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CHAPITRE XXV

LA PÊCHERIE D'ITAPOCOROîA.

Départ de Ttle de S. Francisco. — Description dn Rio de S. Frandsct depuis Vîlha do Mel josqu'à la passe méridionale. — Le poste milif taire da bord de la rivière Piraqué; promenade sur le rivage de It mer; plusieurs flots. — Moyens de transport. — Le Rio liapieé. — Les Indiens sauvages de la province de Sainte-Catherine. — Le chimiiii s'éloigne de la plage ; des terres toutes cultivées , des sitios fort rapprochés les uns des autres ; costame des femmes. — Le Itio é^lta* jûba\ un ciemple remarquable de longévité. — Praia da Piearra: des traces de sang mêlé chez les habitants du pays. — L'anse d*7lapocoroia . — Varmaçào du même nom. — Histoire des armaç^s. — Celles de la province de Sainte-Catherine; leurs produits. ^ Destfription de Yarmaçâo cCllapocoroia. — Détails sur la pêche de9 baleines et sur la manière d'extraire Thuile de la graisse de ces animaux. — Les hommes employés à la pèche; leurs mœurs. — Voyage par mer dltapocoroia à la ville de Desterro.

Je finis par surmonter tous les obstacles qui m'avaient retenu dans Tile de S. François où j'augmentais fort peu mes collections de plantes» et je partis le 21 avril» pour me rendre, en partie par mer» en partie par terre» à 1q pècherif; d'Itq)ocoroia (1).

(1) Itinéraire approiimatif de la ville de S. Francisco à edlè de Desterro ;

DE SAmT-PlUL ET M SÂlfrTE-CATffERINE. 295

L'ac^odant m'avait fait préparer une barque (lancha) sur laquelle étaient quatre rameurs et un pilote, et nous mimes à la voile à dix heures du matin.

J'ai déjà décrit le Rio de S. Francisco jusqu'à l'île dite Aha do Mel, qui est rase, marécageuse, couverte de raanglierft n* 1659, et Tune des plus grandes du canal. La partie de llle de S. François parallèle à Fllha do Mel présente une avance à laquelle on donne le nom de Ponta Grosse, et c'est à l'endroit où commence cette dernière que le Rio d'Araquary (1) a le plus de largeur. De là, en jetant les yeux derrière soi , on jouit d'une vue trèsigréable ; on découvre , avec la Barra do Norte, la partie la plus septentrionale de l'île S. Francisco, la ville dominée par le Pâo d'Assucar, la plus belle portion du caiial, les îlots dont il est parsemé et les montagnes de la petite chaîne du fort qui , dans le lointain , n'offrent plus ëes.teintes aussi sombres. Au sud de l'Ilha do Mel, le cataal se rétrécit, et l'on voit que, entre les deux barres et indépendamment du bras intracontinental, il forme, comme Ta dit Cazal (2) , une sorte d'arc dont la corde serait une ligne imaginaire passant par les deux extrémités de l'île de S. François (5). Ayant laissé derrière nous l'Ilha do

Legoas.

De la ville de S. Francisco à la Barra d^Araquart, par eau. 5

DeB. d'A. àuQ «tïto^ près Barra Velha 3

De B. V. à Itapocoroia, pêcherie 3

D'It. à Desterro , par mer

(1) Go se rappeUe que le Rio d'Araquary est la partie du canal qui s'étend depuis le bras intracontinental jusqu'à rentrée du sud.

(2) Carog. Braz,, 1, 189.

(3) En jetant un coup d'œil sur la carte de M. Torrezâo, officier de la

Mel (l)y nous passâmes devant deux autres iles également plates dont j'ai déjà parlé, celles dos Barcos et à*AfUonio daSilva, qui, avec la première, sont les plus grandes de tout le canal. Vers le midi de Tile S. Francisco, le bord de la mer devient plat ; mais on voit encore des mornes k quelque distance, et il y en a également, à ce que me dit mon pilote, du côté du sud-est.

jNous étions partis ayant la marée contre nous, et, quand le soleil se coucha, nous nous trouvâmes encore bien loin de la Barra d'Araquary. Cessant de distinguer les objets, je m'étendis sur une natte et m'endormis d'un sommeil profond. Au bout de quelques heures, je me réveillai au bruit que faisaient mes rameurs discutant avec vivacité. Les uns prétendaient que nous avions dépassé le lieu où nous devions nous arrêtée et où était un détachement de soldats chargés du service de la barre ; que, par conséquent, avançant encore, nous entrerions dans la haute mer ; les autres, au contraire, soutenaient qu'il s'en fallait de beaucoup que nous fussions si loin. Nous marchions alors à l'aide de notre voile; nous jugeâmes tous qu'il était prudent de la car-

marine brésilienne, on se convaincra de la justesse de cette comparaison.

(1) « A partir de Ttlc de Mel, la navigation de TAraquary est asseï « difficile, les canaux étant très-étroits et faisant de grands détours. La « barre est fort dangereuse , et la profondeur de 1 brasse 1/2 n*euste « que dans un canal étroit autour duquel la mer brise avec violence... « En résultat, cette rivière (le Rio de S. Francisco) n*est pas navigable « sans pilote. » Les marins qui voudront visiter ces parages feront bien de consulter la petite Description hydrographique des parti de Porto Bello, llapocoroia, Rio de S. Francisco de M. Antonio Xavier de Noronha Torrezûo d*où j*ai extrait les phrases ci-dessus, et qui est insérée dans les Annales marilimes, 111, de 1847.

