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CHAPITRE XXIV

LA VILLE9 l'île et LE DISTRICT DE S. FRANCISCO.

Continuation du yoyagesor le bord de la mer. — Le Pontal do Rio de S. Francisco ; une petite habitation. — Description do Rio de S. Francisco. — L*autear le traverse ; l'aspect du pays comparé à celui de la Bretagne. — Vue que Ton découvre de la plage de la ville de S. Francisco. — Position de cette ville , rues ; maisons ; église ; hôtel de ville; eaux; commerce ; moustiques. — L*tle de S. Francisco; un chemin ; maladies; nature du sol, ses produits, imbé; mammifères et oiseaux. — Les limites du district de S. Francisco. — Administration de la justice dans ce district. — Sa population. — Mœurs de ses habitants. — Ses productions. — Pauvreté. — Le chemin de la comarca de Curitiba à la rivière de Trez Barras. — Quelques promenades dans rtle , une pauvre femme ; le Pâo dAssucar ; le ver du bambou. — Une promenade sur le Rio de S. Francisco. — Les Ouvriers. — Le curé de la paroisse de S. Francisco.

On a vu plus haut que, venant de Guaratûba, j'avais passé le Sahi Mirim, et qu'alors sortant, m'a-t-on dit, du - territoire de S. Paul, je m'étais trouvé sur celui du district &de S. Francisco appartenant à la province de Sainte-Catherine (1). A peu de distance du Sahi Mirim, on rencontre

(1 ) J'ai dit, dans mon fragment sur Vile de S. François et la pêcherie II. 17

une autre rivière que mes conducteurs semblaient considérer comme un simple bras de la première et qu*on ap-

d*Itapocoroia (Nou/velles Annales des voyages, IV, de 1835, 194-240), qu*il était permis de concevoir des dootes sur les limites nord de la province de Sainte-Catherine ; et effectivement, mes conducteors paolistes m'avaient dit qae le plus septentrional des deax SaAt, celui qu'ils appelaient Sahi Mirinif séparait leur pays du district de S. Francisco, tandis que, un peu plus tard, on m'assura, dans le chef-lieu du district , que la véritable limite était le Sahi Grande, Cette singulière contradiction et celles qu'on trouve dans les auteurs conduisent naturellement aux questions suivantes : Y a-t-il deux rivières distinctes du nom de Sahi ou une seule sans aucune bifurcation ? N'y en a-t-il qu'une se divisant en deux branches? Dans le cas où il y aurait deux rivières également appelées Sahi, ou deux branches de ce nom appartenant à une seule rivière, quelle est la branche ou la rivière qui séparerait la province de S. Paul de celle de Sainte-Catherine 7 1* Quoique plusieurs géographes paraissent admettre un seultS'aM, il est incontestable qu'il y a deux cours d'eau de ce nom, puisque je les ai passés successivement, et Cazal, Milliet, Aube en distinguent également deux {Corog, Braz., I» 192. — Dicc, II, 455. -- Notice, 36). 2« Ainsi que Je l'ai dit, les habitants du voisinage semblaient, à l'époque de mon passage chez eux, considérer les deux Sahi comme des branches d'une rivière unique, et telle est aussi l'opinion de Cazal et de Milliet ; mais, si le texte d'Aubé n'est pas, à cet égard, parfaitement explicite , sa carte indique bien clairement deux rivières distinctes. 3» Sur les lieux, on m'a assuré, je le répète, que le Sahi Mirim séparait la province de S. Paul de celle de Sainte-Catherine, et le statisticien D. Pedro Millier le dit d'une manière très-précise (En«ato eslatisHco, ^7) ; mais, d'un autre cdté, le président de la province de Sainte-Catherine pour l'année 1841 indique expressément le Sahi Grande comme la limite de cette province, et c'est dans un document officiel qu'il donne cette indication {Falla qw o présidente Antero José Ferreira de Brito dirigio a asemblea legis- IcUiva em o V de março 1841 ; documento 15). Au reste , il pourrait bien n'y avoir ici qu'une transposition de noms; car on m'a indiqué sur les lieux le plus septentrional des deux Sahi comme étant le Sahi Mirim, et sur la carte de M. Aube c'est le Sahi Grande qui est placé au nord de l'autre. Quoi qu'il en soit, il est assez vraisemblable, d'après ce que je lis dans Cazal et dans José Feliciano Fernandcs Pinheiro, que,

pelle Sahi Grande. Elle n'est pas beaucoup plus large que le Sahi Mirim , et nous la passâmes de la même manière.

Nos bœufs allaient fort vite; mais, comme nous avions perdu un temps considérable au passage des deux rivières , je n'arrivai qu'à la nuit au Pontal do Rio de Sào Francisco » pointe de la terre ferme qui fait à peu près face à l'extrémité septentrionale de l'île de S. Francisco, et on je devais m'embarquer pour me rendre dans cette fie.

La petite habitation où je passai la nuit, au Pontal, appartenait à d'excellentes gens qui eurent pour moi toutes sortes d'attentions. Loin de fuir à mon approche, comme auraient fait des femmes du nord de la province de Minas, la maîtresse de la maison et ses filles me reçurent de la manière la plus aimable; et le lendemain matin ^ elles m'envoyèrent un plat de poisson , seule nourriture qui , dans ce pays, puisse être offerte au voyageur.

Vers midi, l'adjudant auquel j'étais recommandé et à qui j'avais écrit, étant à Guaratùba, m'amena une pirogue. C'était une des plus grandes que j'eusse vues jusqu'alors; je la Inesurai et lui trouvai 3 pieds 10 pouces anglais de large (l",i5); ce qui, probablement, ne faisait guère moins de 5 mètres de circonférence pour le tronc d'où elle avait été tirée. On y chargea mes effets; mais le temps était affreux, et je ne pus partir que vers le soir pour me rendre à l'île de S. François.

dans les titres primordiavx, il n'est qoestioo que d*on Sahi, et eo réalité la distance qai se trouve entre les deni est si peu considérable, qu'ils méritaient à peine d*ètre distingués.

Il est fort difBcfle de se faire une idée juste de cette ile et du canal qui la sépare de la terre ferme (Rio de S. Francisco); une bonne carte serait, je F avoue, préférable à toutes les descriptions (1). On peut dire^ cependant, que Fensemble de Tile et du canal présente assez bien Timage d'un quadrilatère fort irrégulier compris obliquement entre les branches très-écartées d*un y dont la tige serait oblique par rapport aux branches. Le quadrilatère serait rile; Yy, le canal tout entier formant trois branches ; les deux branches de Tt/, la partie du canal séparant immédiatement rile du continent, ou, si Ton aime mieux, le canal proprement dit; enfin la tige de Ty, la partie du canal qui s'avance dans la terre ferme. D'après tout ceci, il est facile de concevoir que, si deux côtés du quadrilatère fort irrégulier qui forme l'ile sont baignés par le canal proprement dit (les branches de Ty], les deux autres doivent Fétre par rOcéan.

La première idée qui se présente à F esprit lorsqu'on regarde la carte, idée qui est loin d'être dépourvue de justesse , c'est que la partie du Rio de S. Francisco qui parait s'enfoncer dans le continent doit son origine à une réunion de plusieurs rivières venant de la grande Cordilière maritime, et que, à son extrémité, cette espèce de fleuve se divise en deux branches qui, formant à peu près le chevron brisé, séparent l'ile de S. Francisco du continent (2). Les eaux de ce bras sont, à la vérité, salées; mais

(1) Ou peut sartoat consulter la carte de M. Léonce Aube dans sa Notice sur la province de Sainle^atherine et celle que M. Antonio Xavier de Noronha Torrezâo a jointe aa même écrit.

(2) Telle était bien certainement la manière de voir de Pizarro, quoiqu'il ne se soit pas exprimé avec toute la clarté désirable {Mem. hisl.y

DE SAINT-PAUL ET DE SAINTE-CATIIERINK. ifil

une foule de fleuves le sont également, même au-dessus de leur embouchure , parce que là se forme un mélange causé par des courants et par le flux et le reflux.

Quant au canal proprement dit qui, du nord au sud, baigne immédiatement Tile de S. Francisco, il est incontestable qu'il reçoit les eaux douces du bras intracontinental où sont réunies les rivières appelées Palmitar^ Trez Barras et Cubatào Grande (1) ; cependant, comme la plus grande partie de ses eaux vient évidemment de la mer, on doit, comme je Tai fait il y à longtemps (2), et comme Ta fait depuis M. Aube (3), la considérer comme un bras de cette dernière.

Ce bras forme une courbure, comme on Ta vu, et s'étend d'abord du nord au sud-ouest pour se diririger ensuite vers le sud-est; il a, très-approximativement, 6 lieues de longueur et est fort îrrégulier dans sa largeur; cependant on peut dire qu'il va toujours en se rétrécissant do son milieu jusqu'à son extrémité méridionale. Du temps des Indiens, ^l'entrée du nord s'appelait, à ce qu'il paraît, Babitonga ou Bopitanga (probablement des mots guaranis mbopîy chauve-souris, et tang, jeune tendre) ; mais, à l'époque de mon voyage, personne, dans le pays, ne connais-

in, 79) ; telle est aussi celle qui a été adoptée par M. Léonce Aube (Sa- Hce, 34).

