‹ Voyages dans l'Amérique septentrionale, Orégon [microforme]Chapitre 46 sur 52 · DÉSORMAIS LA PRIÈRE DES TÈTES-PLATES SERA LA NOTRE · texte numérisé non relu

DÉSORMAIS LA PRIÈRE DES TÈTES-PLATES SERA LA NOTRE

Par LE R. P. N, Poixr.

Nous verrons ce qui a donné lieu à ces paroles remarquables de trente-sept Pieds-Noirs tombés entre les mains des Tétes-Plates. Aujourd'hui il est bien peu de Pieds-Noirs , même dans les plus méchantes tribus, qui ne soient persuadés que les Robes noires ne leur veulent que du bien. En voici quelques preuves : 1° ]a bonne réception qu'ils firent à la Robe noire tombée au pouvoir

de soixante de leurs guerriers ; 2° l'attention avec laquelle ils ont écouté le révérend M. Thibault, prêtre canadien, qui rencontra un grand parti au fort Auguste, sur la rivière Saskatchawan ; 3° le A renvoi à Sainte-Marie du cheval du missionnaire Tête-Plate , chose inouïe jusqu'alors dans les rapports des Pieds-Noirs avec les Têtes-Plates ; 4° la confiance que plusieurs ont témoignée aux missionnaires en plusieurs occasions remarquables : 9° le calumet fumé dans la plaine du Grand-Vallon avec un petit nombre de Tétes-Plates, qu'ils auraient pu tuer sans difficulté ; 6° les visites amicales faites par eux aux Téêtes-Plates, à la persuasion du vieux chef Nicolas (baptisé) et la résidence de plusieurs d'entre eux au village de Sainte-

Marie ; 7° le vol de chevaux incomparablement d plus rare que les années précédentes ; &° l'absence di

de toute attaque sérieuse depuis quatre ans, bien qu'auparavant il ne se passat guère de chasse où ils n'en vinssent à quelque bataille sanglante avec les Têtes-Plates : témoin les soixante-cinq batailles du vieux Paulin. Que si l'on ajoute à tout cela ce qui s'est passé de si admirablement providentiel dans la chasse dont on nous donne ici le récit, assurément il est permis de concevoir a les plus belles espérances relativement à la conquête religieuse de cette nombreuse peuplade. Un fait arrivé tout récemment à Sainte-Marie y contribuera, j'espère, beaucoup.

Dans la nuit du 2 au 3 février , les chiens

aboïient, un coup de fusil se fait entendre, un morne silence lui succède! C'est sans doute un voleur qu'on vient de blesser. Le lendemain, une large trace de sang, que l'on suit Jusqu'à la rivière et que l'on ne retrouve plus ensuite, fait conclure que le voleur a péri dans les flots ; mais trois Jours après, George Tapine, étant allé à la chasse aux canards, le trouva au milieu des buissons. Il était si épuisé par les pertes de sang qu'il avait faites, qu'il pouvait à peine se soutenir. George eût pu l'achever sur-le-champ, selon la coutume des sauvages ; mais il alma mieux revenir au village, pour demande: conseil et savoir ce qu'il y avait de mieux à faire avec cet homme aux abois.

‘ Aussitôt la nouvelle reçue , un grand nombre

d'Indiens, comme s'il s'agissait de combattre une armée de Pieds-Noirs, montent à cheval et courent les armes à la main au lieu indiqué. Sur ces entrefaites , le P. Mengarini apprend ce qui se passe. Pelchimo et Ambrosio se présentent; ces deux Têtes-Plates, hommes vraiment braves, regardent comme une action indigne de tuer un mourant. Le zélé missionnaire brülait du désir de sauver l'âme du coupable , en la régénérant dans les eaux du baptème. Pelchimo, secondant cette grande entreprise , part et arrive au moment où leurs fusils en joue étaient sur le point de faire feu. « Arrêtez ! » s'écrie-t-il. À ce mot, on suspend l'exécution : une heure après, le Pied-Noir, voleur et ennemi, est traité dans la loge du grand chef avec tous les

