LA MONTAGNE DES VOIRONS
de (îenève ; il est à deux grandes lieues de la ville. La pente que les Voirons présentent du côté de Genève forme un contraste agréable avec celle de Salè>'e. Celleci est aride et escarpée, au lieu que celle des Voirons, •doucement inclinée, cultivée jusqu'à une très-grande bautéur, avec des prairies au-dessus des champs, et des bois au-dessus des prairies, présente un aspect trèsdoux et très-riant,
Au sommet de la montagne et au milieu des bois, on rencontre les ruines d'un couvent. Ce couvent, situé à une hauteur de quatre cent soixante-huit toises au-dessas du lac, était habité par des bénédictins, qui semblaient avoir été placés là pour expier, par leur ennui et leurs souffrances, la vie trop sensuelle que Ton reproche • aux riches communautés de cet ordre. Une madone en vénération dans le pays, sous le nom de Notre-Damedes-Voirons, était l'objet de leur culte et la cause de leur séjour dans ce lieu si froid et si sauvage. J'ai vu un
. de ces malheureux martyrs que l'air trop vif et trop froid de la montagne avait rendu perclus de goutte, au point qu'impotent de tous ses membres, les doigts noués et recourbés en dehors, il souffrait des tourments affreux. Le ciel, lassé de leurs souffrances, permit que le feu détruisit leur malheureuse demeure ; ils eurent la cons-
^^ lance d^ passer un an ou deux sous une voûte que les flanimes avaient épargnée ; mais enfin on leur a permis d'aller vivre sous un climat plus doux ; la madone a été transférée à Annecy, et la masure demeure inhabitée. Je me rappelle toujours en frissonnant une cour obscure qui occupait le centre du couvent : cette cour était une vraie glacière, remplie d'une neige qui ne fondait ja-