(1) Je me borne à nommer ici le Cubatâo Grande, le Palmitar, le Trez Barras, parce que M. Aube affirme que les autres cours d'eau qui semblent se jeter dans la branche intracontinentale du Rio de S. Francisco n'y apportent rien, mais sont, au contraire, formés par elle (Aotice, 35).

(2) Vile de S. François dans les Nouvelles annales des voyages, IV. de 1835, 194-240).

(3) yolire, 34.

sait plus ces noms, et ceux de Barra Grande, Barra do Norte. Uentrée du nord a environ 1 ,500 hraças (3,000 mètres] de largeur et peut donner passage même à de petites frégates ; les embarcations, m*a-t-on assuré , la franchissent par un vent du nord, un vent du nord-est, du sud et du sud-est. L'entrée méridionale , appelée Barra à!Araquary (i), n'a que 200 braças (400 mètres) de large et ne peut être franchie que par les lanchas. Je crois que, pour faciliter les descriptions, on pourrait, avec M. Antonio Xavier de Noronha Torrezao, réserver le nom de Rio de S. Francisco à la partie du canal proprement dit, qui s*étend de Feutrée du nord jusqu'au bras intracontinental, appeler Rio d'Âraquary la partie comprise entre ce dernier et rentrée du midi , enfin appliquer le nom de Rio das Trez Barras à tout le bras intracontinental.

Le canal tout entier est parsemé de plus de vingt îles ou îlots. Les moins petites de ces îles sont celles dites Vllha do Mel (île du miel), située dans le Rio Araquary, un peu au midi du bras intracontinental ; Vllha dos Barcos (île des barques) , encore un peu plus méridionale ; et enfin celle d' Antonio daSilva (nom d'homme).

Entre les deux barres, à partir de celle du nord, se jettent dans le Rio de S. Francisco, du côté de la terre ferme, les vingt-cinq rivières suivantes (2).

(1) Et noQ Aracary ou Aracari, comme disent Gazai, Tamiral Roussin, MiUietet Van Lede, ni Aricory, comme a écrit Pizarro {Mem, hisL^ lU, 80). Le P. Antonio Ruiz de Montoya dit {Tes. guar,, 66) qu^un oiseau connu porte le nom d'araqilâ; ainsi araquary viendrait d'araqûâ et y, eau, la rivière des oiseaux appelés araqûd. Peut-être aussi ce mot signiflait-il la rivière du nid des aras.

(2) Description hydrographique, etc., dans la ^olir€ d'Aubé, iS3, 84.

Au nord du bras intracontinental :

Le Jagtmruna Peqtimo (guarani et portugais, la rivière du petit chien noir), qui est le plus voisin du Pontal; le Jlaguaruna Grande, le Rio do Barbosa (nom d'homme).

Sur la rive orientale du bras intracontinental :

Le Rio do Pinto (portugais, la rivière du petit poulet), le Rio dos Fernandes (nom d'homme), le Rio dos Tomos, Batuby (du guarani batobi^ montagne aiguë), Bacuhy ou Bocuhy (du guarani mbacuy, la rivière des monticules de sable); Rio dos Barrancos (portugais, la rivière des ravins); tous les six fort petits et ne devenant un peu considérables que par les marées hautes.

Sur la rive occidentale du même bras :

Le Rio dos Trez Barras (portugais, la rivière des trois embouchures), ainsi appelé parce qu'il n'est qu'une embouchure commune à trois rivières, qui sont le Furta-Enchante, le 5. Joa^ et le Trez Barras, dont la seconde, la seule qui soit un peu considérable, a, dit-on , 50 braças de large et 4 de fond, et peut être remontée par les pirogues dans un espace de 3 lieues; le Rio dos Cavallinhos^ que les pirogues remontent dans une étendue de 10 milles; le Pirabireba, ou peut-être Piraberaba (guarani, peau de poisson), ayant une largeur assez considérable avec 3 braças (2 mètres) de fond , navigable pour les pirogues

— H est d'autant plus essentiel, pour les navigateurs, de consulter cette description et la carte qui raccompagne, que Tillustre amiral Roussin, dans son savant ouvrage intitulé Le pilote du Brésil^ p. 69, où Ton trouve tant de détails hydrographiques si précieux, ne dit absolument rien de rtle de S. Francisco et parait considérer le Rio Araquary et le Rio de S. Francisco comme deux rivières distinctes, dont la dernière se jetterait dans une baie.

josqa'à un morne peu éloigné de l'endroit où s* arrête la marée ; le Biguaçu (guarani, le grand begua^ espèce d'oiseau); le Ribeirao (portugais, torrent), qui a 5 braças de large, peu de fond, et ne saurait être remonté que par les pirogues ; le Rio d'Antonio Felis, étroit, de peu de fond et à peine navigable jusqu'à une 1/2 lieue de rembonchure; le Cubatào Grandcy qui a 20 braças de large (40mètres) (1), 3 de fond, et peut être remonté, dans un espace de 10 legoas, jusqu'à un morne élevé qui porte le nom de Morro da Tromba; les deux Eriris Grande et Pequeno (du guarani piriri , jonc ) , ayant chacun 5 braças de large et 2 de fond à Tembouchure, navigables dans un espace de 2 lieues.

Sur la côte occidentale du Rio d'Araquary :

Le Rio Saguaçu (du guarani sai guaçu^graud œil), qui, à son embouchure , a 1/4 de lieue de large avec 4 braças de fond et sur lequel les pirogues font environ 10 milles ; le Paranaguâ Mirim^ éloigné de 1 lieue du précédent; le Paraly (du guarani piraty^ poisson peint), navigable dans une étendue de 2 legoas 1/2 ; le Rio dos Areas Pequeno (portugais, la petite rivière des sables), qui est profond, étroit , et navigable dans l'espace d'une demi-lieue ; le Rio dos Areas Grande (portugais , la grande rivière des sables) ; le jRto dos Pinheiros (portugais, la rivière des pins), très-petit, sans la moindre importance; enfin le Rio Piraque [moi guarani qui désigne la petite espèce de poisson que les Portugais -Brésiliens nomment lambari), le plus voisin de la Barra d'Araquary, ayant, dit-on, 5 lieues de rours, 5 braças do largeur à son embouchure, pouvant être

'1 ) M. Aubr portr inrino fcllr iarf^our à 00 iiu-îrcs. ^olice, 36'.

remonté par les pirogues dans un espace de 3 milles (1).

(1) Je crois pouvoir présenter cette liste avec confiance, parce que je la dois à rhomme du pays qui le connaissait le mieux, Tadjudant de S. Francisco, né sur les lieux, honoré de la confiance des autorités supérieures, chargé de toutes les afiaires tant soit peu importantes. U pouvait d'autant mieux m'indiquer les rivières qui se jettent dans le Rio de s. Francisco que c'était toujours lui qui avait envoyé au gouvernement les états de population ; et non-seulement ils étaient désignés, suivant les cantons, par les noms des rivières, mais encore dressés dans Tordre même où celles-ci sont placées. Je lus à Fadjudant tout Farticle de Gazai relatif au Rio de S. Francisco ; il m'indiqua les erreurs qui ont échappé à Fauteur, et j'ai conformé ma liste à ses rectifications. Ainsi on y voit qu'entre le Rio do Barbosa et celui dos Fernandes il faut placer le Rio do Pinto; qu*on doit écrire Rio dos Tornos et non dos Fornos; qu'après le Paranaguâ Mirimy vient, en allant vers le sud, non pas le Rio das Areas Grande, mais le Paraty, puis VAreas PequenOf etc. J'ajouterai ici que les rameurs cpii me conduisirent de la ville de S. Francisco à FAraquari me confirmèrent tout ce que m'avait dit Fadjudant sur les cours d'eau qai, venant de la terre ferme, se jettent dans le canal depuis le Piraqué, à partir du sud, jusqu'au Parana* guAMirim. — Je croirais laisser cette note incomplète, si je n'indiquais les différences qui se trouvent entre ma liste et les indications de MM. Torrezâo et Aube {Annales maritimeSy III, de 1847), et qui, peutêtre, tiennent à ce que telle ou telle rivière a deux noms différents ; que quelques petits ruisseaux ne m'auront été indiqués comme trop insignifiants ; que certains noms auront avec le temps éprouvé des altérations ; qae de faibles cours d'eau auront disparu et que d'autres auront pris leur place ; peut-être enfin à ce que le lithographe parisien n'aura pas toujours copié exactement, comme cela est évident, ce me semble, pour le moi Barrancas substitué à Barrancos, Entre le Rio do Pinto et celui dos Barrancos f on . trouve, sur la précieuse carte de M. Torrezâo, les Bios Ronce, Batuy, Lamir, Comprido, Bacury, Giguaçu ; le Lamir a été indiqué dans Cazal, où il est écrit Lamés ; le Baluy n'est certainement que le Baluby, et le Bacury le Bacuhy; mais les étymologies indiennes indiquent assez que c'est Baluby et Bacuhy qu'il faut préférer. Au nord du Barrancos se voit, sur la même carte, un RioBaraara; Cazal indique le Rio Maria-Bachaara comme un des principaux de ceux qui se jettent dans le Irez Barras^ et rcxislcncc de cette rivière m'a été con-