égards qu'on aurait eus pour une noble et touchante infortune, Le P. Mengarini, après l'avoir pansé et soigné lui-même , l'entretint de Dieu et de ses jugements. Le malade répondit que c'était la première fois qu'il entendait parler de ces grandes vérités ; ce qui fit concevoir au Père l’espérance de sauver son âme, et de contribuer par là à l’'accomplissement des desseins que la divine miséricorde semblait avoir sur cette terrible nation. Mes Frères, dit-il en s'adressant aux chefs assemblés , voilà quatre années que les Robes noires sont avec vous, ettous les Jours elles vous ont parlé de Dieu. Vous savez que son divin Fils ne s'est pas contenté de mourir sur la croix pour tous les hommes ; mais encore qu'il a pardonné à ses ennemis et prié pour ses bourreaux, pour nous apprendre ce que nous devions faire en pareille circonstance. Aujourd'hui un de vos ennemis est tombé entre vos mains. Souvenezvous qu'il a une âme semblable aux vôtres, une âme rachetée au prix du sang de Jésus-Christ , et destinée à chanter éternellement dans le ciel ses divines miséricordes. Que voulez-vous qu'on fasse de cet homme? Dites, voulez-vous qu'il meure ou qu'il vive ? —Qu'il vive ! «répondirent d'une voix unanime tous les chefs. Charmé de leur compassion, la Robe noire ne songeait plus qu'à en témoigner sa satisfaction devant toute la peuplade , quand elle apprit que quelques sauvages obscurs et étrangers se prononçaient autrement

eo)

que les chefs, ce qui détermina le Père à prendre un ton différent. « Mes Frères, leur dit-il, par-

donner à un ennemi, c'est imiter la conduite ordinaire de Dieu. Qui de vous n'a pas péché pendant sa vie ; et combien de fois Dieu ne vous a-t il pas pardonné ? Si, au lieu d'oublier tant de fois vos offenses , il eût remis votre sort entre les mains de l'ennemi de vos âmes, où seriezvous aujourd'hui ? Mais non, il n'a pas agi ainsi à votre égard ; loin de Ià , il vous a envoyé les ministres de sa parole ; il vous a reçus au nombre de ses enfants ; il a promis le ciel à votre fidélité et à votre compassion pour le malieureux, et peut-être a-t-il fait dépendre cette grâce de la générosité que vous montrerez à vos ennemis. Aujourd'hui le sang de Jésus-Christ crie miséricorde en leur faveur, déjà vos chefs leur ont pardonné. Voulez-vous imiter leur noble conduite ? Ah ! si vous ne le voulez pas, prenez vos couteaux et enfoncez-les dans leurs cœurs ; mais alors cessez d'appeler Dieu votre père et de lui dire : Pardonnez-nous, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; car notre Père commun pourrait entendre votre prière ; mais ce serait pour votre malheur éternel. »

Cette courte mais vive allocution produisit une telle impression sur toute l'assemblée que chacun sanctionna la décision des chefs. Dès lors il n’y eut plus dans le village de Sainte-Marie que quelques cœurs mauvais qui ne partageassent pas les

pm gennnemmaanaiemetminenn-eeng

NÉ

sentiments généreux des Tétes-Plates. Selpito, ur chef des Pendants-d'Oreilles, se trouvait en ce moment à Sainte-Marie ; il prit le Pied-Noir sous sa protection, lui prêta un de ses chevaux, lorsqu'il

fut guéri , pour l'aider à regagner son pays , et 1l redoubla d'attentions pour lui, au moment même où il reçut la nouvelle qu'un de ses fils venait de tomber sous les coups d'un parti de Pieds-Noirs. Lorsque ce jeune homme fut rencontré par ses ennemis, il retournait en triomphe à Sainte-Marie avec les chevaux des Pendants-d'Orcilles récemment volés et qu'il avait reconquis sur les voleurs ; circonstance qui devait rendre sa perte doublement sensible à sa famille. Cette nouvelle ne changea rien aux dispositions de Selpito à l'égard de son protégé. Le retour du Pied-Noir gracié et renvoyé dans son village, et le récit des bontés dont il avait été l'objet, firent une profonde impression sur sa nation qui regardait les Tétes-Plates d'un autre œil. « Je suis bien content, écrivait le P. Mengarini, que toute cette affaire se soit terminée à l'amiable ; car la suite montrera , je l'espère , que Dieu n'a pas sauvé de la mort ce malheureux, sans avoir des desseins particuliers sur cette nation perfide et ignorante, qui est destinée à recevoir la lumière de l'Évangile, et si des Péres devaient être désignés pour cette mission, je serais heureux d'être du nombre. »

À quoi les Pieds-Noirs sont-ils redevabies de cet état d'amélioration si consolant aux yeux des

amis de la religion et de l'humanité ? Après Dieu,

on peut dire, sans crainte de se tromper, que c'est

à l'admirable conduite que les Tétes-Plates ont tenue, surtout depuis qu'ils ont des missionnaires parmi eux. [ls ont donné des preuves remarquables de vertus pendant la saison de la chasse.