DE SAINT-PAUL ET DE SAINTE-GAraERINE. Mt

guer. Mes hommes se mirent à ramer lentement , en suivant le rivage le plus près qu'il était possible, et, à la grande satisfaction de tout le monde, il fut reconnu que nous étions encore à quelque distance de l'endroit où nous devions passer le reste de la nuit.

U était deuK heures après minuit quand nous y arrivAmes. Là était posté, comme je l'ai dit, le détachement de gardes nationaux chargés du service de la Barra d'Araquary. Ces hommes avaient pour abri une chaumière construite, du côté de la terre ferme, sur la rive gauche du Rio Piraqué, le dernier des cours d'eau qui se jettent dans

le canal au nord de sa sortie (1). Je ne devais pas aller par eau plus loin que ce poste; je congédiai mes rameurs; les gardes nationaux partagèrent avec moi leur chaumière.

Les chevaux qui devaient transporter mes effets à Ttapocoroia, et qui avaient été demandés depuis plusieurs jours par le commandant de S. Franci3C0, ne se trouvèrent point à la garde du Piraqué, et je fus forcé de rester dans cet endroit une journée tout entière. Je l'employai à her-

(1) Le nom de Piraqué a été également appliqué ï deux rivières de la province de Rio de Janeiro dans laquelle on trouve aussi un Ribei^ uo de Piraqvéguaçû (Mill. et Lop. de Mour., Dicc, II, 326). U faut se garder de confondre les Rios Piraqué avec les Rios Piriqui (Piriqui Mirim et Piriquiguaçu), rivières de la province d*£spirito Santo (Voyage liUO' rai, II, 300); Fétymologie est, d'ailleurs, entièrement différente, puisque Piraqué est le nom d*une très-petite espèce de poisson, et P^qui un lien où il croit du jonc. J'écris Piraqué et Piriquiguaçu, en me conformant à l'orthographe portugaise , exactement comme ont fait Blllliet et Lopes de Moura. Cazaî ne fait mention ni des deux rivières Piriqui ni du village de Piriquiguaçu ; mais, comme on l'a vu plus haut, il admet le Jlto Piraqué (conf. Mai. Neuw., Bra$ilien, 54).

boriser ; .mt réootte fut la meilleure que j'eusse firite depuis Curitiba.

Tout autour du poste sont des terrains humides et yaseux couverts de mangues [Laguncularia racmnosa^ Gœrt.)^ et où il ne croit guère d'autres plantes. Je passai le Piraqné et je suivis la plage du côté du sud, bien au delà du Rio de 8. Francisco. Cette plage est composée d'un sable blanchâtre qui enfonce sous les pieds , et où crott presque partout nn petit nombre seulement de plantet épa'rses, siais qui cependant présente çà et là quelques pe^ louses passablement garnies. An-dessus de la plage sont des bois très-serrés> à Feutrée de^uels je vis un sMo. Le proprîâaire était occupé à étendre ses filets sur le rivage pour les faire sécher, et il me dit que le poisson était asses abondant sur cette côte. Cet homme possédait quelques vaches dont je goàtai le lait qui me parut presque sans saveur ; ce n'était plus là le lait crémeux des Campos Geraes. Les plantes les plus communes sur cette plage sont la Calycevée 165G, la Convolvulacée 1679, les Cypéracées 4708 biê et 1710, TÀpocynée 1707, et enfin les feijoes da Praj/e*, si communs à Rio de Janeiro sur les bords de la mer [Sophora Uttoralis).

. Ëp passant devant la Barra d'Araquary, je vis les trois îles dites dos RemedioSy qui font à peu près face à l'extrémité méridionale (1) de l'tle de S. François, et sont situées à peu 4q distance de cette extrémité. On les appelle, iH'jW|k dit, dos Remédias , parce qu'en cas de besoin ell^ âmnt d'abri aux embarcations qui ne peuvent en-

{\) G*est à tort qae, dans mon fragment sur ViU de S. François , on a imprimé septentrionale.

DE SARfT4>AVL «T DE ftAffîTIS-CATHERINE. m

trer dans le canal. Elles «ont fort petites , mais elles ont de Teau et sont susceptibles d'être cultivées, et, si personne ne s'y est établi jasqu'à présent (1820*), c'est, m'a-t-on as- «ipé, parce que l'on serait souvent privé, par les vents eontraires, de communiquer avec la terre ferme. A quelque distance des Ilhas dos Remedios, j'en vis deux plus petites encore, appelées l'une llha dos Lobos (tie des loups], et Tautre Ilhu da Tapetinga (du guarani tapetygay chemin Uanc). On découvre aussi, étant sur la plage, un peu au delà de la Barra d* Araquary, les quatre îlots dits dos Tarnhoretes (des tabourets) (i), qui, situés à peu de distance de l'extrémité méridionale de Fîle de S. Francisco, mais parallèlement à la côte orientale, sont disposés sur une même ligne, éloignés k peu près également les uns des autres, et ont tous une forme arrondie , comme l'indique leur nom.

Le lendemain de mon arrivée au poste de "Piraqué, sur leô huit heures du matin , parurent enfin les chevaux et les hommes qui devaient transporter mes effets de cet endroit à Itapocoroia ; mais les chevaux n'avaient, au lieu de bâts, que des lombilhos ^ petites selles légères dont fai déjà parlé, et leurs conducteurs ne s'étaient munis ni de cuirs pour couvrir les charges, ni de courroies pqur attacher ces dernières [sohrecargas]. Il fallut passer un temps considérable à lier les malles avec des cordes, et nous par- ' Urnes fort tard. Sur toute cette côte, pn ne conndt d'autre moyen de transport que la pirogue ; les diefMx» qui sont petits et vilains , ne servent que pouf li^ selle ,

<1) Cest à tort que Ganl n'ea indiqae que deux {florog. Bràx,, I,

et l'on ignore la manière de s'en servir comme bètes dé somme.

