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AIGUILLE DE B LAITIÈRE

glissants, et qui, masquant leurs intervalles, exposeraient sans cesse au risque de se casser la jambe si Ton ne marchait pas avec beaucoup de précaution. Ces neiges, qui étaient tombées à la mi-août, un mois plus tôt qu'à l'ordinaire, me contrarièrent beaucoup dans ce petit voyage. Après une heure et demie de marche, au travers de ces blocs, j'atteignis des rochers en place, que j'ambitionnais beaucoup de voir de près. C'étaient de petites aiguilles de granit, postées en avant des grandes à une certaine distance d'elles, et de la même nature, mais d'une structure plus régulière.

Après avoir bien observé ces rochers, je tirai au nordest, je gravis de débris en débris sur le glacier, et je le traversai en montant obliquement contre le cœur ou le centre même de l'aiguille. Cette partie de ma tâche^était ►encore la plus pénible, parce que la pente rapide du glacier était couverte d'une grande épaisseur de neige fraîche, dont la surface, inégalement forte, tantôt me soutenait, tantôt se rompait sous mes pieds et m'engloutissait jusquà la ceinture. Je .m'obstinai cependant, j'arrivai au pied des rocs, et je^ remontai même assez haut,' mais avec un travail et une fatigue extrêmes, jusqu'à ce que la rapidité de la pente toujours croissante, jointe à un vent d'une impétuosité terrible et aux nuages voisins de nos têtes et prêts à nous envelopper, me forcèrent à m'arrêter.

Je descendis le glacier du côté opposé à celui par lequel je l'avais monté, et par une pente si raide, que si la neige eût été dure, il eût été impossible de se retenir ; un accident fit tomber le chapeau de Pierre Balme, mon fidèle guide, et il roula jusqu'au bas du glacier sur le

Iranchanl de son bord ; nous le crûmes perdu, parce qu'il devait naturellement tomber dans une grande crevasse qui était au-dessous de nous, au milieu du glacier; mais il en fit le tour, et il échappa au danger avec une légèreté et une apparence d'intention et d'adresse tout à fait singulière.

Aigaillo du Plan.

Le lendemain, 30 août, je procédai à l'examen de la quatrième pyramide, la plus voisine de Taiguille du Midi, et. qui se nomme V aiguille du Plan, Pour arriver à son pied, je tirai plus à l'ouest que je n'avais fait la veille, et je vins en trois quarts d'heure passer devant le chalet de la Tapie, situé dans un fond extrêmement sauvage, au pied du glacier des Nantillons, et entouré de toutes parts de débris de rochers charriés par ce glacier.

A un bon quart de lieue au-dessus de ce chalet, je passai auprès d'un petit lac assez profond, n^mmé lac du Flan de l'aiguille. Ses eaux, quoique parfaitement' pures et limpides, paraissent d'un vert d'émeraude. Je laissai ^ lac à ma gauche, et je continuai à m'élever : de là aux aiguilles tout est tellement couvert de débris énormes, que l'on n'aperçoit que très-rarement le fond du sol.

Arrivé au pied de cette grande pyramide, je vis qu'elle était coupée à pic du côté du sud-ouest, à une grande hayteur au-dessus du glacier des Pèlerins que je dominais aussi considérablement ; j'étais curieux d'ohh

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server cette pyi'amide dans cette coupe. Pierre Balme dit que cela pourrait se faire en suivant un sentier élevé, pratiqué par les seuls chamois et par ceux qui les poursuivent. Pour arriver à ce sentier, on passe un défilé serré entre deux rochers de granit; ce passage se nomme le passoir de l'aiguiiie. En sortant de ce défilé, on se trouve sur une corniche extrêmement étroite, qui règne au bord d'un affreux précipice. Je vis sur ce sentier des pieux enfoncés dans le roc, qui avaient servi à amarrer des pièges où Ton prenait autrefois des chamois. Un traquenard tendu sur le sentier tenait à une corde longue et lâche attachée à ces pieux. L'animal, à l'instant où il se sentait saisi par le pied, s'effrayait et s'enfuyait en emportant le piège, jusqu'à ce qu'arrêté inopinément par la*corde il se culbutait du côté du précipice, où il restait suspendu sans pouvoir faire aucun effort pour se dégager. Mais cette chasse n'est plus en usage; on a tant détruit de chamois, que les captures sont devenues trop rares pour dédommager de la peine de venir souvent si haut et si loin visiter le piège sans y trouver^resque jamais de proie.