Dès le départ de Sainte-Marie, nos pieux néophytes ont ajouté aux prières du matin et du soir une courte invocation : 1° au cœur de Jésus, protecteur de la confrérie des hommes ; 2° à la sainte Vierge, patronne de la congrégation des femmes ; :3° à S. Michel, modéle des braves : 4 à S. Raphaël, guide des voyageurs ; 5° à S. Hubert, patron des chasseurs ; 6° à S. François-Xavier pour la conversion des idolâtres : et l'on verra que ce n'a pas éié en vain.

La veille du jour anniversaire de la canonisation de l'Apôtre des Indes, le missionnaire donna le baptême à un Pied-Noir dont l'exemple excita dans le cœur de plusieurs autres le désir de solliciter la même grâce. Pour les sacrements de pénitence et d'eucharistie, on peut dire qu'ils ont été vraiment bien fréquentés ; il y a eu quatre cent trente confessions, y compris celles des enfants ; trois cent cinquante communions, dont cent trois le dernier dimanche. Il n'y eut personne dans le camp, ayant fait sa première communion, qui ne

l'ait renouvelée pendant la chasse, ce que la plupart ont fait deux ou trois fois et plusieurs plus souvent encore. Les pieuses coutumes, telles que

ve

l'Angélus, le chapelet , le chant des cantiques, se sont maintenues dans les loges. Les chefs se sont montrés très-zélés pour toute espèce de bien ; une patience inaltérable a été la vertu de tous, ce qui n'est pas peu dire dans une chasse d'hiver... Enfin la résignation à la volonté divine n'a pas été moins remarquable. Ce n'est qu'après vingt-quatre Jours de marche pénible et d'abstinence rigoureuse pour un bon nombre, que la nouvelle se répandit enfin que des bandes de buffles avaient été vues dans les environs. Les {ndiens se rendirent dans les lieux indiqués, mais ce fut pour éprouver un cruel désappointement. Les Tétes-Piates se virent donc contraints où de jeûner tout à fait, ou d'aller chercher fortune au cœur méme du pays des Pieds-Noirs. Comme ïieurs montures valaient mieux que celles des autres camps, ils prirent ce dernier parti. Pendant quaire jours, ils traversèrent des montagnes et des vallées. Le temps était froid , la neige abondante et on ne voyait point d'animaux. Enfin, le mercreui des Quatre- Temps, le missionnaire avertit que c'est le bon moment d'adresser des prières au ciel pour les biens de la terre ; mais que si l’on veut que Dieu les exauce, il faut promettre à sa bonté qu'on ne fera usage de ses dons que pour sa gloire. La parole du missionnaire fut entendue avec une vive émotion; chacun, selon l'expression indienne, arrangea so cœur, et se mit à prier. Le lendemain jeudi, le bruit se répand qu'on a vu dans

Fret +

Cs

les environs vlusieurs bandes de bœufs et de vaches. Le vendredi et le samedi, on en tue un si grand nombre que les loges en sont encombrées. Déjà le camp se disposait à rentrer au village, lorsque le 12 mars, le grand chef, arrivé sur le sommet d'une montagne qui commande une grande plaine, s'arrête, regarde et découvre presque à l'extrémité de l'horizon quelque chose qui se remue. Tous ceux qui regardent avec lui s'imaginent d’abord o° >; ce sont des buffles, mais bientôt les vapeurs commencent à s'éclaircir, on se persuade que ce sont des biches ; puis , en y regardant mieux, on voit clairement que ce sont des hommes ; enfin on n'en doute plus ; c'est un parti de Pieds- Noirs armés en guerre. Que faire? Aussi tranquille que s'il ne s'agissait que d'une chose crdinaire, Victor, ie grand chef, se détache de la tête du camp, monte à cheval et fait quelques invocations, les braves ne tardent pas à l’entourer. Isaac propose de faire ia prière. Victor s’écrie : « Attendons que les Pieds-Noirs se montrent là-bas », et en disant ces mots, 1l montre du doigt une sesonde montagne qui nous couvre : jamais position n'avait offert plus d'avantages. Les Pieds-Noirs étaient à gravir le versant opposé, qui les fatiguait déjà ; entre la montagne et la chaîne qui couronnait l'horizon, s'étenda't une plaine immense où il n'y avait ni arbre, ni ravin, ni rivière qui pût leur offrir le moindre rempart. [ls n'étaient que trentesept, tous à pied et peu exercés aux armes. Les