Nous suivîmes pendant plus de'l lieue une plage aride et sablonneuse, à l'ouest de laquelle sont des bois. Dans le lointain, l'horizon est borné, vers le sud, par les mornes d'Itapocoroia qui, décrivant un demi-cercle, font uqe avance considérable dans l'Océan, et entre lesquels on distingue deux sommets à peu près égaux , dont la forme rappelle celle d'une mitre. Après avoir fait une couple de lieues, nous arrivâmes à l'endroit où communique avec la mer un lac formé par le Rio Itapicû (du guarani ytapec^, pierre concave) (1), qui prend sa source fort loin dans l'intérieur. Ce lac étroit, long de plus de 1 lieue, s'étend parallèlement à l'Océan, et n'en est séparé que par une langue de terre large de quelques centaines de pas. Son ouverture, plus septentrionale que le lit de la rivière ellemême , est étroite et a changé plusieurs fois de place ; la partie du lac qui est au nord de l'ouverture porte le nom de Lagoa da Cruz ( lac de la croix ) , et a tout au

(1) J'écris ce mot de la même manière que Gazai, et comme je Tai entendu prononcer dans le pays. En écrivant Itapecû, M. Aube s'est rapproché davantage de Tétymologie indienne. Au reste, si les deux écrivains que je cite ici ne sont pas d*accord sur le nom de Tltapicû, tous les deux ont donné sur cette rivière des détails intéressants. Le premier dit (Corog. Braz., l, 189) qu'elle forme une chute à 10 miUes de son embouchure et qu'elle reçoit les eaux du Piranga, de VVpi' tanga, de Vltaptcû Mirim, du Jaraguâ et du Braço, Suivant le second (lMUifg/$f^ ntapicù arrose une des plus belles parties de la province ; sa cfa^ta^ijikLrrait être aisément nivelée, et il serait facile aussi de former un cinallàÂérieur qui réunirait Fextrémité de Fltapicû {Lagoa da Cruz) avec le Rio d'Araquary. — M. Van Lede n'a dit que quelques mots de ritapicù, et il écrit ce mot de la même manière que M. Aube (CoUmisaiion, 101).

DÉ SAINT-PAUL ET DE SAINTE-CATËERINE. m

plus un demi-quart de lieue; la partie méridionale s'appelle Lagoa da Barra Velha (le lac de la vieille barre), parce que c'est dans cette partie que les eaux s'étaient autrefois pratiqué une issue.

A l'embouchure actuelle était placé un détachement de gardes nationaux chargé de recevoir les ordres envoyés à S. Francisco par l'administration de Sainte-Catherine et de les porter au poste de Piraqué. Les deux gardes nationaux qui passèrent mon bagage sur la rive méridionale de l'ouverture du lac n'avaient pas plus de quatorze à quinze ans ; comme le service du roi y ainsi qu'on s'exprimait alors, exigeait beaucoup de monde dans la province de Sainte- Catherine, on avait pris pour la milice jusqu'à des enfants. On mit un temps considérable à transporter mes effets, parce que la pirogue ne pouvait contenir que trois malles à la fois; il fallut aussi beaucoup de temps pour recharger les chevaux, qui, la plupart, avaient déjà des blessures, et il était déjà fort tard quand nous nous remimes en route.

Nous suivîmes la langue de terre étroite qui sépare^ le lac de r Océan : elle n'offre, en général, que du sable, où croissent çà et là quelques herbes ; cependant ce lieu est charmant.

A gauche, on côtoie la mer; à droite est le lac, dont les eaux, parfaitement tranquilles, contrastent avec le mouvement des flots qui viennent battre la plage ; des forêts d'une agréable verdure s'étendent jusque sur les bords du lac, et l'image des arbres se réfléchit dans ses eaux ; à rjtorizoa on aperçoit toujours les montagnes d'Itapocoroia. ÇJfààni on arrive en face de l'endroit où Tltapicû se jette dans le lac, on jouit d'une vue plus belle encore. Cette rivière peut avoir la largeur qu'a la Marne auprès d'Alfort; elle vient

voges seront traversées pas des routes est bien éloigné eti« core ; ne serait-il pas digne de M. Antero José, qai montre tant de sagesse dans ses rapports, de chercher les moyens de faire devancer cette époque? Les anciens missionnaires n'attendaient pas que le pays fût défriché pour se jeter au milieu de peuplades plus cruelles que les Bugres, car elles étaient anthropophages, et Ton a vu de nos jours le Français Marlière (1) civiliser, autant qu'ils peuvent l'être, les Botocudos, qui, de tous les Indiens actuels, passaient pour être les plus féroces.

Après avoir quitté le sitio où j'avais passé la nuit, nous nous éloignâmes de la plage et nous suivîmes un chemni qui traverse, dans un espace d'environ 1 lieue , des terrains très-plats, tous cultivés sans qu1l y eût entre eux aucun intervalle en friche ; ce qui loin des grandes villes est une véritable rareté. Ici les sitios sont aussi rapprochés les uns des autres que le sont les maisons dans les environs

(1) M. Aube dit, dans son excellente Notice (47), que les Bngres oot la face large, les yeux an peu diyergents, et qae leurs traits rappelleDt ceux des Mongols; ce sont les signes caractéristiques qui, sans aucun doute, appartiennent à toute la race américaine ; mais , quand le même auteur ajoute « que ces hommes ont des yeux sans expression, qui paraissent nager dans leur orbite et semblent accuser le manque dMntelligence, » il indique un caractère qu^aucnn auteur, à ma connaissance, n*a signalé et que je n*ai observé ni chez les Indiens civilisés de la côte ni chez les Guaranis des anciennes missions de rUruguay ou les oombrenses peuplades dont j'ai tu les restes, et encore moins chez les Coroadas ite Curitiba, femmes au regard intelligent, qui appartenaient à peu ^HfltmoL même pays que les sauvages de Sainte-Catherine. M. Anbé n'a point vécu au milieu de ces derniers, puisqu'ils sont en guerre avec les blancs ; il aura pu voir quelques pauvres prisonniers abrutis par le chagrin , par la perte de leur liberté, peut-être par de mauvais trai* tements.