Embarqué dans ma pirogue » pour me rendre^ comme je Fai dit, du Pontal à la ville de S. Francisco» je pus à mon aise observer les deux rives du canal. Du côté de la terre ferme» à environ 1/4 de lieue du Pontal» est un petit fort dont les gardes nationaux (milicianos) faisaient le service. Là» près de la rivière de Jaguaruna Grande » commence une petite chaîne de montagnes peu élevées et confirmée ; mais on m'a dit en même temps qaMl faUait écrire, comme le fait M. Torrezâo, Maria Baraara (le mot mbaraaraf qui est {^arani, signifie Taurore, Marie TAurore). Au-dessus du Trez Barras la carte indique un Rio Urttbarana que je n'ai pas dans ma liste. Dans Pirabeirava, on a substitué une orthographe portugaise à Forthographe in* dienne. Entre le Piraberaba et le Riberaô, la carte porte les Rios Jequirekuma, das 0$tras, Sambaqui qui ne sont ni dans ma liste ni dans celle de Cazal, et à la place desquels, ce dernier auteur et moi, n'avons que le Biguaçu, Entre le Ribeiriiô et le Cuba^ào Grande, M. Torrezfto a le Pesqueiro et le Saiurno; Cazal et moi nous ayons VAnUmio Felis, Au sud du Cubaiào Grande et au nord des Erirkyê, la carte note un Cubatào Pequeno dont l'existence est fort vraisemblable, car l'épithète grande, dans les noms de lieux, indique toujours une comparaison. M. Aobé écrit , dans son texte , Irirtthu , et M. Torrezâo , sur sa carte, Jririu ; en préférant Eriri avec Cazal, je crois me conformer à la pronoDciation usitée dans le pays à l'époque de mon voyage ; mais peutrètre le mieux est-il d'admettre, comme M. Antero José Ferreira de Brito, président de la province, le nom d'Iririhy, venant évidemment des mots indiens piriri, jonc, et y, rivière, la rivière des joncs. Entre le Saguaçu et le Paranaguâ Mirim, Torrezâo place un Rio Pernambuco, qui ne se trouve ni dans Cazal ni sur ma liste. L'auteur de la Corografia Brazilica n'a pas davantage le Rio Taquera placé, sur la carte, au midi du Pinheiros. Enfin l'étymologie guarani montre suffisamment qu'au lieu de Pereque il faut Piragtié, comme a également écrit M. Van Lede (Colonisation, 99). L'amour d'une exactitude poussée peut-être à l'excès et le désir de satisfaire les topographes les plus exigeants ont pu seuls me porter à entrer dans des détails aussi minutieux ; car la plupart des ruisseaux dont il s'agit dans cette note sont plus petits peutêtre que telle ou telle rivière de France, dont ceux qui la voient couler tous les jours ne savent pas même le nom.

vertes de bois qui se prolonge le long de la côte vers le sud (1). Du côté de Tile, je ne vis que des bois ; le terrain présente d'abord des mornes, puis il est plat» et enfin, dans le voisinage de la ville, il redevient montueux. Tandis que nous approchions de cette dernière, le temps, qui jusqu'alors avait été sombre, commença à s'éclaircir, et je pus contempler F azur brillant du ciel , dont les teintes contrastaient avec le vert foncé des montagnes, d'où s'élevaient encore, de distance à autre, des colonnes irrégulières de vapeurs épaisses. Je me rappelais, en pensant à la France, que, sur les côtes de la Bretagne, tout s'accorde pour donner au paysage un aspect mélancolique; des rochers grisâtres et pelés, un ciel pâle et brumeux, une végétation maigre : on ne peut pas dire que la nature soit riante sur le littoral du Brésil ; les forêts sombres qui couvrent les montagnes ont quelque chose d'ossianique; mais la beauté du ciel et les efiets brillants de lumière qui résultent de l'éclat du soleil ôtent à la nature ce qu'elle a de trop austère, en lui laissant une majesté inconnue dans nos contrées. Immédiatement avant d'arriver à la ville de S. Francisco, je passai devant une petite anse sur les bords de laquelle étaient quelques maisons. Après cette anse en vient une autre plus large, et c'est là qu'est située la ville, à une distance de 2 lieues de Barra Grande.

L'île de S. Francisco où je débarquai était autrefois occupée par les Indiens Carijôs. Dès l'an 1549, le canal qui la borne du côté de l'ouest, ou du moins une partie de ce canal, était déjà connu sous le nom qu'il porte aujour-

(1) M. Léonce Aube la représente, sur sa carte, comme formant une sorte de fer à cheval entre le Pontal do Rio de S. Francisco et le bras intracontinental.

d'hui (1); les Portugais le considéraient comme un bras du grand fleuve dont les eaux arrosent la province de Minasy et ils s'imaginaient que File faisait partie du continent. Vers répoque dont il s'agit, un Espagnol appelé Hernando de Trijo s'établit dans le port de S. Francisco avec l'approbation de l'empereur Charles V; mais deux années s'étaient à peine écoulées , que la faim obligea les nouveaux colons de renoncer aux espérances de fortune qu'ils avaient conçues, et ils se retirèrent dans le Paraguay. Plus tard, des Paulistes qui avaient quelque connaissance de la fertilité du pays vinrent s'y fixer. Les Carijôs se. réunirent à ces étrangers ; la population du pays augmenta rapidement, et avant l'année 1656 on avait déjà

(1) Selon Pizarro, ce serait Gabriel Soares de Souza qui aurait découvert le Rio de S. Francisco, et lui aurait donné son nom ; mais les récits de Hans Stade prouvent que ce nom était connu dès 1549, et il me parait impossible que Gabriel Soares eût résidé au Brésil avant cette époqae. 11 n'est pas vraisemblable, d'ailleurs, que, s'il eût peuplé Tile de s. Francisco, il ne Feût pas dit, et que, sachant observer avec autant de soin que de sagacité, il n'eût pas reconnu avec certitude que le Rio de s. Francisco n'est point un bras du grand fleuve dont les sources naissent dans la Serra da Canastra. Ce que dit Southey du voyage de Gabriel Soares dans le Rio de S. Francisco est évidemment erroné , et je crois qu'il ne faut pas non plus adopter sans examen ce qu'on tronve dans le Diccionario do Brazil sur l'histoire de l'Ile de S. Francisco. Suivant Cazal , l'entrée septentrionale et l'entrée méridionale du canal qui sépare cette tle de la terre ferme étaient, à la fin du xvi' siècle, considérées comme les embouchures de deux fleuves parfaitement distincts, celle du Rio de S, Francisco et celle du Rio Alagado : la description curieuse de Gabriel Soares me ferait croire plutôt qu'il faut voir dans le Rio i42a0fac{o la baiedeGuaratûba, et que l'on doit regarder l'entrée méridionale du canal de S. Francisco comme étant l'ancien Rio dos Drayos (voir une des notes du chapitre de cet ouvrage intitulé, La vilie de Guarafûba\

bâti une église sous T invocation de Nossa Senhôra da Graça dans Tîle de S. Francisco (1). Depuis cette époque, cette ile a été soumise à la même administration que celle de Sainte-Catherine, et elle s'est toujours trouvée sous les mêmes influences.

Immédiatement après avoir débarqué dans le port de S. Francisco, j'allai montrer ma portaria au commandant, qui me reçut très-bien et me fit beaucoup d'ofifres de service. Je pris ensuite possession de la maison que m'avait retenue l'adjudant; elle était petite, mais assez commode, et donnait sur la mer.