Tétes-Plates, au contraire, étaient à cheval, au nombre de cinquante, tous dans la force de l'âge, la plupart armés &e fusils, conduits par des chefs dont l'ombre seule eût mis en fuite plus d'ennemis qu'ils n'en avaient devant eux. Victor était à leur tête ; 11 n'avait jamais été vaineu et, chose vraiment prodigieuse, jamais blessé, quoique six fois il se fût trouvé seul, environné de Pieds-Noirs ; tant le Ciel, jusqu'aiors, semblait avoir pris plaisir à le protéger. Les Pieds-Noirs ne pouvaient donc pas leur échapper... Tous les veux étaient fixés vers l'endroit indiqué par le grand chef; à chaque instant on s'attendait à voir paraitre l'ennemi. Victor juge qu'il y à péril en la demeure; il regarde le missionnaire, montre un visage gai, lève son arme, pousse un cri, fouette son cheval et vole au combat, suivi de tous les braves. Les Pieds-Noirs les ont aperçus ; à leur aspect, ils jettent tout ce qui les embarrasse et prennent la fuite”; mais se voyant serrés de près, ils cherchent à se rallier; les Téêtes-Plates précipitent leur course, le coursier de Victor, récemment blessé, ne peut servir son ardeur, ce qui fait que plusieurs le devancent. Fidèle, Ambroise, Isaac, Ferdinand, Manuel arrivent les premiers. Fidèle ne dit rien, mais son nom de guerre , qui signifie a foudre, parle pour lui. Ambroise l'appelle par ce nom qui fait pâlir les Pieds-Noirs, puis il ajoute d'une voix terrible : « Ne tirez pas, ou vous êtes morts! » Dieu parlait par sa bouche. Au lieu de tirer, l'un

Mes

Nr

des Pieds-Noirs posa son fusil à terre ; les autres tendirent leurs mains suppliantes vers leurs ennemis. Le brave Ambroise ne put leur refuser le pardon qu'ils sollicitaient ; car il répugne toujours au vrai courage de se baigner dans le sang d'un ennemi vaincu, qui demande grâce et dont on vient de demander à Dieu la conversion. Le généreux guerrier leur tend la main; tous suivirent son exemple, et il ne vint plus à la pensée de personne de vaincre autrement que par là clémence. C'est an inoment où un sentiment si chrétien remplissait tous les cœurs , que la Robe noire arriva ; tous les ennemis vaincus la reçurent avec affection. Aussitôt les chefs Pieds-Noirs étendent une peau sur la neige, l'invitent à s'y asseoir et se placent à ses côtés pour lui faire l'honneur du calumet. Pendant que la fumée pacifique monte vers le Ciel qu'elle réjouit, des présentsen harmonie avec les dispositions des cœurs se font de part et d'autre. Le missionnaire reçoit pour sa part des mains du chef le plus âgé, qui s'est assis à sa gauche, une paire de chaussures indiennes , qui avaient cela de remarquable qu'une croix bleue y était brodée en relief. Le pauvre idolâtre pensait-il en ce moment au quam speciosi pedes de l'Écriture ? Il est bien probable que non ; mais ce qui est bien certain, cest qu'il remarqua le plaisir que causa son présent, et qu'il sentit qu'à partir de ce moment tous les cœurs ne devaient plus en faire qu'un. |

Le camp des Têtes-Plates s'étant mis en route, les trente-sept Pieds-Noirs les suivirent. Le dégel ayant rendu les routes impraticables, les bons Tétes-Plates s'apitoyèrent sur le sort de leurs nouveaux amis, qu'ils portèrent en croupe. Avant qu'on se séparât, Victor conduisit les principaux Pieds-Noirs dans la loge du missionnaire, afin qu'il vit que si l'on se quittait, c'était en bons amis ; et en effet, pendant la demi-heure que dura la conversation, il ne fut question que des choses les plus capables d'affermir la nouvelle amitié qui unissait ces tribus. Les Pieds-Noirs nous dirent que depuis longtemps ils attendaient une Robe noire, que lorsqu'elle se présenterait chez eux, elle serait la bien-venue, que désormais eux et les Tétes-Plates ne feraient plus qu'un peuple de frères, que la prière des Têtes-Plates serait la leur, etc. Et, bien que le soleil fût déjà couché, ils assistèrent à la prière ; après quoi ils demandèrent à échanger de nouveaux témoignages d'amitié, puis ils partirent en disant qu'ils allaient engager leur village à faire comme eux.

Le 19 mars, fête de S. Joseph, sept jours après le pardon si généreusement accordé aux Pieds- Noirs, le Ciel nous en fit recueillir les fruits dans la visite amicale du grand chef de la Petite-Robe, nommé "Tehetles-Melakas ou les Trois-Corbeaux. Tous les chefs fumérent avec lui sous la tente du missionnaire. Ambroise lui expliqua l'échelle catholique. Victor, qui l'invita à passer la nuit

nn ETS REEPEPTERRTREIE LS

dans sa loge, acheva de gagner son cœur, et le

| lendemain, le Pied-Noir communiqua au mission- È naire la résolution qu'il avait prise de solliciter é l'admission de ses vingt-huit loges dans la peu- 4 plade des Têtes-Plates, et qu'à cette fin il allait se x 4 rendre au village de Sainte-Marie , vers le déclin a 4 de la lune actuelle.