DE SAINt-PAUL Et DE SAIf^TE-GAÎHERINE. 305

de Rio de Janeiro, et la terre, fort sablonneuse, est, eu général, plantée de manioc. Les végétaux qui croisitent auprès des chemins et dans le voisinage des maisons sont ceux que Ton trouve près de la capitale dans des localités semblables ; je puis citer, entre autres, un Tagetes et le n"" 1708 qui appartient aux Chénopodées, famille peu nombreuse au Brésil.

A mesure que nous avancions, les habitants de tous les sitios se mettaient à leur porte pour nous voir passer. Les femmes non-seulement ne prenaient pas la fuite; mais elles nous rendaient nos saints avec politesse. Ce jour-là était un dimanche; elles étaient, en général, proprement mises, et je remarquai qu'au lieu d'avoir, comme celles de Minas , la poitrine et les épaules découvertes , elles portaient toutes un châle de mousseline; plusieurs d'entre elles avaient aussi la tète enveloppée d'an fichu qui était également de mousseline.

4 l'extrémité des terrains plats et cultivés dont j'ai parlé tout à l'heure, se trouve l'embouchure d'une petite rivière qui coule au pied d'une colline sur laquelle était un silio. Cette rivière, appelée Rio d'Itajuha (des mots de la lingoa gérai itUy pierre, jnba, jaune, et y, rivière, rivière de la pierre jaune), est guéable (1) dans la marée basse; mais nous y arrivâmes à la marée montante, et il falhit décharger les chevaux, passer tout le bagage dans une très-petite pirogue, et ensuite le faire porter à dos d'homme sur le sommet de la colline. Le propriétaire du sitio qui J[ était

(1) Dans moD fragment iutilulé. Vile de S. Franeieco, oa a imprimé, agréable dans la marée basse, ce qai ne présente pas de sens. U. 20

bâti avait encore sa mère et voyait les petits-enfants de sa fille.

Après être descendus de T autre côté de la colline, bons nous trouvâmes sur une plage qu'on appelle Praia da Picarra (i) qui borde une anse assez large, limitée, du c6té du nord, par la colline d'Itajuba, et, du côté du sud , par le morne de Carnbri. Au delà du rivage, le terrain est généralement un peu élevé , et de distance à autre on voit de petits sitioSy qui ne sont le plus souvent que de pauvres chaumières. Tout ce canton est très-habité; mais, à une demi-lieue ou trois quarts de lieue de la mer, il n'y avait déjà plus, lors de mon voyage, que des forêts désertes et sans propriétaires.

On découvre quelques traces de sang indien chez les habitants du pays; mais, m'a-t-on dit, elles disparaissent de plus en plus, pàtûe que, continuellement, il vient s'établir ici des hommes de l'ile de Sainte-Catherine qui, pour la plupart, tirent leur origine des îles Açores et sont de race caucasique parfaitement pure.

Ayant marché quelque temps sur la plage de Pîçarra , nous arrivâmes sur le bord d'une petite rivière qui porte le nom de Rio d'iriri. On l'appelle aussi Rio da Guarda^ parce qu'on a placé sur sa rive droite un poste de gardes nationaux chargé de porter aui détachements voisins les dépêches envoyées par les autorités. Mes effets furent en-

(1) JVBpis comme j'ai entenda prononcer dans le pays; mais, suivant MM..lf|fllet et Aube, ce serait Pissaras (Dicc, Brax^^ II, 330. — Police , 33). L^mot portugais Piçarra signifie un mélange de caillooi et de sable.

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core déchargés une fois et passés dans deux petites pirogues conduites chacune par un garde national.

De la plage de Piçarra on ne voit plus les mornes d'Itapocoroia, qui sont cachés par celui de Cambrî; mais ce dernier, qui, comme je Tai dit, forme la limite de Tanse, produit un joli effet dans le paysage : il est arrondi et cou^vert de bois au milieu desquels on aperçoit un siHo bAti à mi-côte.

Après avoir passé derrière la pointe de Cambri et tra^ versé la petite rivière du même nom, sur un pont en bois dans le plus mauvais état, nous arrivâmes sur la plage qui borde F anse d'Itapocoroia (Enseada â! Itapocoroia) (1). Celle-ci s'étend de la pointe de Cambri à celle dite da Viyia et forme, dans les terres, une avance profonde, large, demicirculaire. Au-dessus de la plage s'élèveqt d^ morues inégaux et couverts de bois. Les plus tumtft Mut ceux qui^ lorsque j'étais entre le Piraqué et Tltapicâ (2), m'avaient paru ressembler à une mitre, mais qui, en réalité, moins rapprochés r un de l'autre qu'ils ne semblent Tètre dans réloignement, se présentent, vus de près, avec des formes très-différentes de celles qu'on leur avait attribuées d'abord. Au fond de l'anse, mais beaucoup moins loin du Morro da Vigia que de celui de Cambri, on aperçoit, sur le bord de la mer, au pied d'une colline, les vastes bâtiments de la pêcherie (armacào) d'Itapocoroia.