Après avoir observé la face escarpée du rocher le long de ce sentier, je revins sur mes pas et je recommençai à monter contre le corps même de l'aiguilHf, aussi haut que cela se peut sans courir de très-grands dangers. La place à laquelle je m'arrêtai sera pour quelque temps aisée à reconnaître, parce que les feuillets extérieurs du granit se sont culbutés d'eux-mêmes dans cet endroit, et ont laissé à découvert ceux du dedans, dont la couleur demeurera plus blanche que le reste de la montagne jusqu'à ce que les injures de l'air, et surtout

les lichens qui s'y attachent, aient aussi bruni leur surface. J'espérais découvrir le lac de Genève et les plaines qui le bordent, comme M. Bourrit dit les avoir vus du pied de cette aiguille; mais son imagination Taura trompé ; et il est en effet très-facile de prendre, à de grandes distances, de la vapeur ou des brouillards pour un lac : car Pierre Balme, qui était de celte course et qui vit la place à laquelle monta M. Bourrit, assure qu'il s'était arrêté au moins à cinquante toises plus bas que moi, et que lui-même étant monté beaucoup plus haut encore, en poursuivant un chamois par un passage où aucun habitant des plaines n'aurait pu le suivre, et où il ne retournerait de sangfroid à aucun prix, il n'avait point pu découvrir le lac. On a de cette place une vue de la plus grande beauté. D'abord, au sud, la belle et haute pyramide de l'aiguille du Midi, qui cache à la vérité la cime du Mont-Blanc, mais qui laisse voir ce qu'on appelle à Ghamouni le second Mont-Blanc ou le dôme neigé de l'aiguille du Goûté ; puis l'aiguille même de ce nom ; puis un entassement de montagnes secondairai situées entre Sallenche, Annecy et Montmélian. En continuant du côté de l'ouest, on voit que la haute cime calcaire du Beposoir se prolonge au côté du sudouest beaucoup plus loin que je ne croyais ; qu'elle a partout une très-grande hauteur, une direction suivie, et ses grands escarpements tournés contre les Alpes ; elle n'est coupée un peu profondément que par une seule gorge qui se nomme les Aravis^ et que je pris 4ès lors la résolution d'aller observer. Toutes ces montagnes bordent l'horizon : dans l'intérieur de leur enceinte, on voit les belles et riche$ vallées de Comblou, de Mégève,

de Sallenche ; puis en reprenant les montagnes, on découvre celles de Passy, de Servoz, de Sixt, le Buet qui les domine toutes, quelques portions de la cime bleue du Jura, et en dedans de ces limites, la cime du Breveâ qui est fort au-dessous du point où nous sommes, les Aiguilles Rouges, l'aiguille du Midi au-dessus de Bex,. et les montagnes qui bordent la vallée du Rhône entre Villeneuve et Saint-Maurice. Sous ses pieds on a la vallée de Ghamouni, dont l'aspect est toujours agréable ; tout près de nous, mais fort au dessous le glacier des Pèlerins au sud-ouest, celui des Nantillons au nord, et plus bas le joli petit lac du Plan de Taiguille.