1 Dans la nuit du 19 au 20, des Pieds-Noirs d'une jé 4 tribu plus éloignée s'introduisirent dans le camp >S 1 des Tétes-Plates et volèrent cinq chevaux ; mais le F4 l'un des voleurs tomba percé de plusieurs balles et rs e de deux coups de couteau. Rien d'horrible comme ut 4 les cris sauvages qui se mélèrent dans cette nuit ait obscure aux éclairs et aux tonnerres de la fusil- Je lade. La lueur de la foudre éclairait le malheuan reux voleur qui gisait sur le sol, des flots de eg sang coulant de ses blessures. L'idée que l'âme sa + va s'échapper de ce corps agonisant et trouver ils de dans l'éternité le châtiment de ses crimes, vous a- serre le cœur; mais le prètre, témoin de ses ils M angoisses, que peut-il faire autre chose pour son <: “ salut que de prier le Père des miséricordes de es faire en sa faveur le plus grand des miracles ? g- “ Grâce à Dieu, les Tétes-Plates, depuis longtemps, ns N n'ont plus la coutume barbare, qui existe encore le, chez tous les sauvages de ces contrées, d’assouvir . leur fureur sur les cadavres sanglants de leurs ad #) ennemis. Loin de là, ils portent la générosité à lo …. l'égard des plus criminels jusqu'à pourvoir à leur

di sépulture. À qui le voleur de cette nuit devra-t-il

la sienne ? Au plus brave des Tétes-Plates, chef d'une nombreuse famille et père adoptif de deux enfants que les Pieds-Noirs ont rendus orphelins.

Les jours suivants, il n'y eut rien de remarquable, si ce n’est le bon esprit qui anime le camp, et qu'on ne peut attribuer qu'à une vertu déjà solide. Pour leur faire plaisir, le missionnaire s’'amusa, dans ses moments de loisir, à dessiner à la plume plusieurs faits historiques tirés de leurs propres annales et les plus conformes à leur goût, tels que marches de camp, occupations diverses, travaux de chasse , beaux faits d'armes, aventures plaisantes ou tragiques, scènes religieuses, etc. H est difficile de dire le plaisir que leur fit ce petit album ; mais ce qui vaut mieux encore, c’est qu'il contribua puissamment à relever l'autorité des chefs aux yeux des jeunes gens, et à exciter dans ceux-ci une noble émulation pour le bien, chose infiniment désirable ; car l'expérience est là pour prouver que chez le sauvage, aussi bien que chez l'homme civilisé, cette qualité est nonseulement l'aiguillon des nobles actions, mais encore un frein plus efficace pour empêcher le mal que tous les châtiments réunis.

Les moyens humains sont bons sans doute, mais que pourraient-ils pour le bien des âmes sans la prière? C'est une vérité dont tout missionnaire doit être convaincu plus que personne, et qui est mise comme en lumière par nos pieux néophytes : on avait invoqué tous les jours les

chef [cux ins.

narimp, déjà are er À eurs roût, rses, tures etc.

it ce c'est orité ceiter bien, e est bien nonmais ir le

Jute , âmes SSION- 1e, el pieux ss les

ET de

saints Cœurs de Jésus et de Marie, et c'est le premier vendredi et le premier samedi de mars qu'eurent lieu les deux plus beaux jours de chasse. Nous avions prié le patron des chasseurs, et notre chasse avait été relativement fort bonne. Nous avions imploré la protection de S. Michel, et nos braves ne s'étaient jamais montrés si grands devant l'ennemi. Nous avions prié l'apôtre des Indes pour la conversion des Indiens, et deux partis de Pieds-Noirs, l'un qui tombe entre nos mains, l'autre qui nous visite amicalement, ne se séparent de nous qu'en disant : « La prière des Têtes-Plates sera la nôtre! » Enfin nous avons pris S. Raphaël pour notre guide; et notre voyage, qui fut long , pénible et périlleux, ne fut signalé par aucun accident grave, bien que nous ayons fait des chutes sur la glace ou sur le flanc des rochers. Aussi, il n'y eut pas un chasseur, tant soit peu attentif, qui ne fut frappé d’une protection si constante et si manifeste, et presque tous témoignèrent à Dieu leur reconnaissance par une fervente communion.

Cent trois personnes s'approchèrent de la table sainte le dimanche de la Passion. Une si belle journée fut couronnée par la plantation d'une croix , à laquelle on donna le nom d'Eugène , parce que , la veille , le carquois de ce bon Téte-Plate et une lettre écrite sur un morceau de peau , à la manière indienne, nous avaient appris qu'il avait été tué dans le voisinage par un parti de Ranax.

