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AIGUILLES AU SUD-EST DE CHAMOUNI

Quoique je n'eusse observé que très-superficiellement le pied des aiguilles qui sont au sud-est de la vallée de Chamouni, j'en avais pourtant assez vu pour croire qu'on pourrait faire là des observations importantes. Ces hautes pyramides, formant la plus haute arête de la chaîne centrale, méritaient un examen soigneux et attentif, et bien que leurs cimes soient absolument inaccessibles, je me flattais pourtant de remonter assez haut sur leurs bases, pour pouvoir me former une idée juste de leur nature et de leur structure.

Je fis donc une course à Chamouni dans l'intention d'aller les observer ; je résolus même d'y consacrer trois jours entiers, et ne voulant pas perdre du temps à redescendre chaque fois au Prieuré pour remonter le lendemain, j'allai m'élablir dans un chalet, nommé Blaiuère-dessus, qui est situé vis-à-vis du Prieuré et du milieu de la base de ces aiguilles, à quatre cent quarante-trois toises au-dessus de la vallée de Chamouni.

Je partis du Prieuré le 29 août, et je montai en deux heures et demie, sur un bon mulet, au chalet in^^rieur, ou Blaiiière-dessoits. Devapt ce chalet est une terrasse naturelle, couverte de gazon dans une situation char-

iiO AIGUILLES AD SUD-EST DE GHAMOURI.

mante. On découvre de là toute la vallée de Chamouni, depuis le col de Balrae qui la forme au nord-est, jusqu'aux montagnes de la Cha et de Vaudagne, qui la terminent au sud-ouest. Le joli village du Prieuré, qui est directement au-dessous de cette terrasse, couronné par la colline qu'ont formée les débris du Breven, leBreven lui-même et la chaîne dont il fait partie, présentent un aspect tout à fait agréable. Il faut une bonne demiheure d'une montée rapide pour aller de ce chalet h celui de la Blaitière-dessus, où j'allai m'établir. Sa situation est un peu moins riante, parce que les bois qui sont au-dessous lui dérobent une partie de la vue.

La saison étant déjà avancée, les vaches étaient des* cendues au chalet inférieur, ce qui fut très-heureux pour moi, parce que j'eus ainsi la jouissance libre et tranquille de toute la cabane. Je me trouvai là un peu moins mal et surtout plus au large que dans le chalet du Montanvert ; cependant l'air y jouait à peu près avec la même liberté ; car le chalet n'était construit que de poutres mal équarries et mal dressées; je voyais de mon lit briller les étoiles au travers de leurs joints. Je parvins cependant à me garantir du froid, et ce ne fut pas sans un sentiment de regret que je quittai au troisième jour cette paisible et solitaire retraite.

Les aiguilles que je venais observer se présentent au chalet sous le même aspect qu'à Chamouni. On en compte cinq bien distinctes, et situées à peu près sur la même ligne. Celles du Crépon et des Charmoz, qui sont i le plus sur la gauche du côté de l'est, m'intéressaient moins ^ue les autres; elles sont moins élevées, et je ift connaissais leur pied, le long duquel j'avais passé en remontant le çlacier des Bois qu'elles dominent. Il m'en

AIGUILLE DE BLAITIÈRE. 111

restait donc trois, à chacune desquelles je destinai une journée. Je commençai par la troisième qui est immédiatement au-dessus du chalet de Blaitiëre, et qui en porte le nom.

AlgulUe de BUUIèro.

La base inclinée de ce rocher pyramidal soutient un glacier qui remonte assez haut contre le corps môme de la pyramide, où il dégénère en neiges très-rapides et presque inaccessibles. Les intervalles entre les côtés de ce glacier et les bases des pyramides voisines sont remplis de débris de rochers amoncelés, du milieu desquels s'élèfvent quelques portions de roc qui tiennent au corps même de la montagne. Pour observer donc tous les points accessibles du pied de celle aiguille, je devais monter entre ces débris le long du glacier aussi haut qu'il me serait possible, entrer de là sur la glace, la suivre jusqu'au roc vif du milieu ded'aiguille, et revenir par les débris du côté opposé. Ce fut aussi le plan de cette première course.

En partant du chalet, je me dirigeai vers la partie droite de l'aiguille, ou plutôt vers celle qui était à ma droite du côté du couchant. Cette partie de la route était rapide sans être très-fatigante. Mais alors j'entrai dans des entassements de blocs de granit détachés du haut des aiguilles, et charriés par le glacier. Il est extrêmement fatigant de gravir au travers de ces blocs, surtout quand ils sont, comme ils l'étaient alors, à moitié couverts de neiges nouvelles, qui les rendent

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