de temps apres son baptême, muni de tous les nt sacrements de l'Église. Cette cérémonie, qui fut { : faite avec plus de pompe qu'à l'ordinaire, en l'honle neur des visiteurs, fut terminée par l'érection dune croix sur la tombe du décédé, Puisse le souvenir
u , de ces derniers devoirs rendus à la dépouille mornt telle d'un enfant de l'Eglise, augmenter dans le da cœur des Corbeaux le désir de connaître Celui je sans la connaisstince de qui il n'y a point de salut ! ‘ Le jour suivant, 1ls retournèrent à leur camp.
oir 4 Les Nez-Percés étatent maintenant en route me ‘J pour retourner dans lei: pays ; les Têtes-Plates au rs È contraire poursuivaient encore leur chasse; car nt 4 bien que la saison füt fort avancée, ils n'avaient pas PE : encore commencé à serrer leurs provisions d'hiver. lre r Le lendemain de bonne heure, nous pliâmes nos IX, : tentes et reprimes notre marche. À peine eûmesont 1 nous fait quelques pas, que notre attention fut es, | attirée par un troupeau de buffles paissant trande
le ÿ (1) ANDRÉ JaAGKsON, septième président des Etats-Unis, né en tôt à 1767 dans la Caroline du sud, fils d’un Frlandais émigré, mort ils 1 en 1845. (Note de la présente édition.)
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