On se rappela alors avec plaisir que le mercredi des Cendres, c'est-à-dire très-peu de jours avant sa mort, il était venu nous visiter, et qu'avant de se séparer de ses frères, il avait eu le bonheur de communier. Ainsi tout semblait concourir , même cette mort, à faire bénir la bonté divine , toujours attentive aux besoins de ses enfants. 4

Nicozas Poixr, S. J.

rcredi avant nt de ur de nême jours

LETTRE

IR. P, Joset, sursonvoyage ans lOrégon, à un Père

de Ia Compagnie de Jésus,

CN ANS mr

Village da Sacré-Cœur de Jésus, Terre des

Cœurs-d'Alène, 22 février 1845.

Mon Révérend Pére,

Me voilà donc arrivé au bout du monde , au milieu d'un labyrinthe de montagnes, de forêts , de lacs, de rivières , et occupé avec le P, Point à diriger la mission des Cœurs-d'Alëne , qui sont aujourd'hui à peu près tous baptisés.

Pour atteindre Jusqu'à ces régions reculées , à travers un pays semé d'obstacles de tout genre et sillonné par des bandes ennemies, que le ressentiment et la cupidité lancent à la Poursuite des VoYageurs , ce qu'il nous fallait avant tout, c'était un guide expérimenté. La Providence y pourvut. Un jour que je cheminais seul, à une demi-lieue en avant de ma petite troupe, cherchant, dans les montagnes qui longent la Rivière-Verte , un endroit propre à faire halte pour diner, je vis venir à moi un homme que ses cheveux longs et © désordre auraient fait prendre pour un sauvage,

SRI AT

se D

bien qu'il fût habillé comme les blanc# Je lui présente la main, suivant l'usage de la prairie, J'accompagne ce geste d'un bonjour, qui m'est rendu en français. Vous auriez peine à concevoir le tressaillement qu'on éprouve en entendant, au milieu de ces vastes solitudes, l'accent de sa langue maternelle. « Quoi, vous parlez français ! vous êtes donc Canadien ? (Les chasseurs canadiens sont répandus dans toute la prairie.) — Je suis Iroquois. — Vous êtes Iroquois ! connaissezvous Sainte-Marie ? — J'en viens. — Et votre nom ? — Ignace. » Je n'essaierai pas de vous peindre ce que je sentis alors. Ignace était le compagnon fidèle du R. P. De Sinet, un homme dévoué, un des meilleurs guides du désert. Surle-champ nous retournons à la caravane , dont je l'installe capitaine, heureux de me décharger en si bonnes mains d'un commandement qui commençait à me peser.

À quelque distance de là, nous rencontrâmes plusieurs familles de Ranax , dont l'imprudence faillit nous être bien funeste. Ils avaient mis le feu à la montagne que nous devions traverser, et la flamme, se communiquant des hauteurs à la prairie, était portée vers nous par un vent trèsviolent. Que feriez-vous dans une position semblable, au milieu d'une immense plaine couverte d'herbes sèches que l'incendie dévore, en poussant devant lui d'épais tourbillons de fumée ? Mettriezvous une rivière entre vous et ce réseau embrasé,

seZotre ous t le nme Surit je en om-

mes ence is le

qui enveloppe la caravane comme une proie ?

Bien ; mais on n'a pas toujours une rivière sur son passage ; et puis, si elle n'est pas large, l’obstacle est bientôt franchi. Que faire donc ? Mettre soi-même le feu à la prairie sous le vent, et quand l'orage en a émporté le foyer loin de vous, se réfugier dans l'espace dévasté comme dans une oasis. Le défaut d'aliment est, sans doute, la meilleure barrière qu'on puisse opposer à un tel ennemi. |

Quoiqu'il nous menaçât de fort près, nous n'eûmes cependant pas besoin de recourir à cet expédient. Vers cinq heures du soir, Ignace, nous voyant à une petite distance du feu, mais devinant que le vent allait changer de direction, nous fit camper à l'abri de quelques arbres verts, sur les bords du lit profond et rocailleux d'un ruisseau. Un spectacle des plus imposants nous fut donné cette nuit. Imaginez-vous une mer de feu débordant sur la surface du désert ; tantôt bondissant en gerbes embrasées à la cime des forêts qu'elle consume;, tantôt ruisselant comme une lave étincelante jusqu'au fond des ravins, pliant ses vagues ondoyantes à toutes les sinuosités de la plaine, ou se soulevant avec effort vers le ciel, quand les vents contraires voulaient maîtriser sa fureur. Pour nous, confinés comme des Lapons dans des trous de rocher, nous en sortions de temps en temps pour observer l'incendie et en suivre les progrès : il