Je trouvai la descente, comme à l'ordinaire, plus difficile que la montée. Dans l'espérance de voir quelque chose de nouveau, en revenant par une route différente, je tirai droit au nord-ouest vers la sommité des Croix. Cette sommité est une tête couverte de gazon, large, arrondie, saillante au-dessus de la vallée de Ghamouni, et dans une situation charmante. On voit de là très-bien le Mont-Blanc, quelques-unes des routes par lesquelles on a tenté d'y monter, les sommités des glaciers des Bossons et de Taconay, le glacier des Pèlerins, la magnifique enceinte de rochers de granit entremêlés de glace et déneiges, qui renferme ce glacier entre les deux plus hautes aiguilles, toute la vallée de Ghamouni, et une grande partie des beaux lointains que j'avais du pied de l'aiguille. J'aurais vivement désiré d'avoir là une habitation un peu commode, d'y rassembler et d'y cultiver les plus belles plantes des Alpes, de pouvoir y venir observer tous ces grands objets avec encoVe plus de maturité et de calme, et de les avoir sous les yeux dans

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ces profondes méditalioDS qui seules Doos révèlent les grands secrets de la natnre. Et si je n'engage personne à y bâtir, da moins conseillerai -je aux amateurs des beautés de ce genre de venir en jonir, ne fût-ce que ponr quelques instants. La route de cette hauteur est sûre, facile, sans un seul pas dangereux; on peut même monter à cheval jusqu'au chalet de Blaitière, qui est presque aux trois quarts du chemin.

• Atsatlle «a Midi.

Il ne me restait plus, pour accomplir mon projet, qu'à observer la cinquième pyramide, celle qui, vue de Ghamouni, parait la plus voisine du Mont-Blanc et qui porte le nom d'aiguille du Midi,

Pour en gagner le pied par une route différente de. celles que j'avais tenues les jours précédents, je côtoyai la montagne un peu au-dessus de la hauteur de Blaitière ; je passai sous la sommité des Croix, je traversai ensuite avec assez de fatigue les débris qui sont au-dessous du glacier des Pèlerins, et en montant obliquement je vins à un gros roc saillant nommé le gros Bécha^d^ qui n'est pas loin du bord du glacier de^ Bossons. De là je montai en dirigeant ma roule vers le -pied de l'aiguille jusqu'à une hauteur d'où je vis distinctement la route que j'avais à prendre pour y arriver. La pWs courte et même à l'ordinaire la plus facile était à notre droite du- côté du midi ; mais les neiges fraîches qui couvraient là des pentes rapides, et qui, après avoir été en partie fondues par le soleil du jour précédent,

s'jétaient durcies et gelées de nouveau dans la nuit, rendaient cette route extrêmement dangereuse. Il fallut donc prendre par la gauche du côté de Test.

Je montai d'abord droit au glacier de Faiguille du Midi ; je voyais sous ses glaces un grand rocher que j'imaginais faire partie de la base de cette montagne. Je mis une heure entière à gravir cette pente qui de loin ne paraissait pas à beaucoup près aussi longue. J'arrivai là au pied d'un grand roc vertical, coiffé par le glacier dont les glaces saillantes en dehors, découpées en lambeaux comme une grande draperie, étaient suspendues au-dessus de ma tête, et les amas des débris de ces mômes glaçons entassés à mes pieds annonçaient trèséloqu'îmment que la place n'était pas bien sûre ; cependant comme le soleil n'éclairait pas encore cet endroit, je crus pouvoir sans imprudence observer et même sonder ce rocher. Il fallait monter encore, et passer par-dessus le glacier pour arriver à des rochers qui appartinssent sûrement au corps de l'aiguille. Mais ici le glacier était un mur vertical absolument inaccessible. Pour l'attaquer avec plus d'avantage, je remontai une arête couverte 4e débris, qui formait une espèce de promontoire saillant dans le glacier, vis-à-vis du milieu de l'aiguille. Là on pouvait entrer sur la glace ; cependant l'actif et officieux Pierre Balme ne voulut point que j'entreprisse de traverser le glacier, sans avoir éprouvé lui-même si cela était praticable, et si en le traversant on pourrait arriver au pied même de l'aiguille. Il me rapporta une réponse favorable et même quelques pierres qu'il avait détachées du roc, et qui redoublèrent mon empressement à aller les observer de près.