Arrivé à cet établissement , j'y fus trè^^-bien reçu par

(1) Avec MM. Anbé et Torrefao, j'écris Ilapoeoroia, parce qjS^ c'est aiusi qu'oQ prononce dans le pays. On trouve ailleurs ItapacôVoia, Itap<icoroya, Ilapocoroi ou Hapocoroy, Ce mot parait venir éû guarani Itapacord, ressemblance avec un mur de pierre.

(2) Voir plus haut.

r administrateur déjà prévenu de ma visite. C'était un vieillard gai, honnête, qui avait été autrefois capitaine de navire marchand y et dont la conversation n'était pas sans intérêt.

Ce fut dans la province de Bahia que les Portugais établirent, pour la première fois, des armaçôeSy nom que l'on peut traduire pdiV pêcheries y et que Ton donne aux établissements d'où partent les barques qui vont à la pèche, et où l'on amène ensuite les baleines pour en extraire de rhuile.

Les pêcheries de Bahia étaient déjà en activité quand on en forma trois autres dans la province de Rio de Janeiro, et bientôt S. Paul et Sainte-Catherine eurent aussi les leurs. La pèche fut d'abord parfaitement libre ; mais ensuite elle passa entièrement entre les mains du gouvernement, qui l'abandonna à des fermiers. Ceux qui s'en chargèrent en 1765, la prirent pour douze ans, moyennant un payement annuel de 80,000 cruzades (20,000 fr.), et dans l'espace des douze années ils gagnèrent 4,000,000 de cruzades (1,000,000 de fr.) (1). A cette époque, la pêche était tellement abondante, que l'on prit, dans une des pêcheries, 5S3 baleines ; mais de si brillants succès ne furent pas de longue durée; le gouvernement Gnit par ne plus trouver de fermiers, et en 4801 il renonça au monopole (2).

À l'époque de mon voyage, on comptait, dans la seule province de Sainte-Catherine, six armaçdesy savoir, en com-

(1) Vâr les évaluations de M. de Freycinet dans.^oa Voyage autour du monde, part, hist., 1, 268.

(!2) JacÎDtho Jorge dos Anjos Correa in Pizarro, Memorias hisloricas, IX, 289. — José Feliciano Fernandes Pinheiro, Annaes daprovinciade S, Pedro, 2" éd., 434.

mençant par le nord, celle de File dite da Graça , à l'entrée septentrionale du canal de S. Francisco, qui était la plus récente et ne datait que de 1807; celle d'/^apocoroia, établie en 1777 ou 1778 ; ïArmaçào Grande ou deiVo^^a Smhora da Piedadey^k Feutrée septentrionale de File de Sainte-Catherine, sur le continent, fondée la première, en 1746 (1) ; celle da Tjigotnha , sur la côte orientale de Ftle de Sainte-Catherine, en 1772; celle de Garopaba, en 179S; enfin celle HEmUtuha, en 1796 (2).

La pèche commençait au mois de juin et durait jusqu'à la mi-août. Dans cette saison, les baleines, probablement chassées de la mer du Sud par la rigueur du froid, venaient mettre bas sur la côte du Brésil. Comme ces animaux ne produisent qu'un petit à la fois, leur nombre, dès Fépoque de mon voyage, allait en diminuant d'ut^é manière trèssensible. Dans les premières années de l'éâlibllissement des pêcheries, c'est-à-dire vers 1748 ou 1760, la seule Armaçâo Grande avait fourni jusqu'à 500 baleines , et depuis 1777, Fépoque où fut construite Yarmaçào d' Ilapocoroia^ on avait encore pris , dans le voisinage de cette dernière, jusqu'à 300 de ces animaux ; mais, en 1819, l'on n'en pécha que 59 dans toutes les armaçoes réunies. On avait remarqué que, si, dans le courant de Fannée, le vent était resté longtemps au sud, la pèche était plus abondante. On retirait de chaque baleine de 12 à 20 pipes d'huile, et l'on comptait 15 pipes pour terme moyen (5).

(1) Mawe dit qoÊai 1807 od eigployait 150 nègres dans FArmacSo Grande, et il fait le plus pompeux éloge do la grandeur et de la beauté de cet établissement (Travels, 53).

(2) Ces dates sont empruntées à Pizarro {Mem. hist,, IX).

(3) D*après Freycinet (Foyo^c autour du monde hiêt,, 1, 267), la pipe

Une partie des bâtiments de la pêcherie d'Itapocoroia s'étendaient sur le bord de la mer. La maison de Tadministrateur, appelée Casa Grande (la grande maison), la chapelle, le logement du chapelain et des employés, avaient été bâtis sur une plate-forme peu élevée, couverte de gazon, qui se prolongeait au pied d'un morne couronné par des bois.

De la maison de l'administrateur on découvrait une vue magnifique. On n'apercevait point l'ouverture de l'anse; la plage de Piçarra semblait la fermer ; on aurait dit un vaste bassin arrondi , entouré de montagnes couvertes de forêts. On voyait encore plusieurs autres montagnes dans l'intérieur des terres, et parmi elles il était impossible de ne pas distinguer le Morro do Bahul (le morne du bahut), qui sert de balise aux navigateurs et se termine par une pointe aiguë et inclinée.

Le premier des bâtiments dont j'ai parlé tout à l'heure et que Ton voyait sur le bord de la mer, quand on venait de Cambri, servait de logement aui hommes employés à la pèche. A l'époque où elle avait lieu, ils venaient s'y établir avec leurs femmes, et trouvaient un agréable rafraîchissement dans les fruits d'une multitude d'orangers qui précédaient ce bâtiment.