La ville de 5. Francisco , autrement da Graça de S. Francisco (2), possède un très-beau port. Elle a été bâtie dans une position charmante, sur une des criques les plus septentrionales d'une anse assez vaste, qui s'étend du nord au midi. Je vais décrire la vue que l'on découvre de la plage. Le c^nal semble être un grand lac qui se prolongerait vers le sud , entouré de montagnes couvertes de bois. Les plus rapprochées d'entre ces dernières, moins élevées que les autres , forment cette petite chaîne qui commence auprès du fort et dont j'ai déjà parlé. Elles présentent peu d'irrégularités, mais, au milieu des forêts sombres qui les revêtent, on aperçoit, de loin en loin, quelques maison-

Ci) Hans Stadeo, Hist.t in H. Ternaax, Voyages, 48. — Gabriel Soares de Souza, Nolicia do Brazil in Nol. uUramar,, UI, parte i, 86. — Soathey, HisL , UI, 647. — Pizarro, Mem, hist,, 79. — Cazal , Corog.» I,

(2) MM. Milliet et Lopes de Moura disent, dans leur utile dictionnaire imprimé en 1845, que le titre de cidade a été accordé à la ville de S. Francisco ; le président de la province ne lui donne encore que celui de villa dans son rapport à rassemblée législative du 1'^ mars 1847.

nettes et des plantations. À ces montagnes se rattache, par une illusion d'optique, une suite d'ilots bas , arrondis et couverts de bois comme elles. La grande ile rase appelée Ilha do Mely un peu plus éloignée que les ilôts, paratt également faire partie de la terre ferme et borne la partie méridionale du lac, qui serait entouré, du côté de l'ouest et du sud-ouest, par les terres mêmes de File de S. François (1). Sur un plan beaucoup moins avancé, on découvre la grande Cordillère (Serra de Curitiba , Serra do Mar , Serra Gérai) , dont les sommets , élevés et très-iné-* gaux, répandent dans le paysage une agréable variété; et sur le flanc d'une des montagnes de cette chaîne on distingue une large nappe argentée, formée, m'a-t-on dit , par une cascade qui doit être immense et d'une grande beauté, puisqu'elle se laisse apercevoir de plusieurs lieues.

La forme que présente la ville de S. François est à peu près celle d'un quadrilatère, plus large sur le bord du canal que dans les autres sens. Du côté de la terre, cette ville est resserrée entre deux mornes de hauteur inégale. Le plus élevé qui la domine vers l'est porte le nom de Morro da Villa (morne de la ville) et est couvert de bois vierges. L'autre, appelé Morro doHospicio, forme la partie septentrionale de l'anse, et n'ofifre que du gazon et des broussailles ; il se termine par une plate-forme sur laquelle OR voit les ruines d'une église et quelques palmiers dont l'élégant feuillage, balancé par le plus léger vent, contraste avec l'immobilité des forêts environnantes.

(1) C'est par inadvertance que, dans mon fragment sur Vile de S. FrançoU, j'ai indiqué Toaest et le sud-onest.

La ville se compose d'environ quatre-vingts maisons (1820)> blanchies avec de la chaux, couvertes en tuiles, la plupart bâties en pierre et bien entretenues. Le plus grand nombre n'a que le rez-de-chaussée ; cependant il y en a aussi quelques-unes à un étage.

Les rues sont larges et assez droites. Quelques-unes, qui descendent vers la mer, sont pavées ; les autres ne le sont que devant les maisons, et cependant on n'y voit jamais de boue , parce que le terrain se compose, comme à Paranaguâ, d'une faible portion d'humus mêlé de sable et de coquilles.

Vers le milieu de la ville est une grande place irrégulière, couverte de gazon ; c'est là qu'on a construit l'église paroissiale, mais on n'a pas assez songé à en mettre les lignes en harmonie avec celles de la place. Au reste, depuis Hytù, je n'avais pas encore vu une aussi belle église que celle de S. François; elle est vaste, fort large, bien éclairée et bâtie en pierre. Venant de Minas, où le moindre village possède plusieurs églises, je ne pus m'empdcher d'être surpris de ce qu'à S. Francisco il n'y en avait (fu'une.

L'hôtel de ville, dont le rez-de-chaussée, suivant la coutume, sert de prison, est un petit bâtiment à un étage, placé à côté de l'église et presque entièrement caché par elle.

Les eaux de S. Francisco sont fort bonnes. Il y a autour de la ville plusieurs sources ; mais on boit communément l'eau d'une fontaine qui a été arrangée pour la commodité du public et est sans ornement (1).

(1) Il faut que, depuis mon voyage, cette fontaine ait été entièrement négligée, ou qu'elle suffit si peu aux besoins du pays qu*OD la considé-

On voit à s. Francisco un assez grand nombre de tavernes et plusieurs boutiques bien garnies. Les marchands se fournissent généralement à Rio de Janeiro; mais, en cas de besoin, ils ont aussi recours à Paranaguà. En i8i9, quinze embarcations, presque toutes destinées pour la capitale, et dont six appartenaient à des négociants du pays, prirent ici leur chargement, qui consistait en farine de manioc, riz et planches. Mais malheureusement, le peu d'activité que l'agriculture a dans ce pays y rend le commerce d'exportation fort difficile. Dans une de mes promenades j'entrai dans le sitio d'un homme qui paraissait être un des premiers marchands de File. Possesseur d'une lancha , il s'en servait pour aller vendre à Rio de Janeiro les denrées du pays ; mais il se plaignait de la lenteur excessive avec laquelle il était forcé de faire ses chargements; sans cesse il se mettait en campagne pour découvrir quelque chose à acheter, et ses recherches restaient , la plupart du temps, infructueuses (1).

rait comme n'existant pas, ou enfin qu'on en eût laissé ignorer Feiistence au président de la province ; car, dans son rapport du 1'' mars 1841, il dit expressément qu'il n'y a point de fontaine publique à S. Francisco (Falla que o présidente, etc., p. 12).

(1) M. Léonce Aube dit « que la petite ville de S. Francisco a fait, depuis quelques années, d'assez rapides progrès. » {Nol., 26.) Mais, d'après ce qu'il ajoute , dans ses Observations, sur l'état général de la province, il est évident que les progrès dont il parle sont relatifs au défaut total d'améliorations qui se fait remarquer dans d'autres cantons, et qu'ils ont, en réalité, bien peu d'importance. Ceci est, au reste, confirmé par M. Torrezào, qui, dans un morceau joint au travail d'Aubé , s'exprime comme il suit : « La ville de S. Francisco est pauvre, et offre peu de ressources pour les vivres. » {Notice, 82.) La même confirmation résulte suffisamment aussi de l'ensemble des discours prononcés, ces dernières années,. h l'assemblée législative provinciale de la province par le digne président M. Antero José Ferreira de Brito.

Il eiiste peu d'endroits où les moustiques soient aussi communs que dans la ville de S. Francisco ; ce qui n*est pas étonnant, puisqu'elle est entourée de bois , la plupart très-épais, et que de tout côté on trouve des flaques d'eau et des terrains humides. Dans ces derniers temps, rassemblée législative a consacré quelques fonds au dessèchement de certaines rues qui ressemblaieni à de véritables marais; en 1842, une d'elles avait déjà été complètement assainie (!]. On continuait le travail, et il est très-vraisemblable que le nombre des insectes malfaisants qui naissent dans les eaux stagnantes sera devenu beaucoup moins considérable (2).

Après avoir donné une idée de la ville de S. François» je dirai quelques mots de File où elle est située et dont elle est le chef-lieu. Cette ile a 6 legoas de long du nord au sud, et 2 environ dans sa plus grande largeur. Elle est boisée et montueuse. Le Pào d'Assucar (pain de sucre) et le Morro da Larangeira ( morne de l'oranger) peuvent être cités parmi les hauteurs qu'on y remarque le plus. Un chemin qui avait été ouvert par les gardes nationaux (mt7t-

(1) Falla q%ieo présidente A, J, Ferreira de Brito dirigio a assemblea legislativa emo i" de março 1842.

(2) John Mawe relâcha, eo 1S07, à S. Francisco ; mais il n'est pas sûr qo'il ait sa qu'il était dans une lie. « Des marchands de Rio de Janeiro, « Bahia et Pemambouc avaient fait constraire, dit-il, à S. Francisco « non-seulement an bon nombre de petites embarcations pour le cabo- « tage, mais encore de grands navires. Qnand ce commerce prenait fait veur, les ouvriers que nécessitait la construction des bâtiments étaient « fort recherchés, et Ton faisait travaiUer beaucoup de nègres. » {TraveU, 58.) Ce qu*a écrit Mawe est généralement fort suspect, et, s'il y a quelque chose de vrai' dans le récit que je viens de citer, il est à croire qu'il est au moins fort exagéré.

cianos) peu de temps avant mon voyage, et qu'on décorait du nom pompeux d'esira4a real (route royale), parcourt rile dans toute sa longueur ; il en met les différentes parties en communication les unes avec les autres et s'éloigne peu de la mer; il a été fait avec soin» est bordé de forêts et forme une promenade très-agréable (1).

D'après ce qui m'a été dit par FofBcier de santé de la ville de S. François, la morfea est heureusement inconnue dans toute l'ile (1820) ; mais les fièvres intermittentes et les obstructions y sont très-communes. Les maladies vénériennes y sont plus rares que dans beaucoup d'autres pays, parce que les habitants ont avec le dehors peu de communications.

