LA DÔLE
j'apercevais bien quelques vapeurs un peu accumulées dans les places où je savais que ces lacs doivent être ; mais je ne voyais pas distinctement leurs eaux. Ce que Ton voit bien clairement, et qui forme un magnifique spectacle du haut de la Dôle, c'est la chaîne des Alpes. On en découvre une étendue de près de cent lieues, car on les voit depuis le Dauphiné jusqu'au Saint-Gothard. Au centre de cette chaîne s'élève le Mont-Blanc, dont les cimes neigées surpassent toutes les autres cimes, et qui, même à cette distance d'environ vingt-trois lieues, paraissent d'une hauteur étonnante. La courbure de la terre et la perspective concourent à déprimer les mon- ^\. tagnes éloignées, et comme elles diminuent réellement de hauteur aux deux extrémités de la chaîne, on voit les hautes sommités des Alpes s'abaisser sensiblement à droite et à gauche du Mont-Blanc, à mesure qu'elles s'éloignent de leur majestueux souverain. Pour jouir de ce spectacle dans tout son éclat, il faudrait le voir Comme le hasard me l'offrit un jour. Un nuage épais couvrait le lac, les collines qui le bordent, et même toutes les basses montagnes. Le sommet de la Dôle et les hautes Alpes étaient les seules cimes qui élevassent leurs têtes au-dessus de cet immense voile ; un soleil brillant illuminait toute la surface de ce nuage; et les Alpes, éclairées par les rayons directs du soleil et par la lumière que ce nuage réverbérait sur elles, paraissaient avec le plus grand éclat, et se voyaient à des distances prodigieuses. Mais cette situation avait quelque chose d'étrange et de terrible : il me semblait que- , j'étais seul sur un rocher, au milieu d'une mer agitée, à une grande distance d'un continent bordé par un long