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J'entre sur la glace à midi et trois quarts ; la neige qui la couvre, durcie par le froid de la nuit, puis un peu ramollie par le soleil d'aujourd'hui, a justement le degré de consistance qu'on lui désire : nous rencontrons quelques crevasses, mais nous passons dans leurs intervalles : la marche est un peu fatigante, parce que la pente est souvent très-raide ; cependant en vingtquatre minutes nous arrivons au pied du roc.

Ce lieu est plus élevé de cinquante-deux toises de celui où je montai hier, et la vue en est encore plus belle ; ce sont pourtant en général les mêmes objets ; je reconnais bien distinctement le sommet du Jura que je vois par-dessus la cime du Breven et sur la droite de celte même cime, mais ni le lac, ni Genève, ni les plaines qui l'entourent.

Après avoir fait en dix-l\uit minutes mes observations, je repars très -satisfait à une heure et trente-cinq minutes. Pendant cet intervalle le soleil a été très-ardent ; je n'ai point eu besoin du manteau que je jette ordinairement sur mes épaules quand je m'arrête sur les hauteurs : la chaleur du soleil m'a au contraire incommodé, et cette même chaleur a si fortement agi sur les neiges, qu'elles se sont extrêmement ramollies. Je ra'en réjouissais d'abord, parce que je craignais qu'à la descente ces pentes rapides ne se trouvassent un peu glissantes, lorsque tout à coup la neige s'enfonce sous mes deux pieds à la fois : le droit qui était en arrière ne porte plus sur rien ; mais le gauche appuie encore un peu par la pointe, et je me trouve moitié assis et moitié à cheval sur la neige. Au même instant, Pierre, qui me suivait immédiatement, s'enfonce aussi à peu près dans

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la même altitude, et me crie au moment même de la voix la plus forte et la plus impérieuse : « Ne bougez pas, monsieur, ne faites pas le moindre mouvement. » Je compris que nous étions sur une fente de glace, et qu'un mouvement fait mal à propos pouvait rompre la neige qui nous soutenait encore. L'autre guide qui nous précédait d'un ou deux pas, et qui ne s'était point enfoncé, demeura fixe dans la place où il se trouvait : Pierre, sans sortir non plus de sa place, lui cria de tâcher de reconnaître de quel côté courait la fente et dans quel sens était sa moindre largeur ; mais il s'interrompait à chaque instant pour me recommander de ne faire aucun mouvement. Je lui protestai que je resterais parfaitement immobile, que j'étais absolument calme, et qu'il n'avait qu'à faire comme moi avec tout le sangfroid possible l'examen des moyens de sortir de cette position. J'avais besoin de lui donner ces assurances, parce que je voyais ces deux guides dans une si grande émotion, que je craignais qu'ils ne perdissent la tête. Nous jugeâmes enfin que la route que nous suivions au moment de noire chute coupait transversalement la fente, et j'en avais déjà presque la certitude en ce que je sentais la pointe de mon pied gauche, qui était en avant, appuyer contre de la neige, tandis que le droit ne portait sur rien du tout. Quant à Pierreries deux pieds portaient l'un et l'autre à faux, la neige s'était même enfoncée entre ses jambes, et il voyait par cette ouverture sous lui et sous moi le vide et le vert foncé de l'intérieur de la fente; il n'était soutenu que par la neige sur laquelle il était assis. Notre situation étant assez bien reconnue, nous posâmes devant moi sur la