Celui qui venait ensuite avait quatre-vingt-onze pas de longueur et portait le nom d'engenho de frigir (usine à frire), parce que c'était là que l'huile se fabriquait. On compt|it dans ce bâtiment neuf chaudières de fonte avec leurs foiiftaeaux ; il y en avait eu davantag^autrefois» odaIs

de Lisbonne vaat 5 litres ; je ne présame pas qae celle dont il s'agit ici soit d'une capacité difllérente.

DE SAINT-PAUt ET DE SAINTE-CATHERINE. ^1

ce nombre suffisait amplement pour les pèches qu'on fai^ sait au temps de mon voyage. Les chaudières formaient une calotte hémisphérique et avaient environ 15 pieds 1/2 anglais (ô'^yOQ} de circonférence. Derrière Vengenho de frigir était un autre bâtiment d'égale longueur, divisé, à la hauteur de 16 palmes (5"',â2), en sept réservoirs où Ton faisait écouler ,,par le moyen de canaui de communication, rhuile retirée des chaudières. Ces réservoirs étaient séparés par un mur en briques construit avec soin et recouvert par un plancher dans là partie la plus éloignée de Vengenho de frigir; chacun d'eux avait environ treize pas de longueur, et Ton avait calculé que, dans chaque réservoir, la hauteur d'une palme d'huile ((y",22) équivalait à 10 pipes de ce liquide (1).

Après Vengenho de frigir était, sur la plage, un espace vacant qui correspondait à la Casa Grande et à la chapelle, bâties, comme on Ta vu, sur un plan plus élevé, âu delà de cet espace on voyait les magasins et les logements des nègres qui entouraient une cour carrée.

Les barques {lanchas) qui servaient à la pèche, étant trèspointues aux deux bouts, présentaient la forme d'une navette ; elles étaient légères et avaient six bancs de rameurs. Tous les ans , il en sortait six de Yarmaçao d'Itapocoroia pour aller à la pèche, et chacune d'elles était accompagnée d'une autre barque appelée lancha de socorro, qui, en cas de besoin, venait au secours de la première et n'avait point de harponneurs. Au moment du départ, le chapelain venait sur le rivage faire la bénédiction des barques, et * on donnait la pièce aux gens qui les montaient. Les barques s'é-

(1) Voir la note de U page 309,

»lf VOYAGE DANS LES PROVINCES

Joignaient pfelù de Yamiaçao, Lorsqu'on voyait cette famée que la baleine produit dans l'air en respirant, on approchait de celle-ci avec le moins de bruit possible, et on lui jetait le harpon ; elle plongeait, on la tirait peu à peu, on la perçait avec une lance, et la barque de socorro la remorquait jusqu'à VamiaçàOy où on la plaçait entre deux estrades élevées sur de forts pilotis [trapiches] en face des bâtiments. Là on commençait par la retourner sur le dos, et Ton en détachait le lard par lanières, qu'on portait à Yengenho de frigir, où elles étaient coupées par morceaux plus petits ; on jetait ces morceau^c dans les chaudières et on les y faisait bouillir. Après avoir d'abord surnagé, ils tombaient au fond de la chaudière. Quand la graisse en était sortie, on les retirait, on les mettait sous la presse, et ensuite on brûlait les résidus [tortesmos) dans les fourneaux. L'huile se mettait dans des pipes, et on l'envoyait à Rio de Janeiro. Quant aux fanons , on les laissait tremper quelque temps dans l'eau d'un bassin circulaire, ensuite on détachait les poils dont ils sont parsemés (i).

Les hommes employés à la fabrication de l'huile étaient des esclaves; mais, pour la pèche, on ne se servait que d'hommes libres, dont on était beaucoup plus sûr. Ils étaient payés en raison du nombre de baleines qu'ils avaient pris, et, quand il s'en péchait une, les hommes de toutes les barques recevaient la même somme que ceux

(1) Par U description que je fais icijde rctabb'ssement d*I(apocoroia, OQ toit qae Ton a trompé Tillustre amiral Ronssin quand on lai a dit, d*une manière générale, que les « armaçôes consistaient en des hangars où étaient les chaudières, etc. » {PUole du Brésil, 64.) Cette phrase ne convient pas davantage à Varmarao de Garopaba ni à celle d'Embituva qui nous occuperont plus tard.

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qui avaient harponné; ainsi, par chaque baUlne, tous les harponneurs touchaient 3,000 reis (18 fr. 65 ô.) ; les tîiDoniers des barques destinées à la pêche, i,000 reis (6 fr. 60 c); ceux des barques de secours, 800 reis, et les rameurs dans la même proportion.

Les gens qui travaillaient à la pèche étaient des cultivateurs généralement très-pauvres ; mais , au lieu de se ménager quelques ressources pour Favenîr sur l'argent qu'ils avaient gagné et de cultiver leurs terres, ils se reposaient quand la pèche était finie, et, jusqu'à ce que leur ^argent fût entièrement dépensé , ils passaient leur vie à boire du tafia [cachaça), à chanter et à jouer de la guitare.

