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seaux ; les rives du lac et ses profondeurs, le lit du Rhône et de TArve, les pierres de leurs bords, les fleurs et les roches du Jura, du Salève, rien n'avait été négligé par la curiosité du jeune observateur. Sa parenté avec Charles Bonnet, qui avait épousé la sœur de madame de Saussure, n'eut pas peu d'influence pour l'afTermir dans ses goûts, et il trouva ainsi de bonne heure en son oncle un grand modèle pour se former à l'étude consciencieuse de la vérité.
Son amour de la campagne et des occupations actives ne l'avait point empêché cependant de profiter de l'instruction qu'il recevait à l'Académie de Genève ; il avait même fait ses études avec tant de succès, qu'à vingt ans il put disputer une chaire de mathématiques, et à vingt-deux obtenir celle de philosophie, qu'il remplit avec un zèle et un talent d'enseignement que n'ont jamais oubliés ses élèves. Le travail qu'exigeaient ses nouvelles fonctions ne le détourna point de ses études chéries ; l'amitié qu'il forma avec Haller sembla même vouloir les porter pour toujours vers la botanique ; des observations sur l'écorce des feuilles, beau supplément au livre de son oncle, furent le résultat de son ardeur et lui firent un nom honorable parmi les botanistes. Dès lors, il aima toujours la botani-
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qae; son dernier, comme son premier ouvrage, eut pour objet cette science ; dans les fatigues de ses courses dangereuses, l'esprit tendu vers un bot tout diiOférent, il ne laissait jamais passer une fleur sans s'y arrêter, aussi beureux que Rousseau retrouvant sa pervenche. Cependant de Saussure n'avait pas perdu son goût pour les montagnes. Après un grand voyage en Italie, ricbe d'observations et de nouvelles connaissances, en état de faire la revue des sciences, de découvrir leurs lacunes, tourmenté par le souvenir de ses premières courses dans les montagnes, inspiré enfin par son génie, il réâèlut d'aller étudier sur place la structure de Ja terre, et saisir dans les lieux mêmes où elle déchire son enveloppe, des traces de son histoire. Lui-même nous raconte comment il enira dans la carrière qu'il venait de s'ouvrir : « J'ai eu pour les montagnes, dès l'enfance, la passion, la plus décidée ; je me rappelle encore le saisissementque j'éprouvai la première fois que mes mains touchèrent le rocher de Salève, et que mes yeux jouirent de ses points de vue. A l'âge de dix-huit ans (en 1758) , j'avais déjà parcouru plusieurs fois les montagnes les plus voisines de Genève. L'année suivante j'allai passer quinze jours dans un des chalets les plus élevés du Jura , pour visiter avec soin la Dôle et
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les montagûes des éûviroâs { et k même aunéei Je montai sur le M61e pour la première fois. Mais ces montagnes peu élevées ne satisfaisaient <iti' imparfaitement ma curiosité : je brûlais du désir d!e yok de f^rès les hautes Alpes, qui du sommet de ces montagnes paraissent si majestueuses ; enfin en 1760, j'allai seul et à pied visiter les glaciers de tbamounî, peu fréquentés alors, et dont rïw3(5ès passait même pour difficile et dangereux. J'y retow^ nai Tsmoée suivante, et dès tors je h' ai ^as lai^ passer une seule année sans faire de gtiandes toisf^ ses, et même des voyages pour l'étude des montétgnes. Dans cet espace de temps, j'ai traversé ^u^ terze fois la chaîne entière d«s Alpes par huit passagçs différents ; j'ai fait seize autres eicursiotts jusqu'au centre de cette chaîne^, j'ai parcouru le Jura, les Vosges, les montagnes de la Suisse, d'une partie de l'Allemagne, celles de l'Angleterre, de l'Italie, de la Sicile et des lies adjaceutes; j'ai visité les anciens volcans de l' Allemagne, une partie de ceux du Vivarais, et plusîeUrfe toontagnes du Forez, du Dauphiné et Ôe la Bourgogne. J'ai fait tous ces voyages le marteau du tniâeur à la main, sans aucun autre but que celui d'étudier l'histoire naturelle, gravissant sur toutes les sommités accessibles qui me pri^nettaient quelque observation
îiitércllssante, et emportant toujours des échaatillons des mines et des moatagnes, de celles surtout qui m'avaient présenté quelque fait important pour la théorie, afin de les revoir et de les étudier à loisir, le me suis même imposé la loi sévère de prendre tonjoiffs sur les lieux les notes de mes observations, et de mettre ces notes au net dans les vingt-quatre beures, autant que cela était possible, n
Yoîlt comment de Saussure procédait dans la créati(»i d'une science absolument nouvelle ; car^ jusqu'alors, la géologie avait passé pour une Bdence chiûiériNfcie, et œrtes les vains systèmes cosmogoniques qui en faisaient tout le fond lui méritaient bien cette mauvaise renommée. La connaissaoce des sid)stances dont se composent les montagnes, première bcase de cette étude, était encore dans l'enfance; en fait de géographie physique, à peu près nulle observation antérieure, ou des observations eironéesç la topographie des Alpes, plus mal connue, conrme on l'a dit, que ne l'est aujourd'hui celle des Cordillères ou des Himalaya ; obstacles phryirfqties, obstacles moraux, voilà ce qui s'offrait de tous cotés à la yue du savant, quand il entreprit d'ajouter cette nouvelle branche aux connaissances humaines. 11 ne s'effraya point, forgea luî^wâme ses annes, €t se frayant la route
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à force de travail et de fatigue, s'engagea hardiment dans la vaste étendue d'un domaine dont personne avant lui n'avait franchi les premières limites.
Cependant il ne s'avançait point à l'aveugle. A ne consulter que la liste de ses ouvrages, on pourrait croire que, trop ami de la variété, il passait sans raison d'un travail à l'autre; outre la géologie et ses annexes immédiates, on le voit, en effet, s'occuper de recherches sur toutes les branches de la physique ; mais il ne faut pas s'y tromper : dans une tête comme la sienne, tout se tenait par d'admirables liens, et des travaux en apparence si divers étaient autant de réponses aux questions qu'il s'était proposées ; et que lui suggérait incessamment l'étude de son sujet. C'est ainsi qu'au milieu de ces masses percées de profondes vallées, déchirées dans tous les sens, attestant de partout d'anciens bouleversements, il se demande quelle peut avoir été dans ces altérations la part des agents extérieurs, du fluide qui environne notre terre, des phénomènes si nombreux dont il est l'origine et le théâtre ; et, de là, ses expériences sur les eaux, sur les nuages qui les forment et les alimentent, sur l'électricité, etc. ; de là encore de précieuses découvertes, d'ingénieux appareils pour