Les terres de l'ile de S. Francisco sont , au rapport des agriculteurs, beaucoup moins bonnes que celles de la partie du district qui appartient au continent. Lorsque l'on a fait une première récolte dans une partie qui, auparavant, était couverte de bois vierges, on peut n'attendre que trois ans pour y planter une seconde fois; mais ensuite, à moins de fatiguer le terrain, on ne le cultive que tous les sept ans, et, quand on n'observe pas cette règle, il finit par ne plus produire que des broussailles peu élevées

(1) « Dans la partie orientale de Ftle, dit Manoel Ayres de Cazal {ùh « rog, Braz,, 1, 190), est ud lac étroit appelé Rio Acarahy qui a « 3 lieues de longueur du nord au sud ; et on peu an nord de celni-d « il y en a un autre d*une 1/2 lieue de long, 50 brasses de large et pea « de profondeur. » D'après les renseignements que j*ai pris auprès des personnes les mieux instruites, le Rio Acarahy n'est point un lac, mais une véritable rivière qui se jette dans la mer au nord-est de l'Ile, Au nord de TAcarahy, m'a-t-on assuré encore, il n'y a ni lac ni rivière. Peut-être Fauteur a-t-il voulu parler du jRto do MorUe de Trigo qui a son embouchure vers la Barra do NorU.

et un gazon ras : sur le continent, aucontraire^ on peut, en général y renouveler ses plantations tous les ans » surtout quand on choisit les cubatôes, nom que Ton donne aux enfoncements des montagnes pleins d'un humus fécondant.

Quoique les terres de Tile de S. François soient inférieures à celles de la terre ferme, il n'en faudrait pourtant pas conclure que la végétation naturelle de ces terres est entièrement dépourvue de vigueur ; on y retrouve des forêts vierges et toute leur majesté. Au mois d'avril, époque à laquelle je me trouvais dans cette ile, l'hiver des tropiques allait commencer ; peu de plantes étaient en fleur, et je remarquai que presque toutes appartenaient à la Flore de Rio de Janeiro, qui, comme je l'ai dit, s'étend, sur le littoral, fort loin vers le sud. Ici encore, l'on trouve dans les forêts vierges le cipô d*imbé^ sorte de liane que j'ai fait connaître il y a déjà longtemps (1), et qui n'est autre chose que la longue racine d'une aroïde parasite dont la tige entoure, à une hauteur prodigieuse, le tron&ides plus grands arbres. Les Botocudos se servent de Fécorce du cipô (Timbë pour attacher des plumés à leurs flèches. Dans un des villages de Minas Geraes (2), on fabrique des chapeaux avec cette racine ; à Paranaguâ et à S. Francisco, on en fait des cordages très-souples et d'un<^rande force que les marins estiment beaucoup. L'tm&^est encore une des productions végétales qui, comme tant d'autres, disparaîtront avec les bois vierges (3).

(1) Voir mon Voyage dans les prwinees de Rio de Janeiro et de Minas Geraes, 1, 13.

(2) Voycmie dans le district des Diamants, I, 91.

(3) MM. Spix et Martins disent {Reise, l, 245), dans an tableau statis -

On voit autour de File de S. François, dans le canal et les îlots dont il est parsemé, un grand nombre d*oiseaui de rivage, tels que les n""* 361 , 579, 382; mais, dans Tintérieur de rile, on trouve peu d'espèces terrestres; celles que Ton rencontre le plus communément sont le toucan n* 381 , Taraçari n** 378 et le gaviâo n* 374. Il y a dans rtle, m'a-t-on dit, quelques cerfs {veados)^ des singes et des pécaris (1 ) .

En 1820, le district de S. Francisco, dont je vais parler à présent, ne se composait pas seulement de File de ce nom; il comprenait encore 19 legoas de côtes depuis le Sahi (2), qui le sépare de la province de S. Paul, jusqu'à la rive septentrionale du Rio Cambriaçu, formant alors la limite du district de Sainte-Catherine (3). À Touest» cette

tique du commerce deSaiote-Gatherine, que Yimbe da Brésil méridional est fourni par la tige de plusieurs Paullinia ; mais , comme ils n'ont nullement visité le pays, on est très-fendé à élever des doutes sur cette assertion.Cependant leur autorité, très-grave à mes yeux, m'inspire aussi des doutes sur ce que moi-même j'écris ici, et me ferait presque craindre que je n'eusse confondu, avec Timbé de Minas, une plante à laquelle on aurait également donné, à S. Francisco, le nom dHmbé, Ceux qui, par la suite, parcourront cette ile feront bien de revenir sur ce point de botanique.

(1) On trouvera dans la Notice de M. Aube une liste des mammifères et des oiseaux de toute la province de Sainte-Catherine. Quoique les noms scientifiques n'y soient pas cités et qu'on y ait souvent indiqiié d'une manière peu exacte les noms vulgaires (ex., gomba pour gamba, grail pour gralha, pic a pào pour picapao), il est difficile qu'elle ne soit pas l'ouvrage d'un naturaliste.

(2) Voir ce que j'ai écrit sur cette limite.

(3) J'écris ce nom comme je l'ai entendu prononcer dans le pays , et comme l'écrit le plus souvent Van Lede ; mais, selon Gazai, ce serait Camboryguasiu (Corog,, 1, 188), et suivant Milliet Camb(^û, Le dernier, cependant, ajoute que, sur les lieux, on dit CamJbriu^ et, si L. Aube

étendue de côtes n'avait pas de bornes bien certaines ; mais les colons ne s'étaient pas établis à plus de 2 lieues du littoral ; au delà sont des montagnes couvertes de bois qui n'avaient point de propriétaire (1).

A répoque de mon voyage, la justice, dans le district de S. Francisco, était rendue en première instance, comme je Fai déjà dit, par des juges ordinaires, et tandis que Sainte-Catherine dépendait, pour les appels, de Vouvidoria de Porto Alegre, S. Francisco faisait partie de Curitiba.

Dans tout le district où se trouve comprise la pêcherie d'Itapocoroia, la population était, en 1820, répartie de la manière suivante :

Individus libres. . . . 3,157 Esclaves 871

Total. . . 4,028 Le nombre des feux ainsi qu'il suit :

écrit, dans son texte, Cambiriuguasm, c*est simplement Cambriù que porte sa carte. Combriaçu est Taugmentatif indien de Cambriû, Les auteurs de Futile Diccionario do Brazil disent (p. 539) que le territoire de S. Francisco a accpiis une grande extension du côté de Fouest depuis qu*on y a joint, en 1832, les terres situées entre le Sahi et Tltajahy ; mais comme il avait autrefois le Gambriaçû pour limite, et que celui-ci coule au sud de Fltajahy , il me semble qu*en le bornant à Fltajahy on Ta diminué au lieu de Faugmenter. Au reste , ce n'est aujourd'hui ni le Gambriaçû ni Fltajahy qui sert de limite au district de S. Francisco, mais le Gravalâ , encore plus septentrional que Fltajahy (Falla qw présidente Antero JoséFerreira de Brito dirigio, elc.^ em i de março 1841 ; documento 13).

(1) Il ne parait pas, d'après la Notice de M. Aube, qu'il y ait, à cet égard, de changements tant soit peu notables.

Dans le chef-lieu. ... 86

Dans le reste de File. . . HO Sur la terre ferme. . . 919

Total. . . 1,115

En 1841, les états de population donnaient les chiffres suivants :

Individus libres

ibres sur la paroisse de la ville. 5,479)^ ^.^^

» » » » d'Itapocoroia. 1,417 i '

Esclaves sur la paroisse de la ville. . . 1,057 K ^^^

» » » » dltapocoroia. 223) '

Total. . . . 8,176

Le nombre des feux s'élevait

Pour la paroisse de la ville. . . 1,040 » celle tfltapocoroia 376

Total. . . 1,416 (1)

La comparaison de ces chiffres donne lieu aux considérations suivantes :

l"" Si tous sont exacts (2) , il faut en conclure que

(1) Le chiffre que je cite comme étant celui de la population totale da district {municipio) de S. Francisco en Tannée 1840 est un peu inférieur à l'indication de Léonce Aube pour 1842 ; je l'emprunte au rapport fait à rassemblée législative de la province le 1*' mars 1841 (Falta do présidente Antero José Ferreira de Brito; documenlo 15.

(2) M. d'Eschwege, moi , Daniel Pedro Millier, et dernièrement encore M. Sigaud, avons montré que les états de population faits au Brésil ne peuvent être considérés que comme étant plus ou moins approiimatife. Voici une observation qui tend à prouver qu'il ne faut point excepter ceux de la province de Sainte-Catherine : le tableau statistique officiel de la province pour Tannée 1810 porte que, indépendamment des veafs

V^pulation du district de S. FraDcisco , aujourd'hui \ptOy a un peu plus que doublé en vingt ans, ce qui N^uère s'expliquer que par les essais décolonisait été tentés et qui auraient laissé quelques étran- .è pays, dugmentation n'a pas eu lieu dans une proportion ^wiie entre les esclaves et les hommes libres; car elle a I, chez ces derniers, comme 1 à 2,18 et, chez les presniers, comme 1 à 1,46. La possession des esclaves est un signe de richesse; or S. Francisco, comme on Fa vu (1), «st resté pauvre, et ce ne sont pas les nouveaux colons, f^eus probablement tous sans fortune, qui auront pu achet;er des noirs et en augmenter le nombre.