neige nos deux bâtons en croix ; je m'élançai en avant sur ces bâtons, Pierre en fit autant et nous sortîmes ainsi tous deux très-heureusement de ce mauvais pas. Pour Faulre guide il resta à sa place sans nous tendre la main ni à Tun ni à Tautre, et k la vérité nous ne la lui avions pas demandée; mais il nous dit ensuite fort tranquillement qu'il avait pensé que si Pierre et moi nous tombions dans la fente, il- convenait qu'il restât dehors pour nous en tirer. En examinant cette fente après en être sortis, nous jugeâmes qu'elle avait sept ou Imitpieds de largeur sur une longueur et une profondeur trèa-considérables.* L'immobilité que Pierre me prescrivait et qu'il observa lui-même était parfaitement raisonnée : dès qu'une fois la neige a soutenu sans se rompre tout le poids du corps et tout l'effort de sa chule, il est clair qu'elle a la force de le porter, et qu'ainsi on peut rester en place sans aucun danger ; au lieu qu'en s'agitant mal à propos on peut la rompre ou même se jeter dn côté de la longueur ou de la plus grande largeur de la fente.

C'est une chose bien singulière que la neige .ne montre pas le moindre enfoncement au-dessus d'un aussi grand vide. Cela prouve bien démonstrativement que celte fente n'existait point ou n'avait du moins qu'une largeur infiniment petite dans le moment où la neige tombait, mais qu'elle s'est formée, ou que ses parois se sont écartées peu à peu depuis que la neige a pris quelque consistance. Comme elle était ferme quand nous la traversâmes en allant, nous n^ nous en aperçûmes en aucune manière, et si nous avions tardé quelques minutes de plus, il est bien certain que nous y se-

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rions tombés. Au reste, il est rare que Ton ne s'en tire pas lorsque Ton a du secours, à moins qu'elles ne soient pleines d'eau, et celle-là ne Tétait pas.

Hais ce n'était pas le tout que d'être sorti de ce dan-* ger, il fallait n'y pas retomber ; car cet accident nous était arrivé tout au haut du glacier, et nous devions passer dans des endroits beaucoup plus dangereux en apparence que celui où nous avions été pris. Nous choisîmes le plus long de nos bâtons, les deux guides saisirent chacun Tune de ses extrémités, moi je le tins par le milieu, et nous nous mîmes ainsi en marche, en posant nos pieds le plus légèrement possible : n Marchez, » me disait Pierre, u comme si vous aviez peur de gâter la neige. » Nous revînmes sans aucun accident, mais noa pas sans quelques momenis de crainte ; car plus d'une fois nous enfonçâmes tout à coup dans la neige jusqu'au genou : heureusement, nous trouvâmes toujours sous nos pieds la glace qui nous soutint. Notre position était assez critique, en ce que si d'un côté nous devions sonder le terrain et mettre de la circonspection dans notre marche, de l'autre il fallait se hâter pour profiter du peu de consistance qui restait encore à la neige, et que la chaleur du soleil lui enlevait d'instant en instant. Nous mîmes trente-cinq minutes à regagner le haut de l'arête de débris par laquelle nous étions entrés sur la glace, et quoiqu'un trajet aussi épineux dut naturellement paraître long, cependant la contention •perpétuelle de l'esprit sur une seule et même idée me le fit paraître si court, que je ne pouvais pas en croire mes yeux lorsque, après avoir passé la convexité du glacier, je vis tout près de moi la terre ferme, objet de

nos désirs. Nous fimes là au soleil une halte délicieuse, en remerciant la Providence, et en nous promettant bien de ne plus retourner sur les glaciers quand ils seraient couverts de neiges fraîches.

Il y a bien peu de gens de la plaine qui eussent dîné de bon appétit sur cette arête où nous nous trouvions dans une si parfaite sécurité ; car nous avions sous nos pieds une pente d'une rapidité extrême, qui descendait sans interruption jusqu'au fond de la vallée de Chamounî, située à sept cent soixante- treize toises au-dessous de nous, et dont la vue aurait certainement fait tourner la tête à quelqu'un qui n'aurait pas été accoutumé à des situations de ce genre.

Je descendis de là en trois heures de marche dans la vallée de Chamounî, par une pente rapide, mais pourtant sûre et facile, sans rencontrer rien d'intéressant.

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