ne s'arrêta qu'à une portée de fusil de notre camp. ORÉGON. 17

Le RQ

Ces accidents ne sont pas les seuls que le voyageur ait à craindre en traversant les solitudes du nouveau monde. Il est certaines régions où le serpent à sonnettes (1) se rencontre à chaque pas, et nous avions à peine mis le pied dans la prairie, que nos voituriers étaient déjà occupés à tuer de ces dangereux reptiles. Du reste, leur vue fait ici moins d'impression, je crois, que leur nom en Europe. Je m'étais pourvu, à Paris, d'une fiole d'ammoniaque liquide, qu'on dit être un spécifique infaillible contre les venin: Je toute espèce : cette précaution était parfaitement inutile, car à côté du mal, la Providence a prodigué le remède : c'est une plante communément appelée racine noire ; elle m'a paru avoir beaucoup de ressemblance avec la barbe-de-bouc de vos prés ; sa tête, qui s'élève au-dessus des autres herbes, la fait aisément reconnaître. On en fait sécher la racine, qu'on réduit en poudre, et il suffit d'en répandre un peu sur la plaie, pour neutraliser aussitôt l'effet du venin.

On doit lui attribuer encore une autre vertu, celle d'engourdir le serpent par son odeur. Notre interprète me racontait dernièrement qu'ayant irrité une de ces hideuses bêtes, qui cherchait à s'élancer pour l'atteindre, il lui donna le vent, c'est-à-dire se plaça de manière que le vent passât

(1) Voyez, sur le serpent à sonnelles, les VOYAGES AUX MONTAGNES ROCHEUSES, édit. déjà citée, page 403.

Ux

de lui au reptils. Il portait heureusement de la racine noire. Aussitôt la fureur du serpent se calma ; il se laissa approcher et tuer sans résistar.ce. Un sifflement aigu, comme celui d'une clef forée, produit le même effet : le monstre élève aussitôt la tête, paraît écouter attentivement et reste immobile. J'en ai vu assommer un, ée cette manière. Les voituriers ne font pas tant de cérémonies : ils les tuent à coups de fouet,

L'homme n'est pas leur seul ennemi. Outre les oiseaux de proie, tous les individus de la famille des cerfs leur font la guerre, et voici comment : il: se dressent sur leurs jambes de derrière et, se laissant retomber sur leur victime, ils la coupent en morceaux avec la corne de leurs pieds de devant. Mais le plus grand destructeur de serpents à sonnettes, c'est le porc. D'abord son enveloppe de graisse est impénétrable au venin ; puis son grognernent tout seul paralyse le reptile, dont il se nourrit avec avidité. L'interprète dont j'ai parlé, se trouvant avec quelques amis près d'une mission protestante, dans un endroit où il ya beaucoup de serpents à sonnettes, en rencontra un, furieux comme le premier. Il courut chercher un des quadrupèdes du ministre ; dès que le serpent l'entendit grogner, sa colère cessa comme par enchantement ; il-s'étendit souple et résigné devant le porc, qui le prit par la queue et ne laissa que la tête. J'ignore, mon Révérend Père, si ces détails ont quelque attrait pour vous ; mais

je suis bien sûr de vous intéresser en vous parlant de nos chers néophytes ; et c'est pourquoi j'omets les autres circonstances de mon voyage, pour vous introduire plus vite auprès de ces bons Tadiens.

Les lettres du R. P. De Smet vous ont fait connaître la nation des Têtes-Flates, cette chevalerie errante des montagnes. On remarque entre eux et nos Cœurs-d'Aléne urie différence qui n'est pas à l'avantage de ces derniers, et dont la cause s'explique peut-être par les conditions géographiques au milieu desquelles le caractère des deux peuples a dû se développer. Plus rapprochés des résions où se trouve le buffle, ce pain quotidien de la prairie, les Têtes-Plates ne se sont guère occupés jusqu'ici que de chasse. Pour cela, il leur a fallu braver à toute heure la nombreuse et perfide nation des Pieds-Noirs, et emporter, pour ainsi dire, à la pointe de l'épée chaque morceau qu’ils mangeaient : de là leur bravoure, leur esprit d'abnégation et leur habitude des sacrifices les plus généreux. Les Cœurs-d'Aléne, au contraire, séparés des grandes plaines de l'est par des montagnes qu'on ne franchit qu'avec peine et dans la bonne saison seulement, ne vont guère chercher leur nourriture hors du cercle étroit de Jeurs vallées ; leurs ressources sont la petite chasse, je veux dire celle du chevreuil, la pêche, les racines et la mousse ; ils sont pauvres, intéressés, mais faciles à plier au travail : c'est la

fraction la plus modeste de la grande famille indienne. Vous le voyez, mon trés-cher Père, je n'ai qu'à me féliciter de la portion qui m'est échue dans le champ du Seigneur : Pauperes evangeli:zantur. Au reste, cette portion je n'aurai pas Île mérite de l'avoir défrichée ; je l'ai trouvée en pleine culture.