3** Puisque, dans les pays où l'esclavage est admis, le nombre plus ou moins considérable d'esclaves indique le degré de la richesse, et que, d'un autre côté, en 1820, la population noire était à la population blanche comme 1 à 3,64, tandis qu'en 1840 la première n'était plus à la seconde que comme 1 à 5,39, il est évident que, terme moyen, il y avait moins de richesse à S. Francisco en 1840 qu'en 1820 (2).

et des veaves, il y avait alors sur la paroisse de S. Francisco 1,026 hommes mariés et 707 femmes également mariées ; à moins de séparations légales ou librement consenties, des mariages supposent nécessairement on nombre égal d'hommes et de femmes. Croire que, sur 1,206 femmes, il y en ait eu 319 qui avaient quitté leurs maris pour aller ailleurs , ce serait admettre une immoralité qui me semble impossible : j*aime mieux me persuader qu'il y a dans le tableau cité de grandes inexactitudes ; d'ailleurs d'Eschwege en a signalé de non moins palpables dans les états de population fournis par Tadministration de la province de S. Paul.

(1) Voir plus haut.

(2) 11 ne faudrait pas donner Tabolition légale de la traite pour cause

4" D'après les chiffres indiqués, il y aurait eu, en 1820, 3,61 individus par feu, et, en 1840, 5,77, c'est-à-dire presque le double. De là il faudrait conclure ou que la vie et les liens de famille se sont resserrés, et que les enfants se séparent moins légèrement de leurs pères, ou, ce qui est plus vraisemblable , que le nombre des esclaves ayant diminué proportionnément au reste de la population, on a cessé d'avoir autant de facilité pour multiplier les maisons.

S** Sur les l,0o7 esclaves que Ton comptait, en 1840, dans nie de S. François, il y en avait 591 qui appartenaient au sexe masculin, et parmi ces derniers 193 étaient mariés. Cette proportion paraîtra sans doute bien faible ; mais il s'en fallait de beaucoup qu'elle fût atteinte par aucune des paroisses de la province, et à l'époque dont il s'agit il n'y avait pas un seul esclave marié sur la paroisse de Sainte-Catherine, où l'on en comptait 1,019 du sexe masculin. Une différence si grande fait trop d'honneur aux habitant^ de S. François pour que je n'éprouve pas une véritable satisfaction à l'indiquer.

La plupart des habitants du district de S. Francisco sont des cultivateurs et ont très-peu de fortune ; ils font leur résidence dans des sitioSy petites habitations rurales dispersées dans l'île et sur la terre ferme ; mais les plus aisés d'entre eux ont à la ville une maison où ils viennent passer le dimanche.

de la diminution du nombre des noirs dans le district de S. Francisco ; car tout le monde sait qu^on n*a jamais cessé d*amener des esclares an Brésil, et qu'il y en a toujours eu assez pour satisfaire aux demandes (Gardner, Travels, 16. — Voir aussi mon Voyage à Goyaz, l, 108 et

sui?.)'

De quelque état que l'on soit, on est en même temps pécheur. Il n'est personne qui ne possède une pirogue, et personne qui ne sache la conduire avec adresse. On voit les femmes se lancer sur une mer houleuse dans des barqoesmal assurées» et jamais elles ne montrent la plus légère frayeur. La mer est l'élément des habitants de ce pays ; chacun sait de quel côté vient le vent, quelles sont les heures de la marée ; et de même qu'on dit, dans les Campas GeraeSy pour exprimer l'abondance de quelque chose, que l'on en pourrait charger un mulet, on dit ici que l'on pourrait en charger une pirogue.

Tout le monde est accoutumé à vivre de farine de manioc et de poisson cuit dans de l'eau, et l'on ne fait aucun effort pour se procurer d'autre nourriture ; souvent même on ne se donne pas la peine d'aller à la pêche; on se contente des coquillages que l'on va chercher sur les rochers et parmi les mangliers. C'est tout au plus si une couple de fois, dans le courant de l'année, on tire quelques bestiaux dans le chef-lieu du district (1). Lorsque j'étais à S. Francisco» je fis chercher du lard dans tout le pays , je ne pus en découvrir; on m'assura que les habitants les plus aisés n'en mangeaient point depuis longtemps, et c'est pourtant la seule substance qui, au Brésil, remplace le beurre ou l'huile.

Non-seulement à S. Francisco, mais encore sur toute la côte, depuis la ville de Paranagué et plus au nord peut-

(1) Il est à croire que, sous ce rapport, il y a eu quelque chaugement, car le président de la province , en Tannée 1841, dit que des ordres formels ont été donnés pour la construction d'un abattoir dans Ftle de S. Francisco {Falla que o présidente À. J, Ferreira de Brito^ — março t842, 23).

282 VOYAGE HlNS LES PROVINCES

être, les hommes d'une classe inférieure portent des cheveux très-courts; ils en laissent seulement croître un rang sur le front, et une mèche tout à fait au bas de la tête : leur costume, d'ailleurs, n'a rien qui attire l'attention.

Le climat de tout le district de S. Francisco est moins malsain que celui de Paranagué, parce que le terrain a plus d'élévation et ne présente pas autant de marécages ; aussi ne voit-on pas, dans ce district , autant de figures jaunes et languissantes que sur le littoral de la comarca de Curitiba. Cependant il est impossible de ne pas reconnaître, à la maigreur des gens du pays et à leurs joues caves, qu'ils prennent, comme les habitants de Paranagué, une nourriture trop peu substantielle. Il ne tiendrait pourtant qu'à eux de vivre d'une manière moins frugale. Â présent (1820), les vaches sont rares dans le district, et l'on y élève également peu de cochons et de volaille. Que par l'incendie répété des bois les cultivateurs forment des pâturages autour de leurs maisons , ils pourront nourrir des bestiaux , avoir du lait et faire des fromages ; au lieu de planter à peine quelques carâs (Dioscorea alata), quelques aipis {Maniot aipi, PohI], quelques patates [Convolvulus Bâtatas) y qu'ils donnent de l'étendue à ces cultures en y joignant celle des inhames ( Caladium esculentum) qui leur est inconnue (1), il leur sera facile d'engraisser des porcs et de la volaille.

Mais il serait superflu, je le crains, de donner ces conseils aux habitants du district de S. Francisco : ils ne sont

(1) J'ai dit aiUeurs qu'il faut se donner de garde de confondre les ignames de nos colonies, qui sont des Dioscorea, avec les inhameê du Brésil.

DE SAINT-PAUL ET DE SAlfrrE-CATHERINE. 283

pas moins insoaciants^que ceax des parties les plus reculées du Brésil, et. ils ont aussi peu de besoins. La pèche leur fournit une nourriture assurée ; quand ils possèdent une maisonnette et une pirogue, quand ils ont un petit champ de manioc pour pouvoir manger leur poisson avec de la farine, qu'ils recueillent quelques livres d'un coton grossier pour s'en faire une couple de caleçons et de chemises, ils peuvent à peu près se passer de tout le reste. L'ameublement de leurs maisons est encore plus restreint que celui des plus pauvres Mineiros. Pourquoi aurait-on , comme à Minas, une table et des bancs? On étend une natte au milieu de la chambre, on y sert le poisson et la farine de manioc, et les convives s'accroupissent tout autour (1).

J'ai dit ce qu'étaient en 1820 les habitudes de la population presque entière de S. Francisco ; depuis cette époque,aucun changement notable ne s'est opéré (2), et, si l'on peut attendre quelque amélioration, c'est du temps seul et de l'exemple des colons étrangers. Sous un climat trèschaud, dans une contrée fertile, où il n'est pas nécessaire de travailler autant qu'en Europe, ces derniers se modifieront sans doute ; mais il est difficile que les habitants du pays ne se modifient pas également avec eux. Les étrangers perdront ; les anciens habitants gagneront quelque chose.

Le manioc, et ensuite le riz^ qui donne ici 120 pour 1, sont les végétaux qu'à l'époque de mon voyage les habi-

(1) Cette habitude, comme Ton sait, se retrouve daos la province d*£spirito Santo.

(2) Aube, Notice, 50,

tants du district de S. Francisco cultivaient le plus fréquemment ; ce sont les seuls dont ils exportaient les produits ; ils plantaient aussi un peu de maïs, mais uniquement pour la nourriture de la volaille, des chevaux, qui étaient rares, et quelquefois celle des esclaves. La canne à sucre réussit assez bien dans le district de S. Francisco , mais on ne l'emploie guère qu'à faire de F eau-de-vie; le coton est d'une qualité inférieure et se cultive seulement pour la consommation du pays ; il en est de même du café; les bananes sont communes et fort bonnes.