J'ai donné une description détaillée dt la pêcherie d'Itàpocoroia telle qu'elle était en 1820, et ¥$6 a vu combien était forte la diminution qui s'était fait^én|6f dans les produits de la pèche depuis 1777 jusqu'en 4#19. Dès lors, il était facile de prévoir que cet établissement et tous ceux du même genre ne subsisteraient pas bien longtemps; il parait qu'ils ont encore duré plusieurs années après mon voyage (1) ; mais, actuellement, il ne resle plus de l'ormaçào d' Itapocoroia que quelques vestiges (â). Comme la

(1) Dans la 2' éd. de ses Annaes da provincia de S. Pedro, publiée «1 1839, M. José Feliciauo Fernaudcs Pinheiro parle des pècherios de la proviace de Saiate-Catherine comme étant toujours en activité. ' ,

(2) Ce sont les propres expressions de Léonce Aube {Notice, jtf), dont récrit porte la date de 1847, et il ajoute que les armaçôes de Nossa Senbora da Piedade (près S. Miguel), d*imbituba et Garopaba ont é^lement cessé d'eiister (1. c, 23, 25). M. Van Lede, qui était à Sainte-Catherine en 1842, dit que « toutes les anciennes pêcheries sont tombées « en ruines, et que, si Ton eicepte Porto Bello, il existe encore quelques

diminution ^ produits de la pèche s'était effectuée pa degrés, elle avait dû préparer à la suppression totale des pêcheries, et, quand celle-ci a eu lieu, il est à croire que les habitants d'Itapocoroia en auront peu souffert. D'ailleurs Targent qu'ils gagnaient ne restait pas dans le pays ; après chaque pèche, ils se reposaient et négligeaient leurs terres ; ils se seront vus forcés de les cultiver ; ce n'est pas là un malheur. Ce qui tendrait à confirmer ce que je dis ici du peu d'influence qu'auront eue sur le canton d'Ita-^ pocoroia la diminution de la pèche et la suppression de Yarmaçào, c'est qu'en 1859 on a jugé ce canton assez peuplé pour pouvoir en faire une paroisse à laquelle on a donné pour limites, au nord, l'Itapicû ; au sud, le Rio Gravatâ (1) (corruption du mot indien caragucUâ^ qui désigne les Broméliées à grandes feuilles) (2).

Malgré son peu d'étendue, la paroisse d'Itapocoroia comprenait, en \SH, une population de 1,417 individus libres et 22o esclaves (3). On y a établi une institution primaire; son église a été consacrée à Motre-Dame du Rocher {Nossa Senhora da Penha).

Comme tout le monde m'avait assuré que le chemin qui va d'Itapocoroia jusque vis-ù-vis de Tile de Sainte-Catherine (Hait fort mauvais et présentait de très-grandes difficultés pour les transports, je me décidai à m'embar-

« baleiniers ; la pèche des grands cétacés est aojoard*hai complètement a négligée. » (Colonisation, 163.)

(1) MiDiet et Lopes de Moura, Dicc, Braz,, H, 2S0.

(2) Tà\ donné, dans mon Voyage sur le lilloral du Brésil (U, 321), des détails fort étendus sur rorigine du mot gravatâ.

(3) Falla que o présidente da provincia de Santa Catkarina dirigiooVde março 1841, doe, 15.

quer (1). L'administrateur voulut bien me prêter une des barques qui servaient à la pèche, et je partis, sur les neuf heures du matin, avec six rameurs et un timonier que j'avais arrêtés au prix de 1 ,920 reis chacun (12 fr.) . Le temps était superbe ; la beauté du ciel , le calme de la mer, la fraîcheur de la verdure des mornes rendirent ce voyage charmant. Mes hommes ne ramèrent que pendant les premières heures, parce qu'ensuite le vent passa au nord-est» et il n'était pas neuf heures du soir quand nous entrénies dans la baie de Sainte-Catherine.

Jusqu'à la plage d*Itajahy, nous rasâmes à peu près la côte ; nous nous en éloignâmes ensuite , mais nous ne la perdîmes jamais de vue.

Arrivés devant une petite croix plantée entre des rochers qui se montrent un peu au-dessus de Teau, mes rameurs se levèrent, se découvrirent, et firent une! pHère à la Vierge et aux âmes du purgatoire pour l'heureux succès de notre voyage.

A mesure que nous avancions, ils me disaient les noms des pointes et des anses devant lesquelles passait notre barque. La première qui se présente après celle dite da Vigia porte le nom de Ponta de S. Roque ; entre les deux pointes, la mer ne fait dans les terres qu'une avance peu profonde. Après la pointe de S. Roque vient une petite anse au delà de laquelle est la pointe de Cantagallo (chantecoq). Entre celle-ci et la Ponta Negra^ il n'y ^ point d'anse véritable. Jusqu'à la Posta Megra les môjràies ne

fl) M. YanLede a soiyi cette route depuis S. José, situé en face de Desterro, jusqu'à Itajahy {CoUmUation, 280-300), et donne sur son voyage des détails qui ne sont point sans intérêt.

bissent auCM intervalle entre eux et la mer ; leur base, formée par le roc dénudé et noirâtre, est battue des flots, et dans le reste de leur hauteur ils sont couverts de bois et de broussailles. Au sud de la Ponta Negra sont Tanse et la plage Sllajahy à laquelle aboutissait le chemin de terre qui, jusque-là, passe derrière les mornes (1). Là, comme je l'ai dit, nous nous éloignâmes davantage de la côte ; mais mon timonier me montra suecessivement', dans le lointain, la Ponta do Cabeçado (pointe de Thomme à la grosse tôle); la Praia Braba (la plage de la mer houleuse]; la Ponla de Cambriaçù; la place du même nom où la rivière , appelée aussi Cambriaçù , porte ses eaux à la mer (2) ; la Ponta da Taquâra (la pointe du bambou) (3); l'anse des Garoupas (nom d'un poisson) (4), qui offre un

(1) A la plage dlUgahy aboutit la rivière du même nom , qui a plus d^étendue que toutes celles de la proviDce, et dont le lit contient, dit-on, des paillettes d'or. C'est aussi sur la même plage qu'a été bâti le petit village d'Itajahy, chef-lieu d'une paroisse où l'on comptait, en 1841, 1,404 individus libres et 137 esclaves. D. Pedro 1" a fondé sur les bords de l'Itajahy deux petites colonies allemandes, qui, en 1844, comprenaient ensemble 227 habitants ( José Feliciano Fcruandes Pinheiro , Annaes, 2« éd., 431. — Antero José Ferreira de Brito, Fallas, 1842, 1844. — Aube, NoUcCf 25, 31). Le mot itajahy vient du guarani ilajai, la rivière des pierres céunies.