-usqu’à l'arrivée des Robes noires, les Cœursd'Aléne ont vécu extrêmement isolés ; ils n'étaient ni aimés, ni estimés de leurs voisins ; aussi parlentils une langue qui n’est commune à aucune autre tribu, tandis que celle des Tétes-Plates, beaucoup plus difficile à apprendre, est en quelque sorte l'idiome universel des montagnes. Comme tous les sauvages qui peuvent chasser le buffle, les Cœursd'Aléne habitent sous des nattes de roseaux, qu'ils attachent à des perches disposées en cône , avec une ouverture au sommet, pour laisser une entrée au jour et une issue à la fumée. Dans cette espèce de ruche on ne peut, comme vous au moyen de vitres, voir de l'intérieur ce qui se passe au dehors ; mais on entend tout ce qui se dit à demi-voix dans les loges du voisinage. Un chef harangue-t-il les siens, personne ne sort pour l'écouter; mais à peine a-t-il fini, que toutes les cabanes retentissent du cri approbateur, qui ressemble assez aux huées de coilége. De cetie facilité à saisir tout ce qui se dit. vient sans doute la publicité qu'acquièrent en un instant les fautes les plus légères ; et c'est ici un puissant frein pour le vice; aussi les sau-

vages se tiennent-ils communément dans une grande réserve. Tout vindicatifs qu'ils sont, ils recevront une injure sanglante sans en paraître affectés ; leur rage se concentre au fond du cœur, sans que leur visage trahisse la moindre émotion.

Je vous ai déjà dit un mot des ressources alimentaires de nos Indiens ; j'ajouterai quelques détails. Bien que la chasse ait lieu en toute saison, l'hiver surtout en favorise le succès. Les chasseurs, réunis en grand nombre, cernent le gibier de manière que, n'ayant pas d'autre issue , il soit réduit à se précipiter dans les lacs ; on le poursuit alors en canot, et le plus souvent ce sont les vagues qui rapportent la proie sur le rivage. Si ie lac est large, ceux qui auraient échappé aux armes de l'Indien périssent dans les eaux. Il est arrivé à la tribu de tuer ainsi jusqu'à trois cents chevreuils en un seul jour.

C'est toujours à jeun que le sauvage entreprend ces expéditions ; il ne mange qu’à la fin de la chasse, et bien souvent, lorsqu'il n'a pas réussi, il va se coucher sans rien prendre, pour recommencer le lendemain. D'un autre côté, quand il a été heureux, ses journées ne sont plus qu’un long repas, et il ne s'arrête qu'après avoir tout dévoré. On a vraiment peine à comprendre tout ce qu'un Indien peut absorber d'aliments, comme aussi tout ce qu'il peut endurer de privations : passer trois ou quatre jours sans prendre aucune nourriture n'est pas chose bien extraordinaire pour lui. Au

reste, quand les sauvages jeûnent, c'est presque toujours, de leur part, imprévoyance ou paresse ; car à défaut de la chasse ou de la pêche, ils ont es racines qui abondent, et la mousse qui ne manque jamais ; mais ceci est l'affaire des femmes.

Chez les Cœurs-d'Alône, comme parmi les autres sauvages , les femmes sont aussi industrieuses , ausst infatigables que les hommes sont insouciants el paresseux. Il n’y a pas longtemps , on ignorait encore dans ces contrées ce que c'est qu’une chaudière, et cependant, dépourvues de tout vase qui pût être soumis à l'action du feu , les mères de famille n'en donnent pas moins à leurs aliments le degré de cuisson convenable. Pour appréter la viande, elles se servaient de paniers d'osier, enduits d'une espèce de ciment, qui ne se dissout pas même à l'eau bouillante , et elles obtenaient ce degré de chaleur en jetant dans l'eau des cailloux rougis au feu.

Aujourd'hui les Cœurs-d'Aléne cultivent avec succès la pomme de terre : telle famille qui n'avait pour outils que des bâtons pointus en a récolté cette année environ cent boisseaux. Quand on aura pu procurer assez de pioches à nos Indiens, ils trouveront dans ce travail leur ressource la plus facile à obtenir.

Les maladies des sauvages se réduisent presque toutes , dit-on , aux fièvres, aux rhumatismes et aux dérangements d'esiomac. Ils doivent les premiers à leur négligence ; se couchant et dormant

Page 1