Le district de S. Francisco, étant situé à F orient de la grande chaîne maritime, fait nécessairement partie de la région des forêts (1), et les habitants les plus pauvres gagnent leur vie à scier des arbres pour faire des planches, qui sont un objet important d'exportation. Cette branche de commerce pourrait devenir beaucoup plus considérable» si le pays était plus peuplé ; elle le deviendrait même dès à présent, si les habitants aisés proGtaient, pour établir des moulins à scie , de quelques-uns des cours d'eau qui descendent des montagnes ; mais personne n'a la moindre idée de ce genre si facile de mécanique (1820) (2).

Comme la province entière de Sainte-Catherine possédait peu de revenus , qu'elle avait presque toujours des

(1) Voir mon Voyage dans les province de Rio de Janeiro et de Minas GeraeSf l, 10.

(2) Les moulins à scie ne peavent être inconnus aujourd'hui dans la province de Sainte-Catherine, car le rapport du président de cette pro- Tince pour Tannée 1844 nous apprend que Ton en avait établi un dans la colonie , actuellement détruite , qui avait été fondée sur le bord du Rio das Tijucas Grandes sous le nom de Nova Italia (Falla que o présidente Antero José Ferreira de Brilo dirigio, eic, março 1844, 26.)

troapes à entretenir et , par conséquent , beaucoup de dépenses à faire, non - seulement F administration n'avait jamais fait aucun sacrifice pour le district de S. Francisco, mais encore elle F épuisait de plus en plus. Vingt gardes nationaux [milicianos) étaient régulièrement employés pour le service de la ville et du fort ; souvent on en détachait d'autres qu'on envoyait à Sainte-Catherine, et on ne leur donnait pas même de quoi subvenir à leur nourriture. Cependant c'étaient des hommes pauvres qui , ne subsistant que du travail de leurs mains, ne pouvaient abandonner leurs demeures et leurs plantations sans qu'il en résultât un préjudice notable pour eux et pour leurs familles.

Un moyen d'aider ce pays à sortir de la misère où il était plongé eût été de rendre praticable le chemin qui, partant de la comarca de Curitiba, vient aboutir à la rivière de Trez Barras (1). L'adjudant de S. Francisco me dit que ce chemin où il avait passé n'exigerait des travaux importants que dans l'espace d'une demi-lieue, et il ne pensait pas que la dépense pût s'élever au delà de 500,000 reis (3,125 fr.). Si le chemin de Trez Barras eût été entièrement fait, le district de S. Francisco aurait partagé avec le principal port de la comarca de Curitiba les bénéfices du commerce des Campos Geraes ; mais ces vastes campagnes sont assez fertiles pour que l'entrepôt de leurs produits, divisé entre le port de S. Francisco et celui de Paranaguà, eût pu contribuer à les enrichir tous les deux... Il y a vingt ans que je consignais ces observa-

(1) J'ai déjà parlé de ce chemin au chapitre intitulé , La ville de Curitiba et son district.

lions dans mes journaux de voyage, et c'est seulement le V^ mars 1842 que le président de la province a pu annoncer à rassemblée législative de la province que le chenûn de Curitiba était achevé (1). Mais nous savons par un ancien élèvede notre école polytechnique, M. L. Aube, que, quoique achevé, il n'a jamais été praticable (2), et ce qui tend à confirmer cette assertion, c'est que le président de la province lui-même, dans un rapport du l""' mars 1847, dit que le gouvernement impérial a mis au nombre des routes de première classe ( estrada geraes ) le chemin de Trez Barras et qu'il a consacré 4 œntos de reis aux travaux qui doivent y être faits (3).

Quoi qu'il en soit, par ce chemin, tel qu'il était en 1820, S. Francisco recevait de Curitiba de la viande sèche, du maté et du lard; mais, comme il fallait que les transports se fissent à dos d'homme pendant la demi-lieue tout à fait effroyable dont j'ai parlé tout à l'heure, les communications ne pouvaient être que fort rares.

Je passai douze jours dans l'ile de S. Francisco, et je profitai de ce temps pour faire plusieurs promenades.

Dans l'une d'elles, je me dirigeai vers le nord de Ftte en suivant le chemin très-agréable dont j'ai déjà parlé et qu'on nomme estrada real. Tout le pays que je parcourus, boisé et montueux, est parsemé de sitios qui communiquent, par des sentiers, avec le grand chemin. LePâo d'Assucar (pain de sucre) , qui, d'un côté, est couvert de

(1) Falla que o présidente Antero José Ferreira de Brilo dirigio a assemblea legislativa em Vdemarço, 1842, 10.

(2) Notice, 84.

(3) Falla que o présidente —emV de março 1847, 5, 6.

bois y de l'autre à pic et presque entièrement pelé, s'élève au-dessus des mornes voisins et répandue la variété dans le paysage.

Dans une autre promenade, je suivis la partie méridionale du même chemin. De distance en distance on voit, comme du côté du nord, des sentiers qui conduisent aux sitm. Ceux de tout le district sont , en général , de fort petites maisons bâties en terre et en bois, couvertes en tuiles et en assez mauvais état; autour d'elles sont des orangers plantés sans ordre, des bananiers et un champ de manioc. J'entrai dans une de ces maisonnettes pour éviter la pluie, et n'y vis d'autres meubles que quelques pots de terre. « J'habite ce sitio seule avec six petits ence fants, me dit la maîtresse de la maison en versant des ft larmes ; j'ai perdu mon mari il y a quelques mois; je (( suis éloignéede mon père, et je n'ai plus personne qui «c pèche pour moi et ma pauvre famille. »

Le Pâo d'Âssucar avait attiré mon attention; je voulus le visiter, et y chercher des plantes. Ce morne, comme je l'ai dit, est le plus élevé de ceux qui avoisinent la ville, et il domibe du côté du nord ; mais il ne mérite pas son nom, car, à pic, vers le septentrion, il n'offre de pente que du côté du sud. Pour parvenir à son sommet, je suivis un sentier q;ai avait été pratiqué à une époque où l'on craignait une invasion de troupes espagnoles. Partout où le terrain n'est point coupé verticalement, il y croit des bois vierges. On voit aussi des bambous dans toute l'étendue de la montagne; mais, comme cela a généralement lieu sur celles qui sont couvertes de forêts, ils deviennent plus communs dans la partie la plus élevée.

La vue dont on jouit sur le sommet du Pâo d'Assucar

est très-étendue et fort belle; c'est le panorama de toute la contrée. On Recouvre, d'un côté, la haute mer, de l'autre le canal de S. Francisco, les îles dont il est parsemé , les montagnes boisées qui le bordent du côté de l'ouest, et enfin, à l'horizon, la grande Cordillère, qui semble s'étendre en demi-cercle d'Orient en Occident; au nord, on aperçoit, dans le lointain , sur les bords de la mer, les montagnes de Guaratùba ; et, au sud, celles de la pêcherie d'Itapocoroia. Des mornes qui s'étendent au midi de la ville cachent le sud-ouest de File ; cependant on découvre encore une grande partie de cette dernière. Partout le terrain y est boisé; mais on voit beaucoup de sitios dans le voisinage de la ville que l'on découvre entre les deux mornes qui la resserrent. A Textrémité septentrionale de l'ile sont quelques hauteurs ; toute la partie orientale est plate. Aux alentours de la ville la partie occidentale est montueuse ; cependant, en tirant vers le sud de cette même partie , on voit un espace parfaitement plat, mais au delà duquel s'élèvent des mornes qui, cx)mme je l'ai dit , bornent l'horizon , et parmi ces derniers on ^ distingue surtout le Morro da Larangeira, le plus élevé de tous.

Jusqu'au moment où je montai sur le Pâo d'Assucar, je n'avais point encore aperçu d'hirondelles dans l'tie de S. Francisco; mais, étant sur la montagne, j'en vis un grand nombre qui volaient autour de son sommet. Firmiano, qui m'accompagnait, y tua un beau faucon (Guv.) qui était perché sur un arbre mort ; pendant plus de dix minutes que j'avais examiné cet animal, il n'avait pas fait le plus léger mouvement. En général, les oiseaux de proie choisissent, pour s'y poser, les troncs secs, d'où ils peuvent plus

DE SAlIfT-PÂtJL ET DE SAlNTE-GATfiERINE. 1M

facilement découvrir les autres oiseaux dont ils font leur nourriture.

Lorsque j'étais sur le point d'arriver au sommet du Pâo d'Assucar, je m'aperçus que Firmiano était resté fort loin derrière moi; je l'appelai, et il me répondit qu'il était occupé à chercher des vers de bambou (bichos de taquara) . J'ai déjà dit» dans ma première relation de voyage (1], que les Indiens-Malalis tirent de l'intérieur des tiges de bambou un ver dont ils sont très-friands» et que certains Portugais-Brésiliens partagent le même goût; j'ai ajouté que le yieux Januario , commandant de la septième division, dans la province de Minas , faisait garder des provisions de vers de bambou fondus sur le feu , comme nous en gardons de graisse ou de beurre (2). Je n'avais vu, chez les Malalis, le bicho de taquara que desséché et séparé de la tète; sur le Pâo d'Assucar, j'en examinai des individus vivants, et je les décrivis sur le lieu même. Ce ver, qui n'est autre chose qu^une chenille, et que M. Latreille, d'après les détails que je lui donnai à mon retour, rapportait aux genres Cossus et Hipiale (3), est un peu moins long

(1) Voyage dans lesprovtnces de Rio de Janeiro et de Minas Geraeê, Yol. I, 432 et suiv.