(2) Voir plus haut. — On trouve des détails intéressants sur le Cambriaçi!^, comme aussi sur l'Itajahy, dans la Colonisation du Brésil de M. Van Lede, p. 101, 104.

(3) Pizarro écrit Jagitarassaluba, mot qui dérive du guarani taqua» ruçû^ grand bambou, et tiba, réunion, réunion de grands bambous.

(4) L'anse de Garoupas est une des meilleures de la cdte du Brésil méridional. Là, sur le bord de la mer, est située la petite ville de Porto Bello, dont le district, comprenant la paroisse d'Itajahy, présentait, en 1841, une population de 4,825 individus libres et 690 esclaves. (Mill. et Lop. de Mour., D/cc, II, 349. — Ant. José Ferreira de Brito, Falla, 1841.)

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bon mouillage et on Ton venait d'établir uDe colonie de pécheurs tirés du village d'Ericeira en Portugal (i); la PotUa do Cachaçudo (la pointe de T homme à la grosse nuque) (3) ; Tanse das Bombas ; enfin la pointe du même nom, qui est fort large. A peu de distance de cette pointe» en tirant vers le sud, sont trois petites ties inhabitées et couvertes de bois : celle dite das Gales (des galères), dont la forme me parut allongée; Vllha Déserta (lie déserte), et VHha do Anvredo (ile du bosquet, la plus grande des trois). Après la Ponta das Bombas, nous passâmes devant lo plage dite Praia dos Imbus (la plage des fruits appelés imbus) ^ au delà de laquelle on aperçoit des montagnes dans le lointain. Viennent ensuite la Ponta dos Macucos (la pointe des oiseaux appelés macucos et non macucas, TinamtM Brasiliensis , Lath.-Neuw.), et, en face, une petite lie du même nom, qui ne laisse entre elle et la tbrre ferme qu'un canal étroit que nous traversâmes ; c'est Ift que nous commençâmes à voir File de Sainte-Catherine. Plus loin que la pointe dos Macucos est une anse très-vaste appelée Saco das Tijucas Grandes (le sac des grandes boues) (5), parce que la rivière de Tijucas Grandes y apporte ses eaux (4-).

(1) Cette colonie, qui devait s'appeler Nova Ericeirat avait été fondée, comme je Tai dit , sous les auspices du ministre d'État Thomas Antonio de Villa Nova e Portugal. Entièrement composée de Portugais, elle se sera fondue dans le reste de la population , car il n'en est fait mention dans aucun des écrits que j-'ai pu consulter.

(2) Et non Cachaçuda^^ comme écrit Van Ledë.

(3) Le vieui Frezier écrivait Toujouqua. Toir ce que j'ai dit du mot lejuca dans mon Voyage aux sources du S. Prancisco, II.

(4) La rivière de Tijucas Grandes a un cours d'une assez grande étendue. A environ une journée de voyage de son embouchure est situé 5. Joào Batista das Tijucas Grandes, chef-lieu d'une paroisse qui fait

31S VOYAGE DAMS LES PROTINCES

Nous passâmes successivement devant la Ponta dos Ganchos (la pointe des crocs) , et la Praia dos Palmas (la plage des palmes), près de laquelle est une île du même nom. Je reconnus encore la Ponta do Bote (la pointe du canot) ; mais bientôt la nuit nous surprit , et , quoiqu'il fît un trèsbeau clair de lune, il ne me fut plus possible de distinguer les objets.

Naviguant dans le canal qui sépare Tilede Sainte-Catherine du continent, nous passâmes entre deux forts, celui de Santa Cruz^ du côté de la terre ferme , et celui de la Ponta Grossa^ du côté de Tile. Enfin, après avoir traversé le canal dans un endroit où il n'a que quelques portées de fusil de largeur, nous entrâmes dans le port de Sainte-Catherine.

Nos rameurs attachèrent notre barque à la cale {trapiche), et je pris avec moi le timonier, pour tâcher de découvrir M. DioGo DuARTE DA SiLVA , trésorier de la junte, kffui j'étais recommandé et auquel j'avais écrit de S. Francisco, en le priant de mê chercher un logement. Nous errâmes longtemps autour de la ville, et enfin nous arrivâmes chez M . Diogo, qui m' invita à passer la nuit dans sa maison.

partie du district de S. Miguel, et dont ]a population s*éleTait, en 1840, à 1,489 indiTîdas libres et à 204 esclaves. Plus loin que S. Joâo Batista arait été fondée, sous le nom de Nova Italia, une colonie sarde à laquelle une tempête en 1838, et une invasion de Bugres en 1839, ont fait essuyer de grands malheurs, et qui, en 1847, n*exist«t déjà plus ( Antero José Perreira de Brito, Fallas de 1842, 1844 et 1847. — Aube, Notice, 25, 30). M. Ch. Van Lede a écrit Tijuca Grande; mais il a rétabli le nom véritable sur sa carte {Colonisation^ 105; — 2« carte).

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