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sa clôture. Je désirais beaucoup y aller pour examiner s'il n*y avait pas là quelque source chaude, ou quelque autre cause locale qui fit fondre la neige et qui favorisât la végétation ; mais les profondes crevasses du glacier, masquées par des neiges tendres et peu solides, en rendaient dans ce moment l'accès si dangereux, que nos guides nous empêchèrent absolument d'y aller. Au reste, ce phénomène n^cst pas unique dans Thistoire des glaciers; j'en ai vu d'autres exemples dans ceux de la Suisse ; mais peut-être n'en voit-on point dans une si belle situation, et qui se tapisse d'une aussi belle verdure. Lorsque les neiges sont fondues, son accès n'est ni dangereux, ni difficile.
Après avoir achevé nos observations, nous nous remîmes en marche pour achever de traverser le glacier ; BOUS voulions revenir par le côté opposé, soit pour voir des objets nouveaux, soit pour n'avoir pas à descendre les égralets que nous avions jugé devoir être encore plus incommodes à la descente qu'ils n'avaient été fatigants à la montée. Mais nous trouvâmes, à traverser le glacier, plus de difficultés qu'il n'en montrait au premier coup d'œil. En passant par le haut, nous avions à franchir des crevasses couvertes de neige, comme dans l'espace qui nous séparait du Gourtil ; vers le bas nous voyions devant nous des pentes de glace d'une rapidité effrayante, et le milieu semblait réunir les inconvénients des deux extrêmes. Tandis que hos guides tenaient conseil, l'un d'eux, Pierre Balme, qui, depuis la mort de Pierre Simon, est celui pour lequel j'ai le plus d'amitié et de conigance, et qui était alors chargé du magnéto-* mètre, ennuyé de la délibération, et voulant appuyer
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son avis de son exemple, partit le premier, prit par le plus court, et descendit presque à la course par des pentes extrêmement rapides d'une glace vive, bordée de précipices : nous frissonnâmes en le voyant, le moindre faux pas lui aurait infailliblement coûté la vie ; mais il en sortit heureusement. Dans ces cas-là, il n'y a pas de milieu ; il faut, ou assurer tous ses pas en taillant des escaliers dans la glace, ou marcher assez ferme pour que les clous du soulier mordent un peu sur la glace, et assez vite pour qu'il n'ait pas le temps de glisser. Son exemple nous décida, nous suivîmes, non pas précisément ses traces, mais pourtant des pentes assez rapides, préférant des dangers courts et visibles à une longue perspective de tomber h l'iraproviste dans un abîme de glace.
En sortant du glacier, nous nous trouvâmes sur une pente de rocailles brisées, par laquelle nous descendîmes le long d'ufte espèce de couloir ou de gorge entre le glacier à notre droite, et un grand rocher de granit à notre gauche, et cette longue et rapide descente nous ramena sur le glacier de Léchaud.
Nous étions là en face du fond de ce glacier, qui se termine en un cul-de-sac, bordé par les aiguilles de Léchaud et par la grande et petite Jorasse. Ce cul-de-sac est fermé, comme celui du Talèfre, par une enceinte de murs de granit que couronnent des pics extrêmoment élevés. Les glaces, en s'élevant contre ces rochers, vont aussi se perdre sous des nentes de neige très-rapides, . qui se terminent en langues étroites entre des tables de granit nues et -verticales. J'étais venu visiter ce glacier en 1767 : je pénétrai jusqu'au fond du cul-de-sac, et je
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remontai ces neiges aussi haut que pût me le permettre leur rapidité toujours croissante ; je revins ensuite en côtoyant le pied des aiguilles de Léchaud ; je passai aux boutes ou grottes de Léchaud, espèces de tanières pratiquées sous des rochers de granit pour servir de retraite pendant la nuit aux gens de Ghamouni qui vont à la recherche des cristaux ; j'eus le plaisir d'y cueillir pour la première fois Vachillea nana, le gnap/ialiuni alpinum, et quelques autres plantes alpines qui croissent là dans de petits réduits bien exposés au midi.
Pour cette fois, nous nous hitons de revenir au Montanvert: des nuages qui s'accumulent sur les sommités et le vent qui a changé nous font craindre le mauvais temps qui s'annonçait déjà le matin par l'azur foncé de la voûte céleste. En marchant aussi vite quon puisse le faire sur ces glaces, nous mettons près de deux heures depuis le bas du glacier du Talèfre jusqu'à la fontaine près de laquelle nous étions entrés sur le glacier. Nous traversons, chemin faisant, plusieurs de ces jolis ruisseaux qtïl coulent sur la glace dans des lits qu'ils se creusent à sa surface, et qui, vus au soleil, semblent de béril ou d*aigue-marine ; nous nous désaltérons avec cette eau si pure et si fraîche, et nous voyons plusieurs de ces ruisseaux former, en se réunissant, une petite rivière qui va se précipiter dans un gouffre de glace vive, où elle forme une belle cascade. En approchant des bords occidentaux de cette grande vallée de glace par une route un peu différente de celle que nous avons prise en allant, nous passons sur de grandes avalanches de neige tombées au printemps dernier du haut des montagnes qui bordent le glacier. Ces neiges ont déjà