(2) Je ne puis in*einpècber de répéter ici ce qae j*ai dit des effets singuliers que produisent les yers du bambou sur les Indiens de Pussanha. « Lorsque Famour leur cause des insomnies, ils avalent un de ces yers « qu'ils ont fait sécher sans en ûter le tube intestinal , et alors ils toni- « beat dans une espèce de sommeil extatique qui dure plusieurs jours. « Celui qui a mangé un yer desséché du bambou raconte , en se réveil- « lant, des songes meryeiUeux ; il a vu des forêts britiaotes , il a goûté « des fruits exquis. Mais, avant de manger le bicho da taquara ^ on a « grand soin d*en 6ter la tète que Ton regarde comme un poison dau- « gereox. » (L. c.)

(8) On peut consulter, sur les genres Cossus et Hipiale, ce qu*é- II. 19

SgO VOYAGE DANS LES PROVINCES

que le doigt y mou , lisse , luisant , et se compose de treize anneaux : les trois premiers de ceux-ci portent des pieds ; viennent ensuite deux anneaux qui n'en ont point, et après cela quatre autres qui en sont pourvus. Le corps de rin^* secte est presque blanc; mais sa tète, d'une forme arrondie, a une couleur fauve. Le premier des anneaux est également fauve ; le second porte une bande de même couleur, et le troisième une simple tache ; de chaque côté de huit de ces anneaux est un petit point noir. N'ayant pas fait la description du bicho de taquara des Malalis, je ne puis dire, avec une entière certitude, qu'il appartienne exactement à la même espèce que celui de S. Francisco; mais, s'il n'y a pas une identité parfaite , il est du moins vraisemblable qu'il existe entre les deux insectes des rapports très-intimes. Les Botocudos, me dit Firmiano, ne sont pas moins friands que les Malalis des bichos de taquara, et ceux d'entre eux qui en mangent abondamment ont coutume d'engraisser. Firmiano prenait le ver, le séparait en deux parties, ôtait la tète et le tube intestinal, et suçait la graine qui restait sous la peau. Malgré la répugnance extrême que me causait ce mets, je voulus y goûter, et je lui trouvai une saveur très-délicate qui me rappela celle de la crème.

Très-souvent José Marianno chassait dans une pirogue sur le bord de la baie et dans les îlots dont elle est parsemée ; l'adjudant ordonnait à un ou deux miliciens de lui servir de rameurs , et au retour je les dédommageais de leurs peines. Je voulus un jour être de la promenade : elle

crit Latreille lui-même dans le nègne animal de Cttt>»«r, éd. laSQ, vol. V, 397, 398.

Ninante. Nous nous embarquâmes dans une très- \gue que le moindre mouvement faisait vaciller, Ne, pendant le premier quart d'heure, je ne pus ie quelque crainte ; mais la tranquillité de '^ m'eut bientôt rassuré. Le temps était >^u de vent; le canal ressemblait à un atouré de terres basses et de montagnes , ws autres couvertes de forêts. La chaîne mari- .âOntrait dans le lointain , et ses teintes vaporeuses y^issaient l'âpreté produite dans le paysage par le vert bre des petites montagnes les plus voisines du port. îion& éloignant de S. Francisco, nous arrivâmes aux ilôts qui, vus de cette ville, semblent borner le canal. Nous descendîmes d'abord à F îlot de Maracujâ (du guarani fnburucuia, nom générique des passiflores), qui forme une sorte de calotte hémisphérique et n'a qu'une centaine de pas de circonférence. Tout autour de cet îlot on avait laissé une bordure de bois ; mais je trouvai le milieu défriché et planté de haricots. Mes rameurs me dirent que plusieurs autres îlots étaient également cultivés en tout on en partie. Après avoir quitté celui de MaracujA, je débarquai dans un autre où l'on'n' avait fait jusqu'alors aucun défrichement et qui était encore entièrement couvert de .bois. Je me mis à y arranger quelques plantes qui appartenaient à la Flore de Rio de Janeiro, et pendant ce tempslà je fus dévoré par des milliers de moustiques. Dans le Toisinage de ces îlots, quelques rochers nus et blanchâtres s -élèvent au-dessus de la surface du canal, et c'est là que l'on voit le plus d'oiseaux de rivage. Deux espèces de Stuna s'y rassemblent en troupes nombreuses ; le Begoa ( cormoran}, les hérons blancs et le Bayagu s'y trouvent aussi

très-abondamment, mais presque toujours par paires. En allant, nous avions traversé le milieu du canal; en revenant nous côtoyâmes Tîle de S. Francisco , et j'y vis un très-beau sttio qui appartenait au décimateur (dezimeiro). Qui aurait pu être riche dans le pays , si le fermier de la dtme était resté pauvre (1 ) ?

J'éprouvai à S. Francisco les embarras quMl fallait es^ suyer partout, quand j'avais quelque chose à obtenir des ouvriers. J'avais été assez heureux pour me procurer des caisses qui m'étaient devenues indispensables; mais je cherchais inutilement des cuirs pour les faire couvrir. Cependant je périssais d'ennui à S. Francisco; je connaissais depuis bien longtemps le petit nombre de plantes qui alors étaient en fleur, et l'adjudant, ma principale ressource» était presque toujours absent.

Le lendemain de mon arrivée à S. Francisco , J'avais rencontré le curé ; mais il s' en faut bien que sa société pût me procurer quelque agrément ; car il était évident qu'il ne jouissait pas de toute la plénitude de ses facultés intellectuelles. Il m'avait promis de me rendre visite; il fut très-longtemps sans tenir parole, et, lorsque enfin il vint chez moi, j'eus à regretter qu'il ne m'eût pas entièrement oublié. Il n'y eut pas, en effet, d'extravagances, et obscénités, d'impiétés qu'il ne me débitât. Il était facile de reconnaître qu'il avait eu quelque instruction, et l'on m'assura que sa conduite avait été autrefois régulière ; mais peu à peu il s'était adonné à l'ivrognerie; il s'était mêlé aux simples mariniers, aux nègres, aux hommes les plus

(1) Voir ce que j'ai écrit sur les fermiers de la dlme en plusieurs endroîto de mes autres ouvrages.

grossiers ; sa raison avait fini par s'altérer, et il était tombé dans le dernier avilissement. Il n'est pas de pays où un pareil malheur ne puisse arriver, mais il n'en est pas où Ton souffrit qu'un homme aussi abruti , aussi scandaleux que le curé de S. Francisco continuât à être , pour une population considéi'able, le seul ministre de la religion. Ce qui n'est pas moins étonnant, c'est que personne dans le pays ne me dit du mal du curé; on paraissait souffrir de sa conduite, et l'on s'exprimiait à son égard dans les termes les plus modérés, ou bien on gardait le silence. Il n'a certainement jamais existé un peuple, disons -le à la louange des Brésiliens, qui ait poussé la prudence plus loin qu'ils ne faisaient alors et chez lequel les emportements soient aussi rares; mais, par cela même, il faut bien l'avouer, l'esprit d'intrigue était porté, parmi eux, plus loin peut-être que partout ailleurs, et, quand ils haïssaient, c'était avec profondeur (1).

(1) Dans sa carte du Brésil méridional , l'Anglais Luccock , qui était k Sainte-Catherine en 1813, représente Ttle de S. François comme é^nt sitaée à rentrée d'une baie arrondie où se jetterait le Rio de S. Francisco descendant de la grande chaîne. Voici , à présent , comment le même auteur décrit le pays : « Le S. Francisco est la seule rivière im- « portante de la province de Sainte-Catherine. La contrée où il coule « est marécageuse et malsaine. De petits torrents descendent des mon- « tagnes ; ils apportent avec eui beaucoup de terre, et ceUc-ci, déposée « tu pied du SerrOf forme, avec le sable rejeté par la mer, une contrée < plate où abondent les lacs et. .les marais. Aux deux extrémités de « rUe principale, il y en a plusieurs qui sont plus petites et couvertes « de bois de peu de valeur, u U ne serait pas prodigieusement facile de retrouver, dans cette description, le district de S. Francisco, et cependant j'aime encore mieux la géographie de- M. Luccock que son ethnographie, que la manière surtout dont il parle de la religion professée par les Brésiliens. Ce qu'a écrit John Mawe sur S. Francisco doit être tussi considéré comme non avenu {Travels, 56, 58).

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